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6 mai, 2012

Les babouches précieuses (Conte soufi)

Classé dans : — unpeudetao @ 14:38

 

      Eyaz, qui était un homme au coeur pur, avait enfermé ses babouches et son manteau dans une pièce. Il s’y rendait chaque jour et, comme ces babouches et ce manteau constituaient tout son avoir, il se disait :
      « Tiens ! Vois ces babouches ! Tu n’as pas lieu d’être fier ! »
      Mais des jaloux le calomnièrent auprès du sultan en disant :
      « Eyaz possède une pièce où il accumule de l’or et de l’argent. La porte est bien fermée et personne n’y entre que lui !
      – C’est étrange, dit le sultan. Que peut-il posséder qu’il désire cacher à mes yeux ? Tâchons de percer ce mystère sans qu’il se doute de rien. »
      Il appela un de ses émirs et lui dit :
      « À minuit, tu ouvriras cette cellule et y prendras tout ce qui te semble intéressant. Tout ce que tu auras trouvé, montre-le à tes amis. Comment cet avare peut-il songer à accumuler des trésors alors que je suis si généreux ? »
      À minuit, l’émir se rendit à la cellule avec trois de ses hommes. Ils s’étaient munis de lanternes et se frottaient les mains en se disant :
      « L’ordre du sultan est généreux car ainsi, nous récupérerons pour notre profit tout ce que nous trouverons. »
      En fait, le sultan ne doutait pas de son serviteur mais désirait seulement donner une leçon aux calomniateurs. Cependant, son coeur tremblait et il se disait :
      « Si vraiment il a fait une pareille chose, il ne faut pas que sa honte soit publique car, quoi qu’il arrive, il est mon bien-aimé. D’ailleurs, il est bien au-dessus de ce genre de calomnies ! »
      Celui qui a de mauvaises pensées compare ses amis à lui. Les menteurs ont comparé le prophète à eux. Et c’est ainsi que les calomniateurs en virent à avoir de mauvaises pensées envers Eyaz.
      L’émir et ses hommes finirent par forcer la porte et pénétrèrent dans la pièce, brûlants de désir. Hélas ! Ils ne virent là que la paire de babouches et le manteau ! Ils se dirent :
      « Il est impensable que cette pièce soit ainsi vide. Ces objets ne sont là que pour détourner l’attention. »
      Ils allèrent chercher une pelle et une pioche et commencèrent à creuser de tous côtés. Mais chacun des trous qu’ils creusaient leur disait :
      « Cet endroit est vide. Pourquoi donc l’ouvrez-vous ? »
      Finalement, ils rebouchèrent les trous, pleins de déception car l’oiseau de leur désir était resté sur sa faim. La porte défoncée et le sol labouré restaient comme témoins de l’effraction. Ils s’en revinrent, couverts de poussière, auprès du sultan. Celui-ci, faisant mine d’ignorer leur déconvenue, leur dit :
      « Que se passe-t-il ? Où sont les sacs d’or ? Si vous les avez laissés quelque part, alors où est la joie sur vos visages ? »
      Ils répondirent :
      « Ô sultan de l’univers ! Si tu fais couler notre sang, nous l’aurons mérité. Nous nous en remettons à ta pitié et à ton pardon.
      – Ce n’est pas à moi de vous pardonner, répliqua le sultan, mais plutôt à Eyaz car vous avez attaqué sa dignité. Cette blessure est sur son coeur. Bien que lui et moi, nous ne fassions qu’un, cette calomnie ne me touchait pas directement. Car si un serviteur commet une chose honteuse, sa honte ne rejaillit pas sur le sultan ! »
      Le sultan demanda donc à Eyaz de juger lui-même les coupables, disant :
      « Même si je t’éprouvais mille fois, jamais je ne trouverais chez toi le moindre signe de trahison. Ce serait plutôt les épreuves qui auraient honte devant toi !
      – Tout ce que tu m’as donné t’appartient, répondit Eyaz. Moi je ne pèse que ce manteau et cette paire de babouches. C’est pour cela que le prophète a dit : « Celui qui se connaît connaît aussi son Dieu ! » C’est à toi de juger car, devant le soleil, les étoiles disparaissent. Si j’avais su me passer de ce manteau et de ces babouches, ces calomnies n’auraient pas eu lieu ! »

 

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