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17 mai, 2012

Les crieurs (Conte soufi)

Classé dans : — unpeudetao @ 18:49

 

      Seyid était le sultan de la ville de Tirmiz. Et Delkak était son bouffon. Un jour, le sultan eut une affaire urgente à traiter dans la ville de Samarcande qui était fort lointaine. Il se mit donc à chercher un messager et envoya ses crieurs par les rues pour délivrer ce message :
      « Je comblerai de mes faveurs celui qui parviendra à me rapporter des nouvelles de Samarcande d’ici cinq jours ! »
      Quand il entendit les crieurs, Delkak monta aussitôt à cheval pour se rendre à Tirmiz. Il mena son cheval à une telle allure que celui-ci faillit en périr. A peine arrivé en ville, Delkak, sans même se rajuster, demanda une audience auprès du sultan.
      Toute la cour se mit alors en émoi, ainsi que les citadins. Chacun se disait :
      « Mais quelle catastrophe est-il arrivé ? »
      Certains pensaient que l’ennemi était en vue. La foule se réunit devant le palais et toute la ville fut en émoi. Chacun tremblait de peur d’une calamité.
      Le sultan permit à Delkak de se présenter devant lui. Et Delkak embrassa la terre devant le sultan qui demanda :
      « Que se passe-t-il, Delkak ?
      – Ô mon sultan ! dit Delkak. Je te demande pardon mais laisse-moi reprendre souffle un instant ! »
      L’inquiétude du sultan ne fit qu’empirer. Jamais il n’avait vu Delkak dans un tel état. C’était d’ordinaire le plus joyeux de ses intimes. Lorsqu’il parlait, chacun riait si fort qu’il en transpirait. Les gens se roulaient à terre. Tandis que, présentement, son visage était grave et son doigt posé sur sa bouche.
      Le sultan de Tirmiz lui dit :
      « Dis-moi vite ce qui se passe. Qui t’a mis dans une si folle inquiétude ? »
      Delkak répondit :
      « J’étais tantôt au village et j’ai entendu tes crieurs qui rapportaient tes ordres concernant le voyage à Samarcande. Ils disaient que tu comblerais de faveurs celui qui y parviendrait. C’est pour cela que je suis venu, pour te dire que moi, je n’ai pas suffisamment de force pour accomplir un tel voyage, afin que tu n’espères pas que je te rende pareil service.
      – Maudit sois-tu ! dit le sultan, tu as mis toute la ville sens dessus dessous ! »
      À cet instant, le vizir intervint :
      « Ô mon sultan ! Si tu le permets, je dirai ceci : Il est hors de doute que Delkak est venu de son village pour une tout autre raison. Il vient de changer d’avis à l’instant même. Il cherche à déguiser son propos et c’est la raison de ses plaisanteries. De même qu’il faut casser les noix pour en obtenir de l’huile, de même je pense qu’il faut le forcer à dire ce qu’il a sur le coeur. Regarde comme il tremble et vois la couleur de son visage. »
      Delkak implora la pitié du sultan mais celui-ci ordonna qu’on le jette en prison en disant à ses gardes :
      « Tapez sur son ventre comme si c’était un tambour ! Car ce n’est qu’en frappant sur un tambour que l’on peut savoir si la caisse est vide ou pleine ! »
     
      Bien des hommes se nomment maître mais ils n’ont qu’eux pour disciple. Le jeune marié est en émoi mais la mariée ne se doute de rien.

 

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