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24 décembre, 2014

Les esclaves, Théodore AUBANEL

Classé dans : — unpeudetao @ 17:07

Oh ! quel beau soleil ! qui brille et éblouit ! Au fond de nos clos, de toute l’année il n’entre pas Que le ciel est beau ! Comme la terre est chaude ! Ah ! par l’heure, nous sommes rescapés ! Pour ne plus pâtir que faut-il faire ? Où êtes-vous, notre Sauveur ? Car on dit que vous êtes arrivé. Quelle file de gens ! qui monte, qui descend De la crête des monts aux creux des vallons ! Tous portent quelque chose sur la tête ou l’épaule, Entrent dans une étable ; Nous cheminons sur le même sentier. Ils virent sur un peu de paille Un joli petit nu et blond. Qui est le maître ici, dites, qui est le maître ? Quel est celui qui vient pour nous désenchaîner ? C’est peut-être toi, bon vieux ?.. Si ce n’est toi qui est-ce ? Pour le rejoindre où faut-il aller ? Pas bien loin, pour sauver le monde, Il faut avant, que trente ans il se cache L’enfant qui dans l’étable est né. Ah ! c’est toi pauvre enfant ? Et que viens-tu faire Dans une mauvaise étable ? Et on dit que tu es Dieu ! Mais de t’envoyer comme ça à quoi songe ton père ? C’est vouloir la mort de son fils ! Pourras-tu fuir la colère Des Césars qui, sur la terre Maintenant crient : « Tout cela est mien ! » Pour nous autres quel sort ! et il y a longtemps qu’il dure ! Il vaut mieux être, sûr, ses chiens ou ses chevaux. Aux lamproies des bassins on nous jette pour pâture. Tout vif, car nous sommes des esclaves ! Ah ! la mort ne vient que trop tardive ! Ce n’est que dans la nuit Que nous trouvons un peu de repos. Arrivent ensuite les jours de grandes réjouissances Jours de malédiction qui n’ont pas leurs pareils ! De César, de son fils on célèbre la naissance : Enfants, hommes, filles, moitiés. Une foule dépoitraillée Dans les arènes à pleine arcade Monte les grands escaliers. La ville semble vide, et tout le peuple guette ; Le bétail d’Afrique attend le morceau.. Écoutez-les bramer dans les antres de pierres ! Ils ont faim ; quel aiguillon ! On les lâche.. La bataille, Pendant que César braille, Démembre l’esclave et le lion. Nous sommes accablés de maux, nous sommes chargés de chaînes Pour guérir tout cela, que peux-tu, Enfançon ? Et pourtant si tu étais Dieu, ce te serait facile.. Fais voir si tu l’es ou non ! Aussi vite la Vierge Marie Dans l’étable prend le Messie, Les esclaves tombent à genoux. C’est moi, pauvres esclaves, qui suis votre Sauveur Vos maux je les savais ; quand ils vous ont atteints Je voyais tout de là-haut, et je dis à mon Père : Ce qu’ils doivent souffrir. À cette heure le monde espère Laissez-moi venir sur la terre Laissez-moi mourir ! Me voilà ! Je suis venu porter vos misères Et de votre douleur manger le pain noir Je suis venu vous signer du même baptême, Du baptême de mon sang ! Mais attendez que je gravisse Pour qu’un jour, homme je pâtisse Ce que je ne peux, encore enfant. Aussi bien je mourrais au milieu de deux larrons ; Sur la croix des esclaves je mourrais cloué ; Pour mère, sur ma croix, je vous donnerai ma mère : Nous serons comme frères de lait Et les esclaves pleurèrent de joie Et dans l’étable ils crièrent César, à toi de trembler.

 

Théodore AUBANEL (1829-1886).

 

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