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2 octobre, 2011

Les Germes, Jules Supervielle

Classé dans : — unpeudetao @ 7:32

Ils se répandraient de tous côtés et l’univers
en serait en quelque sorte ensemencé.
Arrhenius.

 

Ô nuit frappée de cécité,

 

Ô toi qui vas cherchant, même à travers le jour,

 

Les hommes de tes vieilles mains trouées de miracles,

 

Voici les germes espacés, le pollen vaporeux des mondes,

 

Voici des germes au long cours qui ont mesuré tout le ciel

 

Et se posent sur l’herbe

 

Sans plus de bruit

 

Que le caprice d’une Ombre qui lui traverse l’esprit.

 

Ils échappèrent fluides au murmure enlisé des mondes

 

Jusqu’où s’élève la rumeur de nos plus lointaines pensées,

 

Celles d’un homme songeant sous les étoiles écouteuses

 

Et suscitant en plein ciel une ronce violente,

 

Un chevreau tournant sur soi jusqu’à devenir une étoile.

 

Ils disent le matelot que va disperser la tempête,

 

Remettant vite son âme au dernier astre aperçu

 

Entre deux vagues montantes,

 

Et, dans un regard noyé par la mer et par la mort,

 

Faisant naître à des millions horribles d’années-lumière

 

Les volets verts de sa demeure timidement entrouverts

 

Comme si la main d’une femme allât les pousser du dedans.

 

Et nul ne sait que les germes allait les pousser du dedans

 

Et nul ne sait que les germes viennent d’arriver près de nous

 

Tandis que la nuit ravaude

 

Les déchirures du jour.
Jules Supervielle (1884 1960).

 

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