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23 mars, 2015

Les grenouilles, Jules RENARD

Classé dans : — unpeudetao @ 15:00

Par brusques détentes, elles exercent leurs ressorts.

 

Elles sautent de l’herbe comme de lourdes gouttes d’huile frite.

 

Elles se posent, presse-papiers de bronze, sur les larges feuilles du nénuphar.

 

L’une se gorge d’air. On mettrait un sou, par sa bouche, dans la tirelire de son ventre.

 

Elles montent, comme des soupirs, de la vase.

 

Immobiles, elles semblent, les gros yeux à fleur d’eau, les tumeurs de la mare plate.

 

Assises en tailleur, stupéfiées, elles bâillent au soleil couchant.

 

Puis, comme les camelots assourdissants des rues, elles crient les dernières nouvelles du jour.

 

Il y aura réception chez elles ce soir ; les entendez-vous rincer leurs verres ?

 

Parfois, elles happent un insecte.

 

Et d’autres ne s’occupent que d’amour.

 

Et toutes, elles tentent le pêcheur à la ligne.

 

Je casse, sans difficulté, une gaule. J’ai, piquée à mon paletot, une épingle que je recourbe en hameçon.

 

La ficelle ne me manque pas.

 

Mais il me faudrait encore un brin de laine, un bout de n’importe quoi rouge.

 

Je cherche sur moi, par terre, au ciel.

 

Je ne trouve rien et je regarde mélancoliquement ma boutonnière fendue, toute prête, que, sans reproche, on ne se hâte guère d’orner du ruban rouge.

 

Jules RENARD (1864-1910).

 

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