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23 janvier, 2012

Les limites du dogme (Conte soufi)

Classé dans : — unpeudetao @ 17:03

 

     Le roi Mahmoud déambulait dans les rues de Ghazna, sa capitale, lorsqu’il vit un portefaix tituber sous le poids d’une lourde pierre qu’il portait sur le dos. Incapable de réprimer le sentiment de compassion que lui inspirait le pauvre hère, il lui lança d’un ton impératif :
     « Pose cette pierre à terre, portefaix ! »
     L’homme obéit. La pierre resta des années dans la rue, gênant le passage. Finalement, les habitants de Ghazna envoyèrent une délégation au roi pour lui demander de la faire enlever.
     Mahmoud réfléchit en sage administrateur, et se sentit tenu de répondre :
     « Ce qui a été fait sur l’ordre du roi ne peut être défait sur l’ordre du roi, sinon le peuple penserait que les ordres royaux ne sont motivés que par des caprices. La pierre restera où elle est. »
La pierre resta dans la rue du vivant de Mahmoud. Après sa mort, par respect pour les ordres royaux, personne n’osa y toucher.
     Les gens interprétèrent l’anecdote selon leur aptitude. Ceux qui étaient opposés à la monarchie y virent la preuve de la stupidité d’un pouvoir cherchant à se maintenir coûte que coûte. Ceux qui révéraient l’autorité n’avaient que respect pour les ordres qui en émanaient, dussent-ils leur causer des désagréments : ils ne trouvèrent rien à redire à la décision royale. Ceux qui étaient doués de compréhension furent capables de saisir la leçon que Mahmoud avait voulu donner, faisant fi de ce que penseraient de lui les esprits superficiels.
     En permettant qu’une pierre fasse ainsi obstacle à la circulation, et en faisant connaître les raisons pour lesquelles il avait décidé de la laisser là, Mahmoud disait à qui pouvait entendre d’obéir au pouvoir temporel tout en prenant conscience du fait que ceux qui dirigent de façon rigide, dogmatique, ne peuvent servir l’homme que partiellement.
     Ceux qui saisirent la leçon vinrent grossir les rangs des chercheurs de vérité, et nombre d’entre eux trouvèrent leur voie vers la Vérité.

 

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Une réponse à “Les limites du dogme (Conte soufi)”

  1. unpeudetao dit :

    On trouve cette histoire, sans la subtilité de l’interprétation qui est donnée ici, dans le célèbre classique, Akhlaq-i-Mohsini (Éthique salutaire), attribué à Hasan Waiz Kashifi.
    La présente version provient des enseignements du sheikh Daoud de Qandahar (mort en 1965). Elle fournit une expression idéale des différents niveaux de compréhension propres aux gens qui jugent des faits en fonction de leur conditionnement. La méthode indirecte d’illustration utilisée par le roi Mahmoud est une méthode typiquement soufique, que résume la formule : « Parle au mur, pour que la porte entende. »

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