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18 avril, 2012

Les pèlerins, Jean AICARD

Classé dans : — unpeudetao @ 19:23

 

Vers Émmaüs, à l’heure où la clarté finit,
Lentement, ils devaient marcher soixante stades,
Deux hommes cheminaient, causant en camarades..
Une Ombre, qui venait derrière eux, les joignit.

 

Disciples de Jésus, ils parlaient de leur maître
Que Magdeleine et Jean croyaient ressuscité.
Une Ombre maintenant marchait à leur côté.
C’était Jésus, mais rien ne le faisait connaître.

 

Il leur dit : « De quoi parliez-vous en marchant ?
Et pourquoi semblez-vous si tristes, pauvres hommes ? »
« Tristes, lui dirent-ils, tristes, oui, nous le sommes ! »
Et le son de leur voix était grave et touchant.

 

« Es-tu donc tellement étranger à la Ville,
Que tu ne saches pas notre malheur récent ?
Jésus de Nazareth, un prophète puissant,
Depuis trois jours à peine est mort, d’une mort vile.

 

« Les sacrificateurs, les docteurs de la Loi,
Nos magistrats l’ont tous condamné. Quelle honte !
Mais toi, reste avec nous parce que la nuit monte.
Inconnu, nous aimons à causer avec toi. »

 

Or, depuis un instant, leurs paroles funèbres
Retombaient sur leur coeur, dans la nuit, lourdement ;
Un deuil affreux venait sur eux, du firmament ;
En eux, comme autour d’eux, tout n’était que ténèbres.

 

Et dans l’abandon triste où les laissait le jour,
Vainement ils cherchaient, au ciel vide, une étoile ;
Ils voyaient l’étranger comme à travers un voile,
Mais ils sentaient en lui comme un attrait d’amour.

 

S’il s’éloignait un peu, leur coeur, empli de troubles,
Aussitôt amoindri, défaillait et pleurait..
S’il se rapprochait d’eux, tout contents en secret,
Ils se sentaient monter au coeur des forces doubles.

 

C’était alors en eux comme un flot de chaleur,
Le doux rayonnement d’une intime lumière ;
Ils ne comprenaient plus leur détresse première
Ni pourquoi le chemin leur devenait meilleur.

 

Et les deux pèlerins que le Spectre accompagne
Répétaient à Celui que l’on ne peut pas voir :
« Reste avec nous, Seigneur, parce que c’est le soir,
Et notre angoisse croît dans la nuit qui nous gagne. »
(…)

 

Jean AICARD (1848-1921).

 

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