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4 février, 2012

Les portes du paradis (Conte soufi)

Classé dans : — unpeudetao @ 15:23

 

     Il était une fois un homme bon qui avait passé sa vie à cultiver les qualités recommandées à ceux qui veulent atteindre le paradis. Il donnait libéralement aux pauvres, aimait et servait ses semblables. Sachant qu’il faut toujours prendre patience, il avait enduré de rudes et soudaines épreuves, souvent pour le bien d’autrui. Il avait entrepris des voyages à la recherche de la connaissance. Son humilité, sa conduite exemplaire lui conféraient une réputation de sage et de bon citoyen. Au fil des ans, sa renommée s’était étendue à la terre entière.
     Toutes ces qualités, il les exerçait bel et bien, quand il y pensait. Mais il avait un défaut : une tendance à l’inattention. Cette tendance n’était pas très accentuée : il estimait qu’en regard des vertus qu’il pratiquait, elle pouvait être considérée tout au plus comme un petit travers. C’est ainsi qu’il lui arrivait de rester insensible aux besoins de certains nécessiteux. Il oubliait aussi parfois d’aimer et de servir, quand montaient en lui des désirs impérieux.
     Il aimait dormir. Et quand il était endormi, il arrivait qu’il laissât passer des occasions, de chercher la connaissance, de comprendre, de pratiquer la véritable humilité ou d’accroître encore la somme totale de ses bonnes actions, et ces occasions ne se représentaient pas.
     Ses belles qualités, mais aussi son défaut d’attention, laissèrent leur empreinte sur son moi essentiel.
     Survint la mort. L’homme bon se retrouva, au-delà de cette vie, sur le chemin qui mène aux portes du Jardin clos. Il s’arrêta pour faire un examen de conscience : au total, il avait toutes les chances de franchir les hauts Portails.
     Arrivé au bout du chemin, il vit que les portes étaient fermées. Alors il entendit une voix : « Sois vigilant : les portes ne s’ouvrent qu’une fois tous les cent ans. » Il s’installa pour attendre, tout excité à cette idée. Mais, privé de la possibilité d’exercer les vertus en direction d’autrui, il constata que sa capacité d’attention n’était pas suffisante pour lui-même. Après avoir veillé pendant ce qui lui parut une éternité, il dodelina de la tête, ferma les paupières, s’endormit un instant. C’est à cet instant que les portes s’ouvrirent. Avant qu’il ait eu le temps de rouvrir grand les yeux, les portes se refermèrent. Avec un grondement assez puissant pour réveiller les morts.

 

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Une réponse à “Les portes du paradis (Conte soufi)”

  1. unpeudetao dit :

    Les derviches affectionnent cette histoire-enseignement, « la Parabole de l’inattention » comme on l’appelle parfois. C’est un célèbre conte populaire dont on ne connaît plus l’origine. Certains l’ont attribué à Hadrat Ali, le quatrième calife. D’autres disent qu’il a été transmis secrètement par le Prophète lui-même. On ne le trouve pourtant dans aucune des Traditions attestées du Prophète Mohammed.

    La forme littéraire sous laquelle il est présenté ici est l oeuvre d’un derviche inconnu du XVIIe siècle, Amil-Baba, dont les manuscrits soulignent que « le véritable auteur est celui dont l’oeuvre est anonyme : ainsi, personne ne s interpose entre l’apprenti et le matériel étudié ».

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