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15 janvier, 2012

Les quatre trésors magiques (Conte soufi)

Classé dans : — unpeudetao @ 18:10

 

     Quatre saints derviches de deuxième ordre se réunirent et décidèrent de parcourir le monde à la recherche d’objets magiques qui leur donnent les moyens d’aider l’humanité. Ils avaient étudié tout ce qu’ils avaient pu et en étaient arrivés à la conclusion que cette sorte de coopération leur permettrait de servir au mieux leurs frères humains. Ils convinrent de se réunir trente ans après.
     Les quatre se retrouvèrent le jour fixé. Le premier derviche rapportait de l’Extrême-Nord un bâton magique. Quiconque le chevauchait atteignait instantanément sa destination. Le deuxième rapportait de l’Extrême-Occident un capuchon magique. Quiconque s’en coiffait pouvait immédiatement changer d’apparence et revêtir celle de n’importe quel être vivant. Le troisième rapportait, de ses recherches et de ses voyages en Extrême-Orient, un miroir magique. On y pouvait voir, à volonté, n’importe quel point du globe. Le quatrième, qui avait parcouru l’Extrême-Sud, rapportait une coupe magique capable de guérir n’importe quelle maladie.
     Ainsi équipés, les quatre derviches se mirent au travail. Ils regardèrent dans le miroir pour localiser la source de l’Eau de Vie qui leur permettrait de vivre assez longtemps pour faire bon usage de leurs instruments. Ils virent la Source de Vie ; ils s’envolèrent sur le bâton magique qui les mena en un éclair à la Source ; et ils burent l’Eau de Vie.
     Alors ils prononcèrent une formule d’invocation pour savoir qui avait le plus besoin de leurs services. Dans le miroir apparut un visage, comme surgissant de la brume, le visage d’un homme à l’article de la mort qui se trouvait à mille lieues de là.
     Les derviches enfourchèrent le bâton magique, s’envolèrent, atteignirent en un clin d’oeil la maison du mourant.
     Un serviteur se tenait à la porte.
     « Nous sommes de célèbres guérisseurs, lui dirent-ils, nous savons que ton maître est malade, laisse-nous entrer, nous allons l’aider. »
     Le serviteur rapporta ces paroles à son maître, qui lui dit de faire venir les guérisseurs à son chevet. Dès qu’il les vit, il fut pris de convulsions. Son état semblait empirer… Le serviteur chassa les quatre guérisseurs, tandis qu’une des personnes présentes expliquait que le malade était hostile aux derviches et les détestait.
     Les quatre derviches se coiffèrent un instant, l’un après l’autre, du capuchon magique. Ils prirent une apparence dont ils savaient qu’elle plairait au moribond, se présentèrent de nouveau à la porte, prétendant une fois encore être des guérisseurs.
     Dès que le maître de maison eut absorbé le breuvage dont les derviches avaient empli la coupe, il se sentit mieux. Il constata même, avec ravissement, qu’il n’avait jamais été aussi bien de toute sa vie. Comme il était riche, il fit don aux derviches d’une de ses demeures. Ceux-ci décidèrent de s’y installer.
     Chaque jour, ils se servaient des objets magiques pour secourir leurs semblables. Parfois, chacun agissait de son côté. C’est ainsi qu’un jour, alors que trois d’entre eux étaient partis aider des gens en difficulté et que le quatrième était seul à la maison avec la coupe salvatrice, des soldats vinrent le chercher : le roi de ce pays avait entendu parler de ce grand médecin et le faisait appeler pour qu’il guérisse sa fille, touchée par un mal inconnu.
     On conduisit le derviche au chevet de la princesse. Il lui donna à boire une potion de son cru, qu’il avait versée dans la coupe. Mais puisqu’il n’avait pu consulter le miroir pour savoir quel remède administrer, sa potion n’eut aucun effet.
     Voyant que l’état de sa fille ne s’était pas amélioré, le roi ordonna que le derviche soit fixé par des clous sur un mur. Ce dernier le supplia de lui laisser le temps de consulter ses compagnons, mais le roi, d’un naturel impatient, pensa que ce n’était qu’un stratagème qui lui permettrait de s’échapper.
     Dès que les trois autres derviches furent de retour, ils regardèrent dans le miroir magique pour voir où se trouvait leur ami. Le voyant sur le point de mourir, ils volèrent à son secours sur le bâton magique et arrivèrent juste à temps pour le sauver. Mais ils ne purent guérir la princesse, la coupe ayant disparu. Ils virent dans le miroir qu’elle avait été jetée, sur ordre du roi, dans les profondeurs de l’océan le plus profond du globe. Même avec les instruments miraculeux dont ils disposaient, il leur fallut mille ans pour la retrouver.
     Tirant la leçon des événements, les quatre derviches se firent une règle d’oeuvrer désormais en secret et de s’arranger habilement pour que les résultats de leurs actions, accomplies pour le bien de l’humanité, puissent trouver une explication simple et rationnelle.

 

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Une réponse à “Les quatre trésors magiques (Conte soufi)”

  1. unpeudetao dit :

    Cette légende ressemble à de nombreux contes populaires orientaux dans lesquels les personnages utilisent des instruments magiques.
    Certains y voient une allusion déguisée à l’affirmation selon laquelle Jésus n’est pas mort sur la croix. D’autres maintiennent qu’elle fait référence aux quatre techniques des principales écoles derviches orientales et à leur fusion sous l’égide des Naqshbandis en Inde et au Khorassan.
    L’interprétation qu’en donnent habituellement les soufis, c’est que le « travail derviche » consiste en quatre éléments, qui doivent être utilisés ensemble et en secret.

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