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19 janvier, 2013

Les six Jizos et les chapeaux de paille (Conte)

Classé dans : — unpeudetao @ 7:42

Il était une fois un grand-père et une grand-mère. Grand-père gagnait sa vie en confectionnant des chapeaux de paille.

 

Ils vivaient pauvrement, et une année, à la veille du jour de l’an, ils n’eurent même pas assez d’argent pour acheter les traditionnels gâteaux de riz.
Grand-père décida donc d’aller à la ville vendre quelques chapeaux de paille. Il prit cinq chapeaux, et les portant sur son dos, se mit en route. La ville était loin et après avoir longtemps marché à travers les champs, grand-père arriva enfin à destination. Il déambula dans toute la ville, criant :

 

« Chapeaux de paille, chapeaux de paille; qui veut des chapeaux! »

 

Il y avait beaucoup de monde en ville; tous les gens s’affairaient à préparer le jour de l’an, achetant du poisson, des alcools, des gâteaux de riz, puis ils rentraient chez eux. Personne n’achetait de chapeaux au grand-père. C’est que le jour de l’an, tout le monde restant chez soi, un chapeau de paille n’est pas très utile.

 

Grand-père marcha toute la journée, sillonnant la ville et vantant ses chapeaux, mais il n’en vendit pas un seul. A la fin de l’après-midi, il décida de rentrer, sans avoir pu acheter le moindre gâteau de riz.

 

Quand grand-père sortit de la ville, il commença à neiger. Il était bien fatigué, et transi de froid marchait à travers champs quand il aperçut des Jizos, statues de pierre représentant des divinités japonaises. Il y avait six statues, et sur leur tête la neige s’était amoncelée, des stalactites leur tombaient même du visage.

 

Grand-père, qui avait bon coeur, pensa que les pauvres Jizos devaient avoir bien froid. Il leur essuya donc la tête, enlevant la neige qui les recouvrait, et les coiffa des chapeaux qu’il n’avait pas réussi à vendre, murmurant :

 

« Ce sont de simples chapeaux de paille, mais acceptez-les, je vous prie.. »

 

Mais il n’avait que cinq chapeaux, et il y avait six Jizos; grand-père coiffa la dernière statue de son propre chapeau, en lui disant :

 

« C’est un chapeau bien vieux et usé, mais il vous protègera un peu. »

 

Après avoir ainsi donné ses chapeaux aux statues, grand-père reprit son chemin dans la neige.

 

Quand il arriva à la maison, grand-père était recouvert de neige. Grand-mère, le voyant sans chapeau, lui demanda ce qu’il s’était passé, et grand-père lui raconta l’histoire des Jizos :

 

« A vrai dire, je n’ai pas réussi à vendre le moindre chapeau en ville. Sur le chemin du retour, j’ai vu des Jizos, leur tête était recouverte de neige, j’ai pensé qu’ils devaient avoir froid. Alors je les ai coiffé des chapeaux que j’avais emportés, et comme il en manquait un, je leur ai aussi donné le mien. »

 

Grand-mère fut touchée en entendant ce récit, et se réjouit de la bonté de son mari :

 

« Tu as fait une bonne action. Même si nous sommes pauvres, nous avons la chance d’avoir un toit et du feu. »

 

Grand-père, qui était transi de froid, s’assit au coin du feu et grand-mère prépara le repas. Comme les chapeaux ne s´étaient pas vendus, il n’y avait pas de gâteaux de riz; aussi mangèrent-ils simplement du riz avec quelques légumes et allèrent vite se coucher.

 

En pleine nuit, grand-père et grand-mère furent réveillés par un bruit dehors; quelqu’un chantait. Les voix étaient d’abord assez lointaines, mais elles se rapprochaient de la maison, et elles chantaient ceci :

« Grand-père a donné ses chapeaux
Il les a donnés aux Jizos
Allons chez lui, allons-y! »

 

Grand-père et grand-mère étaient bien étonnés d’entendre une telle chanson; ensuite, ils entendirent un grand bruit, « Boum! » Ils allèrent voir ce que c’était, et quelle ne fut pas leur surprise en ouvrant la porte! Sur le seuil étaient disposés plein de paquets : il y avait du riz, du poisson, des alcools, des gâteaux de riz, des décorations du Nouvel An, des couvertures et des kimonos bien chauds, et bien d’autres choses encore.

 

Grand-père et grand-mère regardèrent autour d’eux, cherchant qui avait pu leur apporter tant de choses, et ils virent au loin les six Jizos qui s’éloignaient, coiffés des chapeaux de grand père. Les Jizos, reconnaissants de la bonté de grand-père, lui avaient apporté tout ce qu’il faut pour passer un Nouvel An agréable.

 

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