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6 mai, 2011

Les Soliloques du pauvre, Jehan Rictus

Classé dans : — unpeudetao @ 14:07

Ah ! toi qu’on dit l’Emp’reur des Pauvres
Ben ton règne il est arrivé.
Tu d’vais r’venir, tu l’as promis,
Assis su’ ton trône et « plein d’gloire »
Avec les Justes à ta droite ;
Et te v’ià seul dans la nuit noire
Comm’ un diab’ qu’est sorti d’sa boîte !
Sais-tu seul’ment où est ta gauche ?

 

Oh ! voui t’es là d’pis deux mille ans
Su’ un bout d’bois t’ouvr’ tes bras blancs
Comme un oiseau qu’écart’ les ailes,
Tes bras ouverts ouvrent.. le ciel
Mais bouch’nt l’espoir de mieux bouffer
Aux gas qui n’croient pus qu’à la Terre.

 

Oh ! oui t’es là, t’ouvr’ tes bras blancs
Et vrai d’pis l’temps qu’on t’a figé
C que t’en as vu des affligés,
Des fous, des sag’s ou des d’moiselles,
Combien d’mains s’ sont tendues vers toi
Sans qu’ t’aye pipé, sans qu’ t’aye bronché !

 

Avoue-le, va.. t’es impuissant,
Tu clos tes châss’s, t’as pas d’scrupules,
Tu protèg’s avec l’mêm’ sang-froid
L’ sommeil des Bons et des Crapules,
Et quand on perd quéqu’un qu’on aime,
Tu décor’s, mais tu consol’s pas.

 

Ah ! rien n’ t’émeut, va, ouvr’ les bras,
Prends ton essor et n’ reviens pas ;
T’es l’Etendard des sans-courage,
T’es l’Albatros du Grand Naufrage,
T’es le Goéland du Malheur !
Quiens ! ôt’-toi d’là et prends ta course,
Débin’, cavale ou tu vas voir,

 

Aussi vrai qu’ j’ai un nom d’baptême
Et qu’nous v’là tous deux dans la boue,
Aussi vrai qu’j'suis qu’eun’ vadrouille,
Un bat-la-crève, un fout-la-faim
Et toi un Guieu magasin d’giffes.

 

Ej’ m’en vas t’ buter dans la tronche,
J’ vas t’ boulotter la pomm’ d’Adam,
J’ m’en vas t’ rincer, gare à ta peau !

 

En v’là assez.. j’ m’en vas t’saigner,
J’ai soupe, moi, des Résignés,
J’ai mon blot des Idéalisses !

 

Arrière, arrièr’, n’va pas pus loin !
Un moment vient où tout s’ fait vieux,
Où les pus belles chos’s perd’nt leurs charmes :

 

(Oh ! v’ià qu’ tu pleur’s, et des vraies larmes !
Tout va s’écrouler, nom de Dieu !)

 

Ah ! je m’ gondole.. ah ! je m’ dandine..
Rien n’ s’écroule, y aura pas d’débâcle ;
Eh ! l’Homme à la puissance divine !
Eh ! fils de Dieu ! fais un miracle !

 

Jehan Rictus (1854 ; 1891)

 

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