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12 février, 2012

Les trois anneaux (Conte soufi)

Classé dans : — unpeudetao @ 16:52

 

     Il était une fois un homme sage, très riche, qui avait un fils.
     « Mon fils, lui dit-il un jour, voici un anneau orné de pierreries. Garde-le : il est signe que tu es mon successeur. Et transmets-le à ta postérité. C’est un objet de valeur, de belle facture, qui peut de surcroît ouvrir une porte donnant accès à des richesses. »
     Quelques années plus tard, l’homme sage eut un autre fils. Quand celui-ci eut atteint l’âge requis, il lui donna un anneau orné de pierreries, et prononça les mêmes paroles.
     Il fit de même avec son troisième et dernier fils.
     Après la mort de l’Ancien, les fils, une fois grands, revendiquèrent tour à tour la primauté en vertu de l’anneau qu’ils possédaient. Et chacun d’eux fit des adeptes.
     Personne ne pouvait dire avec certitude lequel des trois anneaux était le plus précieux. Chaque groupe prétendait pourtant que son anneau surpassait en valeur ou en beauté les deux autres.
     Chose curieuse, la « porte donnant accès à des richesses » restait fermée aux possesseurs des clés et à leurs plus proches partisans, préoccupés qu’ils étaient de la question de la préséance, de la possession de l’anneau, de sa valeur et de son apparence.
     Seuls quelques-uns cherchèrent la porte du trésor de l’Ancien.
     Ces anneaux possédaient des propriétés magiques dont l’Ancien n’avait pas parlé. Clés, certes, ils l’étaient, mais ils n’avaient pas été conçus pour ouvrir directement la porte du trésor. Il suffisait de les contempler, sans argumenter ni trop s’attacher à l’une ou l’autre de leurs qualités. Ceux qui en étaient capables pouvaient dire où se trouvait le trésor, et y accéder en reproduisant simplement le contour de l’anneau.
     Pendant ce temps, les partisans de chacun des anneaux répétaient, avec des variantes, ce qu’avait dit l’Ancien en léguant un anneau à chacun de ses fils.
     La première communauté pensait avoir déjà trouvé le trésor.
     Pour la deuxième, le trésor était une allégorie.
     La troisième renvoyait la possibilité d’ouvrir la porte à un avenir lointain et imaginaire.

 

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Une réponse à “Les trois anneaux (Conte soufi)”

  1. unpeudetao dit :

    Ce conte, dont certains disent qu’il fait allusion aux trois religions, judaïque, chrétienne et islamique, apparaît, sous des formes légèrement différentes, dans la Gesta Romanorum et le Decameron de Boccace.

    La version présentée ici passe pour être la réponse donnée par un des maîtres soufis suhrawardis à une question sur les mérites respectifs des diverses religions.
    Certains commentateurs pensent que Swift s’en est inspiré pour écrire Tale of a Tub.

    Ce texte est parfois intitulé « La Déclaration du Guide du Secret royal ».

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