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9 mai, 2012

L’esclave abusé (Conte soufi)

Classé dans : — unpeudetao @ 14:09

 

      Un homme possédait un esclave indien. Il l’avait éduqué avec beaucoup de soin et avait allumé dans son coeur la lumière du savoir. Cet homme généreux avait élevé cet esclave depuis sa plus tendre enfance dans les manières les plus raffinées. Il avait aussi une fille, aussi brillante qu’une étoile dans sa beauté. Quand cette dernière parvint à l’âge de la maturité, bien des hommes vinrent demander sa main à son père, offrant son poids d’or en compensation. Mais le père se disait :
      « Tous les biens que l’on me propose sont éphémères. Venus ce jour, ils peuvent disparaître cette nuit-même. La beauté des visages n’est pas davantage à prendre en considération car la moindre piqûre d’épine la fera pâlir. La noblesse n’est pas non plus un bon critère car beaucoup de nobles sont orgueilleux et souvent leur propre famille a honte d’eux. Quant aux savants, ils sont loin d’être parfaits. Ils ont le savoir mais pas l’amour de la foi et leurs yeux ne voient que la renommée. »
      Ainsi, après beaucoup de réflexion, il confia sa fille à un homme de foi aimé du peuple. Deux femmes lui dirent :
      « Cet homme n’est ni riche ni noble. Et il n’est même pas beau ! »
      Mais lui répliqua :
      « C’est un homme pieux et en ce bas monde, voilà qui vaut tous les trésors ! »
      La nouvelle de ce mariage se répandit et on offrit des cadeaux et des tissus précieux. Or, à cette même époque, l’esclave indien tomba malade. Il commença à maigrir et à perdre ses forces. Les médecins ne parvenaient pas à découvrir le secret de sa maladie et pourtant la simple raison disait :
      « C’est du coeur qu’il est malade et on ne guérit pas le coeur avec les pommades du corps. »
      L’esclave ne pouvait, bien sûr, avouer la cause de sa maladie. Une nuit, son maître dit à son épouse :
      « Demande-lui la raison de son état. Depuis tant d’années, tu es comme une mère pour lui et nul doute qu’il te dévoile son secret ! »
      Le lendemain, la femme alla au chevet de l’esclave et, avec beaucoup de tendresse, elle lui caressa la tête comme une mère affectueuse. Elle lui posa sa question et l’esclave répondit :
      « Jamais, je n’avais pensé que vous confieriez votre fille à un étranger. N’est-ce pas un grand dommage que la fille de mon maître soit confiée à quelqu’un d’autre tandis que le feu consume ma poitrine ? »
      À ces mots, la femme ressentit une grande colère mais elle parvint à se contenir.
      « Comment cela est-il possible ? se disait-elle, qu’un bâtard indien puisse espérer la fille de son maître ! Et dire que nous lui faisions confiance ! Il n’en était guère digne. »
      Quand son épouse l’eut informé de cet état de chose, le maître de maison dit :
      « Dis-lui de patienter. Dis-lui que ce mariage sera annulé et que nous lui confierons notre fille. Moi, je me charge de lui faire changer d’avis. N’hésite pas à dissiper ses craintes. Excuse-toi auprès de lui en disant que nous ignorions tout de son amour pour notre fille et qu’assurément, il la mérite. Ainsi, il vivra dans un rêve agréable et les rêves agréables font engraisser les hommes. Les animaux engraissent avec de la paille et les hommes avec des honneurs ! »
      La femme dit :
      « Ce sera une grande honte pour moi de lui dire pareille chose car le mensonge ne sort pas de ma bouche. Pourquoi ceci ? Laisse donc périr ce maudit !
      – Non ! Non ! reprit son époux, fais-lui ce plaisir afin qu’il guérisse. Laisse-moi le soin d’ôter l’amour de son coeur une fois que son corps aura été guéri ! »
      Quand la femme eut transmis ces promesses à l’esclave, celui-ci déborda de joie et se mit à engraisser de nouveau. Son visage se remplit de sang et il remercia Dieu. Il se demandait bien de temps en temps si tout cela ne cachait pas un piège mais son maître, pour compléter la mise en scène, invita des amis afin qu’ils viennent féliciter l’esclave et lui souhaiter bonne chance dans son mariage. Ce fut suffisant pour lui ôter tout doute et faire disparaître les derniers symptômes de sa maladie.
      Or, pour sa nuit de noces, on lui tendit un piège. On habilla un jeune homme en femme et on le para de henné. Ce jeune homme avait une apparence de poulet mais c’était en réalité un coq impétueux.
      Au moment de l’union, on éteignit les chandelles et le jeune indien se retrouva au lit avec le jeune homme tandis que la foule battait du tambourin à l’extérieur. L’indien poussa des cris et appela au secours, mais le bruit de la fête couvrait ses appels. Jusqu’à l’aube, le pauvre esclave fut comme un sac de farine lacéré par un chien. Puis, on l’emmena au hammam, ainsi qu’il est de coutume pour les jeunes mariés. Quand on le ramena à sa chambre de noces, il vit la fille de son maître venue l’accueillir, accompagnée de sa mère. Il se protégea vivement de ses deux mains et s’écria :
      « Que Dieu protège celui qui voudra t’épouser, car dans la journée, tu es fraîche comme la plus belle des femmes, mais la nuit, ton membre est comme celui d’un âne ! »
      Voilà ! Il en va ainsi des biens de ce monde. Ils sont agréables de loin et sinistres de près. Comme une jeune mariée, ce monde est rempli de manières. Mais, de près, il n’est qu’une vieille femme desséchée.

 

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