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30 janvier, 2011

L’homme qui marchait sur l’eau (Conte soufi)

Classé dans : — unpeudetao @ 15:56

 

 

Un derviche à l’esprit conformiste, membre d’une communauté dévote à la règle austère, longeait la berge d’un fleuve, absorbé dans des réflexions moralisatrices et scolastiques : c’est la forme qu’avait prise l’enseignement soufi dans sa communauté. Pour tout dire, notre homme assimilait la recherche de la Vérité absolue à la religion émotionnelle.
Le fil de ses pensées fut soudainement rompu par un cri.
Quelqu’un lançait l’invocation rituelle.
« Son invocation ne vaut rien, pensa-t-il : il prononce les syllabes de travers. Au lieu de psalmodier : ya hou !, il crie : ouya hou ! »
Il était de son devoir, lui qui avait étudié avec zèle, de corriger ce malheureux qui n’avait sans doute pas eu la chance d’être correctement guidé et faisait probablement de son mieux pour s’harmoniser avec l’idée derrière les sons.

 

Le derviche loua une barque et rama en direction de l’île qui s’étendait au milieu du fleuve. Le cri semblait venir de là.
Sur l’île, il découvrit une hutte de roseaux. Dans la hutte, un homme revêtu de la robe rapiécée se balançait au rythme de la répétition de la formule initiatique.
« Mon ami, lui dit-il, tu prononces la formule de travers. Il m’appartient de t’indiquer comment tu dois la prononcer. Il acquiert du mérite celui qui donne conseil, il acquiert un égal mérite celui qui prend conseil. Voici comment il faut dire. »
Il psalmodia la formule de la façon correcte.
« Merci », dit le second derviche avec humilité.

 

Le premier derviche remonta dans sa barque, content d’avoir fait une bonne action.
Après tout, ne dit-on pas que celui qui prononce la formule sacrée comme elle doit l’être acquiert le pouvoir de marcher sur l’eau ?
Il n’avait jamais vu personne accomplir pareil prodige et, pour une raison ou pour une autre, il espérait en être un jour capable.

 

De la hutte de roseaux ne lui parvenait plus aucun son, mais il était sûr que la leçon avait porté.

 

Soudain, il entendit un ou ya hésitant.
« Le derviche de l’île s’obstine à dire la formule à sa manière ! » pensa-t-il.
Il réfléchissait sur l’humaine propension à s’entêter dans l’erreur, quand il leva la tête. Il n’en put croire ses yeux :
le derviche de l’île venait vers lui, marchant à la surface de l’eau..

 

Frappé de stupeur, il s’arrêta de ramer.

 

L’autre s’approcha.
« Frère, dit-il, pardonne-moi de te déranger : je suis venu te demander de me redire comment il faut prononcer la formule, j’ai du mal à m’en souvenir.. »

 

* On ne peut reproduire dans les langues occidentales qu’une des gammes de sens de ce conte. Dans les versions en langue arabe, des mots ayant la même prononciation mais des significations différentes, des homonymes, sont employés pour signaler qu’il s’agit non seulement d’une histoire dont on peut tirer une morale mais d’un artefact conçu pour amener la conscience plus profond.
On trouve cette histoire dans la littérature populaire orientale. Elle apparaît aussi dans des manuscrits derviches, dont certains sont très anciens.
La présente version provient de l’Ordre assaassin (« essentiel », « originel »).

 

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