• Accueil
  • > Livre d’aliénations, Clara Janés Nadal

20 août, 2014

Livre d’aliénations, Clara Janés Nadal

Classé dans : — unpeudetao @ 8:19

LIEBESTOD Pendant que s’écoule la vie se démembrant  en un suicide lent et sournois  le cœur n’entrevoit qu’une seule victoire:  se dresser dans le vide avec violence  et précipiter la mort. Du moment que celle-ci soit la mort  du fleuve débordant:  une mort d’amour PAS A PAS Je me méfie de ceux  qui n’ont jamais envisagé  le suicide.  Ils font pas à pas le chemin,  aveugles à l’abîme qui sans relâche  traque l’homme. Ils entrent dans la roue mathématique  de la matière.  Ils deviennent invulnérables  au désespoir.  Ils comptent même, froidement,  avec le cœur

 

COMMUNIQUE J’apporte un lambeau de souffrance  que j’arrachai au regard  d’une vieille femme,  morceaux de tristesse  trouvés dans les cartables  des enfants  entre les divisions  à deux chiffres.  Je recueille les lamentations,  la douleur des femmes  qui sans défense se fanent au soleil  des balcons,  celle des hommes solitaires et timides  qui se blottissent près des poêles  ou noient leurs yeux  dans les verres de vin.  Je cherche des cœurs piétinés,  sourires vaincus,  pensées de panique ou de dégoût. Cependant, je dois vous dire, que  je ne sais pas encore vraiment  ce que je pourrais précisément faire  de tout cela.

 

DESIR I Les larmes,  unique main sur le visage ardent  qui définit l’abîme  que la parole  ne parvient pas à chasser…  Dans l’escalier en fuite  l’image se défait  et le corps est tel un puits insatiable  vers  lequel  seules  les larmes  avec une compassion feinte  affluent  pour glisser  un soulagement fuyant  qui ne donnera jamais de souffle  aux exsangues membres traqués  irrémédiablement renversés.

 

RESPECT Accepter de ne plus être avec l’autre  pour que l’autre soit.  Respecter de cette façon jusqu’à la déchirure  la liberté d’autrui.  Se refuser à l’humble espérance de la limite  du désir castrateur.  Se réduire volontairement au silence perpétuel

 

INVOLUTION I Ma prison est mon front,  mes yeux ne sont que chagrin,  eau et oubli  sur un miroir en blanc.

 

DESIR II Mieux vaut la mort  que le corps incandescent  qui tombe à la dérive  parmi les estampes fugaces du vide  qui regardent et tournent  le dos noir  à la terrible fièvre Mieux vaut la mort.

 

DESIR III Mieux vaut la mort  que cette agonie muette  qu’exhale encore le souffle  capable de lier  la vie à la folie. Mieux vaut la mort.

 

CERCUEIL Ma vie est une braise  cernée de mort.  D’ici je ne sortirai plus,  je n’ai jamais eu de courage… Quand l’amour  fut l’autre  celui qui m’arracha  de ce cercueil vers l’extérieur,  qui se chargea de mon corps  et m’emmena en volant  dans les vertes prairies.

 

POST COITUM De l’espoir à l’acte  et de l’acte au vide  du vide à l’espace et à l’instant présent  un arc s’est tracé,  un arc irrévocable. … et cependant…

 

FUGIT AMOR Pour toi j’ai arraché une rose  de l’ardent bouquet du crépuscule,  un éclat de lumière  à l’ombre menaçante de la mort. Mais de l’endroit exsangue entre tes mains  je pressentais le bonheur fuyant,  et la corole triomphante du feu  accomplit déjà son destin de cendre.

 

AUTORECONCILIATION Libre dans le cercle physique du désamour,  avec la terrible charge de tristesse,  je mets le pied à l’étrier  et je domine mon pas.  Ma limite m’accueille  et de l’intérieur  me fait vaincre le vertige  en me montrant l’image de mon visage:  des yeux couverts de rosée,  le front d’aurore démolie,  des lèvres scellées de mitraille,  réserves d’absences du néant.

 

ALIENATION II …j’ai toujours vécu  en fonction du désir,  dans une négation  complète et obstinée,  consciente:  autocastrée.

 

Clara Janés Nadal (Née en 1940), espagnole contemporaine.

 

*****************************************************

 

Laisser un commentaire

Ilona, Mahée et Mila. |
Amour, Beauté, Paroles, Mots. |
Les Ailes du Temps |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | David Besschops
| professeur.de.français
| billierose