13 mai, 2012

Mat (Conte soufi)

Classé dans : — unpeudetao @ 5:26

 

      Un pauvre était tombé dans un dénuement extrême. Les tourments de la misère empoisonnaient son coeur. Il adressa un jour cette prière à Dieu :
      « Ô Toi qui entends toute prière ! Tu m’as créé sans effort. Alors, offre-moi ma subsistance sans que j’aie besoin de m’en préoccuper. Tu as posé cinq perles sur ma tête et cinq sens cachés. Il m’est impossible de dénombrer les faveurs que tu as eues pour moi. Offre-moi aussi ma subsistance ! »
      Il priait ainsi, sans cesse, espérant que Dieu l’exaucerait. Mais, voyant le temps s’écouler, il se prenait à douter. Comme il se fatiguait de prier et sombrait dans le désespoir, Dieu lui suggéra :
      « Dieu est Celui qui abaisse et qui élève. Tout ce qu’il entreprend procède de cela. Vois la bassesse de la terre et la hauteur du ciel. Vois les années, une moitié dans la sécheresse et l’autre dans la verdure. Vois le temps qui s’accroît le jour et diminue la nuit. Le monde s’envole avec ses deux ailes. Les hommes sont de toutes couleurs mais dans le tombeau, ils deviennent tous de même couleur. »
      Notre subsistance est un vin versé dans une coupe d’or. La subsistance du chien, c’est sa pâtée dans son écuelle. Nous avons rendu la foule des nommes amoureuse du pain. Mais il existe des hommes qui sont ivres du Bien-Aimé. Puisque tu es satisfait de la nature, pourquoi tentes-tu de te soustraire à elle ?
      Un jour, notre pauvre fit un rêve, alors qu’il dormait. Mais les soufis peuvent rêver sans dormir. Dans son rêve, il entendit une voix dé l’inconnu qui lui disait :
      « O homme en détresse ! Va chez le papetier et cherches-y un papier dissimulé parmi d’autres, de telle forme et de telle couleur. Va le lire dans un lieu écarté et évite soigneusement que quiconque soit là au moment de cette lecture. Mais, si jamais ce secret était dévoilé, ne crains rien car nul autre que toi ne saurait en profiter. Et si un retard survient, prends patience et répète le verset : « Ne perdez pas l’espoir de la miséricorde ! »"
      Le pauvre fut si content de ce message que le monde lui en sembla comme rétréci. Et si Dieu n’y avait veillé, nul doute qu’il n’eût péri sous le coup de l’émotion.
      Il se rendit en hâte chez le papetier et se mit à trier les papiers. Il finit effectivement par mettre la main sur le papier qui lui avait été décrit dans son rêve. Et il se retira dans un endroit calme pour le lire. Et cette lecture le plongea dans l’étonnement : comment le plan d’un tel trésor pouvait-il se trouver parmi les articles du papetier ? Le pauvre se dit alors :
      « Dieu est le protecteur de toute chose. »
      Même s’il comblait les vallées d’or et d’argent, nul ne pourrait en profiter sans permission. Même si tu lisais des milliers de pages, il ne t’en resterait rien sans Sa volonté. Sache que l’univers céleste est à l’opposé de la compréhension humaine. Car la mouche ne peut être l’intime de la huppe.
      Sur le papier, il était écrit :
      « En dehors de la ville, il existe un bâtiment surmonté d’une coupole. Il tourne le dos à la ville et regarde en direction de l’étoile du berger. Va là-bas, tourne le dos à la ville et porte ton regard vers La Mecque. De là, tire une flèche et creuse à l’endroit où celle-ci tombera. »
      Plein d’ardeur et de joie, notre homme se hâta d’exécuter tout ceci ponctuellement. Mais, il usa sa pelle et sa pioche sans qu’aucun trésor apparaisse. Chaque jour, il lançait une nouvelle flèche et creusait un nouveau trou. C’était devenu là son travail quotidien et les gens de la ville se mirent à parler de ces curieuses activités. Des jaloux allèrent avertir le sultan.
      Quand le pauvre sut que le sultan avait été informé de son état, il décida d’accepter son destin et de se rendre au sultan. Il alla au palais et, avant qu’on ne le torture, remit le papier en disant :
      « Tenez ! Il n’y a aucune trace de trésor. Il vaut bien mieux que ce soit un chômeur comme le sultan qui s’occupe de cette affaire. S’il trouve un trésor, qu’il le garde ! Le chemin du désespoir est dangereux pour la raison et il faut de l’amour pour prendre ce chemin. »
      Et ainsi libéré de ses ennemis jaloux, il se concentra davantage sur son unique passion.
      Le chien guérit sa blessure en la léchant lui-même. Pour qui connaît les tourments de l’amour, il n’existe aucun autre ami. Personne n’est plus fou qu’un amoureux car la raison est aveugle et sourde devant l’amour. C’est un type de folie bien particulier et le médecin n’y peut rien. Si un médecin tombait un jour dans pareille folie, il laverait ses livres de médecine de son propre sang.
      Lorsqu’il priait, le pauvre se tournait vers son coeur et disait :
      « L’homme récolte l’équivalent de son effort. »
      Bien qu’il eût longtemps prié sans recevoir, il restait constant dans ses prières car, bien qu’il ne fût pas exaucé, il percevait une réponse. Comme il avait confiance en la générosité divine, son oreille entendait : « Oui ! »
      N’appelle pas cet oiseau car il s’envole vers toi. Sa subsistance est auprès de toi. Même s’il monte très haut dans le ciel, sa pensée est toujours tournée vers ton piège. Moi je suis malade et Toi, tu es le fils de Marie qui me rendra la santé. Ceci est le cri que Lui a mis en évidence. Ô mon Dieu ! ne rends pas apparent ce qui est caché ! Comme le ney, nous avons deux bouches. L’une d’elles est placée entre les lèvres et l’autre se lamente. Mais, si le ney ne connaissait pas la faveur des lèvres, cet univers ne connaîtrait pas le sucre. Il est préférable que Joseph reste au fond du puits car ses frères sont jaloux. Je suis ivre et voudrais me jeter au milieu des querelles. Qu’est-ce qu’un puits ? Moi, je viens de planter ma tente au milieu du Sahara. Offre-moi une coupe de vin et vois la grandeur de mon ivresse. Laisse là ce pauvre qui attend son trésor car nous, nous sommes noyés dans l’océan de plaisir. Ô pauvre ! Réfugie-toi auprès de Dieu mais n’espère rien d’un noyé.
      Ô échanson ! Verse une grande coupe à cet homme qui me regarde avec réprobation. Je connais tout son jeu : il est mat !

 

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