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17 décembre, 2014

Mon Christ, Auguste BERTOUT

Classé dans : — unpeudetao @ 16:22

Quelle fausse idée, ô Poète, Te fais-tu donc de notre Dieu, Que tu voudrais bien, pour un peu, Réduire à l’état de squelette ? Pourquoi tant d’admiration Pour cette face émaciée, Cette jambe maigre pliée ? Quel corps pour l’adoration ! Tu veux que devant cette image Un croyant se mette à genoux, Et l’implore pour lui, pour nous, Ce Dieu mince au pâle visage ! Mais ton Christ est comme ton chant : Il est maigre, chétif et grêle, Et l’on dirait que son corps frêle Va crouler, tant il est penchant. Si je dois me mettre en prière Devant le souverain des cieux, Sa face charmera mes yeux En les inondant de lumière.. Lorsqu’il devait représenter Le vieil Adam ou quelque archange, Nous voyons le grand Michel-Ange, Robustement, les charpenter. Ce sont des géants véritables Qu’il nous a forcé d’admirer. Pas un trait ne vient déparer Ces images inimitables. Et, dans son Jugement dernier, N’est pas une seule figure, Même ayant subi la torture, Qu’on ne veuille déifier. Qu’il est superbe, son Moïse ! Quel respect et quelle ferveur Inspire son divin Sauveur ! On le désigne sans méprise. C’est bien le Rédempteur, le Dieu Devant qui notre orgueil succombe. À sa voix tous quittent la tombe Et montent au séjour du feu. .. Je veux pour le Sauveur du monde L’immense et gigantesque croix Que, la nuit, dans le ciel, je vois Briller sur sa coupole ronde, Et, sur ce céleste échafaud, Un géant aux formes splendides, À la peau blanche, aux yeux limpides, Un Dieu superbe et sans défaut. Son front est couronné d’étoiles, Tout son corps en est recouvert, Et, de son large flanc ouvert, Pendant les nuits claires, sans voiles, Je vois couler cette blancheur Que l’on nomme route lactée : C’est, pour moi, la voie enchantée Qui conduit, vers lui, le pécheur. Rentré sous mon toit solitaire Ce Christ vient éclairer ma nuit ; Je le vois alors qui grandit, Remplissant l’espace stellaire, Embrassant les globes de feu, Les tenant, leur donnant la vie. Sa forme n’est plus asservie, – C’est bien lui le vrai, le seul Dieu !

 

Auguste BERTOUT (XIXe-XXe siècle).

 

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