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5 mai, 2012

Nourgir, l’homme qui captait la lumière (Conte soufi)

Classé dans : — unpeudetao @ 14:45

 

      Il était une fois un derviche qui s’appelait Nourgir, « celui qui capte la lumière », parce qu’il avait un pot d’argile qui recueillait la lumière du jour, même la lueur d’une bougie, et la dispensait quand il le voulait.
      « Nous ne nions pas le fait, lui dit un savant, que ton pot de terre-piège à lumière possède des caractéristiques remarquables. Non, ce que nous mettons en doute, c’est le pouvoir que l’on te prête de sonder le cœur des hommes.
      « S’il est vrai que tu peux percevoir le caractère et les aptitudes des gens, comment se fait-il alors que quelqu’un t’ait vendu tout à l’heure un melon qui s’est révélé insipide ?
      – Veux-tu venir avec moi ? dit Nourgir : nous allons faire une expérience. »
      Le savant refusa, et fit courir le bruit que Nourgir n’était qu’un charlatan.
      Cela faisait des mois déjà que le savant diffamait le derviche, quand ils se retrouvèrent tous les deux à la cour du roi qui régnait en ce temps-là.
      Le roi montra de l’intérêt pour la dispute.
      « Il m’est venu aux oreilles, dit-il, que ce savant a défié ce derviche, mais qu’il ne veut pas le laisser faire la démonstration de ses capacités. Pareille attitude menace l’ordre des choses et trouble la tranquillité publique. Le savant sera condamné pour comportement de chacal, condamnation par moi-même prononcée, à moins qu’il veuille bien cesser de discourir sur les faits, et consente à s’exposer aux réalités. Je ne peux croire qu’il se révèle finalement un esclave des mots, ainsi qu’on pourrait être amené à le conclure s’il devait s’appuyer sur une opinion mal informée pour apporter ses preuves, épancher son fiel et recourir à la calomnie, ou faire l’une ou l’autre de ces choses qui sont la marque du prétendu savant, par opposition au vrai savant.
      – Tes désirs sont pour nous des ordres », dirent le derviche et le savant.
      Le derviche emmena le savant au sommet d’une montagne et le força à rester avec lui trois jours et trois nuits, pendant lesquels il l’entretint de la science traditionnelle des derviches. Puis il le fit redescendre jusque dans un défilé encaissé entre deux parois rocheuses. Venant à leur rencontre, une multitude, conduite par le roi, progressait avec peine sur l’étroit sentier, les uns à cheval, les autres à dos d’âne ou de mulet, d’autres à pied. Quand ils furent à portée de voix, le derviche leur dit :
      « Regardez, je vais mettre la main sur l’épaule de ce savant, et lui conférer un peu de mon pouvoir de perception. Quand chacun de vous abordera le détour du sentier, le savant aura aussitôt conscience de ses pensées intimes. Il aura du même coup la réponse à sa question, celle de savoir pourquoi les derviches n’usent pas de leurs pouvoirs tout le temps. »
      À mesure que, l’un après l’autre, les gens dépassaient l’endroit désigné, le visage du savant blêmissait, tandis qu’il criait : « Cet individu est répugnant. Pouah ! » ou « Ne fais pas ce que tu projettes de faire, ô homme : si tu fais cela, tu cours à ta perte ! » À la vue d’un autre, il dit : « Celui-là, qui semble mauvais, grâce à lui, beaucoup seront sauvés ! »
      Ses paroles étaient si confuses que tous pensèrent qu’il était devenu fou. Son visage s’était creusé, sa barbe noire avait blanchi : on eût dit un vieillard.
      Après avoir parlé ainsi pendant près d’une heure, le savant se dégagea d’un mouvement violent de la main du derviche et se jeta aux pieds du roi.
      « Majesté, implora-t-il, je ne supporterai pas cette connaissance une seconde de plus. J’ai vu des gens qui avaient l’air de saints, et j’ai perçu que c’étaient des poseurs. Pire : j’ai vu des hommes qui pensaient être des hommes de bien, et le « mal » en eux consistait à croire que le chemin qu’ils suivaient était le bon. J’ai vu et ressenti des choses qu’aucun homme sur terre n’est censé éprouver.
      – Cette expérience t’a-t-elle permis d’acquérir de la sagesse ? demanda le roi.
      – Je comprends maintenant, dit le savant : si quelqu’un devait rester sensible tout le temps à l’état réel des humains, il deviendrait fou.
      – Tu sais désormais, dit Nourgir, que la science traditionnelle des derviches inclut la capacité de savoir quand être éveillé et quand rester endormi. »

 

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2 réponses à “Nourgir, l’homme qui captait la lumière (Conte soufi)”

  1. unpeudetao dit :

    Honte à vous, pareils à des tout petite la veille d’une fête !
    Combien de temps encore serez-vous « quelqu’un qui attend demain » ?
    Proverbe.

  2. unpeudetao dit :

    Ce monde a la beauté d’une jeune mariée. Mais prends garde :
    Elle stupéfie, cette mariée-là. Qui pourrait l’épouser ?
    Anwar-i-Suhaili.

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