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7 novembre, 2010

Ô étoile de France, Walt Whitman

Classé dans : — unpeudetao @ 10:35

O étoile de France,
La brillance de ton espoir, de ta force, de ton renom,
Ainsi qu’un fier vaisseau qui a longtemps mené la flotte,
Semble aujourd’hui l’épave emportée par le vent, carcasse démâtée,
Et dans le grouillement des foules affolées, demi-noyées,
Aucun timon, nul timonier.

 

Faible étoile, étoile touchée,
Astre, non pas de la France seule, symbole pâle de mon âme, et ses plus chers espoirs,
Combat, audace, divine rage de liberté,
Astre d’aspirations au lointain idéal, rêves de fraternité d’hommes fervents,
Astre de terreur pour le tyran et pour le prêtre.

 

Étoile crucifiée, par des traîtres vendue,
Étoile palpitant au-dessus d’une terre de mort, héroïque terre,
Terre étrange, passionnée, ironique, terre frivole
Infortunée ! Mais pour tes erreurs, tes vanités, tes péchés, je ne te blâmerai pas maintenant,
Tes malheurs sans exemple, tes affres ont tout comblé
Et t’ont faite sacrée.
Parce que, malgré tes fautes innombrables, tu visas toujours haut,
Parce que jamais tu ne te serais vraiment vendue, quel qu’en soit le prix,
Parce que c’est en pleurant que tu t’es réveillée de ton sommeil drogué,
Parce que toi seule de tes soeurs, toi, géante, as pourfendu ceux qui t’humiliaient,
Parce que tu ne pus ni ne voulus porter les chaînes coutumières,
Cette croix, cette face livide, ces mains et ces pieds transpercés,
Ce coup de lance à ton flanc.

 

O étoile ! O navire de France, ressaisis-toi, même longtemps déconcertée !
Tiens tête, Astre touché ! O navire, persiste !

 

C’est sûr, ainsi que le navire universel, la Terre même,
Produit d’un feu mortel et d’un trouble chaos,
Issue des spasmes furieux et des poisons,
Est sortie à la fin parfaitement puissante et belle
Pour suivre à jamais sa course sous le soleil,
Il en sera ainsi de toi, vaisseau de France !
Les jours seront passés, les nuages chassés,
Les souffrances finies, et ce sera la délivrance tant attendue
Lorsque, vois, ressuscitée, haut par-dessus le monde européen
(Et dans sa joie répondant de là-bas, comme dans un lointain face à face,
À notre Columbia, et lui renvoyant son image)
De nouveau ton étoile, O France, belle étoile brillante,
Dans une paix céleste, plus claire, plus radieuse que jamais,
Resplendira, immortelle.

 

O étoile de France, 1871, dans Feuilles d’herbe,
Walt Whitman (États-Unis d’Amérique, 1819 1892).
Traduit par Jean-Pierre Darmon.

 

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