13 avril, 2018

Claudius POPELIN : Sagesse

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 5:09

Quand l’homme vieillissant a dévidé son sort,

Quand il touche du doigt la funeste barrière,

Il voit, avec terreur, le bout de sa carrière,

Et son âme se trouble aux affres de la mort.

Il détourne les yeux de son lugubre abord,

Son être se raidit et se jette en arrière ;

Mais, puisque rien n’y fait, ni larmes, ni prière,

J’estime qu’il s’émeut et qu’il s’effraie à tort.

La vie est longue assez quand elle est bien remplie,

Et tout est obtenu si l’œuvre est accomplie.

Qu’importe d’ajouter des instants aux instants ?

Une ère, un siècle, un jour, c’est même chose en somme ;

On vivrait cent mille ans que ce serait tout comme :

Ce qui doit prendre fin n’est qu’un point dans le temps.

Claudius POPELIN (1825-1892).

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12 avril, 2018

François CASALE : Sagesse

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 4:53

Oui, la douleur est le livre

Trop prompt à s’ouvrir ;

Quand on se regarde vivre,

On se voit souffrir.

Dès qu’ont passé les années

Des berceaux vainqueurs,

Bien des choses sont fanées

Au fond de nos cœurs.

Bien des chimères éteintes

Ne reviendront plus.

Laissons-les partir sans plaintes

Ni pleurs superflus.

Allons aux champs de la vie

Puisque c’est la loi ;

Plions notre âme asservie

Sans chercher pourquoi.

Sous les cieux gris ou superbes,

Chacun à son tour,

Lions gerbes après gerbes

Tout le long du jour.

Travaillons à l’œuvre fière,

Soyons purs et bons :

Quand viendra l’ombre dernière

Nous nous en irons ;

Nous apporterons au Maître

Notre long effort,

Et nous comprendrons, peut-être,

La Vie et la Mort !

François CASALE (XIXe-XXe siècles).

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11 avril, 2018

Hermann HESSE : La croix qui s’incline

Classé dans : lecture, ecriture — unpeudetao @ 4:48

On m’a rapporté que naguère, dans notre province, un chevalier avait assassiné le père d’un autre chevalier. Il advint fortuitement que le meurtrier tomba au pouvoir du fils de la victime. Comme il brandissait son épée pour le tuer afin de venger son père, le meurtrier se jeta à ses pieds en disant : « Seigneur, je vous en supplie pour l’amour de la sainte croix sur laquelle Dieu a pris le monde en pitié, prenez aussi pitié de moi ! » Frappé par ces paroles, le fils resta interdit, se demandant ce qu’il devait faire, et la pitié se fit si forte en lui qu’il releva l’homme et dit : « Vois, pour l’amour de la sainte croix, afin que Celui qui a souffert sur elle me pardonne mes péchés, non seulement je te tiens quitte de ta faute, mais je serai désormais ton ami. » Et il lui donna le baiser de paix.

Peu de temps après, portant le signe de la croix, le chevalier traversa la mer, et lorsque avec d’autres croisés, des hommes considérés de sa province, il se rendit à l’église du Saint-Sépulcre et passa devant le premier autel, du haut de la croix l’image du Seigneur s’inclina profondément devant lui. Certains d’entre eux, voyant cela mais sans savoir à qui s’adressait cet honneur extrême, délibérèrent et retournèrent ensuite un par un à cette même place, mais devant aucun l’image ne s’inclina, sinon devant lui. Ils lui en demandèrent alors la cause, et tandis qu’il s’avouait indigne d’un tel hommage, l’histoire que nous avons racontée plus haut lui revint en mémoire. Les frères auxquels il la raconta s’émerveillèrent d’une telle humilité de Dieu et surent que l’image s’inclinait en signe de remerciement.

Hermann HESSE (1877-1962), allemand.

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10 avril, 2018

Jules VERNE : Le silence dans une église

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 4:00

Au levant de la nef, penchant son humide urne,

La nuit laisse tomber l’ombre triste du soir ;

Chasse insensiblement l’humble clarté diurne ;

Et la voûte s’endort sur le pilier tout noir ;

Le silence entre seul sous l’arceau taciturne,

L’ogive aux vitraux bruns ne se laisse plus voir ;

L’autel froid se revêt de sa robe nocturne ;

L’orgue s’éteint ; tout dort dans le sacré dortoir !

Dans le silence, un pas résonne sur la dalle ;

Tout s’éveille, et le son élargit sa spirale,

L’orgue gémit, l’autel tressaille de ce bruit ;

Le pilier le répète en sa cavité sombre ;

La voûte le redit, et s’agite dans l’ombre..

Puis tout s’éteint, tout meurt, et retombe en la nuit !

Jules VERNE (1828-1905).

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9 avril, 2018

bonjour

Classé dans : Non classé — unpeudetao @ 4:48

La joie est dans chaque chose, c’est à nous de la découvrir.

Confucius.

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Théodore de BANVILLE : Le printemps

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 4:46

Te voilà, rire du Printemps !

Les thyrses des lilas fleurissent.

Les amantes qui te chérissent

Délivrent leurs cheveux flottants.

Sous les rayons d’or éclatants

Les anciens lierres se flétrissent.

Te voilà, rire du Printemps !

Les thyrses de lilas fleurissent.

Couchons-nous au bord des étangs,

Que nos maux amers se guérissent !

Mille espoirs fabuleux nourrissent

Nos coeurs gonflés et palpitants.

Te voilà, rire du Printemps !

Théodore de BANVILLE (1823-1891).

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8 avril, 2018

Abbé Georges FLAYEUX : La première fleur du printemps

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 6:16

Aujourd’hui, parmi la prairie

Où j’allais, joyeux promeneur,

Du printemps, fraîche épanouie,

J’ai trouvé la première fleur.

Humble violette, trahie

Par son parfum plein de douceur !

Dans le gazon je l’ai cueillie

Et je l’ai mise sur mon cœur.

Puis, le soir, à l’heure où résonne

L’angélus qu’emportent les vents,

Je viens seul prier la Madone

Et je lui dis en même temps :

« Ô douce Vierge, je te donne

La première fleur du printemps. »

Abbé Georges FLAYEUX (1868-1906).

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Évangiles de Thomas, logion 113

Classé dans : lecture, ecriture — unpeudetao @ 6:13

Les disciples lui disaient :

Le Royaume, quand viendra-t-il ?

 

Jésus répondit : Ce n’est pas en le guettant qu’on le verra venir. On ne dira pas : Voici il est là, ou il est ici.

Le Royaume du Père est répandu sur toute la terre et les hommes ne le voient pas.

 

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7 avril, 2018

Lucien PATÉ : Toujours aimer

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 4:43

Moi, je veux admirer, car c’est aimer toujours !

Les Admirations sont les soeurs des Amours.

Tout enfant, j’adorais les beaux vers et les roses.

J’avais des pâmoisons devant les belles choses.

J’admirais par les yeux, – par l’esprit plus encor.

Je me cachais de tous pour ouvrir mon trésor,

Quelque chef-d’oeuvre antique ! Et mon esprit agile

Volait aux rendez-vous que me donnait Virgile !

Du jour qu’à mon oreille il chanta, je l’aimai ;

Et cet amour en moi naquit au mois de mai.

L’abeille butinait tout autour de mon livre.

J’admirais, – non, j’aimais et je me sentais vivre !

L’esprit, comme le coeur, a des éveils charmants.

Il ne sait, cherche, hésite, et des ravissements

Lui viennent, chaque fois que, dans l’ombre cachée,

Se lève, à son appel, une image couchée,

Qui dormait dans un livre ainsi que dans son lit,

Et s’y rendort, quand c’est un profane qui lit !

Car, pour l’esprit, le Livre est la forêt magique

Où, sous les mots muets, l’Image léthargique

Peut dormir deux mille ans sans en craindre d’affront,

Sans ride, inaltérable et la fraîcheur au front,

Aussi jeune, aussi pure, en sa divine argile,

Que lorsqu’elle jaillit du cerveau de Virgile,

Toujours prête à l’éveil en s’entendant nommer,

Morte pour tous, hormis pour qui la sait aimer !

Lucien PATÉ (1845-1939).

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6 avril, 2018

Clemens BRENTANO : Cri de printemps

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 3:09

d’un serviteur depuis l’abîme

I

Maître, sans ta miséricorde,

Je vais me morfondre en l’abîme,

Si tes bras puissants ne veulent

Me remettre en la lumière.

II

Chaque année ta bonté pénètre

Dans la terre et dans les cœurs,

Chaque année tu fais renaître les fleurs,

Et réveilles en moi d’anciennes douleurs.

III

Né une seule fois à la lumière,

Mais déjà mort mille fois,

Je suis perdu sans toi,

Sans toi je m’abîme en moi-même.

IV

Quand la terre ainsi s’émeut,

Quand la brise souffle le soleil,

Alors s’ébranle aussi le flot

Figé dans ses liens de mort.

V

Et dans mon cœur frissonne alors

Une fontaine amère et trouble,

Quand le printemps guette dehors,

Le flot d’angoisse resurgit.

VI

Hélas ! J’ai foré ce puits

Dans les couches empoisonnées,

Que le temps a déposées,

Et il n’est que peu muré.

VII

Quand partout s’enflent les sources,

Quand le sol accouche et lutte,

Les vagues poissonneuses déferlent,

Qu’aucun juron ni bon mot ne refoule.

VIII

Je crie aux autres : « Nage, nage »,

Ce cri ne peut me servir,

Car c’est en moi que l’affreux Déluge

Monte et jaillit par mes yeux.

IX

Tous les agneaux chatoyants, que jadis

Je saluais, me semblent méchants troupeaux,

Les doux fruits qui m’ont mûri

Ont un goût de fiel amer.

X

Seigneur, aie miséricorde,

Que mon cœur reprenne vie,

Aucun des printemps de la terre

N’eut encore de moi pitié.

XI

Maître, quand toutes les mains t’approchent

Avec des coupes pleines de suaves présents,

Jamais mon amère offrande

Ne pourra te racheter ma faute.

XII

Ah, j’ai beau fouiller plus bas,

Creuser, et pleurer, jamais

Je n’étancherai assez ce flot

Pour toucher au pur fond de cristal.

XIII

Les parois toujours s’effondrent,

Chaque couche m’a menti,

Mes mains saignent de travail

Et brûlent dans les flux amers.

XIV

Malheur, l’espace se resserre,

Les flots sont plus véhéments,

Ô Seigneur, je n’en puis plus,

Ouvre ton vaste arc-en-ciel.

XV

Je t’enjoins, Seigneur, de m’épargner,

Seigneur, j’ai jadis entendu

Dire qu’en ton sang vivait

Un salut miraculeux.

XVI

Aussi dois-je crier vers toi,

Crier depuis l’abîme amer,

Même si tu ne pouvais pardonner

Que si hardiment ton serviteur t’appelle !

XVII

Qu’en moi la source de lumière

Coule à nouveau, pure et sainte,

Ô Jésus, fais-moi ruisseler

Une goutte de ton sang !

Clemens BRENTANO (1778-1842), poète et romancier allemand.

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