4 juin, 2018

Hermann HESSE : De la perfidie du démon

Classé dans : lecture, ecriture — unpeudetao @ 4:58

Jadis vivait un ermite qui se tenait dans sa caverne et servait Dieu jour et nuit avec une grande piété. Mais un beau jour il se trouva près de sa cellule un berger qui faisait paître ses moutons. Or il advint un jour que le pâtre succombât au sommeil et qu’un brigand survînt qui lui déroba tous ses moutons. Or sur ces entrefaites, le maître du troupeau vint aussi et demanda au berger où étaient ses moutons. Celui-ci alors se mit à jurer qu’il avait, certes, perdu ses moutons, mais comment, ça il n’en savait rien du tout. Lorsque le maître entendit cela, il entra en fureur et l’assomma. Quand l’ermite vit cela, il se dit en son cœur : « Ô mon Dieu, vois, cet homme a accusé et tué un innocent. Puisque tu permets que puisse se produire une telle chose, je veux rentrer dans le monde vivre comme les autres. » Ayant pensé cela, il quitta son ermitage et se mit en chemin pour regagner le monde. Mais Dieu ne voulut pas le laisser se perdre et lui envoya un ange sous une figure humaine, afin de l’accompagner. Et lorsque l’ange eut rencontré icelui sur la route, il lui dit : « Cher ami, où te portent tes pas ? » Et l’ermite lui répondit : « Vers cette ville que tu vois devant moi. » L’ange lui dit alors : « Je veux t’accompagner sur ton chemin, car je suis un ange de Dieu et je suis venu à toi pour que nous fassions route ensemble. » Sur ce tous deux se rendirent à la ville ; et lorsqu’ils y furent parvenus, ils prièrent un homme d’armes de bien vouloir les héberger pour l’amour de Dieu. Or cet homme d’armes les reçut fort amicalement et les traita en tout avec beaucoup d’humilité, de la façon la plus honnête et la plus magnificente. Il faut savoir que cet homme avait un fils unique encore au berceau qu’il aimait tendrement ; et lorsque l’on eût pris le repas du soir, la salle où l’on dormait fut ouverte et l’on prépara de la façon la plus convenable des lits pour l’ange et pour l’ermite. Mais à minuit l’ange se leva et étrangla l’enfant dans son berceau. Lorsque l’ermite vit cela, il pensa à part lui : « Il est impossible que ce soit un ange de Dieu : ce brave soldat lui a procuré tout le nécessaire pour l’amour de Dieu, il n’avait rien que cet innocent enfançon, et il le lui a tué ! » Cependant il n’osa pas lui dire quoi que ce fût. Tôt le matin ils se levèrent tous deux et se mirent en route pour une autre ville où ils furent reçus avec de grands honneurs dans la maison d’un bourgeois et somptueusement traités. Or ce bourgeois possédait une coupe en or, qu’il tenait pour fort précieuse et dont il était extrêmement fier ; à minuit, l’ange se leva et vola cette coupe. Lorsque l’ermite vit cela, il pensa à part lui : « À mon avis c’est un mauvais ange ; ce bourgeois nous a fait du bien, et en récompense, il lui a volé sa coupe. » Cependant il ne lui dit rien, car il avait peur de lui. Mais au petit matin ils se remirent en route, jusqu’à ce qu’ils parvinssent à une rivière qu’enjambait un pont. Ils s’engagèrent sur le pont et ils rencontrèrent un pauvre homme. L’ange lui dit : « Mon brave, montre-nous donc le chemin de cette ville » ; alors le pauvre se retourna et montra du doigt dans sa direction. Mais lorsqu’il se fut retourné, l’ange le saisit soudain par l’épaule et le jeta par-dessus le pont, et le pauvre s’engloutit immédiatement dans les flots. Lorsque l’ermite vit cela, il se dit en son cœur : « Maintenant je sais bien que c’est le diable, et non un bon ange de Dieu. Qu’est-ce que le pauvre avait commis de mal ? – et pourtant il l’a assassiné. » Et désormais il se mit à réfléchir aux moyens de se débarrasser de lui ; pourtant, par peur, il ne lui dit rien. Mais comme vers la fin de la journée ils étaient parvenus à une ville, ils entrèrent dans la maison d’un riche et demandèrent pour l’amour de Dieu une couche pour la nuit. Mais celui-ci la leur refusa sèchement. Là-dessus, l’ange du Seigneur lui dit ces paroles : « Pour l’amour de Dieu, laissez-nous seulement grimper sur le toit de votre maison, afin que les loups et les bêtes féroces ne nous dévorent point. » Mais celui-ci répondit : « Voyez, c’est ici la porcherie où vivent mes cochons ; si cela vous convient, vous pouvez coucher auprès d’eux, mais sinon, écartez-vous de moi, car je ne vous accorderai aucune autre place. » Là-dessus l’ange lui répliqua : « Puisqu’il ne peut en aller autrement, nous resterons donc avec vos cochons » ; et c’est ce qu’il advint. Tôt le matin ils se levèrent, l’ange appela leur hôte et dit : « Mon cher, voici une coupe que je te donne », et sur ces paroles il lui donna la coupe qu’il avait volée au bourgeois. Lorsque l’ermite vit cela, il se dit en lui-même : « Maintenant je sais à coup sûr que c’est le diable ; c’était un brave homme qui nous avait reçus en toute humilité, et il lui a volé sa coupe pour l’offrir à cette canaille qui n’a pas voulu nous accueillir chez lui. » Sur ce il dit à l’ange : « Je ne veux pas demeurer plus longtemps auprès de vous, et je vous recommande à Dieu. »

Là-dessus l’ange lui répondit : « Écoute-moi, et ensuite libre à toi de partir. Tu vivais naguère dans un ermitage, et le maître du troupeau a occis son berger. Sache qu’alors ce berger n’avait pas mérité la mort, car un autre avait commis le vol, et il n’aurait donc pas dû mourir. Mais Dieu a permis qu’il fût tué, afin que grâce à ce châtiment il échappât à la damnation éternelle qu’il méritait pour un péché qu’il avait commis une autre fois et pour lequel il n’avait jamais fait pénitence. À l’inverse, le brigand qui s’est échappé avec tous les moutons endurera les souffrances éternelles, et le possesseur des moutons qui a tué le berger expiera toute sa vie, en distribuant les aumônes à profusion et en multipliant les œuvres de charité, la faute qu’il a commise par ignorance. Ensuite, pourtant, j’ai étranglé pendant la nuit le fils de cet homme d’armes qui nous avait assuré un bon hébergement. Mais sache qu’avant que ce petit garçon ne fût né, ce soldat comptait parmi les plus généreux distributeurs d’aumônes et qu’il s’adonnait à toutes sortes d’œuvres de charité ; mais depuis la venue au monde de l’enfant, il était devenu parcimonieux et cupide et amassait tout ce qu’il pouvait pour rendre l’enfant riche, si bien que ce dernier était devenu la cause de sa perte ; et c’est pourquoi j’ai tué l’enfant, et depuis il est redevenu ce qu’il était naguère, à savoir un bon chrétien. Ensuite j’ai également volé la coupe de ce bourgeois qui nous avait reçus chez lui avec une telle humilité. Mais sache qu’avant que cette coupe ne fût confectionnée, il n’y avait sur terre homme qui fût plus sobre que celui-ci ; néanmoins, après que cette coupe eut été fabriquée, il y trouvait un plaisir tel qu’il passait ses journées à boire dedans et qu’il était ivre deux ou trois fois par jour ; c’est pourquoi je lui ai pris cette coupe, et depuis il est redevenu sobre, comme autrefois. Ensuite, j’ai jeté le pauvre à l’eau. Sache que ce pauvre était un bon chrétien ; pourtant, s’il avait parcouru la seconde moitié de sa route, il serait tombé en état de péché mortel en tuant quelqu’un ; mais maintenant il est sauvé et il trône en ce moment même au sein des honneurs célestes. Et pour finir, j’ai donné la coupe de ce bourgeois à celui qui avait refusé de nous accueillir. Mais sache que rien sur terre ne se passe sans raison. Il nous a quand même acceptés dans la porcherie, et c’est pour cela que je lui ai donné la coupe ; mais quand il aura cessé de vivre, il se retrouvera trônant en enfer. Mets donc à l’avenir un frein à ta bouche, afin de ne pas blâmer Dieu, car il sait tout. » Lorsque l’ermite eut entendu cela, il tomba aux pieds de l’ange et implora son pardon ; et là-dessus il reprit le chemin de son ermitage et redevint bon chrétien.

Hermann HESSE (1877-1962), allemand.

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2 juin, 2018

Amédée JASMIN : Prière

Classé dans : Non classé — unpeudetao @ 6:22

Un peu de vie, un peu d’amour,

Un peu de leur caresse douce ;

Un petit cri d’enfant… un jour !

Un peu d’ombrage où l’herbe pousse.

Un peu de joie, un peu de mousse

Dans le chemin dur à tout pied,

Quelques amis à la rescousse

Quand le sort nous fait trébucher.

Un peu de bonheur dans la vie

Qu’il nous faudra quitter tantôt

Quand la journée sera finie.

Un peu de tout – plus tard, plus tôt ;

Même un peu de saine souffrance

Et beaucoup, beaucoup d’espérance !

Amédée JASMIN (1881-1973), canadien.

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31 mai, 2018

Hermann HESSE : De la foi et de la foi dans les miracles

Classé dans : lecture, ecriture — unpeudetao @ 5:10

Un beau jour à Besançon arrivèrent deux hommes, des loups sous l’habit du berger, qui se donnaient les apparences de la plus haute piété. Ils étaient pâles et maigres, allaient nu-pieds et jeûnaient tous les jours ; ils ne manquaient jamais les matines à l’église et n’acceptaient de personne une aumône qui outrepassât la satisfaction des plus humbles besoins. Lorsque par semblables manières ils se furent acquis la bienveillance de toute la population, ils se mirent alors à cracher leur secret venin, en d’autres termes à prêcher au peuple de nouvelles hérésies inouïes. Afin que la foule crût à leur doctrine, ils faisaient recouvrir le sol de farine et le traversait en courant sans y laisser la moindre trace. Ou encore ils marchaient sur les eaux sans y enfoncer. En outre ils faisaient mettre le feu aux cabanes de bois dans lesquelles ils vivaient, et une fois les cabanes complètement consumées, ils en ressortaient sains et saufs. Là-dessus ils disaient à la foule : « Si vous n’en croyez pas nos paroles, croyez-en du moins nos prodiges. » Lorsque l’évêque et le clergé apprirent tout cela, ils furent très bouleversés. Et lorsqu’ils vinrent les affronter et les déclarèrent hérétiques, charlatans et serviteurs du diable, peu s’en fallut qu’ils ne fussent eux-mêmes lapidés par le peuple. L’évêque était un homme bon et docte, originaire de notre contrée. Conrad, notre frère chenu, l’avait bien connu et c’est encore lui qui m’a raconté cette histoire. L’évêque vit donc qu’il n’arrivait à rien par ses paroles et que le peuple confié à son ministère était dévoyé de la foi par des serviteurs du diable. Il convoqua alors un ecclésiastique de sa connaissance, très versé dans les arts magiques, et lui dit : « Telle et telle chose est arrivée. Je te prie d’obtenir du diable par ton art qu’il te dise qui sont ces gens, d’où ils viennent et quelle est la force qui leur permet d’accomplir de si grands et si stupéfiants miracles. En effet il est impossible qu’ils réalisent ces signes prodigieux par la force divine, car leur doctrine est tout entière impie. » L’ecclésiastique dit : « Il y a fort longtemps que j’ai renoncé à cet art. » Mais l’évêque opina : « Tu vois bien dans quelle détresse je suis. Ou bien il me faudra donner mon accord à la doctrine de ces gens, ou bien je serai lapidé par le peuple. Je t’impose donc en expiation de tes péchés d’agir en cette rencontre selon ma volonté. » L’ecclésiastique obtempéra et évoqua le diable. Celui-ci demanda la cause d’une telle conjuration, et l’homme lui dit : « Je regrette fort d’avoir pris mes distances envers toi. Et comme à l’avenir j’entends m’attacher à toi plus que je ne l’ai fait jusqu’ici, je te prie de me renseigner sur ces gens, la doctrine qu’ils professent et la force qui leur permet d’opérer de tels miracles. » Le diable répondit : « Ils sont à moi et envoyés par moi, et ce qu’ils prêchent, c’est moi qui le leur ai mis dans la bouche. » L’ecclésiastique demanda : « D’où vient qu’ils soient invulnérables et ne soient ni engloutis par l’eau ni brûlés par le feu ? » Le diable dit : « Ils portent sous les épaules, cousu entre cuir et chair, le contrat par lequel ils m’ont vendu leur âme ; sa vertu leur permet d’accomplir de tels actes et les rend invulnérables. » L’ecclésiastique : « Et que se passerait-il si on leur enlevait cette inscription ? » Le diable : « Alors ils seraient faibles comme les autres hommes. » Là-dessus le clerc remercia le diable et dit : « Va-t’en maintenant, et si je t’appelle à nouveau, reviens à nouveau. » Il retourna trouver l’évêque et lui raconta tout. Celui-ci, empli de joie, convoqua tous les habitants de la ville et dit : « Je suis votre pasteur, vous êtes mes brebis. Si, comme vous le dites, ces gens confirment leur doctrine par des signes prodigieux, je veux moi aussi me ranger de leur bord ; mais dans le cas contraire, il convient que vous les punissiez et retourniez avec moi pleins de repentance à la foi de vos pères. » La foule s’écria : « Nous les avons vu faire grande abondance de miracles. » L’évêque dit : « Mais moi non. » Bref, le peuple accepta sa proposition et l’on convoqua les hérétiques. En présence de l’évêque, on alluma un feu au milieu de la ville. Mais avant que les maîtres d’erreur ne s’exposassent au feu, l’évêque les prit à partie secrètement et dit qu’il voulait vérifier s’ils portaient sur eux des moyens magiques. Aussitôt ils se déshabillèrent et dirent avec grande assurance : « Examine donc de près notre corps et nos vêtements. » Mais les soldats leur firent lever les bras en l’air selon les instructions de l’évêque, trouvèrent sous leurs omoplates des cicatrices couturées, les ouvrirent à coup de couteau et firent paraître au grand jour les petits documents écrits qui y étaient cousus. L’évêque s’en saisit, fit mener ces gens devant le peuple, réclama le silence et cria à haute et intelligible voix : « Maintenant vos prophètes vont entrer dans les flammes. S’ils restent indemnes, je suis prêt à les croire. » Les pauvres hères tremblaient et se débattaient. Alors l’évêque raconta tout, le peuple fut mis au fait de la tromperie et put contempler les papiers du diable. Alors tous, emplis de courroux, jetèrent les serviteurs du diable dans le brasier tout préparé, afin qu’ils fussent voués comme leur maître au feu éternel.

Hermann HESSE (1877-1962), allemand.

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28 mai, 2018

Amédée JASMIN : Réveil triste

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 5:41

(Au Dr Eudore Lalande).

Dans le jardin fleuri de l’immense nature

Le printemps est éclos sous le soleil divin,

Et j’ai cueilli des fleurs aux formes de guipure

Et me suis enivré des senteurs du jasmin.

L’horizon se dessine, en vagues de verdure,

Comme un lit moelleux où rêve le matin ;

Et la brise se frôle à la jeune ramure

En caresses d’amour aux douceurs de satin.

Toute la mosaïque où Dieu s’est fait artiste

Se réveille vivante avec le teint vermeil

Du renouveau joyeux des feuilles et des roses.

La nuit a dissipé les miasmes moroses.

Suis-je seul oublié dans tout ce gai réveil ?

– Mon âme, ce matin, comme en automne est triste.

Amédée JASMIN (1881-1973), canadien.

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24 mai, 2018

Auguste LAGRANGE : Sonnet à la Vierge

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 5:30

Sur le sable argenté, la mousse ou le gazon,

Ruisseau, j’aime à te voir traîner une onde pure ;

Tu coules sous l’ombrage, et ton léger murmure

Ravit tout à l’entour les échos du vallon.

Du printemps tes parfums embaument la saison,

Ô lis, et ta blancheur embellit la nature.

Chantre aimable des bois, au sein de la verdure,

De ta voix quel plaisir d’écouter le beau son !

Quand du tendre zéphyr l’haleine caressante

Du soleil en été calme l’ardeur brûlante,

Ah ! qu’il fait bon de l’air respirer la fraîcheur !

Le vent de la forêt, la fleur de la prairie

Excitent dans mon âme un rêve de bonheur ;

Mais ton nom est plus doux que tout cela, Marie !

Auguste LAGRANGE (18..-19..).

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21 mai, 2018

Be My Eyes (Application smartphone, Gratuit)

Classé dans : Non classé — unpeudetao @ 4:00

Description :

Accédez à une assistance visuelle sur demande, si vous êtes aveugle ou malvoyant, ou prêtez votre regard aux aveugles ou malvoyants si vous êtes voyant.

Be My Eyes vise à mettre en contact des aveugles ou des malvoyants avec des volontaires voyants, pour aider les aveugles ou les malvoyants à mener une vie plus indépendante. Bénéficier et contribuer à la communauté est facile.

Les utilisateurs aveugles ou malvoyants peuvent demander l’aide d’un volontaire voyant, qui recevra une notification. Dès qu’un utilisateur voyant accepte la demande, une connexion audio-vidéo en direct sera établie entre les deux parties. L’aide voyant peut maintenant assister l’aveugle ou le malvoyant via la connexion vidéo de la caméra dirigée vers l’arrière de l’appareil de l’utilisateur aveugle ou malvoyant.

En tant qu’utilisateur voyant, vous faites partie du vaste réseau de bénévoles de Be My Eyes, alors ne vous inquiétez pas de ne pouvoir répondre à une personne malvoyante, si vous êtes dans l’incapacité de répondre à une demande. Nous allons simplement transmettre la demande et trouver le prochain bénévole disponible.

La personne aveugle ou malvoyante peut avoir besoin d’aide à n’importe quel sujet, du fait de savoir la date d’expiration sur le lait à celui de s’assurer que leurs vêtements soient assortis.

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20 mai, 2018

Henry de LA GUICHARDIÈRE : La Madone de Fra Angelico

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 5:04

(À Emile Guéret).

Sur son voile brillait une auréole sainte.

L’ébauche grandissait sur la fresque au fond d’or.

Mais le moine pieux désespérait encor

De trouver pour son œuvre une sublime teinte.

À travers les vitraux, lumière presque éteinte,

Un rayon reposait sur un Christ au Thabor.

Et lorsque la nuit vint assombrir le décor,

« Fra » baisa la madone en une chaude étreinte.

Dans l’extase du saint le sommeil arriva ;

Et, tandis qu’il dormait, l’humble peintre rêva

Qu’un ange retouchait son œuvre inachevée.

Or, la Vierge, au matin, fraîche comme une fleur,

Resplendissait au sein d’une ardente couleur,

Que jamais depuis lors nul autre n’a trouvée.

Henry de LA GUICHARDIÈRE (1876-1936).

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19 mai, 2018

Léon de POUL AR FEUNTEN : Salve Regina

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 6:52

Allons prier, – voici le soir :

D’ombre se rafraîchit la plaine,

De senteurs l’atmosphère est pleine,

Le ciel est un saphir à voir,

L’oiseau, comme un doux au revoir,

Jette au soleil sa cantilène.

Allons prier, – voici le soir :

Le cœur joyeux, l’âme sereine.

Allons saluer notre Pleine,

Notre douceur et notre espoir.

Allons prier, – voici le soir.

Allons prier, – voici le soir :

Le cœur a besoin de prière,

Comme de brise le parterre,

Comme de flamme l’encensoir,

Comme de rayons l’ostensoir,

Comme d’eau pure la rivière.

Allons prier, – voici le soir :

Miséricordieuse Mère,

À qui Marie est-elle arrière ?

Qui ne veut-elle recevoir ?…

Allons prier, – voici le soir.

Allons prier, – voici le soir :

Vierge par nos pleurs appelée,

À toi, du fond de la vallée,

Monte un cri qui doit t’émouvoir.

Sourd comme la cloche au manoir,

Vite comme la vague enflée.

Allons prier, – voici le soir :

Entends les fils d’Ève exilée,

Rends la paix à l’âme troublée,

Rends ses perles d’or au ciel noir ;

Allons prier, – voici le soir.

Allons prier, – voici le soir :

Avocate puissante et bonne

De tout un peuple que talonne

En ce siècle le désespoir,

Des mille dons qu’on peut avoir

Jésus te fit une couronne.

Allons prier, – voici le soir :

Regarde-nous, douce Madone.

Que par Toi Jésus nous pardonne

Et qu’à nous Il se laisse voir !

Léon de POUL AR FEUNTEN (18..-19..).

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16 mai, 2018

Jules VERNE : Vous êtes jeune et belle..

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 1:36

Vous êtes jeune et belle, et vos lèvres rieuses

N’ont que charmants souris tout fraîchement éclos ;

Le temps sonne pour vous ses heures folles, joyeuses

Qui vont se succédant comme les flots aux flots.

L’amour pour vos plaisirs rend plus voluptueuses

Ces langueurs qui s’en vont en de tendres sanglots ;

La fortune, les ris, et les choses heureuses,

Catinetta mia, voilà quels sont vos lots !

Quand vous prendrez le deuil d’une prompte jeunesse,

Et que vous sentirez les doigts de la vieillesse

De jours d’or et de soie, hélas ! brouiller le fil !

Quand tout vous fera mal, et le bonheur des autres,

Ces plaisirs enivrants qui ne sont plus les vôtres,

Tout, jusqu’au souvenir ? – Que vous restera-t-il ?

Jules VERNE (1828-1905).

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14 mai, 2018

Stéphane BOREL : Sonnet à la Vierge

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 3:44

Vous êtes toute belle, ô Vierge immaculée,

Dont le sein virginal enfanta le Sauveur ;

L’étoile du matin, le lis de la vallée,

N’ont rien de votre éclat, rien de votre candeur.

Le soleil qui remplit la terre désolée

De sa vive clarté, des feux de sa chaleur,

Les attraits merveilleux de la nuit étoilée

Demeurent confondus devant votre splendeur.

Les Anges du Très-Haut, se couvrant de leurs ailes,

Font vibrer devant vous les lyres éternelles,

Et chantent l’infini de votre royauté.

Aussi, je vous salue avec idolâtrie,

Ô reine incomparable, ô divine Marie,

Mère du doux Jésus, Dieu de toute beauté !

Stéphane BOREL (1854-1912).

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