14 avril, 2017

Paul COLLIN : Vendredi saint

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 4:30

C’est aujourd’hui le jour, entre tous salutaire,

Où le rachat du genre humain fut accompli.

Dans l’adoration de l’auguste mystère,

Ce que j’avais de bas en moi s’est ennobli.

Trêve aux futilités banales de la terre

Dont mon cœur, sans pouvoir en vivre, s’est empli !

Je veux forcer les bruits profanes à se taire

Et jeter le passé de ma vie à l’oubli.

Je sais que, bien des fois, mon âme s’est reprise

À ces frivolités qu’aujourd’hui je méprise

Et dont je suis encor si mal purifié ;

Mais, pour ressusciter la force et l’innocence,

Je sais ce qu’une larme a de toute-puissance

Quand on la mêle au sang de Dieu crucifié !

Paul COLLIN (1845-1915).

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13 avril, 2017

Gustave LE VAVASSEUR : Vendredi saint

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 5:22

Le Juste se taisait, pensif, sous les affronts.

Le Gouverneur, suant sous sa robe écarlate,

Pour charmer les bourreaux qu’il redoute et qu’il flatte,

À jeté l’innocent dans le tas des larrons.

– Voici venir la Pâque et nous délivrerons

Barrabas ou Jésus, choisissez, – dit Pilate.

Une grande clameur parmi la foule éclate :

Barrabas ! – Et Jésus ? – Nous le crucifierons.

Couronner un voleur et tuer un prophète,

Jérusalem ! Peut-être un Dieu ? La bonne fête !

Satan rit aux éclats en ouvrant la prison.

Humant l’air, l’œil plissé sous des cils en broussailles

Et le regard perdu vers un vague horizon,

Barrabas reste au seuil et murmure : Canailles !

Gustave LE VAVASSEUR (1819-1896).

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12 avril, 2017

Augustin ANGLÈS : Printemps dans les cœurs

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 5:51

L’hiver, à tous moments, se penche davantage

Vers son déclin ; déjà la nature sourit,

Ainsi que le regard d’un radieux visage

Reflétant le bonheur dont l’amour se nourrit.

Se croyant à l’abri, la pâle violette

S’épanouit, heureuse, à l’ombre du rocher.

Grave erreur !… Dieu la fit pour n’être point secrète :

Son parfum l’a trahie et l’on vient l’arracher.

Comme elle, autour de nous, que de cœurs se révèlent,

Alors qu’ils désiraient rester toujours fermés !…

Ne pouvant dérober le trésor qu’ils recèlent,

Un parfum s’évapore et ces cœurs sont aimés !

C’est aussi le moment où les oiseaux timides,

Gazouillant des refrains gais et mélodieux,

Voltigent sur le nid que leurs ailes rapides

Couvrent, s’élargissant dans leur vol gracieux.

De même, sur nos cœurs plane une douce ivresse !

Un rêve d’or est là, qui nous poursuit toujours !

Et nos cœurs, inspirés bientôt par sa caresse,

Se laissent emporter sur l’aile des amours !

Les cloches du plaisir, dans les airs, carillonnent :

C’est le Printemps avec son cortège de fleurs,

Ces fleurs qu’on aime à voir, qui charment et sillonnent

Le vieux sentier semé de désirs et de pleurs.

Et nos cœurs, tout heureux, bénissant la nature,

Qu’agite, de la sorte, un souffle innovateur,

En admirant le sort de chaque créature,

Se livrent à l’amour du divin Créateur !

Augustin ANGLÈS (XIXe siècle).

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11 avril, 2017

Serge BARRAULT : Le Christ Roi

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 5:32

Le Roi Jésus plus grand que l’Empereur romain

Marche, escorté de la garde prétorienne,

Couronné, revêtu de pourpre, arborant sous sa main,

Sceptre monumental en bois qu’il faut qu’il tienne

À deux bras, sur l’épaule en tremblante ruine, LA CROIX.

Et le peuple en furie applaudissait le Roi,

Et le comblait de coups et le sacrait d’injures,

Telle la mer l’écueil isolé. La Révolution

L’enveloppait d’une immense acclamation.

Mais, lui, poursuit sa roule et triomphale et montante et dure.

Sa couronne aux invisibles roses, ô ronce, eh ! qui donc la ceindra ?

Son manteau d’un rouge divin, qui donc s’en couvrira ?

Quant au sceptre de cèdre équarri, arbre royal et poutre

Étayant sur nos fronts le ciel, qui voudrait passer outre

Afin de soulever, si peu, ce tronc, hommes musclés ?

Comme cet arc (et seul le courbait d’un long bras Ulysse),

Ou la massue inerte (et seul l’enlevait Héraclès),

Le sceptre de la croix, géant, à la fois instrument de supplice,

Plus riche avec trois clous que celui de Crésus,

Nul ne le portera, sinon cet Homme-Dieu : le Roi Jésus.

Encore accable-t-il, massif, la seconde Nature

Telle qu’un jeune enfant, le long du quai, traînant une mâture ;

Mais la Divinité qui peut dire au Père : « Le lien

Est mien », Force inouïe aux doigts entourant l’étendue

De la sphère d’azur où la foule étoilée accourt et tourne, suspendue,

D’un souverain pouvoir, ô sceptre, le maintient.

Marche, ô Double-Nature, Aigle extraordinaire

Tout ensemble Homme et Verbe armé de son tonnerre,

Dans la même personne, ô mon souverain Roi,

Unis, comme le vin avec l’onde sa proie

Dans un Vase de chair, comme l’or et l’argent.

Traîne, blême, accablé, ce madrier de ton commandement

Qui, par le bras perpendiculaire qui le traverse,

Ouvre un angle béant où le Ciel se renverse,

Obscur angle de bois d’un Triangle illimité ;

Et sur ton dos humain siège la Trinité.

Porte ce sceptre, ainsi qu’un paysan sa herse

À l’heure où le brillant lever des astres perce

Et l’a changée en cangue aux mille diamants.

Soulève, ô charpentier, la poutre lentement ;

Avance-toi, mon Roi, le sceptre sur l’épaule

Contre tes cheveux blonds, tel au soleil après la pluie un saule.

Car le prince elle sceptre, et ni l’arbre elle tronc,

Ni le Christ et la croix ne se sépareront.

Homme entré dans du bois, des méchants pâle spectre,

Arbre humain, Homme arborescent au Golgotha planté,

Gouverne dans ton immortelle autorité,

Ô Roi tellement roi qu’on le cloue à ton sceptre !

Serge BARRAULT (1887-…).

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10 avril, 2017

Adrien BERGUES : Credo

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 5:19

.. Et maintenant, Seigneur, à genoux dans ton temple !…

Ma parole se tait, mais mon regard contemple

Le ciel, livre mystérieux.

C’est pour ma foi divine une source de vie ;

C’est un rayon tombé sur mon âme ravie

De quelque soleil glorieux.

Mon cœur est plein de toi, Roi des cieux et des mondes,

Et ma strophe se mêle à tes œuvres fécondes,

Faites d’amour et de beauté.

Elle plane au-dessus des cloaques funèbres,

Et laisse le maudit gémir dans les ténèbres

Pour s’égarer dans la clarté.

Aussi, loin des vains bruits de l’impuissante tourbe,

Ta bénédiction sur mon front qui se courbe

Me pénètre de ta grandeur.

Elle est l’anneau sacré qui vers toi me rattache,

Et, s’il reste en mon cœur l’originelle tache,

Efface-la de ta splendeur.

Car je veux que vers toi s’élèvent mes hommages ;

Et, pieux pèlerin, ainsi que les rois Mages,

J’irai m’inspirer de ta loi.

Puis, franchissant l’azur des sphères étoilées,

Parmi les séraphins, les vierges rassemblées,

Je te dirai : « Je crois en toi ! »

Adrien BERGUES (XIXe siècle).

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9 avril, 2017

Auguste BERTOUT : Prière

Classé dans : Non classé — unpeudetao @ 8:45

J’ai gémi, j’ai pleuré, regardant le ciel bleu

Et priant la Madone.

J’ai cheminé longtemps sur le sentier de Dieu,

Hélas ! tout m’abandonne.

Je sonde vainement les ondes de l’éther

Interrogeant la flamme

De l’étoile au feu d’or et la nue et l’éclair

À la stridente gamme ;

Rien ! Mon cœur bat trop vite et trop vite le sang

Circule dans mes veines.

Seigneur, tourne, vers moi, ton regard tout-puissant

Et je verrai mes peines

Se dissiper soudain et, comme un ciel, noirci

Par un sombre nuage,

Que l’effort du soleil a bientôt éclairci

Chassant au loin l’orage,

Ton bienfaisant regard dissipe tous les maux ;

C’est lui le divin baume

Fortifiant les cœurs, florissant les coteaux.

Ô nard, ô cinnamome

Des rameaux épineux, perlant avec ton sang

Sous la couronne ardente

Que le bourreau posa sur ton front pâlissant !

Ô manne fécondante,

Aux guérets appauvris faisant surgir la foi

De la terre épurée,

Pénétrant dans les cœurs pour apaiser l’émoi

De notre âme apeurée !

Veuille épandre, sur moi, ce baume merveilleux :

J’irai sur la venelle

Où tu laissas, Seigneur, dans le parcours des cieux,

Ton empreinte éternelle ;

Et, fort de ton secours, je porterai la croix

Pour aller au supplice,

Et marcherai léger, tout courbé sous son poids

Sans que mon front se plisse.

Pardon, mon Dieu ! je vois que déjà mon orgueil

De sa force se vante,

Et mon humilité descendra, tout en deuil,

Cette funeste pente.

Seigneur, je veux rester toujours obéissant

À ta sainte justice,

Être prêt, pour ta gloire, à verser tout mon sang

Dans le dernier supplice !

Auguste BERTOUT (18..-19..).

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8 avril, 2017

Alexis CLAVERIE : Excelsior

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 4:30

Montons vers les sommets ; loin des bruits de ce monde,

Enfiévrés et troublants, cherchons la paix profonde.

Montons, car vers l’azur, splendide et solennel,

Le temps, comme un ami, nous parlera du ciel.

Par les secours humains quand l’âme est délaissée

La solitude sert le cœur et la pensée ;

Montons : quand nous aurons gravi le dur sentier,

Le repos sera doux et le plaisir entier.

Devant nous sont debout, parlant de nos ancêtres,

Qu’ils virent autrefois, les chênes et les hêtres :

Des siècles sont passés, et, prêts pour les combats

Que livrent aux sommets la neige et les frimas,

Les voilà comme étaient dans les joutes antiques

Nos aïeux toujours droits et toujours magnifiques.

Sous leurs rameaux, pleins d’ombre et de recueillement

Les cœurs se trouvent pris d’un sourd tressaillement ;

Craignant nos lieux impurs et nos âmes distraites,

L’âme des jours anciens habite ces retraites :

Prenons dans ces grands bois l’esprit de nos aïeux

Et marchons sans trembler, étant fermes comme eux.

Sous nos regards s’étend déjà l’espace immense,

Le jour paraît plus pur et l’air devient moins dense ;

Vers les grands horizons par nos cœurs entrevus

Marchons sur les rochers où saignent nos pieds nus.

Marchons : un lourd brouillard sur la plaine indécise

Comme un linceul funèbre étend sa teinte grise,

Et dans l’immensité, les hommes, cette fois

Égarés et perdus, vont se trouver sans voix.

Des bruits d’en bas plus rien n’arrive, dans l’espace

Un souffle étrange et doux nous caresse la face ;

Nous voici reposés, nous qui sommes si peu,

Sur les débris d’un monde et sous la main de Dieu.

Sur les monts élevés où brille la lumière

Notre âme, libre enfin, s’appartient tout entière ;

Après des biens sans nom, dignes de nos mépris,

Nous découvrons enfin des trésors pleins de prix ;

L’azur profond sourit, l’esprit de Dieu nous touche ;

Fronts émus, nous chantons le Ciel à pleine bouche :

« Ici, l’homme, Seigneur, n’a pas encor péché,

Son cœur du monde entier s’y trouve détaché ;

D’un regard vaste et sûr, comme d’un promontoire,

Il cherche les splendeurs où siège votre gloire,

Et le vide l’entraîne, et, sous un blond soleil,

Le monde qu’il saisit demeure sans pareil.

Ô monde méconnu si cher à la pensée !

Profondeurs où notre âme est doucement bercée !

Vaste horizon qu’emplit un admirable jour !

Pourquoi, cœurs altérés de lumière et d’amour,

Ne point pouvoir quitter pour votre aube sereine

Ce mont baigné d’éther que nous touchons à peine ?

On est si près du ciel, Seigneur, sur ce granit

Majestueux et fort où plane votre esprit !… »

Mais dans l’obscurité plongeant déjà les plaines,

L’astre du jour descend vers des plages lointaines :

Rayonnant des splendeurs que nous trouvons ici,

Ne pouvant plus monter, descendons comme lui.

Descendons ; pour la lutte autrefois redoutée

Notre âme est prête, étant par Dieu réconfortée.

Alexis CLAVERIE (XIXe siècle).

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7 avril, 2017

C. COGNET : Réponse des étoiles

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 5:35

Nous sommes millions brillant au firmament,

Qui regardons en bas s’écouler toute vie,

En spectateurs muets de tout évènement.

Nous fûmes placés là par une main chérie,

Qui commande à la terre, au ciel, dans les enfers :

Et partout, et toujours, sa puissance est bénie.

Ce rouage éternel qui meut tout l’univers,

Dont tu parles si bien, que l’on connaît à peine,

Veut qu’on fasse jouer ses ressorts si divers ;

Car le treuil a besoin d’une main qui le mène.

Ô poète, crois-tu que tes pieds affermis

Puissent franchir d’un bond le ciel qui nous entraîne ?

Crois-tu pouvoir percer de tes yeux obscurcis

Le voile épais, formé par nos saintes lumières,

Qui cache l’Éternel dans ses brillants replis ?

Ne nous adore pas : nous ne sommes point fières

Des écharpes d’azur qui couvrent notre front

Pur comme le cristal des plus pures rivières.

Des milliers de reflets viennent danser en rond,

Quand la nuit lentement revêt son manteau sombre ;

C’est alors que nos voix chantent à l’horizon :

« Du Maître Souverain nous ne sommes que l’ombre. »

C. COGNET (XIXe siècle).

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6 avril, 2017

Claude COHENDY : L’Éden d’amour

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 5:05

Loin.. Loin.. par les mers, dans une île blanche

Où n’ont abordé jamais d’exilés,

Tous les Beaux Amants se sont envolés –

Comme un essaim d’or qui fuit d’une branche –

Dans le ciel d’avril ils s’en sont allés.

La neige des fleurs, éternelle et rose,

Sous leurs pas rêveurs ne se fond jamais,

Et sous le couvert des bois parfumés

Jamais on n’entend l’oiseau qui se pose

Au bord des chemins où vont les Aimés.

Pour les endormir, le soir, les poètes

Viennent leur chanter des chansons d’amour

Et les séraphins passent, à leur tour,

De leur aile blanche effleurant leurs têtes

Pour les éveiller à l’aube du jour.

Et l’Île d’Amour éroule ses phases,

Loin du Paradis des Saints à genoux,

Et Dieu, détournant son regard si doux

Pour ne pas troubler leurs pures extases,

La cache aux Élus qui seraient jaloux.

C’est là qu’une nuit, par les clairs de lune,

Nous irons tous deux, la main dans la main,

Et je cueillerai, dans l’albe jardin,

Pour diamanter vos cheveux de brune,

Des étoiles d’or sur notre chemin.

Nous aborderons vers la blonde grève

De l’Île d’Amour, et les Bienheureux,

En voyant vos yeux si purs et si bleus,

Nous emmèneront dans les bois du Rêve

Où nous aimerons à jamais, comme Eux.

Claude COHENDY (1870-19..).

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5 avril, 2017

Paul COLLIN : Le chemin de l’église

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 5:51

J’entends au loin tinter la cloche de l’Église.

Sur le chemin, gaîment épanouissez-vous,

Fleurs du printemps, laissez voltiger dans la brise

L’enivrement joyeux de vos parfums si doux ;

Voici venir, le front riant et l’âme en fête,

La belle fiancée au bras du jeune époux ;

Ô fleurs, embaumez l’air qui passe sur leur tête !

J’entends au loin tinter la cloche de l’Église.

Sur le chemin, chantez, petits oiseaux bénis ;

Voici venir l’enfant nouveau-né qu’on baptise ;

Autour de son berceau tous se sont réunis,

Célébrant son entrée heureuse dans ce monde.

Chantez pour lui, chantez, oiseaux, vous qui des nids

Connaissez la douceur adorable et féconde !

J’entends au loin tinter la cloche de l’Église.

Grands arbres du chemin, laissez, comme dès pleurs,

Tomber plaintivement vos feuilles sous la bise,

Car le froid de l’hiver a passé dans les cœurs ;

Voici venir la mère et l’enfant qu’on emporte !

Ô grands arbres, petits oiseaux, charmantes fleurs !

L’enfant n’a pas pu vivre… et la mère en est morte !

Paul COLLIN (1845-1915).

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