2 février, 2018

Virgile FOULON : Job

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 5:09

La lune, depuis l’heure ou cessa la prière.

Sur le marbre des cours, le temple, les jardins.

Là-bas, sur la colline étagée en gradins,

Envoyait, bleuissante et froide, sa lumière.

La ville se taisait. Des terrasses, des murs,

Des palmiers frémissants, noire, descendait l’ombre ;

La rue était, aux yeux, comme un long ruban sombre,

Où l’on aurait, le soir, piqué des épis mûrs.

Pendant que tout, au loin, repose sur la terre,

Que l’astre, dans son plein, semble rire et reluit,

Lugubre, tout à coup, éclate, sous la nuit,

Le hurlement d’un chien malade ou solitaire.

Et, plus lugubre encore, une voix lui répond.

Comme un sanglot, dans l’air, elle gémit et pleure,

Puis, se précise et gronde : on dirait qu’à cette heure,

L’espace n’est que plainte et douleur. Vagabond,

Délaissé, n’ayant plus, pour abriter sa tête,

Que l’ombre du palais, qui fut longtemps le sien,

Sous sa lèpre enviant même la pauvre bête,

Job, dans sa langue, dit ce que hurle le chien.

– « Pitié ! mon Dieu, pitié ! Reprends-moi cette vie

Que ronge un mal hideux, ô Père ! ou dis pourquoi,

Un jour est descendue, en cette chair pourrie,

Une âme misérable, une âme qui fut moi !

Que ce jour soit maudit ! Maudite l’espérance

Dont s’abusa ma mère, en portant à son sein

Un fils, son premier-né, frêle fleur de souffrance,

Où les douleurs devaient s’abattre en noir essaim !

Que maudite soit l’heure, où le premier sourire

Épanouit ma lèvre, où mon œil s’est ouvert,

Joyeux, à la lumière, où ma bouche a pu dire

Un mot tendre, où mon front au baiser s’est offert !

Je serais maintenant sous quelque lourde pierre,

Rien !… Non ! plus rien ! pas même un brin d’herbe au printemps.

Pas même, pour le vent, un reste de poussière !

Que de peines de moins, et que de bons instants !

Le néant et l’oubli ! – Ma mère eût eu sa joie,

Après les jours de deuil. Dans la verte saison,

Les champs eussent fleuri, sans que je fusse en proie

Au sombre désespoir où s’éteint ma raison.

Je n’aurais point versé tant de larmes amères,

Au cuisant souvenir de mon bonheur passé ;

Je n’aurais jamais vu les amours éphémères

Se promettre et mourir. – Je n’aurais point pensé !

Je n’aurais pas voulu qu’enfin, dans ma poitrine,

Cessât de battre un cœur, fait surtout pour souffrir ;

Je n’aurais point maudit la lumière divine,

Hélas i ni souhaité pour jamais m’endormir !

Je n’aurais point connu la vie et sa misère,

Ni jamais demandé, comme aujourd’hui, pourquoi,

Sinon pour y gémir, sous ce rongeant ulcère,

Un jour, est descendue une âme, qui fut moi ! »

Pendant que sous la nuit, grondait, désespérée,

La voix du malheureux, la lune, au firmament,

Jetait, sur l’ombre même, une teinte azurée.

– Le chien hurlait toujours et lamentablement.

Virgile FOULON (18..-19..).

*****************************************************

 

1 février, 2018

Charles FUSTER : La dentellière de Bruges

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 5:27

(Au comte Fréd. Van den Steen de Jebay).

I

À Bruges, près des eaux muettes

Qui se traînent languissamment,

Sur le bord d’un canal dormant

À faire pleurer les poètes,

En face de ces flots verdis

À l’odeur somnolente et fade,

Une dentellière malade

Vivait dans un obscur taudis.

Dix-huit ans, – très faible, très pâle…

La douleur cernait ses yeux doux,

Et, quand elle toussait, sa toux

Avait des sifflements de râle.

Elle travaillait, tout le jour,

Au bruit de l’eau toujours le même ;

Sans avoir jamais dit : « Je t’aime ! »

Elle rêvait beaucoup d’amour.

Plus d’une fois, sur la grand’place,

Comme, en allant vers le beffroi,

Avec son pauvre cœur tout froid

Elle traînait sa marche lasse,

Elle avait vu, parmi les fleurs,

Passer, sur quelque taille frêle,

Ces dentelles faites par elle

Dans l’obscurité des douleurs.

Et, regagnant, près de l’eau morte,

Sa chambrette de pauvre enfant,

La dentellière était souvent

Très songeuse en poussant la porte.

« Oh ! si quelqu’un m’aimait enfin !

Si jamais j’étais fiancée ! »

Et, tremblante à cette pensée,

Elle prenait le fuseau fin.

Derrière une boule de verre

Qui lui tamisait la clarté,

Quatre heures de nuit, à côté

De l’horloge au rythme sévère,

Chaque soir plus nerveusement,

Elle travaillait dans les fièvres,

Puis se jetait, du sang aux lèvres,

Sur son grabat d’épuisement.

Et le canal, sous les déluges

D’un ciel maussade et pluvieux,

Dormait, mélancolique et vieux

Comme les carillons de Bruges ;

El les petits jardins mouillés

Dormaient au jour crépusculaire,

Sans que jamais une voix claire

En riant les eût éveillés.

II

Pauvre petite dentellière,

Qui donc chez vous s’en est venu ?

C’est un jeune homme, un inconnu

À la démarche cavalière.

Le jeune homme à peine arrivé,

Voilà votre cœur qui s’arrête :

C’est donc le fiancé, pauvrette,

Celui que vous aviez rêvé ?

Il vous a dit : « Je me marie… »

Vous avez eu bien mal ! – Après

Il a dit encor : « Je voudrais

La dentelle la plus fleurie,

Une merveille, un pur bijou,

Une toile en neige tissée,

Pour l’offrir à ma fiancée

Et la mettre autour de son cou.

« Il la faut pour la Pentecôte…

– Je l’achèverai, Dieu m’aidant…

– Le temps manque un peu ; cependant,

Pourrez-vous la donner sans faute ?

Je la veux blanche comme lait,

Je la veux adorable et fine,

Fraîche à ravir une dauphine ! »

Elle a promis ce qu’il voulait.

Les voisines ont fait : « Ma chère,

Quelle chance ! Un travail de roi !

Mais c’est que vous avez, ma foi,

Regard sûr et touche légère ! »

Le canal, sous la pluie à flots,

Épaissit son eau plate et grise ;

La dentellière s’est assise,

Le cœur soulevé de sanglots.

Au travail, ma pauvre petite !

Ton coussin est là, qui t’attend.

Sans amour, travaille pourtant,

Travaille encor, travaille vite !

N’écoute plus ce cri d’oiseau

Effaré de pluie et de brume ;

Quitte l’eau glauque et son écume :

Dentellière, vite au fuseau !

Et, pendant de longues semaines,

Chaque jour à l’autre pareil,

Sans parler, sans voir le soleil,

Sans entendre de voix humaines,

La dentellière fait courir

Avec son éternel manège

Ces fils légers comme une neige

Qu’on verrait se prendre et fleurir.

Le printemps sème des pervenches

Sur les eaux du canal moins noir,

Et, par la croisée, on peut voir

Un arbre avec des fleurs aux branches ;

Tissant, de ses doigts effilés,

Les dentelles pour l’épousée,

L’enfant peut voir, par la croisée,

Revenir les vols exilés.

Et puis, un jour qu’une main vive

Frappe à la porte, on n’ouvre plus…

Sur les escaliers vermoulus

La foule des voisins arrive.

Les enfants disent : « Elle dort ?… »

Le jeune homme entre : « Et notre ouvrage

Avance-t-il ? Allons ! Courage ! »

Il recule : il a vu la mort.

Nul ne portera la dentelle

Sur qui la mourante pâlit :

Le soir, quand on l’ensevelit,

On mit cette neige autour d’elle ;

On l’a menée au calme lieu

Qui nous réserve ses refuges,

– Et la dentellière de Bruges

Connaît l’amour, s’il est un Dieu.

Charles FUSTER (1866-1929).

*****************************************************

 

31 janvier, 2018

Jeanne GAIGNIÈRE : Maman

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 7:05

Ma mère ! ce seul mot rend ma muse interdite :

J’en souffre et la supplie, hélas ! mais c’est en vain,

Car à son nom béni cette ingrate m’évite ;

Mère, pour te fêter il faut un chant divin !

Si des anges de Dieu je possédais la lyre,

La voix harmonieuse aux purs et doux accents,

L’éloquence divine, alors je pourrais dire

Qu’il n’est point de limite à l’amour que je sens ;

Que mon cœur t’appartient, que je t’aime et t’admire,

Que je vis de ta vie et languis loin de toi,

Que lorsque tu t’en vas, ma lèvre est sans sourire,

Que la nature pleure et soupire avec moi.

Mais lorsque tu reviens, je renais à la vie,

Le ciel redevient bleu, le soleil plus brillant ;

Retrouvant son parfum la fleur s’ouvre ravie,

Et l’oiseau dans les airs s’élève en gazouillant.

Pour te dire quelle est l’ardeur de ma tendresse,

Je n’ai que ce que Dieu donne an petit enfant,

Je n’ai que mon regard, mon baiser, ma caresse,

Je n’ai que ce mot simple et qui touche : « Maman ! »

Jeanne GAIGNIÈRE (18..-19..).

*****************************************************

 

30 janvier, 2018

Abbé Jules GROSS : Ésaü

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 6:16

Ésaü revenait de la chasse, très las.

– Frère Jacob, dit-il, vite un peu de laitage.

Je meurs de faim, de soif. – Avec toi je partage

Ces lentilles, je vais en préparer deux plats.

– Soit ! – Que me donnes-tu ? – Je n’ai rien pris, hélas !

– Ah ! ce n’est pas assez, j’exige davantage.

Il te faut renoncer à ton droit d’héritage.

– Eh soit ! fit le chasseur en riant aux éclats.

Mais plus tard il versa plus d’une larme amère

Quand il vit le puîné, dirigé par sa mère,

Prendre le droit d’aînesse autrefois acheté.

Pauvre pécheur, ainsi Satan de toi se joue :

Il te donne un moment pour une éternité,

Et tu lui vends le Ciel pour avoir de la boue.

Abbé Jules GROSS (18..-19..).

*****************************************************

 

29 janvier, 2018

Michel KLIMO : Diosgyœr (Légende de Hongrie)

Classé dans : lecture, ecriture — unpeudetao @ 6:18

Là, où s’élève aujourd’hui la ville florissante de Diosgyœr, vivait autrefois, au sein d’une petite famille heureuse, un chasseur nommé Paul Dios. Devant la modeste chaumière, se trouvait un énorme noyer dont la récolte était toute la fortune de ces pauvres gens.

Par une belle soirée d’été, toute la famille se reposait sous le noyer. Maître Paul, qui était absorbé dans une rêverie, rompit enfin le silence, et dit en soupirant :

– Mon Dieu, combien je serais plus heureux si j’avais beaucoup, beaucoup d’argent !

La femme, qui ne comprenait rien à ce changement subit dans le caractère de son mari, lui dit :

– Qu’est-ce qui te prend, mon ami ?

– Ne sommes nous pas bien ici ? C’est blasphémer contre le Bon Dieu que de te plaindre, comme tu fais.

– Tiens, poursuivit maître Paul, vois-tu ce vaste pays inculte ? Les collines sont désertes, personne ne laboure ces champs, qui rapporteraient si bien. Oh ! si je pouvais peupler ce pays ! Là, sur la cime de cette montagne, s’élèverait un beau château ; ici, dans la vallée, je ferais labourer les champs de blé ; sur la côte de la rivière, il y aurait de belles vignes ; j’établirais des moulins ; enfin je ferais de cette belle contrée une source intarissable de richesse.

Cela dit, le mari se leva et disparut bientôt dans la forêt, où il erra longtemps en proie à une inquiétude et un mécontentement dont il ne pouvait se rendre compte. Vers minuit, il se coucha accablé par le sommeil, et s’endormit profondément. Dans son rêve, il vit venir à lui un vieillard qui lui dit : – Ta demande s’accomplira, mon ami. Va à Nagyvarad, et restes-y trois jours sur la grande place.

Dès qu’il se réveilla, maître Paul se mit en route pour la ville indiquée, où il arriva au bout de trois jours. Il alla se poster sur la grande place, comme le lui avait enjoint le vieillard. Il y trouva des groupes de journaliers, qui s’y rassemblaient chaque matin pour aller au travail.

Tout à coup, il vit se dégager de la foule un homme à barbe blanche, qui se dirigea vers lui.

Maître Paul faillit tomber à la renverse. C’était le même vieillard qui lui avait apparu dans son rêve. Mais au lieu de lui offrir le trésor promis, le vieillard l’aborda ainsi :

– Veux-tu venir travailler dans ma vigne, je t’offre un franc par jour.

Maître Paul désappointé lui fit signe que non.

Le lendemain matin, le vieil homme vint encore inviter Paul à venir travailler dans sa vigne.

Tout honteux, Paul lui dit :

– C’est que j’attends quelqu’un.

Le surlendemain, le maire de la ville, ne roulant plus garder l’incognito, se répandit en invectives contre le malheureux Paul, et le traita de rien qui vaille, et de vagabond.

Humilié, Paul avoua son tort, et, pour s’excuser, il raconta au maire l’histoire de son rêve. Le vieux Monsieur en rit jusqu’aux larmes, puis il dit :

– Niais que tu es, mon ami ! Le moyen de se laisser duper ainsi par un rêve ! Si tous nos rêves s’accomplissaient, je serais riche depuis longtemps. Sache que, moi aussi, j’ai fait un pareil rêve ; trois fois de suite j’ai rêvé que loin d’ici, vers le Nord, au milieu de vastes forêts, il y a une chaumière habitée par un certain Paul Dios, et que sous un énorme noyer, qui se trouve devant sa porte, il y a trois cuves toute pleines d’or. Mais, plus sage que toi, je me suis moqué de mon rêve, et pour terminer, dit-il en plaisantant, je t’abandonne ce trésor ; tu n’as qu’à y aller.

Paul s’inclina, et en proie à un nouvel espoir fiévreux, il partit au plus vite. Arrivé à la maison, il envoya chercher quelques habitants du village prochain ; on abattît le noyer, mais de trésor, on n’en trouva point.

Mais il n’en découvrit pas moins le trésor caché. On se mit à labourer la terre ; peu à peu la contrée se peupla, et Paul finit par en faire un centre d’agriculture et d’industrie. Les ruines du château qu’il y fit bâtir sont les derniers restes de l’état sauvage de cette contrée.

Michel KLIMO (XIXe siècle), hongrois.

*****************************************************

 

28 janvier, 2018

Jean SILEX : Le carillon des souvenirs

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 6:16

(À Alexandre Michel).

PETITE cloche, quand tu tintes,

Au lever d’un riant soleil,

Ton carillon est le réveil

De mes espérances éteintes !

Il va, joyeux et jamais las,

Annoncer son Altesse Aurore

À l’enfant qui repose encore

Dans un flot de blancs falbalas.

Il invite chaque fidèle

À se recueillir un instant

Dans le calme vivifiant

De la somptueuse chapelle.

Gai carillon, envole-toi

Vers les régions inconnues

D’où ne sont jamais revenues

Les âmes qui gardent ma foi !

Dis-bien aux chères exilées,

Tout l’amour resté dans mon cœur,

Tous les pleurs répandus, dis-leur

Les illusions envolées !

Mais, tout doucement, dis aussi

L’espoir puisé dans la constance,

Et la complète indifférence

Où me laisse un autre souci.

Et, bien plus bas, si bas qu’à peine

Elles perçoivent ce secret,

Oh ! dis-leur que, bientôt, j’irai

Près d’elles oublier ma peine.

Carillon de mes plus beaux jours,

Carillon des heures d’ivresse !

Chasse la langueur qui m’oppresse,

En mon cœur résonne toujours !

Jean SILEX (XIXe siècle).

*****************************************************

 

27 janvier, 2018

Raoul de CHAMBERET : Potius mori

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 5:55

Je vis – mais n’ayant d’espérer

Plus ni la force ni l’envie,

Et vivant sans croire à la vie,

Au banquet où Dieu me convie,

Je ne m’assieds que pour pleurer.

Je pleure – mais de mes pleurs même,

Il faut, je crois, me réjouir,

Car mon malheur n’est pas extrême,

Ni ma déchéance suprême,

Si je puis encore en souffrir.

Je souffre – donc la pure flamme

De l’idéal qu’on doit chérir

Est encor vivante en mon âme,

Et le seul bien que je réclame

Est tout simplement d’en mourir.

Je meurs, – mais j’ai vécu mon rêve,

Et puisqu’il faut lui dire adieu,

Je veux qu’en ce jour il s’achève,

Pour se recommencer sans trêve

Demain, dans l’infini de Dieu !

Raoul de CHAMBERET (XIXe siècle).

*****************************************************

 

26 janvier, 2018

Ernest CHATONET : Le réveil

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 6:48

Voir se lever soudain le voile obscur des causes

Et resplendir l’amour dans chacune des lois

Qui régissent le monde en ses métamorphoses,

Des sphères de l’espace à la mousse des bois ;

Tout savoir ! pénétrer le mystère des choses

Et des liens du corps ne plus subir le poids ;

Comprendre à leurs parfums le langage des roses ;

Ne plus se souvenir des douleurs d’autrefois ;

De ceux qu’on a pleurés retrouver les caresses,

Sentir son cœur s’ouvrir à d’immenses tendresses,

Être affranchi du mal, n’avoir plus un remords,

Et s’élever toujours, de lumière en lumière,

Jusqu’au rayonnement de la cause première :

Tel sera le réveil que Dieu garde à ses morts.

Ernest CHATONET (18..-19..).

*****************************************************

 

25 janvier, 2018

Armand CLUZEL : Dans ma barque légère

Classé dans : Non classé — unpeudetao @ 5:26

Jeanne, viens avec moi dans ma barque légère

Voguer, au gré des vents, sur le flot écumeux.

Loin de la terre ingrate et du monde sévère,

Dans le cristal des eaux viens mirer tes beaux yeux.

Les vagues, en mourant sur la falaise altière,

Murmureront tout bas leur chant mystérieux,

Et nos baisers d’amour, si doux dans le mystère,

Auront pour seul témoin l’immensité des cieux.

Indolemment bercés sur l’onde frémissante,

Nous irons contempler l’aurore flamboyante,

Nager dans un bain d’or, et de pourpre et de feu.

Du bonheur nous boirons à la coupe d’ivresse,

Et quand viendra le soir, le cœur plein d’allégresse,

Dans un dernier baiser, nous rendrons grâce à Dieu.

Armand CLUZEL (XIXe siècle).

*****************************************************

 

24 janvier, 2018

Roger BOUTEFEU : Marche à l’étoile

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 6:24

Mère, l’étoile allume un chemin

Marchez…

Le monde saigne

Le monde croule

Portez votre souffrance

Dans cette nuit d’amiante

Où le grillage du givre lange la terre.

Mère, l’étoile lève un chemin

Marchez…

Les hommes ont soif

Les hommes ont faim

Portez votre souffrance

Dans cette nuit d’amiante

Où le vent hurle sa plainte de veuf.

Mère, l’étoile ouvre un chemin

Marchez…

Les portes sont fermées

Les mains nouées

Et les cœurs, les cœurs sont saignés

Dans cette nuit d’amiante

Où la peur embusque des épines.

Mère, l’étoile roule la nuit…

Détendez vos flancs

Voici la halte de votre marche

Des agnelles, des agneaux

Et des voix éclatent les pierres

Laissez le blanc du rêve, le bleu du sommeil

Coudre vos yeux sur votre peine.

Mère, l’étoile roule la nuit…

Détendez les muscles de votre cœur

Voici la halte de votre marche

Mangeoire et chanvre pour berceau

Paille de seigle pour manteau

Haleines de bêtes pour langes.

Mère, l’étoile roule la nuit…

La nuit d’amiante

Où le monde hoquette sur des béquilles

Mère, louée soit votre chair

Et votre nom

Ô, Marie

Ô, Mère

Les cieux sautent sur la terre.

Roger BOUTEFEU (1911-1992).

*****************************************************

 

1234

Ilona, Mahée et Mila. |
Amour, Beauté, Paroles, Mots. |
Les Ailes du Temps |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | David Besschops
| professeur.de.français
| billierose