4 avril, 2017

Anne-Adèle CORREVON : Comme les enfants !

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 5:08

Trois solides gaillards, soufflant fort, poussant ferme,

Menaient un char très lourd du côté de la ferme.

Ils s’étaient arrêtés pour respirer un peu,

Quand un enfant passa. La joue et l’œil en feu,

Les traits tout barbouillés et les cheveux pleins d’herbes,

Il regarde, étonné, l’immense char de gerbes

Et les trois hommes essoufflés.

Puis, d’un pas décidé, courant à leurs côtés,

Voûte son petit dos, et d’une voix joyeuse :

« Moi veux pousser aussi ! » Sa mine sérieuse

Disait qu’il ne comptait pas pour rien son appui.

Les hommes souriaient et se moquaient de lui.

Mais moi, je me disais : « Va, tu n’es pas plus sage ;

Dans cet enfant naïf tu peux voir ton image.

Quand le Seigneur semblait être sourd à ton vœu,

N’as-tu pas cru souvent pouvoir aider à Dieu ? »

Anne-Adèle CORREVON (XIXe siècle).

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3 avril, 2017

Pétrus SAMBARDIER : Sursum corda !

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 4:45

Seigneur, nos pauvres cœurs meurtris,

Pleins de fiel amer et de haine,

Nos pauvres cœurs secs et flétris

Sont enfoncés en la géhenne.

Haut les cœurs ! – Nous n’entendons pas

Les appels que clame le prêtre ;

Nous murmurerons au trépas

Bien des « Hélas ! », bien des « Peut-être ! »

Nos « aujourd’hui » sont enchaînés

Par la douleur et l’ignorance,

Et nos « demain » abandonnés

À l’humaine désespérance.

Venez effacer les rancœurs

Qui talonnent notre détresse !

Seigneur ! venez chercher nos cœurs

En leur abîme de bassesse !

Pétrus SAMBARDIER (1875-1938).

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2 avril, 2017

Louis SATRE : Voix de la nature

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 5:05

Quand il quitta le seuil de la pauvre chaumière,

Où sa main charitable avait séché des pleurs,

Au penchant du coteau – tout verdure et lumière

Il se fit sur ses pas de confuses clameurs.

Les voix – toutes les voix – celles de la clairière,

Des taillis, des buissons et des nids en rumeurs,

Des sentiers, des ruisseaux, des touffes de bruyère,

Celles des grands épis et des petites fleurs ;

L’insecte, le sillon, les mousses, les vieux chênes,

Les brises, les parfums, les souffles, les haleines,

Les soupirs de l’écho, s’éveillant à demi

Sous ce vague concert errant dans la campagne,

Lui disaient doucement « Salut, va, passe, ami,

« Et que Dieu te le rende et que Dieu t’accompagne ! »

Louis SATRE (XIXe siècle).

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1 avril, 2017

Octave-Louis AUBERT : Le mur qui saigne (Légendes de la Bretagne)

Classé dans : lecture, ecriture — unpeudetao @ 5:56

Pendant un quart de siècle, de 1341 à 1365, une guerre intestine mit la Bretagne à feu et à sang. La cause de cette guerre était la rivalité entre Charles de Blois et Jean de Montfort qui, tous deux, prétendaient avoir des titres à la succession du Duc Jean III. Deux partis se formèrent parmi les seigneurs et le peuple. Jean de Montfort, Charles de Blois furent tour à tour faits prisonniers. Leurs femmes : Jeanne de Montfort, appelée par ses compagnons de combat : Jeanne La Flamme, à cause de sa bravoure, et Jeanne de Penthièvre, dite Jeanne la Boiteuse, poursuivirent la lutte, qui devint ainsi la guerre des deux Jeannes.

Après de nombreux sièges et combats, des trêves et des reprises au cours desquels les belligérants firent appel, l’un à l’Angleterre, l’autre à la France, Charles de Blois et Jean de Montfort, fils de Jeanne la Flamme, n’ayant pu se mettre d’accord sur les bases d’un traité, décidèrent de livrer une bataille définitive. Celle-ci eut lieu le 23 septembre 1364 dans la plaine d’Auray. Charles, qui n’avait pas voulu tenir compte des conseils de Duguesclin, se laissa entraîner dans les rangs de ses ennemis. Il reçut un coup de dague qui lui traversa la gorge. Il n’eut, avant d’expirer, que le temps de prononcer Domine Deus. Jean de Montfort fut alors reconnu comme seul et unique Duc de Bretagne, sous le nom de Jean IV. La postérité l’a surnommé Le Conquérant.

Or, Jean de Montfort, après la mort de Charles de Blois, se croyait poursuivi inlassablement par le spectre de ce dernier. Il le voyait partout. En 1368, il se rendit à Dinan et reçut l’hospitalité chez les Cordeliers. Ceux-ci avaient été jadis comblés de dons par Charles de Blois et lui gardaient une pieuse mémoire. Soudain, Jean IV, en entrant à l’église, aperçut sur le mur le portrait de Charles de Blois, représenté en chevalier avec une cotte d’armes de Bretagne et à genoux devant saint François. Le duc, gêné par cette vue, demanda aux moines d’effacer le portrait. Les religieux n’osèrent s’y refuser et firent blanchir le mur.

Mais, bientôt, voici que de l’endroit où, sur le tableau, devait se trouver le cœur de Charles, le sang jaillit à flots. Toute la ville accourt pour constater cet évènement prodigieux. Des Anglais, mêlés à la foule, et voulant paraître moins crédules qu’elle, accusent les moines de supercherie et de chercher par cette ruse à entretenir la superstition parmi le peuple. Ils examinent l’endroit d’où jaillit le sang et donnent dans le mur des coups de couteau pour s’assurer si quelque vessie n’y est pas dissimulée. Leurs recherches sont vaines et ne servent qu’à confirmer le prodige. Ce que voyant, Jean IV s’empressa de quitter Dinan.

Octave-Louis AUBERT (1870-1950), Légendes de la Bretagne.

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31 mars, 2017

Albert BÉJOT : Rimes d’un malade

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 4:51

Dieu, me voyant un jour, du haut de son ciel bleu,

Traîner dans Paris ma misérable existence,

S’est dit : – Ce malheureux enfant mourrait sous peu,

Si je ne lui prêtais tout de suite assistance.

C’est un contemplatif qu’au sein d’une cité

J’ai créé, je ne sais par quelle inadvertance.

Il a besoin de grand air et de liberté ;

De la vie il connaît la seule parodie,

Je veux la lui montrer sous un meilleur côté.

– Ce disant, Dieu me fit don de ma maladie.

Albert BÉJOT (XIXe siècle).

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30 mars, 2017

Marguerite de COURONNEL : À un enfant

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 5:06

C’est pour toi, doux enfant, que l’existence est belle :

Quand on vit dans les fleurs, quand on suit l’hirondelle,

Quand on voudrait tout voir,

Que, fatigué de rire et fatigué de plaire,

On vient poser son front sur le cœur de sa mère.

Heureux sans le savoir..

Sous les chênes altiers qui bercent leur feuillage

Tu cours près des ruisseaux, sans voir que ton image

Est peinte en leur miroir.

Tu ne t’aperçois pas qu’assis au bord de l’onde

Nous t’admirons, enfant à l’auréole blonde,

Si beau sans le savoir !

Tu passes parmi nous, ainsi qu’une lumière,

Un parfum enivrant que la brise légère

Nous apporte le soir,

Enfant tendre et craintif, symbole d’espérance,

Ange doux et joyeux, si plein de confiance,

Si pur sans le savoir..

Le monde te sourit, la famille te fête :

Tu n’as que des amis pour veiller sur ta tête

Et faire ton vouloir.

Ah ! Sais-tu qu’aux aînés ton bonheur fait envie,

Enfant, heureux enfant qui traverses la vie,

Aimé sans le savoir ?

Ton cœur, à nos défauts, facilement pardonne,

Ta main aime à s’ouvrir pour tous ceux qu’abandonne

Le doux rêve d’espoir.

Reste comme aujourd’hui pendant ta vie entière :

Aimant et charitable, et candide, et sincère,

Et bon.. sans le savoir.

Marguerite de COURONNEL (XIXe siècle).

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29 mars, 2017

P. CROCKAERT : Petite ville

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 5:50

Au bord d’un ruisseau gras, à l’ombre d’un clocher,

Elle vivait en paix, dans sa molle vieillesse ;

Et le soleil faisait plus longue sa caresse

Lorsqu’il reconnaissait ses toits et son verger.

« Pas l’ombre d’un carrosse et l’ombre d’un cocher »

Le dimanche matin, au sortir de la messe. –

On s’y connaissait bien, – même, dans la détresse,

On trouvait un cousin, sans trop longtemps chercher.

Aux fêtes, sur la place, on baignait d’harmonie

Les platanes publics et les bourgeois béants,

– Qui, par l’ombre agrandis, se croyaient des géants.

Parfois on y jasait sans fiel et sans envie…

(On dit du bien, parfois, en parlant du prochain.)

– Dors, sous l’œil du Seigneur, bourg rustique et serein.

P. CROCKAERT (XIXe siècle).

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27 mars, 2017

Bonjour

Classé dans : Non classé — unpeudetao @ 7:00

Je ne veux ni ne rejette rien absolument, mais je consulte toujours les circonstances.

Confucius.

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A. DECOPPET : L’Angélus

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 4:58

(D’APRÈS LE TABLEAU DE MILLET).

L’immensité des champs remplit tout le tableau ;

Au loin, sur l’horizon, dressant sa pointe fine

Entre des peupliers, le clocher d’un hameau

Des derniers feux du jour doucement s’illumine.

C’est l’heure où du berger l’étoile se fait voir

Dans l’or rosé du ciel, dont pâlit la lumière ;

C’est l’heure où l’Angelus, dans le calme du soir,

De sa voix argentine appelle à la prière.

On dirait qu’on entend le léger tremblement

Dont chaque coup frappé tour à tour s’accompagne ;

Il s’élève, il faiblit, puis s’endort lentement,

Et longtemps semble encor planer sur la campagne.

Attardés dans leur champ, deux jeunes travailleurs,

L’homme et la femme, au son de la cloche connue,

Ont essuyé leurs fronts, et, cessant leurs labeurs,

Debout, ils font tout bas leur prière ingénue.

L’homme vient dans le sol de planter son trident ;

Grave, il tient son béret pressé sur sa poitrine.

La femme joint les mains sur son sein, et l’on sent

L’ardeur de sa prière à son front qui s’incline.

Que disent-ils à Dieu, ces humbles, ces petits ?

Quelque formule apprise à l’école… Qu’importe ?

Ces mots, depuis longtemps gravés dans leurs esprits,

C’est l’aile qui vers Dieu chaque jour les emporte !

Ces champs où l’Angelus résonne, harmonieux,

Cet horizon lointain où s’éteint la lumière,

Ce groupe recueilli sous la voûte des cieux,

C’est, dans la paix du soir, la paix de la prière !

A. DECOPPET (XIXe siècle).

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26 mars, 2017

François DELLEVAUX : Inspiration chrétienne

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 5:35

(D’APRÈS LA FRESQUE DE PUVIS DE CHAVANNES).

Loin du monde réel, qu’ils ne voient qu’à distance,

Détachés de tout bien périssable et mortel,

Sans désir, sans envie, à l’ombre de l’autel,

Ils passent saintement leur pieuse existence.

Tout entiers à cet art dont le ciel les dota,

Dans l’horizon formé de cette étroite enceinte,

Ils peignent – s’inspirant de l’Écriture sainte –

Marie à Nazareth, ou Christ au Golgotha…

Ils peignent un vitrail, comme on fait un poème :

Avec tout ce qu’on a de meilleur en soi-même,

Et qui demeure – intact – lorsque vous n’êtes plus.

Ainsi l’homme revit quand il s’immortalise.

– C’est de cette façon que, certain soir, je lus

Tout un rêve d’amour, sur un vitrail d’église..

François DELLEVAUX (XIXe siècle).

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