1 septembre, 2017

Félicien LUCRON : Le vrai, le beau, le bien

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 4:22

(À un sceptique).

Si tu fermes l’oreille à de vaines paroles

D’un ministre divin prêchant son Rédempteur,

Si tu ne peux souffrir tous ces discours frivoles

Que l’intérêt inspire au plat complimenteur,

Cherche la Vérité dans la simple Nature,

Retrouve cet amour dont ton cœur est sevré ;

Œuvre du Créateur, aime la créature,

Et tu croiras au Vrai..

Rien ne te sourit plus à travers l’existence. :

Tu doutes du Bonheur, même de la Beauté !

Accuse, si tu veux, la femme d’inconstance..

Le jour de l’abandon, maudis sa cruauté !

Mais ne va point nier le pouvoir de ses charmes..

Plutôt que d’aspirer au calme du tombeau,

Regarde en ses grands yeux le reflet de tes larmes,

Et tu croiras au Beau..

La Vertu, j’en conviens, est un trésor plus rare

Si l’on veut la trouver dans sa perfection ;

L’homme a toujours en lui quelque ferment barbare

Prêt à ternir l’éclat d’une bonne action :

Mais il n’en accomplit pas moins de grandes choses :

Évoque le Passé : rappelle-toi combien

Se sont sacrifiés pour les plus nobles causes,

Et tu croiras au Bien..

Félicien LUCRON (XIXe siècle).

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31 août, 2017

Adolphe MILLET : La décollation

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 5:17

Quand Salomé dansa pour terminer la fête,

« Dis-moi ce que tu veux », fit Hérode. – Elle alla

Trouver Hérodias qui dit : « Enfin voilà

Mon jour venu ! De Jean demande-lui la tête. »

Et l’incestueux roi lui livra le Prophète…

Aussitôt le bourreau d’un coup le décolla.

Hérodias perça la langue qui parla

Contre elle, et ricana : « Parle, langue muette ! »

Oui, la langue toujours parlera comme avant :

Hérode, Hérodias, Salomé, se sauvant,

L’entendront dans leur fuite, implacable, éternelle ;

Et le chef du martyr, pâle dans le bassin

Que Salomé présente à sa mère cruelle,

Poursuivra dans l’Enfer Hérode l’assassin.

Adolphe MILLET (XIXe siècle).

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30 août, 2017

Marie SANDRAS : L’orage

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 4:42

Jacob pleura son fils plusieurs jours.. (Genèse, ch. XXXVII, v. 34.)

L’atmosphère est brûlante ainsi qu’une fournaise ;

L’hirondelle en ses jeux de près rase le sol,

Et l’abeille oubliant les bourgeons du mélèze,

Prudente, vers la ruche a dirigé son vol.

Dans les blés onduleux se blottit l’alouette,

Le pâtre, au son du cor, assemble les troupeaux,

Et pour mieux respirer, la génisse inquiète,

La tête renversée, élargit ses naseaux.

Faneuses et faneurs, qui pressentent l’orage,

À l’envi dans les chars amoncellent je foin ;

Le ciel ne forme plus qu’un immense nuage,

Noir comme un drap des morts ; la foudre gronde au loin.

Au lieu de regagner sans délai sa chaumière,

Et de suivre la troupe à travers le vallon,

Un écolier peu sage, hélas ! reste en arrière,

Les fraises l’arrêtaient et s’offraient à foison.

Le ciel se fond en eau comme aux jours du déluge,

L’éclair à l’horizon trace des traits de feu ;

Sous un chêne touffu l’enfant cherche un refuge,

Ignorant que la Mort plane en ce même lieu.

Le lendemain matin – sombre histoire – à l’école

Une place vaquait ; les cœurs étaient en deuil.

Une mère plaintive et que rien ne console,

Pleurait en son logis près d’un petit cercueil.

Dans la campagne, enfants, quand vous surprend l’orage,

Ne cherchez pas d’abri sous des rameaux trompeurs ;

C’est un perfide toit qu’un dôme de feuillage ;

Car la foudre renverse arbres et voyageurs.

Marie SANDRAS (XIXe siècle).

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29 août, 2017

Marie BOULANGER : Trouvaille

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 6:36

J’avais trouvé sur la route

Un pauvre pigeon blessé ;

Son sang coulait goutte à goutte

Lorsque je le ramassai…

Je lavai ses plumes blanches

Dans les larmes de mes yeux,

Qui ne sont pas des pervenches,

Mais qui savent pleurer mieux.

Un doux oiseau que l’on trouve

Tout sanglant sur le chemin,

Qui demande qu’on le couve

.. Et le cache dans la main,

La délicieuse chose !

Je le plaçai sur mon cœur

Qu’un rayon du grand ciel rose

Emplissait de sa lueur !

Il portait une blessure

Que je fermai d’un baiser :

Le baiser chante ou murmure ;

Le mien dut agoniser…

Ma lèvre trembla d’angoisse

En effleurant mon amour :

Il est des choses que froisse

Le souffle embaumé du jour.

Sous une lèvre de flamme

L’oiseau blessé peut mourir…

Femme, embrasse avec ton âme :

Tu sauras l’art de guérir…

Mon doux captif, à cette heure,

Plane dans l’azur du ciel,

Et, chaque fois que je pleure.

Il le dit à l’Éternel !

Marie BOULANGER (1853-19..).

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28 août, 2017

Aimée BOURBON : Les deux idoles

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 5:01

Un jour, sur deux autels, je dressai deux idoles,

L’une c’était l’Amour et l’autre l’Amitié ;

Je les parai de fleurs aux gracieux symboles,

Chacune de mon cœur posséda la moitié.

Je me sentis ravie à leurs douces paroles,

Aux champs de l’Idéal je crus poser le pié,

Le Bonheur me faisait lire ses paraboles :

Dieu parfois des mortels sait donc prendre pitié ?

Mes jours à ce soleil, ma vie avec ces anges,

Étaient rêve accompli… Revirements étranges :

La barque sombre avant de mouiller dans le port.

L’Amitié se moqua… l’Amour cracha l’injure.

Ô Dieu, j’ai mérité de souffrir ce parjure

En me faisant un ciel sur la terre de mort !

Aimée BOURBON (XIXe siècle).

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26 août, 2017

Prince Alexandre BIBESCO : Socrus dilectæ memoriæ sacrum

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 6:13

(À mon beau-père).

De sa moitié la plus noble être séparé

Par un coup de ciseaux foudroyant de la Parque ;

Trôner sur le bonheur, présomptueux monarque,

Pour crouler avec lui, sanglant et déchiré ;

« Voir fuir vers l’Idéal le réel adoré »,

Comme jadis chantait d’un cœur brisé Pétrarque ;

Du destin ici-bas c’est la farouche marque ;

Chacun vit pour pleurer… ou pour être pleuré !

D’ici là-haut, mystère horrible ! route obscure !

Mais ta volonté, Dieu ! n’est point inique ou dure ;

Le cri de ma conscience, inextinguible, ardent,

Du néant sait percer l’impénétrable voile ;

Même sur l’autre bord on est encor vivant ;

Je heurte en bas la tombe ; en haut je vois l’étoile !

Prince Alexandre BIBESCO (1842-1911), roumain.

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25 août, 2017

Paul BLANCHEMAIN : Campagne blanche

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 5:04

La neige tombe. Tout est blanc,

Les montagnes et les vallées,

Et les forêts échevelées…

Le pied s’avance, tout tremblant,

Sur des routes immaculées.

Les fermes, les lointains clochers

Vêtent des robes floconneuses,

Et sur les vagues limoneuses

L’écume, à l’entour des rochers,

Se change en perles lumineuses.

Étendant leurs voiles de lin

Sur la ville et ses toits infimes,

Les anges descendus des cimes

Ont-ils préparé le chemin

De leurs processions sublimes ?

Dans cette splendeur de Thabor,

L’âme pure à l’aise respire.

Sur nos sentiers elle soupire,

Mais cet indicible décor

Semble inaugurer son empire.

Tombe, neige, en flocons épais,

Plus ta délicate avalanche

S’épand mystérieuse et blanche,

Plus l’immense et sereine paix

Sur la terre entière s’épanche !

Tombe, neige, sur les hauts monts !

Tombe sur l’ornière profonde

Où se débat notre vieux monde.

Cache du pied noir des démons

La trace à jamais inféconde !

Tombe !… au sol la fertilité

Naît sous ta couche éblouissante ;

Laisse que l’âme humaine sente,

Doux mystère de pureté,

Ta splendeur idéalisante !

Trop tôt la blancheur d’horizon

Qui calme tout l’être et l’allège

S’en ira. Délicieux piège,

Viendra la brûlante saison…

Gardons au cœur la blanche neige !

Paul BLANCHEMAIN (18..-19..).

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24 août, 2017

Raoul BONNERY : L’enfant au berceau

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 6:22

Craintif, j’ai soulevé les plis du rideau rose.

Il sommeille, et sa lèvre exhale un si doux bruit

Que, nous figurant être en un bosquet, la nuit,

Nous croirions tous ouïr respirer une rose.

Qu’il est coquet ainsi ! la bouche demi-close,

Ses blonds cheveux épars, un bras nu hors du lit !

En voyant tant de grâce, on sent que Dieu nous dit :

L’enfant est une fleur en mon parterre éclose.

Dors, mignon ! Si le vent veut souffler, ne crains rien.

S’il peut briser un chêne orgueilleux, il sait bien

Qu’un lis ne dresse point une tête rebelle.

Dors, ange d’innocence, ignore les combats

Que le Bien et le Mal se livrent ici-bas :

Car, vers le Ciel, sitôt tu fuirais d’un coup d’aile.

Raoul BONNERY (XIXe siècle).

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23 août, 2017

Abbé Henry BOTTIN : Fleur céleste

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 5:38

(À M. Henri Dernoncourt).

Un jour, un Ange aux jardins du bon Dieu

Prit une fleur, de toutes la plus belle ;

Et, doucement la posant sur son aile,

Il s’envola bien loin sous le ciel bleu…

Une humble femme était dans le saint Lieu.

La Vierge avait les yeux fixés sur elle,

Et, soutenu par la main maternelle,

L’Enfant divin souriait à son vœu.

Car elle avait cette espérance chère,

Que dans ses bras elle aussi, tendre mère,

Tiendrait bientôt un enfant gracieux.

Dieu répondit à sa pieuse envie ;

L’enfant naquit à la mère ravie :

C’était la fleur prise aux jardins des cieux.

Abbé Henry BOTTIN (XIXe siècle).

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22 août, 2017

Marie BOULANGER : Envolez-vous !

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 5:06

Envolez-vous, ô mes pensées,

Blanches colombes de mon cœur :

Le vent qui vous a dispersées

Était le souffle du Seigneur !

Envolez-vous à tire d’ailes ;

Tombez au palais, au taudis,

Et secouez vos étincelles

Aux pieds des grands et des petits.

Dans la demeure somptueuse

Il est, peut-être, un angle obscur :

Soyez l’aube mystérieuse

Dont s’éclaire ce coin de mur.

À la mansarde, à la chaumière

Portez ma joie et mon espoir :

Où l’ombre étouffe la lumière,

Soyez le doux rayon du soir.

Envolez-vous, ô mes pensées,

Blanches colombes de mon cœur !

Le vent qui vous a dispersées

Était le souffle du Seigneur.

Envolez-vous, oiseaux de flamme,

Fuyez de ma tremblante main ;

Effeuillez-vous, fleurs de mon âme,

Parmi la ronce du chemin !

Marie BOULANGER (1853-19..).

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