6 mai, 2017

Comtesse YSABEL : Rédemption

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 6:30

À l’heure où s’opérait le rachat de la terre

Sur la croix que les Juifs dressaient à leur Sauveur,

La Vierge, succombant à sa souffrance amère,

Ne cachait plus au Christ son immense douleur.

Jésus va la quitter ! Mais l’apôtre qu’il aime

Est là. Sa voix l’appelle et son regard mourant

Nous consacrant sa mère en ce moment suprême

Veut que Jean, comme nous, remplace son enfant.

Debout contre la Croix, Jean se tenait près d’elle

Quand, poussant un grand cri, le Sauveur expira,

Quand s’ouvrirent les Cieux à la race mortelle,

Quand le voile du temple en deux se déchira.

Pendant trois jours, la nuit, déployant ses ténèbres,

A fait frémir les monts sous leur manteau de deuil.

L’ouragan déchaîné sonnait des glas funèbres

Et les cèdres tordus oubliaient leur orgueil !

Au milieu du chaos, sans éprouver de crainte,

Saint Jean, prés de Marie, était calme et priait.

Ne se sentait-il pas sous son égide sainte

Qui protégeait l’enfant qu’un fils lui confiait ?

Nous vivons comme lui dans un temps de souffrance.

Dieu semble nous quitter et nous livre à l’effroi.

Mais la Vierge nous garde et sauvera la France.

À des enfants si chers elle rendra la foi.

Comtesse YSABEL (XIXe siècle).

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5 mai, 2017

E. BRUYÈRE : Sous la croix

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 4:58

Sur le chemin difficile

Je voudrais, portant ma croix,

M’avancer d’un pas docile,

Conduit, ô Dieu, par ta voix !

Je voudrais, au lieu de faire

Étape au bord du sentier,

Ma croix déposée à terre,

Charger ce faix tout entier.

Je voudrais, suivant la trace

De Jésus en ses douleurs,

Sous ma croix répandre en masse,

Au lieu de larmes, des fleurs !

E. BRUYÈRE (XIXe siècle).

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4 mai, 2017

André CAILLOUX : Vendange

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 5:28

Pourquoi donc votre robe est-elle rouge et pourquoi vos vêtements sont-ils comme les habits de ceux qui foulent dans la cuvée ? J’ai été seul à fouler au pressoir et nul homme d’entre les peuples n’était avec moi. ISAÏE.

Venez çà, vendangeurs de sordide vendange,

Le Fils lance un appel pressant,

Car c’est lui-même qui descend

Dans la cuve fouler vos récoltes de fange.

Venez çà, tâcherons qu’à toute heure du jour

(Ce jour qui va du premier père

Au jugement de la colère)

Le Seigneur à sa vigne aura mis tour à tour.

Ô long rang de porteurs s’avançant à mesure !

Et chacun voit que son voisin

N’a dans sa hotte qu’un raisin

Desséché par l’orgueil, pourri par la luxure.

Mais qui donc peut savoir si son propre fardeau

N’est pas encor plus pauvre offrande,

S’il n’y a pas laideur plus grande

Dedans ce chargement lui pesant sur le dos ?

Qu’on ramasse un à un les grains qui sont par terre,

Ceux que, claquant son fouet plombé,

La grêle drue a fait tomber

Sous des grêlons de vol, de meurtre et d’adultère.

Il foule, foule pour nous

Sans relâche, il est au bout

De ses forces, nu, debout

Dans le vin jusqu’aux genoux.

Sur les grappes vendangées

Aux treilles qu’ont ravagées

Les sept péchés capitaux

Il marche, parfois s’écroule

Mais se relève aussitôt

Teint de ce moût qui découle.

Jusqu’au bout

C’est debout

Qu’il veut fouler pour nous.

Tout haletant il chancelle

Sur les raisins qu’amoncellent

Les porteurs encor, encor ;

Il écrase, tasse et presse

Mais les hottes, ras le bord,

De se déverser sans cesse.

Jusqu’au bout

C’est debout

Qu’il veut fouler pour nous.

Il ne craint pas la besogne ;

Allez, donnez sans vergogne

Ces cueillettes de courroux,

Humblement il les réclame

Et surmontant son dégoût

En débarrasse les âmes.

Jusqu’au bout

C’est debout

Qu’il veut fouler pour nous.

Nul ne pourrait reconnaître

Le Fils unique du Maître

Dans ce lamentable état,

Titubant tel un homme ivre

Sur ces misères en tas

Dont les pécheurs se délivrent.

Comme il ne peut rester debout,

Que se dérobent ses genoux,

Il se fait suspendre à des clous

Afin de tenir jusqu’au bout.

Stupeur ! Sur cette cuvée horrible…

De son dos perforé comme un crible,

De ses mains, de ses pieds traversés,

De son front que la ronce égratigne

Et de son côté droit transpercé –

Vin nouveau d’une charnelle vigne

Le sang coule à longs flots, vermeille ablution.

Ô toi dont une seule goutte

Pourrait suffire à laver toute

Notre glane de boue et de corruption

Faut-il pour t’étancher que nos lèvres se posent

Comme une digue sur son corps ?

Demeure en lui ! S’il saigne encor

Il va rendre son âme et nous en serons cause.

C’est trop tard à présent, Dieu même le prescrit.

Abandonnant toute sa vie

Avec le Sang qui purifie

L’héritier de la vigne expire en un grand cri.

Sa tâche est accomplie

Jusqu’au bout

C’est debout

Qu’il a peiné pour nous.

Il est mort – Approchons du vendangeur inerte

Qui, d’un raisin d’iniquité,

Nous fit un vin de sainteté.

Adorons en comptant les blessures ouvertes

Cette insondable charité.

André CAILLOUX (1920-2002), canadien.

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3 mai, 2017

??? ??? ???

Classé dans : Non classé — unpeudetao @ 13:45

https://www.youtube.com/watch?v=2NL02eCEuUs

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Robert CAMPION : Petit violoneux

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 4:53

Do mi sol do. Pâques fleuries

Ont fleuri d’or le grand ciel noir.

Viens-nous-en, ma viole, au soir

Chanter la Pâque aux métairies,

Dire à Rose, fermière, un lai :

Mes œufs de Pâques, s’il vous plaît.

Bonjour, bonsoir, madame Rose,

Jésus-Christ est ressuscité !

Alléluia dans la cité,

Dans les bois, dans la ferme close.

Ouvrez la porte ou le volet :

Mes œufs de Pâques, s’il vous plaît.

Jésus vous donne dans l’année

Cent fois le prix de ma chanson ;

La joie au cœur de la maison ;

Cheveux blonds, d’une nouveau-née ;

La vache blanche, herbe, et bon lait :

Mes œufs de Pâques, s’il vous plaît.

Robert CAMPION (18..-19..).

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2 mai, 2017

comte Adrien de CARNÉ : Symphonie séraphique

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 6:11

Or, les célestes intelligences sont douées d’un mouvement circulaire qui les fait graviter, sans commencement et sans fin, vers les splendeurs éternelles du beau.

DENIS l’Aréopagiste (Pseudo-Dionysius).

***

Les ombres du sommeil ayant voilé mes yeux,

Je vis et j’entendis, en rêve, au fond des cieux,

Le chœur des SÉRAPHINS chanter dans la lumière :

Tout le cosmos, tout l’univers éblouissant,

Tout, depuis l’être brut jusqu’à l’être pensant,

Sur deux courbes se meut, sans repos. La première

Retient le vol perpétuel et mesuré

Des astres, dans les champs de l’éther azuré ;

C’est l’ellipse, trajet constant de la matière.

L’autre, comme Denys, Paul et Jean l’ont appris,

Est celle où, constamment, gravitent les esprits,

Et c’est le cercle, mer aux formidables ondes,

Ayant pour centre Dieu, pour rayon l’infini.

Ainsi, tout le profond mystère est défini

Dans sa cause adorable et ses causes secondes ;

Ainsi, tout resplendit : l’auteur du mouvement

Sur deux orbes sans fin et sans commencement

Entraîne, autour de lui, les anges et les mondes.

Au troisième séjour des merveilles du ciel

Les TRÔNES, dont le chef insigne est Raphaël,

Exultent, vigoureuse et fière multitude.

Temples où l’hypostase ineffable sourit,

Sièges d’or que le Père, et le Fils, et l’Esprit

Daignent combler de leur immense quiétude,

Sans faiblir comme Atlas courbé sous les faux dieux,

Ils portent le fardeau de l’Être radieux,

Dans le calme, la force et la béatitude.

Entre eux et nous, tenant la zone du milieu,

Les CHÉRUBINS, extasiés, contemplent Dieu.

Fixés en lui par leurs invisibles constances,

L’insatiable soif de savoir creuse, en eux,

Des gouffres de désir, des puits vertigineux.

Abîmes implorant l’Abîme, leurs substances

Boivent, avidement, l’auguste vérité,

Et la gnose, pendant toute l’éternité,

Déverse, en eux, ses flots de voluptés intenses.

Mais nous sommes plus grands encore, étant plus près

De l’arcane et de ses majestueux secrets.

Celui qui nous a fait ses confidents intimes,

Sur nous laisse descendre une telle clarté,

Qu’elle passe en fraîcheur, en gloire, en royauté,

Le lis blanc du Cantique et la neige des cimes.

L’Étoile du matin, seule, au-dessus de nous.

Dans la grâce éternelle a des rayons plus doux

Que les nôtres, et des puretés plus sublimes.

Or, cette incomparable et princière splendeur,

Ces dons prestigieux de céleste candeur,

Que sont-ils, en dépit de leur magnificence ?

Des délices qui font notre félicité

Le plus divin, pour nous, n’est pas notre beauté

Mais notre embrasement. Nous sommes, par essence,

Des fournaises d’encens, des brasiers dévorants,

Des fleuves de ferveur, d’impétueux torrents

De charité, d’ignition, d’incandescence.

Homme ! notre symbole éclatant c’est le feu ;

Il dirige toujours, vers le firmament bleu,

Sans descendre jamais, ses grandes ailes claires.

Regarde-le, terrible et rouge, s’élançant

Sur les cités, sur les forêts, en mugissant ;

Regarde le Vésuve exhalant ses colères

Vers le sombre zénith où, dans les profondeurs,

Les soleils flamboyants fulgurent. Ces ardeurs,

Près des nôtres, ne sont que des glaciers polaires.

À l’aurore des temps, à l’heure où les maudits

Plus vite que l’éclair tombaient du paradis,

Nous, par un choix subit et libre, nous aimâmes !

Depuis ce jour, voici notre destin sacré :

Perpétuer, en nous, l’incendie adoré,

Propager, hors de nous, ses triomphantes flammes,

Aimer de plus en plus, aimer ! aimer ! toujours !

Brûler d’amour et provoquer autant d’amours

Que la terre et le ciel comptent d’anges et d’âmes !

comte Adrien de CARNÉ (1854-19..).

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1 mai, 2017

Mathilde DELAPORTE : Consoler

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 5:49

Il faut si peu pour consoler,

Pour rendre moins lourde une peine,

Calmer une détresse humaine,

Et faire un chagrin s’en aller.

Pour arrêter au bord d’un gouffre,

Rendre moins triste quelque temps,

Faire sourire un peu d’instants

Et forcer d’oublier qu’on souffre.

C’est si facile ; il faut si peu !

Chacun a tant besoin de joie

Qu’avidement, comme une proie,

Vite il en saisit ce qu’il peut,

Il n’est pas besoin d’être habile ;

Parfois un mot de réconfort

Peut adoucir ou rendre fort :

Il faut si peu, c’est si facile !

Une parole de pitié,

C’est parfois tout ce que réclame

Pour s’épanouir un peu l’âme

Et pour refleurir à moitié.

Tel, la mère avec son haleine

De son enfant chasse le mal,

Vous êtes un baume vital,

Souffle de la parole humaine.

Vous pouvez endormir les maux

D’un don magnétique ô parole,

Souvent la Douleur se console

Facilement avec des mots.

Les mots clairs font fuir les alarmes,

Les mots clairs chassent les rancœurs,

Les mots purs guérissent les cœurs,

Les mots tendres sèchent les larmes.

Pour faire revivre l’Espoir,

On n’a qu’à parler d’Espérance !

On n’a qu’à clamer l’existence

Du bonheur pour en faire avoir !

Quand le timbre du cœur s’y mêle,

Ces mots-là chacun les entend,

Même un étranger les comprend,

Ils sont de langue universelle !

Mais s’ils n’ont le timbre du cœur,

Si son accent d’amour n’y passe,

Ce n’est qu’un bruit inefficace

Que n’écoute point la Douleur.

Ils restent alors sans réponse ;

Ils ne sont alors que des riens ;

Mais les mots sont magiciens

Quand c’est le cœur qui les prononce.

Mathilde DELAPORTE (1865-1941).

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30 avril, 2017

Citation

Classé dans : Non classé — unpeudetao @ 9:38

L’homme de qualité cherche l’harmonie non la conformité, l’homme de peu la conformité plutôt que l’harmonie.

Confucius.

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Charles FUSTER : Les dieux au Golgotha

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 5:27

Jésus est mort. Le sang s’arrête à ses bras nus,

La glace de silence est entrée en ses veines.

Il dort, meurtri de coups, lacéré par les haines,

Et les dieux couronnés de roses sont venus.

Voici Zeus. Tout l’Olympe est autour. Cette horde

Halète. Pas un bruit : – les dieux épouvantés

Ont touché le néant de leurs éternités,

Et tremblent, et font trêve aux soufflets de discorde.

Ils voient, sur le ciel noir, tragique et furieux,

Ce martyr pâle, avec sa tête qui se penche ;

Et Zeus en a du sang à sa tunique blanche,

Et de vrais pleurs humains lui sont montés aux yeux.

Tous songent que leur gloire ancienne et leur puissance

Disparurent, au cri dernier de ce martyr,

Que la foule les chasse, et qu’il faudra partir

Loin des temples sereins, loin de l’air qu’on encense.

Et ne pouvant pas même, en son supplice affreux,

Haïr ce torturé dont la tête s’incline,

Les dieux déchus s’en vont le long de la colline

Sans avoir une fois regardé derrière eux.

Charles FUSTER (1866-1929).

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28 avril, 2017

Jean HUISLY : Golgotha

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 5:05

Qui donc là-haut gravit cette morne colline,

Les bras liés, courbé sous une lourde croix,

Mais le front rayonnant d’une splendeur divine

Telle que n’en ont pas les figures de rois ?

Et sur le haut du mont qui s’élève et s’incline,

Que voit-on se dresser comme des pieux tout droits,

Et dont l’ombre à l’entour, lugubre, se dessine ?

– Ce sont de noirs gibets et l’on en compte trois !…

L’Homme-Dieu va mourir ! – Silence, ciel et terre !

C’est le Seigneur qui va clore son Ministère

Et sceller de son sang ce qu’Il a tant rêvé…

Le soir étend son voile et le ciel devient pâle,

La plaine au loin frémit, retentit d’un long râle,

Le Grand Œuvre s’achève et le monde est sauvé !

Jean HUISLY (XIXe siècle).

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