1 novembre, 2017

Philippe DESPORTES : La vie est une fleur

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 4:19

La vie est une fleur espineuse et poignante,

Belle au lever du jour, seiche en son Occident ;

C’est moins que de la neige en l’esté plus ardent

C’est une nef rompue au fort de la tourmente.

L’heur du monde n’est rien qu’une roue inconstante

D’un labeur éternel montant et descendant ;

Honneur, plaisir, profict, les esprits desbordant,

Tout est vent, songe et nue, et folie évidente.

Las ! c’est dont je me plains, moy qui voy commencer

Ma teste à se mesler, et mes jours se passer,

Dont j’ay mis les plus beaux et les vaines fumées ;

Et le fruict que je cueille, en que je voy sortir

Des heures de ma vie, hélas ! si mal semées,

C’est honte, ennuy, regret, dommage et repentir.

Philippe DESPORTES (1546-1606).

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31 octobre, 2017

Citation

Classé dans : Non classé — unpeudetao @ 5:30

La logique vous emmènera d’un point A à un point B.

L’imagination vous emmènera n’importe où.

Albert Einstein.

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Jean AICARD : La rose de Biskra

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 5:24

L’océan de sable a dé vrais rivages,

Plats, nus, désolés, – déjà le désert.

J’ai rencontré là deux enfants sauvages…,

Rien, autour de nous, de frais ni de vert.

Au désert, la vie a soif, et se traîne,

Implorant l’eau, l’ombre, un peu de sommeil ;

Et rien ne dit mieux la misère humaine

Que tant de néant sous tant de soleil !

Rien, autour de nous, que la plaine rousse ;

Plus d’oiseaux, sinon un seul cependant,

Qui s’élève avec une gamme douce,

Douce, – et qui se pose en la descendant.

Et les deux petits, souillés de poussière,

N’étaient que douleurs, misères et haillons…

Oh ! pourquoi fais-tu, Dieu de la lumière,

Misère pareille, avec tes rayons ?

Ils passaient, muets, tristes, l’air farouche,

Et sales !… c’était pitié de les voir.

Le garçon tenait un doigt dans sa bouche,

La fillette avait un petit miroir.

Les haillons faisaient un grand pli superbe,

Mais plein de vermine et d’impureté…

Pourquoi, Dieu, qui prend souci d’un brin d’herbe,

Fais-tu la misère, avec la clarté ?

Et pour leur donner, – hélas ! peu de chose ! –

Quand je m’arrêtai près d’eux un moment,

Je vis qu’ils avaient chacun une rose,

Toute fraîche encor sur leur front charmant.

L’oasis est loin, la fleur toute fraîche.

Où l’ont-ils cueillie ? et par quel bonheur,

Dans l’horrible plaine où l’on se dessèche,

Le soleil a-t-il épargné la fleur ?

Oh ! même il l’a faite avec la rosée !

Et les deux petits, contents de la voir,

Dans leurs noirs cheveux, vite, l’ont posée

Comme un gage sûr d’amour et d’espoir.

Rose consolante, ô rose divine,

Je sais d’où tu viens, fleur faite de jour :

Tout le sang des cœurs est dans ta racine,

La terre t’invoque en pleurant d’amour !

La misère humaine aspire à toi, Rose,

Luxueux parfum, splendide couleur !

Tout le désert rêve une seule chose :

Une goutte d’eau pour faire une fleur !

Si l’on te niait, chaque grain de sable

Au fond du désert en témoignera :

Je t’ai vue un jour, rose impérissable

Que Dieu fait fleurir dans le Sahara !

Jean AICARD (1848-1921).

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30 octobre, 2017

Pierre HUGUENIN : La mort d’une rose

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 5:09

Un vase de cristal où languit une rose

Est là, tout près de moi. C’est dommage ; demain

Elle va s’effeuiller si j’y pose la main,

Ou si légèrement d’eau fraîche je l’arrose.

J’aurais dû la laisser parmi les fleurs, ses sœurs,

La laisser au soleil, à sa tiède caresse,

À la brise de nuit qui berce avec tendresse,

Au matin pâle et bleu qui la couvre de pleurs.

J’aurais dû la laisser croître au bord de la route.

Une fille en passant l’eût mise à ses cheveux ;

L’amoureux l’eût cueillie à l’instant des aveux.

Après il l’eût baisée en soupirant, sans doute.

Devant la Vierge sainte elle aurait pu mêler

Aux effluves d’encens sa senteur printanière,

Puis mourir, lorsqu’un ange, ayant fait sa prière,

Viendrait, en s’envolant, de l’aile la frôler.

Une femme aurait pu de ses longs doigts d’Infante

La mettre à son corsage élégamment brodé ;

Faisant des envieux prés du cœur bien gardé.

Elle aurait pu paraître en un bal, triomphante.

Elle aurait pu mourir dans un missel très vieux,

Jadis enluminé par quelque châtelaine :

On aurait, en l’ouvrant, cru que sa douce haleine

Était parfum de mode au temps de nos aïeux.

Vous l’avez prise, enfant mélancolique et frêle ;

Sur votre cœur, amie, elle resta longtemps,

Puis mourut. – On ne veut pas mourir à vingt ans ! –

Je voudrais vous aimer, et puis mourir comme elle !

Pierre HUGUENIN (XIXe siècle).

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29 octobre, 2017

Charles Robert MATURIN : Ovation

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 5:38

Le coucher du soleil a teint de pourpre et d’or

Les nuages roulant sur les tours de Padoue,

Leurs spirales à jour au gracieux essor,

Et son dernier rayon sur ses dômes se joue.

Aux feux mourants du ciel la terre avec transport

Répond par mille feux s’élançant vers la nue

Et de joie à torrents inondant chaque rue.

Les spirales des tours ont tressailli soudain :

Sous le marteau la joie y fait bondir l’airain.

D’hymnes triomphateurs les moutiers retentissent,

Les gardes sont debout et leurs clairons mugissent.

Sous des berceaux fleuris à de plus doux accents

Un essaim de beautés vient enivrer ses sens.

Maint joyeux ménestrel entonne en leur présence

Lais d’amour, chants de guerre ou fantasque romance ;

L’un célèbre d’Arthur les magiques exploits,

L’autre de Charlemagne exalte la puissance.

Le jongleur trompe l’œil par ses agiles doigts,

Le Maure fait la roue au bruit de vingt clochettes,

Le marchand de pardons et l’humble pèlerin

À la foule ébahie offrent leurs amulettes.

Mais voici dans les airs se frayant un chemin,

Les torches qu’à longs cris suit une mascarade

Dont la pompe mystique étale, faux devins,

Et prophètes sacrés, et l’enfer et les saints.

Assemblage bizarre et grotesque parade

Des mystères du ciel et des mythes païens.

Du treillage jaloux des plus hautes croisées,

Des terrasses, des toits, des balcons, des créneaux,

Mille groupes dans l’ombre agitant des flambeaux,

Mêlent à cet aspect et clameurs et risées.

Un clair-obscur piquant contraste tour à tour,

Ces traits que l’ombre noie, où ruisselle le jour.

Il court, du pèlerin noircissant la capuce,

Enflammant des démons le costume de feu ;

Du casque du guerrier il glisse sur l’aumusse

Et le chef tonsuré, sceau des hommes de Dieu ;

D’un œil voluptueux, d’une bouche rieuse,

Il descend sur les saints au martyre livrés ;

Du bouffon et du nain, à la face railleuse,

Sur l’or du reliquaire et les cierges sacrés,

Et l’opulente croix dont l’étendard s’élève

Chargé du poids d’un Dieu par qui meurt le trépas.

D’un barde ce tableau réalise le rêve.

Le sage, de la foule observant les ébats,

Y nourrit ses pensers. Là s’agite l’enfance

À qui tout est surprise, et dont le cri joyeux

Témoigne incessamment du plaisir de ses yeux.

Là jouit l’âge mûr calme, et dont la prudence

Jette sur son sourire un voile officieux.

Là se traîne un vieillard à la tête blanchie

Dont le cœur du passé suit l’ombre réfléchie,

Et s’étonne que jeune on admire au hasard

Ce qui ne sourit plus à son terne regard.

« Au front du camp vainqueur où la foule s’arrête,

Pour qui sont, ménestrel, tous ces apprêts de fête ?

Ils sont, l’ignorez-vous ? pour ce jeune étranger

Dont la gloire confond et terrasse l’envie.

Avec ravissement on raconte sa vie,

Et comment ce jour même, à l’heure du danger,

Il voulut de Padoue emporter la bannière

Au cœur des bataillons ennemis, dans leur sang

La planter ou périr. Du jeune téméraire

Les chefs ont dédaigné la hautaine prière.

Leur barbe a tressailli d’un sourire offensant.

Lui qui jamais encore, il l’avouera lui-même,

N’a su rompre de lance aux innocents tournois,

Il ose, pensaient-ils, en ce péril extrême,

S’égaler à des preux blanchis par cent exploits !… »

Il a vu leurs mépris ; une rougeur subite

Dans les plis de son front court et se précipite…

S’il pouvait, à cette heure, eux tous les défier !…

Non.. il presse, il insiste, il s’abaisse à prier ;

Puis, tandis qu’incertain le général hésite,

À sa prison de fer il ravit l’étendard.

» Là-bas aux champs poudreux d’un horizon blafard

Roule l’aigre fracas des conques, des cymbales ;

Là des fils d’Ismaël le mobile croissant

Jette sur leurs turbans un éclair pâlissant.

Il y court, moins rapide est l’élan des rafales.

Autour des rangs pressés il tourbillonne ; hélas !

Mille bras sont levés sur une seule tête.

Lances et javelots, fers trempés à Damas,

Cimeterres et dards, et flèches, tout s’apprête

À punir à la fois l’intrépide héros.

Cavaliers, en avant ! qu’à son aide on s’élance !

Un nuage poudreux fend la plaine et s’avance,

Et lui, tel qu’un esquif emporté par les flots,

L’œil le suit et le perd. En ce moment horrible,

Le ciel même, le ciel ne le sauverait pas.

Mais ce cri : « Dieu ! victoire ! » a retenti terrible.

Dans le sang ennemi ruisselant sur ses pas,

Vers ses libérateurs il se fraie un passage ;

Il jette dans leurs rangs, à travers le carnage,

Le gonfalon béni du pontife romain ;

Tel qu’un éclair le glaive étincelle en sa main.

Comme la trombe éclate et se perd dans l’orage,

Champions de Padoue, il vous rejoint enfin !

Et son bras, d’Ismaël défiant la furie,

Du général chrétien lui dispute la vie ;

Trois fois de sa poitrine il lui fait un rempart,

Et, vainqueur, du prophète il ravit l’étendard.

» De ses nobles rivaux l’élite est assemblée.

Là, sous les feux du soir comme dans la mêlée,

Rapide, foudroyant, luit encor son regard :

Sous le glaive du chef il se prosterne et prie.

« Banneret, sois l’honneur de la chevalerie,

Lui dit l’aîné des preux ; que sur ton bouclier

Brille la croix de pourpre, égide du guerrier !

Que l’ange du Très-Haut, dans sa main retrempée

Te livre avec ce fer sa flamboyante épée ;

Et puissent à jamais nos saints dans les combats

Te donner leur valeur, leur foi dans le trépas ! »

Charles Robert MATURIN (1782-1824), irlandais.

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28 octobre, 2017

Louis MICHEL-DESFOSSEZ : Prière

Classé dans : Non classé — unpeudetao @ 6:50

Mon Dieu ! je reconnais votre toute puissance !

Pour toujours je vous jure amour, obéissance,

Respect à votre loi ;

Chétif, je me soumets à votre bonté sainte ;

Mais prenez en pitié ma misère et ma plainte,

Car j’espère et j’ai foi !

À quoi bon prendre part aux prières publiques ?

Je repousse les chants et les hymnes bibliques,

Mon cœur seul vous priera ;

Et seul j’invoquerai votre grâce propice,

Et mes vœux voleront jusqu’à votre justice

Qui les exaucera..

Est-il donc un lieu saint, construction des hommes,

Où l’on doive en tout temps, insensés que nous sommes,

Invoquer l’Éternel ?..

Un temple riche et beau qui demain est ruine !…

J’aime mieux le palais, créé de main divine,

Dont la voûte est le ciel !…

Le ciel ne vaut-il pas une voûte de pierre

Qui semble faite exprès de peur que la prière

Ne monte à vos genoux ?…

Sous ce ciel, et devant cette immense nature

Quel homme ne se croit, même ayant l’âme pure,

Bien petit devant vous ?…

Est-il une lumière en clartés plus féconde

Que ce soleil brillant, flambeau de tout un monde

Que vous-même allumez ?…

Oh ! qu’il fait bon prier quand l’étoile scintille,

Que la lune, aux lueurs tendres, doucement brille,

Et semble dire : AIMEZ !…

Aimer ! aimer toujours !… c’est votre loi suprême !

Vous pardonnez toujours au pécheur quand il aime ;

Et, d’espoir animé,

Je vous dis : ô Seigneur, pitié, vous que j’implore,

Car j’ai beaucoup souffert… – dois-je souffrir encore ? –

Hélas ! j’ai tant aimé !!…

Louis MICHEL-DESFOSSEZ (XIXe siècle).

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27 octobre, 2017

J. PETIT-SENN : Un jeune vieillard

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 5:16

Oui, sans doute il est vieux et n’en fait pas mystère ;

Les rides sur son front le proclament assez ;

Mais, si son corps débile est penché vers la terre,

Pour regarder les cieux sont front s’est redressé.

Son cœur est jeune encor pour la reconnaissance,

Il bat plus vite aux mots de Patrie et d’Honneur,

Il s’ouvre à la pitié lorsqu’il voit la souffrance,

Il se ferme au méchant, au lâche, au suborneur.

S’il entend raconter quelque action sublime,

Malgré le froid des ans son sang a bouillonné ;

S’il apprend les malheurs d’un peuple qu’on opprime,

D’un éclair menaçant son œil est sillonné ;

Le vice a son mépris, la vertu son estime ;

Dans un cercle d’amis il cherche à s’enfermer ;

Pour les fêter en vers son cœur trouve la rime.

On est toujours poète alors qu’on sait aimer.

Dans ses rustiques chants sa verve qui s’épanche

Au souffle du printemps se met à refleurir ;

Avec les prés, les bois sa muse s’endimanche ;

Ainsi qu’eux tous les ans on le voit reverdir.

Il sourit à la terre avec lui réveillée

Et de ses frais atours trop longtemps dépouillée ;

Il est heureux de vivre, et sur tous les chemins

Élève au Créateur sa prière et ses mains.

Sa promenade n’est qu’une pieuse extase

Où son sein se dilate, où son âme s’embrase

Au zéphir attiédi qui rend la feuille au bois,

La marguerite à l’herbe, au rossignol sa voix,

Au ruisseau son murmure, et qui de la prairie

En la couvrant de fleurs orne la draperie.

D’une céleste joie alors son cœur bondit

Aux rayons d’un soleil qui brille, resplendit.

De cet air bienfaisant tout son corps se sature ;

Lui-même il rajeunit ainsi que la nature.

Avec maux et chagrins son âge s’est enfui.

Combien de jeunes gens qui sont plus vieux que lui !!

J. PETIT-SENN (XIXe siècle).

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26 octobre, 2017

Jean Jaurès : Comme un rêve

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 4:40

Bien souvent, dans la contemplation et la rêverie, nous jouissons de l’univers sans lui demander ses comptes ; nous aspirons la vie enivrante de la terre avec une irréflexion absolue, et la nuit étoilée et grandiose n’est plus bientôt, pour notre âme qui s’élève, une nuit dans la chaîne des nuits. Elle ne porte aucune date ; elle n’éveille aucun souvenir ; elle ne se rattache à aucune pensée ; on dirait qu’elle est, au-dessus même de la raison, la manifestation de l’éternel. Nous ne nous demandons plus si elle est une réalité ou un rêve, car c’est une réalité si étrangère à notre action individuelle et à notre existence mesquine qu’elle est, pour nous, comme un rêve ; et c’est un songe si plein d’émotion délicieuse qu’il est l’équivalent de la réalité.

Jean Jaurès (1859-1914).

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25 octobre, 2017

Gérard de NERVAL : Choeur d’amour

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 5:35

Ici l’on passe

Des jours enchantés !

L’ennui s’efface

Aux  coeurs attristés

Comme la trace

Des flots agités.

Heure  frivole

Et qu’il faut saisir,

Passion folle

Qui n’est qu’un  désir,

Et qui s’envole

Après le plaisir !

Gérard de NERVAL (1808-1855).

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24 octobre, 2017

Maurice DELORME : Écho fraternel

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 5:06

Tous les chagrins de l’homme ont trouvé dans mon cœur

Un écho fraternel où vibre l’espérance

Car je me suis penché sur les jours de douleur

Pesés par le Destin dans l’ultime balance.

Et j’ai voulu dépeindre au rythme de mes chants

Cette ombre qui s’étend sur la clarté du Monde

Et la nécessité du juste et du méchant

Car je sais que pour nous la nuit sera féconde.

Je sais qu’il faut lutter pour vaincre au dur chemin

Mais que tous nos efforts sont vains sans la prière,

Qu’il faut aussi presser son cœur dans ses deux mains

Afin que sa douleur se transforme en lumière !

Maurice DELORME (1918-1978).

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