9 avril, 2015

Pitié, Henry GRÉVILLE

Classé dans : — unpeudetao @ 17:48

Pour ceux qui marchent dans la nuit, Courbés sous l’averse glacée, Ceux dont la vieillesse est lassée Et que leur désespoir conduit ; Pour ceux que la tempête chasse Dans sa tumultueuse horreur. Le cœur serré par la fureur De la mer, du vent, de l’espace ; Ceux qui n’ont pas de lendemain, Ceux qui n’auraient jamais dû naître Et qui vont expirer peut-être De rage encor plus que de faim ; Ceux, déjà pareils à des ombres, En qui tout vient de s’écrouler, Et qui regardent l’eau couler, Sinistre, sous les arches sombres ; Pour ceux que trahit l’amitié, Pour ceux qu’abandonne une femme, Évoquons du fond de notre âme, Ô mes amis, quelque pitié ! Une pitié large et profonde Qui s’imprègne de leur douleur Et qui répande sa chaleur Sur toute misère en ce monde. Même les plus favorisés, Dans leurs ivresses les plus fortes, Ont le cœur plein de choses mortes Et de soucis inapaisés ! Répandons la pitié clémente Comme le semeur fait du grain, Pour qu’au jour de notre chagrin, Battus aussi par la tourmente, Nous sentions voleter autour De nous, – si proches de nos tombes – Comme au bord d’un toit, deux colombes, La miséricorde et l’amour.

 

Henry GRÉVILLE pseudonyme de Alice-Marie-Céleste Durand-Gréville (1842-1902).

 

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