5 juillet, 2009

02 1ère étape

Classé dans : — unpeudetao @ 21:21

 
‘’Nous avons admis que nous étions impuissants devant l’alcool,

 
que nous avions perdu la maîtrise de nos vies’’ (Gros livre des AA)

 
Comme je l’ai dit dans l’introduction, le fondement de toute vie spirituelle est un acte d’humilité. Cette humilité suit toujours une humiliation, un écrasement,
un échec, un sentiment d’impuissance complète, peut-être même de désespoir insoutenable. La vie spirituelle est fondée sur un FAIT : je ne suis rien, Dieu
est tout ; je ne puis rien, Dieu peut tout. Ce fait est exprimé par les mots “admis que nous étions impuissants”. Bien sûr, le texte ajoute aussi “devant
l’alcool”, mais je m’arrête avant pour montrer que l’on n’est pas simplement impuissant devant l’alcool, mais devant tout ce qui échappe à notre contrôle,
notre volonté, notre désir ou nos prétentions.

 
J’ai parlé de ceux qui ont créé le Mouvement des A.A., mais, en réalité, ce ne sont même pas eux qui ont fait cela, pas plus que ce sont eux-mêmes qui se
sont relevés de leur déchéance lorsqu’ils ont reconnu leur alcoolisme. Il y a un malentendu constant chez l’être humain, un état d’illusion qui est à la
source de tous ses malheurs et de toutes ses souffrances. C’est l’illusion de se croire “ maître de sa vie ”, d’être “ au contrôle ”, d’être superman,
d’être celui qui fait tout et que, s’il réussit quelque chose, c’est grâce à lui et à lui seul, à son génie, son intelligence, sa débrouillardise, son
caractère. C’est l’illusion de se croire le centre du monde, d’être Dieu. Mais ce que l’on oublie constamment, ce qu’on a appris à oublier jusqu’à en faire
une habitude si bien ancrée qu’elle est devenue invisible, c’est qu’on est radicalement et invinciblement impuissant par nous-mêmes, que c’est justement
notre état, aussi longtemps qu’on se croit puissant et contrôleur. Tant et aussi longtemps que l’on est convaincu d’être quelqu’un, d’avoir un Moi qui
est le centre de tout, qui s’approprie tout, qui se sert de tout pour se faire aimer, admirer, pour se valoriser, pour se faire adorer comme si on était
dieu, on restera emprisonné dans sa souffrance.

 
Curieusement, on ne parle pas du Moi dans le texte des douze étapes, sauf ici ou là dans les commentaires. Peut-être est-ce dû au fait que tout est au pluriel
: nous, nous-mêmes, nos torts, etc… Ce “ nous ” veut sans doute créer un sentiment d’appartenance, de cause commune, de fraternité et faire sentir qu’on
n’est pas seul dans cette aventure de mort et de renaissance. Mais, en même temps, cela masque le fait que, si la fraternité existe avant qu’on y entre,
c’est toujours un individu qui doit s’avouer vaincu, s’abandonner à la Force divine et se reconnaître tel qu’il est. L’éveil n’est jamais un phénomène
de groupe et un groupe ne peut non plus éveiller quelqu’un et le transformer. Le groupe peut cependant soutenir l’individu et favoriser sa prise de conscience,
mu par la conviction que sa libération complète est possible, mais cette libération demeure toujours une chose qui se passe entre Dieu et le cœur de chacun.
L’existence, la persistance, l’entêtement du Moi sont tels qu’il faut souvent un choc profond, une secousse terrible, un coup de masse, un échec total
pour voir que c’et le Moi qui a bâti sa prison, qui a créé son enfer. Rien de moins qu’un désespoir, une situation de faiblesse totale, une sensation d’abîme
sans fond, un sentiment de peur panique (panique veut dire une peur qui envahit tout) pour secouer ce château fort construit par nos illusions et qui se
révèle, en fin de compte, un château de cartes dès qu’on a accepté qu’on n’était rien, qu’on n’était que cendres, impuissance, incapacité.

 

Il ne faudrait pas commettre l’erreur de croire que, parce que plusieurs étapes parlent d’une volonté de se reprendre, de se changer, le Moi a, pour autant,
repris sa place et que c’est Moi qui vais faire tout cela comme si on reprenait un emploi délaissé après une absence! Ce serait retomber dans la condition
même qui nous a précipités dans l’abîme. En effet, on le répète avec insistance dans les étapes qui ont une connotation spirituelle : ce n’est pas à Moi
que revient ni le moment de la grande secousse, ni la capacité de me relever ou le pouvoir de me transformer. Je ne peux pas davantage me donner une nouvelle
naissance que je n’ai pu de moi-même me donner une première naissance!

 

 

 

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