22 juillet, 2009

02 Réactions psychologiques à des faits réels

Classé dans : — unpeudetao @ 6:39

 
J’ai donné, ici, surtout des exemples de drames imaginés par la peur. Mais des faits réels sont aussi perçus comme des drames: inondations, incendies, vols,
pertes d’emploi, faillites, divorces, maladies graves, etc. Cependant, que le malheur appréhendé soit réel ou fictif importe peu, car ce qui déclenche
la souffrance c’est la réaction et non tout d’abord ce à quoi on réagit. Mais, bien sûr, lorsque la mort de l’enfant est un fait et non seulement une supposition,
la peine qui suit est plus durable et plus profonde puisqu’elle vient d’une perte définitive vécue physiquement.

 
Tous les drames d’amants et d’amantes délaissées, trahis, ou d’amoureux qui n’ont jamais réussi à dénicher le partenaire rêvé et qui, à chaque échec, se
terrent dans un chagrin inguérissable, romantiquement entretenu, tous ces drames que j’ai tant et si souvent vécus, je les revois maintenant: à chaque
abandon, à chaque peine d’amour, je me trouvais inconsolable. Ce que je revivais et entretenais, c’était l’absence d’attention et d’affection de ma mère
et le rejet du père. Je revivais le “maman, aime-moi”, “tu ne peux pas me quitter, que vais-je devenir sans toi, la vie ne vaut plus la peine d’être vécue;
je me tuerai” (ce que j’ai tenté de faire, en effet, en prenant un canot sur le fleuve au moment le plus fort d’une peine d’amour). C’était toujours le
drame créé par l’attente aboutissant à la déception, par l’attache menant vers la déchirure, par l’identification émotive à un être en qui je mettais tout
mon espoir, mais qui ne pouvait me guérir de l’amour que je n’avais même pas pour moi-même.

 
C’était encore et toujours des réactions à des événements (imaginaires ou magnifiés), sans cesse repris, répétés, rappelés, des drames créés d’écho en écho,
de rive en rive, à travers cette vie ou à travers d’autres; c’était toujours un monde fictif ou souhaité, ardemment désiré, mais complètement décroché
des faits, du vécu corporel, des affrontements physiques quotidiens; c’étaient des événements complètement inventés par le mental dramaturge, à partir
de réactions émotives. Des oui inconscients que l’on dit à des non très réels. Des refus et des dénis que je rendais si concrets et sentis que je les croyais
aussi réels que la table devant moi ou la pomme que je me propose de manger avant d’écrire le prochain paragraphe.

 
Tel est le pouvoir de l’imagination, le besoin de fabuler, de créer abstraitement, de fuir la réalité pour un monde d’hypothèses et d’aléatoires possibilités:
“Cela aurait dû être ainsi, cela devrait être ainsi, cela doit être ainsi, cela pourrait être ainsi, pourquoi cela n’est-il pas ainsi? quand cela sera-t-il
 comme je le veux?, j’espère, j’attends en me préparant et en visualisant, je veux qu’un jour cela m’arrive, un jour je serai au contrôle, c’est moi qui
mènerai ma vie comme je l’aurai prévu, etc.”

 
Ce que l’on cherche, c’est la vie romanesque, croyant que le roman est plus vrai que la vie et que le rêve est plus valable que la réalité. Il suffit de
noter simplement le nombre de publicités, d’articles, de livres, de topos de journaux, d’annonces à la télé et au cinéma incitant à chercher l’ailleurs,
faisant “l’éloge de la fuite” et du rêve comme étant non seulement une compensation aux frustrations universelles, mais comme un mode de vie, comme un
idéal. L’esprit, dès que l’émotivité est engagée, ne peut jamais s’en tenir aux faits; il ne peut être scientifique, réceptif à ce qui se passe, ouvert
à l’événement ou à la personne tels qu’ils sont, il fuit spontanément dans l’utopie, l’imaginaire et l’invraisemblable. Il fabule. Il vit dans le SI. Il
s’invente un univers à sa façon, il dit non à la réalité. C’est le rôle de l’émotivité qui est ici le moteur de l’action (ce qui la provoque), alors que
la pensée en est le meneur (permettant de la diriger). C’est dire que l’angoisse est un produit émotif, mais le scénario du drame angoissant vient de l’imagination.
L’émotivité et la pensée forment ensemble un couple malheureux, fermé sur lui-même et, bien sûr, tout à fait fidèle. Ce couple s’appelle Souffrance.

 

 

 

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