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10 janvier, 2012

Prière de Huon de Bordeaux, Alexandre ARNOUX

Classé dans : — unpeudetao @ 19:52

 

Seigneur Jésus, qui régnez dans le ciel,
Vous êtes né le saint jour de Noël ;
Et vous avez pris la forme charnelle.
Pendant neuf mois une reine pucelle
Vous a porté dans ses flancs sans péché.
Sur le paillis vous fûtes bien couché,
L’âne et le boeuf soufflaient leur chaude haleine,
Et les trois rois s’en vinrent par la plaine
Suivant l’étoile à la verte clarté.
Si les écrits enseignent vérité,
Au même temps que la vierge en gésine
Vous enfantait dans l’étable voisine,
Sainte Omnestase à Bethléem vivait
Qui n’avait pas de mains ni de poignets.
Elle était belle et blanche de visage ;
Elle voulut, Seigneur, vous rendre hommage ;
Elle vous prit, chétif, sur le paillis ;
À ses moignons vous fûtes recueilli,
Et tout soudain, par volonté divine,
Il lui poussa des mains droites et fines.

 

Hérode fit égorger par ses gens,
Dans le pays, tous les petits enfants ;
Mais il ne sut empêcher votre fuite.
Trente-deux ans vous avez par la suite
Prêché la foi dans les champs et les bourgs,
Et vous avez fait entendre les sourds,
Et vous avez marché sur la rivière ;
Et vous avez, de vérité plénière,
Comblé l’esprit de vos apôtres saints.
Sur une croix on a cloué vos mains,
Vos pieds aussi sous le marteau saignèrent,
La Vierge était sur la colline amère,
Ses pleurs coulaient, brûlant ses yeux si beaux,
Et dans son coeur entrèrent sept couteaux.
Et puis Longin vous frappa de sa lance ;
Cet homme était aveugle de naissance,
De votre sang ses membres furent oints ;
Quand il toucha ses yeux avec ses poings,
Votre sang clair lui mouilla la paupière
Et dans ses yeux pénétra la lumière.
La passion, sur le mont Golgotha,
De l’ennemi, Jésus, nous racheta ;
Et les poissons qui vont en mer par bandes,
Et les oiseaux qui volent sur les brandes,
Restèrent cois dans leur nage et leur vol ;
Et les métaux bondirent sous le sol ;
Et se fendit le voile tout ensemble.
Nicodemus, avec des mains qui tremblent
Ôte les clous de vos membres meurtris ;
Dans un sépulcre en pierre il vous a mis,
Et le tiers jour, selon les Écritures,
Levant la dalle et brisant les ferrures,
Vous vous dressez, vivant, d’entre les morts.
Vous nous lavez du sang de votre corps,
Et vous quittez la terre lourde et noire
Pour remonter dans votre propre gloire.

 

Alexandre ARNOUX (1884-1973).

 

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