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22 janvier, 2015

Regrets, Théodore WEUSTENRAAD

Classé dans : — unpeudetao @ 17:11

La vie s’écoule entre deux rires : l’Espérance et le Regret.

 

Heureux l’homme inconnu dont l’âme virginale A, dans un pli secret, que la vertu défend, Gardé, perle du ciel, la goutte d’eau lustrale Qu’un prêtre fit couler sur sa tête d’enfant!

 

Mais où donc retrouver ces croyances si chères Qui ne devaient jamais s’altérer par le temps, Sainte émanation de la foi de nos pères Dont s’embaumaient jadis les jours de mon printemps!

 

Quand pourrai-je m’asseoir à l’ombre de doctrines Dont la cime se baigne en un ciel pur et doux, Qui plongent dans le sol de vivaces racines, Et de fruits toujours mûrs se couronnent pour tous!

 

De ce prêtre du Christ écoutez le langage : Écho vivant et saint de la Divinité, Il prêche, dans son temple, au monde qui l’outrage, La justice, la paix, l’amour, la charité;

 

Mais à peine a-t-il mis le pied hors de la chaire, Qu’il jette son étole aux vents du carrefour, Et court prostituer son divin ministère Aux vils embrassements des passions du jour.

 

Admirez ce tribun dont la voix redoutable Stygmatise le riche insensible au malheur; Il demande, pour tous, un partage équitable Des biens que sur ce globe a versés le Seigneur;

 

Rentré dans ses foyers où la gloire l’escorte, Il l’immole bientôt au vil démon de l’or; Il laisse le Malheur se morfondre à sa porte, Et rit de ses sanglots du haut de son trésor.

 

Honneur à ce poëte! Un monde entier l’écoute. Que de magnificence et que de pureté! L’âme de celui-là n’a point perdu sans doute L’auréole d’azur de sa virginité;

 

De ses jours peu connus sondez donc le mystère : Partout vous trouverez un souvenir honteux, Vous verrez la débauche, à son lit adultère, Assise, les yeux morts, livide et sans cheveux.

 

Aussi n’irai-je plus redemander au monde, Ni pour lui, ni pour moi, les biens que j’ai perdus, Et qu’en échange, hélas! des trésors de Golconde Ni lui, ni ses rois même, ils ne me rendraient plus.

 

Pour savourer encore un bonheur sans mélange, Pour rendre un peu de calme à mon coeur agité, Je fuis le sol aride et les chemins de fange Où marchent son orgueil et son iniquité;

 

Et je tourne à regret ma paupière incertaine Vers un passé détruit, mais plus beau dans la mort, Que ce siècle vivant dont l’orageuse haleine Ne conduira jamais ma barque dans le port;

 

Et je dis : ouvrez-vous, livres saints de nos pères, Exhalez sur mon front, aride avant le temps, L’énergique parfum des croyances austères Dont s’embaumaient jadis les jours de mon printemps!

 

Théodore WEUSTENRAAD (1805-1849), néerlandais.

 

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