6 juillet, 2009

05 Le refus de vivre dans l’ambiguité

Classé dans : — unpeudetao @ 10:12

 

 

 

 

 

 
Nous ne consentons pas à rester dans l’ambiguïté. Nous ne voulons pas demeurer en contact avec les deux pôles de notre être et de la vie. Le conscient et
l’inconscient, le positif et le négatif, la clarté et les ténèbres. Nous voulons vivre dans une situation claire, aux frontières précises, suivant une
pensée logique et linéaire, nous voulons savoir où nous allons, où nous nous situons, qui sont les amis et qui les ennemis. Nous voulons la stabilité des
positions définitives et la sécurité des définitions positives. Aucun de nous ne veut jamais se perdre de vue, mais chacun veut être enfin reconnu, unique,
spécial, à part, exemplaire.

 
Nous sommes poussés par la peur d’être deuxième. On veut être le premier, le seul, celui que tous regardent, reconnaissent et adorent. On veut rester prisonnier
de l’ego qui a une peur bleue de l’instabilité, du changement, de la vie qui danse. Mais l’ambiguïté, c’est la vie, la situation concrète, le flot ininterrompu
et indéfinissable de cette rivière qui coule sans arrêt, le désordre apparent du kaléidoscope multicolore et multiforme, le non-sens de ce chaos insaisissable.
La tête, c’est là où l’on croit savoir pour de bon, alors que le corps, c’est là où l’on ne sait pas, où le savoir a le souffle coupé, où n’apparaît rien
de clair ni de définitif, où l’on ne connaît rien complètement, où l’on ne tient jamais ensemble les deux bouts de la chaîne.

 
Si nous lisons ou écoutons les nouvelles du monde, nous voyons que chaque pays veut s’améliorer. Cela n’a cessé d’être ainsi depuis le début des temps.
Nous voulons rendre le monde stable et fixe, mais surtout meilleur. C’est-à-dire que nous voulons le débarrasser de ce que nous concevons comme mauvais,
désordonné, anarchique, révolutionnaire. De ce qui nous oblige à changer notre mode de vie, notre façon de penser, nos habitudes et croyances établies,
de ce qui menace nos marges de profit et notre supériorité. Chaque pays veut cela, chacun le veut à sa façon et chacun l’a toujours voulu depuis le début
des civilisations. Parfois quelques pays tentent de s’unir pour le réaliser. L’entente dure quelque temps, jusqu’à ce que la vie change la mise et que
les pouvoirs changent de mains. Toutes ces « lignes » « commissions », et « associations » cherchent avec frénésie les bonnes réponses aux problèmes qui se renouvellent
sans cesse.

 
« Mais toute idée de la bonne réponse peut elle-même être une erreur », dit le physicien David Peat. Là se trouve selon lui le paradoxe de l’action: « En agissant,
nous le faisons aveuglément et de façon limitée, dans une compréhension partielle, à partir d’une base fragmentaire sans saisir clairement l’implication
de ce que nous faisons ». Et cela parce que nous agissons à partir du conscient clair. Nous voulons ramener la vie et la nature à ce qui est linéaire et
ordonné, en le dépouillant de son imprévu, de son mystère et de sa fluidité. Mais le monde naturel est infiniment plus complexe, subtil et rapide dans
ses réactions et mouvements que l’organisation la plus raffinée qui essaie de le contrôler. Nous faisons sur le monde ce que nous faisons sur nous-mêmes,
nous occultons ou refoulons son mystère et ses ténèbres et n’avons ainsi affaire qu’à ce qu’il a de clair et à ce que nous pouvons manipuler en lui.

 

 

 

 

 

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