6 juillet, 2009

09 Le Québec renait de ses cendres

Classé dans : — unpeudetao @ 10:21

 
Cette notion du dialogue fondé sur la reconnaissance préalable de ses présupposés est précisément ce qui manque dans tous les pourparlers entre les gens
et entre les pays de cette terre. C’est du reste ce que le Québec a senti dans ses relations avec le reste du Canada, qui, comme la Russie, a longuement
refusé de laisser ceux qui le voulaient accéder à leur indépendance. Refuser l’autonomie à une personne, à un groupe ou à une nation, c’est toujours agir
par peur de perdre la maîtrise, d’avoir à changer, de voir se dissoudre le passé. C’est une peur de mourir à ce qui a déjà été et qui ne sera plus.

 
Un adulte n’a pas peur de reconnaître à quelqu’un son autonomie. Ce serait une attitude infantile que de la refuser. Un parent qui n’a pas mûri ne peut
laisser partir son enfant, tout comme un amant possessif craint de perdre l’autre à qui il accorde son autonomie. Refuser celle-ci c’est cesser de croître.
Une union entre participants qui ne sont pas autonomes entretient l’infantilisme des uns et le paternalisme des autres. Mes vingt années passées au Manitoba
et mon séjour de douze ans à l’Université de Sudbury me permettent de dire que le Canada anglais est en général conservateur, sans audace et nostalgique.
Le Canada refuse justement de reconnaître ce qui est caché en lui: les tabous profonds tels que la peur de reconnaître la division réelle du pays, la peur
de changer, de vivre autrement, de se tromper, le tabou d’un gouvernement central qui ne serait plus aussi fort, l’obligation de créer de toutes pièces.

 
Parce que le Québec a toujours clairement avoué ses présupposés et ses intentions, il a été ignoré, discrédité, ridiculisé. Il aurait voulu que le reste
du Canada reconnaisse lui aussi ses propres présupposés et préjugés, mais ce pays habitué à une carapace victorienne n’a pu se mettre à nu et s’assumer.
Il a préféré projeter sur le Québec la discorde et le mécontentement qui couvaient dans les bas-fonds du pays. Le Québec est une terre qui a su renaître
de ses cendres. Il a connu les ténèbres, l’amertume, la servitude, l’abus de pouvoir, la coercition (les conscriptions), le mépris, la répression, l’humiliation
et l’incompréhension. Le Québec a aussi été réprimé de l’intérieur, par une Eglise toute-puissante et donc tyrannique, et par elle maintenu dans une mentalité
médiévale d’ignorance et un « à-plat-ventrisme » devant le clergé qui a détruit un grand nombre de femmes.

 
La créativité exemplaire du Québec. Mais toutes ces crises ont finalement permis au Québec de s’éveiller, de se trouver, de se libérer. En réalité, il est
peu de peuples de taille comparable qui montrent autant de créativité et d’énergie. Et cela, dans tous les domaines. Le Québec est d’emblée la province
la plus créatrice du Canada. À côté du Québec, le reste du pays apparaît comme une fade reproduction des Etats-Unis dont il tente en vain de se distinguer
en profondeur. Le Canada s’est cru audacieux de reconnaître l’autonomie des pays baltes, feignant de ne pas remarquer qu’il refusait pendant ce temps à
l’une de ses provinces le droit de se séparer. Comme quoi il est difficile d’avouer son ombre, et facile de vouloir corriger les autres sans se regarder
soi-même. La créativité du Québec est due aux crises, aux cendres qu’il a vécues.

 
Son instabilité a été une invitation à la créativité, sa remise en question l’a poussé à se définir, et son rejet par le reste du pays l’a incité à foncer
seul dans son aventure. Il ne faudrait pas que les attitudes frileuses par rapport aux questions économiques paralysent les Québécois qui veulent vivre
avec audace leur aventure. Après tout, ces pays baltes, dont on exalte tant le courage et la vision, sont infiniment plus pauvres que le Québec, et cela
ne les empêche pas de sauter dans l’inconnu. Je crains que le Québec n’apprécie pas assez sa liberté pour y sacrifier un train de vie privilégié. On a
peur d’être libre. Et cela hélas, est vrai surtout des hommes d’affaires qui répètent toujours que le plus important dans un pays c’est sa stabilité économique.

 

 
 

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