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6 décembre, 2013

Sans abri, sans pain, sans amour, Paul Paillette

Classé dans : — unpeudetao @ 5:52

Pas d’ pognon — pas d’ clef. Grévy, md de sommeil.                             Pas d’argent — pas d’ pain. Darblay, md de farine.                             Pas d’ galette — pas d’ binette. Camélia, mde d’amour.

 

Novembre I Nom de Dieu ! qué frio ! qué bise ! Ça va êt’ dur de la r’filer ; J’avais mes dix ronds.. Que bêtise ! Bourgeois, t’ as voulu t’ les caler ! (Il réchauffe le bout de ses doigts avec son haleine.) Y’a pas, c’est l’hiver qui s’amène. L’hiver, pour les gueux, qué sal’ coup ! — Natur’, c’est t’y toi l’inhumaine ? —

 

Non ! l’ moindre animal a son trou : Y’a qu’ l’homm’ qu’ ait pas un coin sur terre. Qu’i’ gèl’, qu’i neig’, s’il a pas d’ quoi Pour carmer son propriétaire Dans la rue y peut crever d’ froid. « Qué qu’ tu veux, c’est pas mon affaire, Qu’i’ vous dit, j’ suis marchand d’ sommeil. T’ as pas d’ pognon ! t’ as rien à faire. Tu peux t’ les gratter au soleil, Si tu veux, car t’ es libre, en somme, Tout comm’ moi ; j’achète et je r’vends. Le jour où tu n’ boulott’ qu’un’ pomme T’ engueul’ pas tous les restaurants ! Tu veux jamais t’ mettre à l’attache, T’ aim’ pas l’uniform’ ni l’ collier ; Si ton pauvre pal’tot est sans tache Y’a pas gras dans ton râtelier ! » V’là leurs boniments ! Ah ! les gonses ! Tu veux vivre ? Alors fais tourner La machin’ social’ des Alphonses ; Tu n’ veux pas ? J’ remport’ mon dîner !

 

II J’ai ni toit, ni pain, ni gonzesse, Natur’ ! j’ai tous les appétits, Pourtant ; tu donn’ à ma jeunesse Un ordre formel : Des petits !

 

Des voix de femmes Des petits ! La femelle esclave Ne se livre qu’au plus offrant ; Ton désir n’est fait que de bave ! As-tu de l’or, homme-tyran ? La loi d’amour te trouva lâche ; Despote ici, là-bas soumis, As-tu rempli ta noble tâche ? Pour l’enfant le couvert est mis ? Non ! Lors, va-t’en dans les familles ! À la famille il faut un roi. Nous méprisons l’homme, nous Filles ! Adieu, beau type ! Souviens-toi.

 

Lui : Quoi ! pas d’ pain ni d’amour possible En dehors de ce vieux roman Si pervers !

 

Les voix de femmes :                   Lâche, il est terrible. Mais très juste, ton châtiment !

 

Voix philosophique :   Homme, révolte-toi ! Toujours et partout que pas un de tes actes, pas une de tes paroles ne serve la Révolution et qu’elle arrive enfin la Grande Désirée. Que la hideuse Force soit à jamais vaincue, la vieille société complètement détruite, alors, seulement alors, la Femme libre, entièrement émancipée, ton égale enfin, t’apprendra tout ce que contient le mot Amour.

 

Paul Paillette (1844-1920).

 

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