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6 mai, 2012

L’âne et le renard (Conte soufi)

Classé dans : — unpeudetao @ 15:01

 

      Un paysan possédait un âne, étique et décharné, qui errait, du couchant au lever du soleil, dans les déserts de rocailles sans rien manger, lamentable. Or, dans cette contrée, il y avait une forêt entourée de marais sur laquelle régnait un lion, grand chasseur. Ce lion se trouvait alors épuisé et meurtri à la suite d’un combat avec un éléphant. Il était si faible qu’il ne trouvait plus la force de chasser. Si bien que lui et les autres animaux se trouvaient privés de nourriture. En effet, ces derniers avaient l’habitude de se nourrir des restes du lion. Un jour, le lion ordonna au renard :
      « Va me chasser un âne. Trouves-en un dans la prairie et débrouille-toi pour me l’amener ici par ruse. En mangeant sa chair, je reprendrai force et me remettrai à chasser. Il m’en faudra fort peu et je vous laisserai le reste. Pratique tes sortilèges et ramène-moi un âne ou un boeuf. Emploie tout moyen à ta convenance, mais arrange-toi pour qu’il s’approche de moi.
      – Je suis ton serviteur, dit le renard. Je suis à mon affaire dès qu’il s’agit de ruser. Ma voie ici-bas consiste à guider ceux qui quittent le bon chemin. »
      Il partit donc vers la prairie. Or, en chemin, au beau milieu d’un désert, il tomba sur l’âne qui errait, maigre et décharné. Il s’approcha et entama la conversation avec cet innocent.
      « Mais que fais-tu donc dans ce désert de pierrailles ?
      – Que je mange des épines ou que je sois dans le jardin de l’Irem, Dieu l’a voulu ainsi et je lui en rends grâce. On doit remercier pour les bienfaits comme pour les déboires. Car dans le destin existe le pire du pire. Comme c’est Dieu qui fait la répartition, la patience est la clef de toute faveur. S’il m’offre du lait, pourquoi lui demanderais-je du miel. De toute façon, chaque jour apporte sa part de tourments.
      – Mais, répliqua le renard, la volonté de Dieu, c’est que tu cherches la part qui t’est destinée. Ce monde est un monde où règne le prétexte. S’il n’y a ni prétexte ni raison apparente, ta part t’échappe. C’est pour cela qu’il est important de réclamer.
      – Ce que tu dis, fit l’âne, prouve ton manque de confiance en Dieu. Car Celui qui donne la vie donnera aussi le pain. Celui qui est patient finit par trouver sa part, tôt ou tard, et à coup sûr plus rapidement que celui qui ne sait pas attendre.
      – La confiance en Dieu ? répondit le renard. C’est là une chose bien rare. Et ne crois pas que moi ou toi nous l’ayons. Il faut être bien ignorant pour chercher à obtenir ce qui est rare car il n’est pas donné à chacun de devenir sultan.
      – Ton discours n’est fait que de contradictions, répliqua l’âne. Ici-bas, tous les malheurs proviennent de l’avidité. Jusqu’à ce jour, nul n’a jamais entendu parler d’une mort causée par la modération et personne n’est devenu sultan par la seule force de l’ambition. Les chiens ne mangent pas de pain et les cochons non plus. La pluie et les nuages ne sont pas le fruit d’une action humaine. Le désir que tu as de prendre ta part n’a d’égal que le désir qu’a ta part de te rejoindre. Si tu ne vas pas vers elle, elle viendra à toi. Dans cette quête, la précipitation ne peut qu’apporter des déboires.
      – Ceci n’est qu’une légende ! railla le renard. Il faut se donner du mal, ne serait-ce que pour obtenir une graine. Puisque Dieu t’a donné des mains, tu te dois de t’en servir. Tu dois travailler, ne serait-ce que pour aider tes amis. Puisque personne ne peut être à la fois tailleur, marchand d’eau et menuisier, l’univers trouve un équilibre dans le partage du labeur et des gains. C’est une erreur de croire être libre parce qu’on consomme gratuitement.
      – Je ne connais pas de gain meilleur que la confiance en Dieu, fit l’âne ; car chaque fois que l’on remercie Dieu, notre gain augmente. »
      Ils conversèrent ainsi longtemps et finirent par épuiser les questions et les réponses. À la fin, le renard dit à l’âne :
      « C’est une idiotie que de patienter dans ce désert de pierrailles. La terre de Dieu est vaste. Va plutôt vers la prairie. Là-bas, tout est vert comme au paradis. Les herbes croissent abondamment. Tous les animaux y vivent dans la joie et le bonheur. Les herbes sont si hautes que même un chameau pourrait s’y dissimuler. De-ci, de-là, des ruisseaux d’eau pure agrémentent cet Éden. »
      L’âne ne songe même pas à répondre :
      « Ô traître ! Puisque tu viens d’un tel paradis, pourquoi es-tu toi-même si maigre ? Où est donc ta joie ? La faiblesse de ton corps est pire que la mienne. Si tu es un émissaire des ruisseaux dont tu me parles, alors quel messager enverra la sécheresse ? Tu racontes beaucoup de choses mais tu n’apportes guère de preuves. »
      À force d’insistance, le renard parvint à entraîner l’âne vers la forêt. Il le conduisit vers le repaire du lion. Alors qu’ils étaient encore assez éloignés, le lion chargea, plein d’impatience. Avec un terrible rugissement, il se rua vers l’âne mais ses forces le trahirent et l’âne, à moitié mort de peur, parvint à se réfugier dans la montagne. Le renard dit alors au lion :
      « Ô sultan des animaux ! Pourquoi avoir agi ainsi, contre toute raison ? Pourquoi t’es-tu précipité ? Si tu avais su attendre, c’était une affaire entendue. À ta vue, l’âne s’est enfui et ta faiblesse, révélée au grand jour, te couvre de honte.
      – Je croyais posséder ma force d’antan, dit le lion. J’ignorais que j’étais affaibli à ce point. La faim m’a fait tout oublier. Ma raison et ma patience se sont évanouies. Je t’en prie, utilise encore une fois ton intelligence et ramène-le-moi. Si tu y parviens, je te serai reconnaissant pour toujours.
      – Si Dieu le veut, fit le renard, l’aveuglement de son coeur lui fera de nouveau commettre la même erreur. Peut-être oubliera-t-il la peur qu’il vient d’éprouver. Ce ne serait guère étonnant de la part d’un âne ! Mais si jamais j’y parviens, ne pèche pas par excès de précipitation pour ne pas ruiner mes efforts.
      – J’ai l’expérience désormais, dit le lion. Je sais que je suis faible et invalide. Je te promets de ne l’attaquer que lorsqu’il sera à ma portée. »
      Ainsi, le renard se remit en chemin en priant : « Ô mon Dieu ! Aide-moi ! Fais que l’ignorance obscurcisse l’intelligence de cet âne ! Il doit être présentement en train de se repentir et de se jurer de ne plus se laisser abuser par les promesses d’autrui. Aide-moi afin que je puisse le tromper encore une fois. Car je suis ennemi de toute intelligence et traître à tout serment. » Quand il parvint auprès de l’âne, celui-ci lui dit : « Laisse-moi en paix, ô inhumain ! Que t’ai-je fait pour que tu me traînes ainsi devant un dragon ? Pourquoi as-tu attenté à ma vie ? Qu’est-ce qui me vaut cette animosité ? Certainement, ta nature perverse est la cause de tout cela. Tu es comme le scorpion qui pique ceux qui ne lui ont rien fait. Ou comme le diable qui nous nuit sans raison aucune.
      – Ce que tu as vu, fit le renard, n’était qu’une apparence, une apparition créée par les artifices de la magie. Tu penses bien que si de tels sortilèges n’existaient pas, tous les affamés se seraient donné rendez-vous en ce lieu. Si cette illusion n’existait pas, la contrée deviendrait le refuge des éléphants et rien ne resterait debout. Je voulais t’en avertir afin de t’éviter cette frayeur mais ma pitié pour toi et l’envie que j’avais de te porter secours, tout cela m’a ôté cette préoccupation de la tête. Sinon, sois sûr que je t’en aurais averti.
      – Ô ennemi ! dit l’âne. Disparais de ma vue ! Je ne veux plus te voir ! Je le comprends maintenant : dès le début, tu n’en voulais qu’à ma vie ! Après que j’ai vu le visage d’Azraël, tu as encore le front d’essayer de m’abuser ! Je suis la honte de l’espèce des ânes, je te l’accorde. Je suis même, si tu veux, le plus vil des animaux, mais je vis cependant. Un enfant qui aurait vécu ce que je viens de vivre serait devenu un vieillard. Je promets devant Dieu que jamais plus je ne croirai aux mensonges des imposteurs. »
      Le renard répliqua :
      « La lie n’existe pas dans ce qui est pur. Mais le doute existe dans l’imagination. Tes soupçons sont injustifiés. Crois-moi. Il n’y a aucun mensonge dans mes paroles, aucune traîtrise dans mes intentions. Pourquoi affliger ton ami par de tels soupçons ? Même si les apparences sont contre eux, ne désespère pas tes frères ! La suspicion éloigne les amis les uns des autres. Je te le répète : ce lion n’était qu’une illusion. Le doute et la peur ne sont que des obstacles sur ton chemin. »
      L’âne tenta de résister aux mensonges du renard mais le manque de nourriture avait épuisé sa patience et obscurci son entendement. Certes, l’appât du pain a coûté bien des vies et transpercé beaucoup de gorges. Et l’âne était prisonnier de sa faim. Il se disait :
      « Si la mort est au bout du chemin, cela reste malgré tout un chemin. Et je serai au moins sauvé de cette faim qui me tenaille. Si la vie consiste en cette souffrance, peut-être vaut-il mieux mourir ! »
      Il avait bien eu un sursaut d’intelligence mais, en fin de compte, son ânerie reprit le dessus. Le renard l’amena donc auprès du lion et celui-ci le dévora. Après ce combat, le lion eut soif et partit à la rivière pour se désaltérer. Tandis qu’il était absent, le renard mangea le foie et le coeur de l’âne. A son retour, voyant que l’âne n’avait plus ni coeur ni foie, le lion demanda au renard :
      « Où sont passés son coeur et son foie ? Je ne connais pas de créature qui soit dépourvue de ces deux organes. »
      Le renard répliqua :
      « Ô lion ! S’il avait eu un foie et un coeur, serait-il revenu ici la deuxième fois ? »

 

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5 mai, 2012

Une poignée de terre (Conte soufi)

Classé dans : — unpeudetao @ 17:13

 

      Dieu a créé l’homme de telle sorte qu’il puisse distinguer le bien du mal. Un jour, il demanda à l’ange Gabriel d’aller lui chercher une poignée de terre. Mais, quand celui-ci tendit la main, la terre recula et dit en se lamentant :
      « Ô ange ! Pour l’amour de Dieu ! épargne-moi ! Au nom de la science que Dieu t’a confiée, ne me nuis pas !
      Tu commerces avec Dieu à chaque instant. Tu es le maître des anges et le messager du prophète. Tu as eu des révélations. Tu es un ange supérieur car tu insuffles l’esprit à l’âme tout comme Izrafel insuffle l’âme au corps. Lorsqu’il souffle dans sa trompette, le corps se ranime mais quand c’est toi qui embouches la trompette, le coeur ressuscite à la lumière. Michaël nous fournit la nourriture du corps, mais toi, tu nourris le coeur! De même que la miséricorde l’emporte sur la colère, de même toi, tu l’emportes sur Azraël ! »
      Ainsi parla la terre. Gabriel, ému par ses pleurs, s’en revint auprès de Dieu et lui dit :
      « Je n’ose pas différer l’exécution de tes ordres mais tu sais ce qui s’est passé entre la terre et moi. Il m’eût été facile de t’en ramener une poignée si elle ne m’avait intimidé en invoquant un de tes noms ! »
      Dieu dit alors à Michaël :
      « Va sur la terre et ramène-m’en une poignée ! »
      Mais la terre, pleine de feu, exprima ses tourments à l’ange :
      « Au nom de Celui qui t’a fait le soutien des cieux, épargne-moi ! Tu es celui qui pèse le don de chaque créature, celui qui désaltère les assoiffés. Prends pitié de moi. Vois les larmes de sang que je verse !  »
Un ange est une manifestation de la miséricorde divine et il ne met pas de sel dans la blessure d’un malade. Ainsi, Michaël s’en retourna vers Dieu sans avoir accompli sa tâche. Il lui dit :
      « Ô Seigneur qui connais l’occulte et l’apparent ! Les larmes de la terre ont dressé un obstacle sur mon chemin. Je connais la valeur des larmes et n’ai pu me montrer insensible. »
      Alors, Dieu dit à Izrafel :
      « Va me chercher une poignée de terre. »
      À peine Izrafel fut-il parvenu à destination que la terre recommença à se lamenter en disant :
      « Ô sève de la vie ! De ton souffle tu ressuscites les morts ! Ton souffle plein de miséricorde ranime l’univers tout entier. Tu es le soutien de la terre et l’ange de miséricorde. Au nom de Dieu, ne me fais aucun mal. Car le doute me tenaille. Toi, tu es fidèle au Miséricordieux et Dieu est celui qui n’effraie personne, pas même l’oiseau. Par pitié, sois aussi clément que tes deux prédécesseurs ! »
      Ainsi Izrafel s’en retourna vers Dieu :
      « Tu as ordonné à mes oreilles d’aller chercher de la terre et tu as ordonné le contraire à ma raison. Que ta miséricorde soit plus grande que ta colère ! »
      Alors, Dieu dit à Azraël :
      « Apporte-moi une poignée de terre sans plus tergiverser ! »
      Or, la terre recommença à se lamenter :
      « Au nom du Miséricordieux ! Au nom du Tout-Puissant ! Laisse-moi ! car Dieu ne refuse pas à qui demande. »
      Azraël répliqua :
      « Je n’ai pas le pouvoir de différer un ordre du Tout-Puissant !
      – Mais Dieu, dit la terre, ordonne d’être sage et de pardonner !
      – La sagesse, dit Azraël, peut s’interpréter de différentes manières, mais lorsqu’on a un ordre aussi strict, il n’y a guère lieu d’interpréter. Tes larmes et tes soupirs brûlent mon coeur. Ne crois pas que je sois inaccessible à la pitié. Peut-être même suis-je plus compatissant que ceux qui m’ont précédé. Mais, si, sur l’ordre de Dieu, je gifle un orphelin, et si un homme de bonne volonté lui offre du halva, mon geste vaudra mieux que le sien. Il y a un présent dans toute épreuve. L’agate est toujours cachée dans la boue. Puisque c’est Lui qui t’invite, viens ! Cette invitation ne te vaudra qu’honneur et joie ! Mieux vaut obéir aux ordres de Dieu. Pour moi, je n’ai pas la force d’y résister. »
      Puis, comme la terre persistait dans sa requête :
      « Je suis comme un crayon entre deux doigts. Je ne fais qu’obéir ! »
      Et, tandis que la terre l’écoutait, il en prit de quoi se remplir la main. Et la terre se trouva ainsi comme l’enfant que l’on emmène de force à l’école.
      Dieu dit alors à Azraël :
      « Je te nomme arracheur d’esprits !
      – Ô mon maître ! dit Azraël, si telle est ma tâche, toute créature sera mon ennemie. Ne fais pas de moi l’ennemi de toute créature ! »
      Dieu répondit :
      « Ne crains rien. Je créerai des maux de tête, des convulsions… et bien d’autres choses comme raisons apparentes de la mort et nul ne te tiendra pour responsable.
      – Ô mon maître ! Il y a sans doute des sages parmi tes serviteurs qui déchireront ce voile !
      – Ceux-là savent qu’il existe un remède à tout chagrin et que seul le destin est irrémédiable. Ceux qui regardent l’origine ne te verront pas. Bien que tu sois caché aux yeux du peuple, tu es toi-même un voile pour ceux qui voient la vérité. Puisque, pour eux, le destin a la douceur du sucre, qu’auraient-ils à craindre? Si tu démolis les murs d’une prison, pourquoi veux-tu que les prisonniers s’affligent ? Pourquoi diraient-ils : « Quel dommage d’avoir brisé un si beau marbre ! » Aucun prisonnier n’est triste de sortir de prison, si ce n’est celui qui est destiné au gibet. Celui qui dort en prison et rêve aux jardins de roses se dit : « Ô mon Dieu, laisse-moi profiter de cet Éden ! » Quand il dort, il n’a pas envie de se réveiller. »
     
      L’âme endormie ignore le corps, que celui-ci soit dans le jardin de roses ou dans le feu. Quel beau rêve : Visiter le paradis sans mourir !

 

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29 avril, 2012

Chercheur de vérité (Conte soufi)

Classé dans : — unpeudetao @ 18:21

 

      Dakouki était un homme d’amour et de prodige, très attentif à se protéger de ce qui est illicite. Jamais, il ne restait plus de deux jours en un même lieu car il se disait :
      « Si je reste davantage dans une maison, je risque de voir mon coeur attiré par quelque chose ou par quelqu’un. »
      Il marchait le jour et priait la nuit. Sa nature était celle d’un ange. Comme il était pur, il était perpétuellement à la recherche d’hommes purs et adressait à Dieu cette prière :
      « O mon Seigneur ! Fais-moi rencontrer tes fidèles serviteurs ! »
      Et Dieu lui répondait :
      « O homme pur ! Quelle soif et quel amour en toi ! Mais si cet amour m’est consacré, pourquoi es-tu toujours à la recherche d’hommes ? »
      Dakouki :
      « O mon Dieu ! Je suis au beau milieu de l’océan et je cherche une cruche d’eau ! Les désirs que j’ai concernant ton amour me sont un objet de fierté, de même que mes désirs pour autrui me sont un objet de honte. Depuis des années, je voyage sans cesse, en Orient comme en Occident. Je vais, pieds nus sur les chemins remplis de cailloux et d’épines. Mais, ne crois pas qu’un amoureux se déplace sur ses pieds torturés. Non, c’est avec son coeur qu’il voyage. Mon attirance pour l’homme ne fait qu’augmenter. Je voudrais voir la vague de l’océan dans une goutte d’eau ! »
      Un jour, Dakouki se trouva diriger la prière sur une plage parmi un groupe de fidèles. Tout le monde se mit en ligne pour faire la prière du soir quand, soudain, le regard de Dakouki se dirigea vers la mer et il entendit des cris. Il vit, au large, un bateau ballotté par les vagues. Les passagers, dans l’obscurité, criaient par crainte de sombrer car la tempête soufflait comme Azraël. Même les infidèles et les révoltés avaient repris foi en Dieu et tous se prosternaient, désespérés.
      Voyant cela, Dakouki eut les larmes aux yeux.
      « O mon Seigneur ! dit-il, pardonne-leur et porte-leur secours ! »
      Cette prière fut entendue et le bateau fut sauvé mais les passagers crurent que ceci était dû à leurs propres efforts. Ils croyaient que leurs prières avaient été acceptées. Comme le renard qui échappe aux griffes du lion grâce à ses pattes mais reste toujours aussi fier de sa queue.
      Bref, le bateau accosta au moment même où Dakouki et les fidèles achevaient leur prière. Les fidèles dirent :
      « Qui a pu faire ce prodige ? Serait-ce l’imam qui, pris de pitié, aurait adressé cette prière à Dieu ? Il aurait osé interférer avec la volonté divine ! »
      Et quand Dakouki se retourna, il vit que tout le monde était parti. Ils avaient tous disparu, comme des poissons se faufilant dans l’onde. Dakouki se remit à pleurer.
      Ah ! C’est maintenant que tu tombes dans le piège ! Homme sans maturité! Tu croyais, comme tout le monde, qu’ils étaient des hommes. Toi, tu les as regardés avec les yeux de Satan qui dit : « Je suis créé à partir du feu et Adam à partir de la boue. » O Dakouki, ouvre les yeux! Cherche encore jour et nuit. Laisse tomber les oeuvres de ce monde. Cherche les hommes en invoquant Son nom !

 

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22 avril, 2012

Salomon et Azraël (Conte soufi)

Classé dans : — unpeudetao @ 9:56

 

      De bon matin, un homme vint se présenter au palais du prophète Salomon, le visage blême et les lèvres bleuies.
      Salomon lui demanda :
      « Pourquoi es-tu dans cet état ? »
      Et l’homme lui répondit :
      « Azraël, l’ange de la mort, m’a jeté un regard impressionnant, plein de colère. Je t’en supplie, commande au vent de m’emporter en Inde pour le salut de mon corps et de mon âme ! »
      Salomon commanda donc au vent de faire ce que l’homme lui demandait. Et, le lendemain, le prophète demanda à Azraël :
      « Pourquoi as-tu jeté un regard si inquiétant à cet homme qui est un fidèle ? Tu lui as fait si peur qu’il en a quitté sa patrie. »
      Azraël répondit :
      « Il a mal interprété ce regard. Je ne l’ai pas regardé avec colère, mais avec étonnement. En effet, Dieu m’avait ordonné d’aller prendre sa vie en Inde et je me suis dit : « Comment pourrait-il, à moins d’avoir des ailes, se rendre en Inde ? »"
      Qui fuis-tu ? Toi-même ? C’est là chose impossible. Il vaut mieux placer sa confiance en la vérité.

 

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