• Accueil
  • > Recherche : boeufs essieu

21 février, 2012

Le Savant et le Fermier, Jean-Pierre Claris de FLORIAN

Classé dans : — unpeudetao @ 20:19

 

Que j’aime les héros dont je conte l’histoire !
Et qu’ à m’occuper d’eux je trouve de douceur !
J’ignore s’ils pourront m’acquérir de la gloire ;
mais je sais qu’ils font mon bonheur.
Avec les animaux je veux passer ma vie ;
ils sont si bonne compagnie !
Je conviens cependant, et c’est avec douleur,
que tous n’ont pas le même coeur.
Plusieurs que l’on connaît, sans qu’ici je les nomme,
de nos vices ont bonne part :
mais je les trouve encor moins dangereux que l’homme ;
et frippon pour frippon je préfère un renard.
C’est ainsi que pensait un sage,
un bon fermier de mon pays.
Depuis quatre-vingts ans, de tout le voisinage
on venait écouter et suivre ses avis.
Chaque mot qu’il disait était une sentence.
Son exemple sur-tout aidait son éloquence ;
et lorsqu’environné de ses quarante enfants,
fils, petits-fils, brus, gendres, filles,
il jugeait les procès ou réglait les familles,
nul n’eût osé mentir devant ses cheveux blancs.
Je me souviens qu’un jour dans son champêtre asyle
il vint un savant de la ville
qui dit au bon vieillard : mon père, enseignez-moi
dans quel auteur, dans quel ouvrage,
vous apprîtes l’art d’être sage.
Chez quelle nation, à la cour de quel roi,
avez-vous été, comme Ulysse,
prendre des leçons de justice ?
Suivez-vous de Zénon la rigoureuse loi ?
Avez-vous embrassé la secte d’épicure,
celle de Pythagore ou du divin Platon ?
De tous ces messieurs-là je ne sais pas le nom,
répondit le vieillard : mon livre est la nature ;
et mon unique précepteur,
c’est mon coeur.
Je vois les animaux, j’y trouve le modèle
des vertus que je dois chérir :
la colombe m’apprit à devenir fidèle ;
en voyant la fourmi j’amassai pour jouir ;
mes boeufs m’enseignent la constance,
mes brebis la douceur, mes chiens la vigilance ;
et si j’avais besoin d’avis
pour aimer mes filles, mes fils,
la poule et ses poussins me serviraient d’exemple.
Ainsi dans l’univers tout ce que je contemple
m’avertit d’un devoir qu’il m’est doux de remplir.
Je fais souvent du bien pour avoir du plaisir,
j’aime et je suis aimé, mon âme est tendre et pure,
et toujours selon ma mesure
ma raison sait régler mes voeux :
j’observe et je suis la nature,
c’est mon secret pour être heureux.

 

Jean-Pierre Claris de FLORIAN (1755-1794).

 

*****************************************************

 

http://unpeudetao.unblog.fr

8 novembre, 2011

Des Boeufs et de l’Essieu, Ésope

Classé dans : — unpeudetao @ 13:28

Deux Boeufs attelés à un chariot fort chargé, ne le tiraient qu’avec peine. Cependant l’Essieu criait, et de telle sorte, que les Boeufs, étourdis du bruit qu’il faisait, s’arrêtèrent et se retournèrent vers lui.
Importun, lui dirent-ils, eh ! qu’as-tu donc tant à crier, toi qui ne fatigues presque point, tandis que nous ne nous plaignons seulement pas, nous qui suons à tirer tout le fardeau ?

 

Ésope (VII VI siècles avant J.-C.).

 

**********************************************

 

http://unpeudetao.unblog.fr

 
 

12 mai, 2011

Cheval dans une île, conte de Jacques Prévert

Classé dans : — unpeudetao @ 12:53

Celui-là c’est le cheval qui vit tout seul quelque part très loin dans une île.

 

Il mange un peu d’herbe ; derrière lui, il y a un bateau, est le bateau sur lequel le cheval est venu, c’est le bateau sur lequel il va repartir.

 

Ce n’est pas un cheval solitaire, il aime beaucoup la compagnie des autres chevaux, tout seul, il s’ennuie, il voudrait faire quelque chose être utile aux autres. Il continue à manger de l’herbe et, pendant qu’il mange, il pense à son grand projet. Son grand projet c’est de retourner chez les chevaux pour leur dire :

 

“Il faut que cela change” et les chevaux demanderont:

 

“Qu’est-ce qui doit changer?” et lui, il répondra:

 

“C’est notre vie qui doit changer, elle est trop misérable, nous sommes trop malheureux, cela ne peut pas durer.”

 

Mais les plus gros chevaux, les mieux nourris, ceux qui traînent les corbillards des grands de ce monde, les carrosses des rois et qui portent sur la tête un grand chapeau de paille de ri voudront l’empêcher de parler et lui diront :
“De quoi te plains-tu, cheval, n’es-tu pas la plus noble conquête de l’homme ?”

 

Et ils se moqueront de lui.

 

Alors tous les autres chevaux, les pauvres traîneurs de camion n’oseront pas donner leur avis.

 

Mais lui, le cheval qui réfléchit dans l’île, il élèvera la voix :

 

“S’il est vrai que je suis la plus noble conquête de l’homme, je ne veux pas être en reste avec lui.

“L’homme nous a comblés de cadeaux mais l’homme a été trop généreux avec nous, l’homme nous a donné le fouet, l’homme nous a donné la cravache, les éperons, les oeillères, les brancards, il nous a mis du fer dans la bouche et du fer sous les pieds, c’était froid, mais il nous a marques au fer rouge pour nous réchauffer…

 

“,Pour moi, c’est fini, il peut reprendre ses bijoux, qu’en pensez-vous ?

 

Et pourquoi a-t-il écrit sérieusement et en grosses lettres sur les murs… sur les murs de ses écuries, sur les murs de ses casernes de cavalerie, sur les murs de ses abattoirs, de ses hippodromes et de ses boucheries hippophagiques* :
Soyez bons pour les Animaux avouez tout de même que c’est se moquer du monde des chevaux !”
Alors, tous les autres pauvres chevaux commenceront a comprendre et tous ensemble ils s’en iront trouver les hommes et ils leur parleront très fort.

 

Les chevaux :

 

“Messieurs nous voulons bien traîner vos voitures vos charrues, faire vos courses et tout le travail, mais reconnaissons que c’est un service que nous vous rendons, il faut nous en rendre aussi; souvent, vous nous mangez quand nous sommes morts, il n’y a rien à dire là-dessus, si vous aimez ça c est comme pour le petit déjeuner du matin, il y en a qui prennent de l’avoine au café au lit, d’autres de l’avoine au chocolat, chacun ses goûts, mais souvent aussi, vous nous frappez, cela, ne doit plus se reproduire ça

 

“De plus, nous voulons de l’avoine tous les jours; de l’eau fraîche tous les jours et puis des vacances et qu’on nous respecte, nous sommes des chevaux, on n est pas des boeufs.

 

” Premier qui nous tape dessus on le mord.

 

” Deuxième qui nous tape dessus on le tue, voilà. “

 

Et les hommes comprendront qu’ils ont été un peu fort, ils deviendront plus raisonnables.

 

Il rit le cheval en pensant à toutes les choses qui arriveront sûrement un jour.

 

Il a envie de chanter, mais il est tout seul, et il n’aime que chanter en choeur, alors il crie tout de même :

 

“Vive la liberté!”

 

Dans d’autres îles, d’autres chevaux l’entendent et ils crient à leur tour de toutes leurs forces :

 

“Vive la liberté!”

 

Tous les hommes des îles et ceux du continent entendent des cris et se demandent ce que c’est, puis ils se rassurent et disent en haussant les épaules :

 

“Ce n’est rien,
C’est des chevaux.”

 

Mais ils ne se doutent pas de ce que les chevaux leur préparent.

 

*************************************************************

 

http://unpeudetao.unblog.fr

 

 

Ilona, Mahée et Mila. |
Amour, Beauté, Paroles, Mots. |
Les Ailes du Temps |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | David Besschops
| professeur.de.français
| billierose