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14 août, 2016

Le Miserere, Gustave-Adolphe BÉCQUER (Légendes espagnoles)

Classé dans : — unpeudetao @ 14:45

EN VISITANT, il y a quelques mois, la célèbre abbaye de Fitero, je retournai quelques-uns des volumes de sa bibliothèque abandonnée et découvris, dans un coin, deux ou trois cahiers de musique assez anciens, couverts de poussière et qui commençaient à être rongés par les souris. C’était un Miserere.

Je ne sais pas la musique, mais je l’aime tant que, même sans y rien comprendre, il m’arrive de prendre, parfois, la partition d’un opéra, et de passer des heures entières à en feuilleter les pages ; je regarde les groupes de notes plus ou moins rapprochés, les portées, les demi-cercles, les triangles et les espèces d’et cætera qu’on appelle clefs, le tout sans y entendre ni a ni b, et sans en tirer le moindre profit.

Fidèle à ma manie, j’examinai les cahiers ; ce qui attira d’abord mon attention fut de voir à la dernière page ce mot latin, si commun dans tous les ouvrages : finis, bien qu’à vrai dire le Miserere ne fût pas terminé ; la musique, en effet, n’arrivait qu’au dixième verset.

Voilà ce qui avait, avant tout, attiré mon attention ; mais aussitôt que j’examinai mieux les feuilles de musique, ma surprise augmenta, en constatant qu’au lieu des mots italiens qu’on y met d’habitude comme : maestoso, allegro, ritardando, più vivo, a piacere, il y avait des lignes dont les caractères très fins et allemands servaient à indiquer des choses aussi difficiles à exécuter que celles-ci : ils craquent… ils craquent les os, et de leurs moelles il semble sortir des cris ; ou celles-là : la corde hurle sans être discordante, et le métal tonne sans assourdir, pour cela tout vibre, rien ne se confond et l’ensemble est l’humanité qui sanglote et gémit. La plus singulière de ces recommandations, sans contredit, était celle-ci placée au-dessous du dernier verset : Les notes sont des os couverts de chair ; lumière impérissable, le ciel et son harmonie… force !… force et douceur.

– Savez-vous ce que c’est que ça ? demandai-je au petit vieux qui m’accompagnait, après avoir traduit en partie ces lignes qui paraissaient écrites par un fou.

L’ancien me conta alors la légende que je vais vous dire.

I

Il y a de cela nombre d’années, par une nuit pluvieuse et sombre, il vint, à la porte claustrale de cette abbaye, un pèlerin demandant du feu pour sécher ses vêtements, un morceau de pain pour apaiser sa faim, et un abri quelconque pour attendre le lendemain, afin de continuer sa route à la clarté du soleil. Le frère auquel cette demande fut adressée mit sa modeste collation, son pauvre lit, le feu de son âtre à la disposition du voyageur et lui demanda, après qu’il se fut reposé de ses fatigues, le but de son pèlerinage et l’endroit vers lequel il s’acheminait.

– Je suis musicien, reprit l’étranger ; je suis né très loin d’ici et dans ma patrie j’ai joui, un moment, d’une grande célébrité. Durant ma jeunesse, j’ai usé de mon art comme d’un puissant moyen de séduction et, par lui, j’ai allumé des passions qui m’ont entraîné jusqu’au crime. Je veux, dans ma vieillesse, tourner au bien les facultés que j’ai employées au mal, et me racheter par le moyen même qui a servi à me perdre.

Les paroles énigmatiques de l’inconnu ne parurent pas absolument claires au frère lai ; déjà elles commençaient à éveiller sa curiosité. Poussé par ce sentiment, il continua ses questions et son interlocuteur poursuivit de cette façon :

– Je pleurais, dans le fond de mon âme, la faute que j’avais commise ; mais en cherchant à implorer la miséricorde de Dieu, je ne trouvais pas de mots pour exprimer dignement mon repentir, quand un jour mes yeux s’arrêtèrent, par hasard, sur un livre de prières. J’ouvris ce livre ; dans l’une de ses pages je découvris un gigantesque cri de véritable contrition, le psaume de David qui commence par : Miserere mei, Deus! Depuis le moment où j’ai lu ces strophes, mon unique pensée fut de trouver une forme musicale si magnifique, si sublime qu’elle fût digne de l’hymne grandiose de douleur composé par le roi-prophète. Jusqu’à présent je ne l’ai point trouvée ; mais si je parviens à exprimer ce que je sens dans mon cœur, ce que j’entends confusément dans ma tête, je suis certain de faire un Miserere tel et si merveilleux, que personne n’en a entendu de pareil, tel et si déchirant qu’en en écoutant les premiers accords, les archanges, les yeux inondés de larmes, diront avec moi, en s’adressant au Seigneur : Misericordia ! et le Seigneur aura pitié de sa pauvre créature.

Le pèlerin, arrivé à cette partie de son récit, se tut, un instant et, après avoir exhalé un soupir, il reprit le fil de son discours. Le frère lai, quelques employés de l’abbaye, deux ou trois bergers de la ferme des frères, qui faisaient cercle autour du foyer, l’écoutaient dans un profond silence :

– Dès lors, je n’ai cessé de parcourir toute l’Allemagne, toute l’Italie et la plus grande partie de ce pays classique pour la musique religieuse ; je n’ai pas encore entendu un Miserere qui ait pu m’inspirer, pas un, pas un, et j’en ai tant entendu que je puis dire les connaître tous.

– Tous ? dit alors, en l’interrompant, un des maîtres bergers ; parions que vous n’avez pas entendu le Miserere de la montagne.

– Le Miserere de la montagne, s’écria le musicien d’un air surpris. Quel est ce Miserere ?

– Ne l’ai-je pas dit ? murmura l’homme des champs ; et aussitôt il continua d’un ton mystérieux : ce Miserere, qu’entendent par hasard ceux seulement qui, comme moi, vont de jour et de nuit, à la suite des troupeaux au milieu des landes et des rochers, est toute une histoire, histoire très ancienne, mais aussi vraie qu’elle semble incroyable. Le fait est que dans la portion la plus escarpée des chaînes de montagnes, qui limitent l’horizon de la vallée, au fond de laquelle se trouve l’abbaye, il y eut, voilà bien des années, que dis-je bien des années ! bien des siècles, un fameux monastère, monastère édifié, paraît-il, par un seigneur avec les biens qu’il aurait dû laisser à son fils, mais dont il le déshérita en mourant, pour le punir de ses méfaits. Jusque-là tout allait au mieux ; mais ne voilà-t-il pas que ce fils qui, on le verra plus loin, devait être la peau du diable, s’il n’était le diable en personne, en apprenant que ses biens étaient au pouvoir des religieux et son château converti en église, réunit une troupe de bandits, composée de ses camarades dans la vie de perdition qu’il menait depuis son départ de la maison paternelle et, une nuit de jeudi saint, tandis que les moines étaient au chœur, à l’heure, au moment même où ils entonnaient ou allaient entonner le Miserere, les bandits mirent le feu au monastère et pillèrent l’église. On dit, les uns le croient, les autres non, qu’ils ne laissèrent pas un seul frère vivant. Après cette atrocité, les bandits et leur chef s’en allèrent, où ? on ne le sait… peut-être dans les noires profondeurs. Les flammes réduisirent le monastère en cendres, et les ruines de l’église se dressent encore sur la cime du rocher, d’où s’échappe la cascade qui, après avoir bondi de roc en roc, forme le gave qui baigne les murs de cette abbaye.

– Mais, s’écria le musicien impatienté, et le Miserere ?

– Attendez, reprit avec un grand calme le berger, nous y arrivons.

Cela dit, il continua ainsi son histoire :

– Tout le monde, dans le pays, fut scandalisé d’un tel crime ; des pères aux fils, des fils aux petits-enfants, on se le répéta avec horreur durant les longues veillées du soir ; mais ce qui contribue le plus à en perpétuer le souvenir, c’est que tous les ans, la nuit même où il fut commis, on voit briller des lumières à travers les fenêtres brisées de l’église, on entend une sorte de musique étrange, mêlée de chants lugubres et terribles qui se distingue, par moments, au milieu des rafales du vent. Ce sont les moines, ceux du moins qui, morts sans doute avant d’être prêts à comparaître, purifiés de toutes leurs fautes, devant le tribunal de Dieu, reviennent encore du purgatoire, afin d’obtenir, par leurs prières, la miséricorde du Très-Haut en chantant le Miserere.

Les assistants se regardaient les uns les autres, avec un air d’incrédulité : seul le pèlerin, que le récit de cette histoire semblait préoccuper vivement, demanda anxieux à celui qui la contait :

– Et vous dites que ce prodige se renouvelle encore ?

– Dans trois heures, sans faute, il commencera ; car cette nuit est précisément la nuit du jeudi saint, et l’horloge de l’abbaye vient de sonner huit heures.

– À quelle distance se trouve le monastère ?

– À une lieue et demie à peine… Mais, que faites-vous ? Où allez-vous par une pareille nuit ? La main de Dieu se retire-t-elle de vous ? s’écrièrent-ils tous en voyant le pèlerin se lever de son banc, prendre son bourdon et quitter le foyer pour se diriger vers la porte.

– Où je vais ? Entendre la musique merveilleuse, entendre le grand, le véritable Miserere, le Miserere de ceux qui reviennent dans ce monde après être morts, et savent ce qu’il en coûte de mourir dans le péché.

Cela dit, il disparut aux yeux du frère lai interdit et des pasteurs non moins étonnés. Le vent sifflait et faisait grincer les portes, comme si une main puissante les eût secouées pour les arracher de leurs gonds ; la pluie tombant en tourbillons fouettait les vitres des fenêtres et, de temps à autre, la lueur d’un éclair illuminait l’horizon qu’on découvrait par leurs ouvertures. Le premier moment de stupeur passé, le frère lai s’écria :

– Il est fou !

– Il est fou ! répétèrent les bergers, en attisant de nouveau le feu et en se groupant autour du foyer.

II

Le mystérieux personnage traité de fou dans l’abbaye chemina une heure ou deux, en remontant le ruisseau qui lui avait été indiqué par le berger, conteur de l’histoire, après quoi il arriva dans l’endroit où s’élevaient les noires et imposantes ruines du monastère. La pluie venait de cesser ; les nuages flottaient en sombres masses et de leurs bords déchiquetés glissait, par moments, un furtif rayon de lumière pâle et douteuse ; le vent, qui fouettait les massifs piliers et parcourait les cloîtres déserts, semblait exhaler des gémissements. Cependant rien d’extraordinaire, rien de surnaturel ne venait frapper l’imagination. Celui qui avait dormi tant de nuits, abrité seulement par les ruines d’une tour abandonnée ou d’un château solitaire, celui qui avait bravé, dans ses longues pérégrinations, des centaines de tempêtes, était familiarisé avec tous ces bruits. Les gouttes d’eau qui filtraient par les fissures des arceaux brisés, pour tomber sur les dalles, en rendant un son aussi régulier que celui du balancier d’une horloge ; les cris que poussaient les hiboux en se réfugiant sous le nimbe de pierre d’une statue, debout encore dans l’excavation d’un mur ; le frôlement des reptiles qui, réveillés de leur léthargie par la tempête, avançaient leurs têtes difformes hors des trous où ils dormaient et rampaient au milieu des raiforts sauvages et des ronces poussant au pied de l’autel, et dans les jointures des pierres sépulcrales dont se composait le pavé de l’église ; tous ces murmures étranges et mystérieux de la campagne, de la solitude et de la nuit, arrivaient distinctement aux oreilles du pèlerin, assis sur la statue mutilée d’un tombeau, tandis qu’il attendait, anxieux, l’heure où devait se réaliser le prodige.

Le temps passait, passait ainsi et il n’apercevait rien ; les mille rumeurs confuses de la nuit résonnaient et se combinaient de mille façons différentes, mais restaient toujours les mêmes. « Si l’on m’avait trompé ! » pensa le musicien. Dans le même moment, il entendit un bruit nouveau, bruit inexplicable en pareil endroit ; semblable à celui que produit une pendule quelques moments avant de sonner l’heure, bruit de roues qui tournent, de cordes qu’on étire, d’une machine qui s’agite sourdement et s’apprête à user de sa mystérieuse vitalité mécanique, et la cloche sonna un… deux… trois… jusqu’à onze coups.

Dans le temple, il n’y avait ni horloge, ni cloche, ni clocher quelconque. Le dernier coup, répété d’écho en écho, s’affaiblissait sans s’éteindre entièrement. On en entendait encore les vibrations dans l’air frémissant, quand les dalles granitiques qui recouvraient les sépultures, les marches en marbre des autels, les pierres des ogives, les balustrades taillées à jour du chœur, les festons en forme de trèfle des corniches, les noirs contreforts des murs, le pavé, les voûtes, l’église entière s’illuminèrent spontanément, sans qu’il fût possible de distinguer la torche, le cierge ou la lampe qui répandaient cette clarté insolite.

Le temple offrait l’image d’un squelette, dont les os jaunis dégagent des gaz phosphorescents qui brillent et apparaissent dans l’obscurité, comme une flamme bleuâtre, inquiète et craintive. Tout sembla s’animer, mais comme par ces secousses galvaniques qui impriment à l’être mort des contractions parodiant la vie : mouvements instantanés plus horribles encore que l’inertie du cadavre avant d’être secoué par cette force inconnue. Les pierres se réunirent aux pierres, les fragments brisés de l’autel, qui gisaient épars et sans ordre, se levèrent aussi intacts que si l’ouvrier venait de leur donner le dernier coup de ciseau, en même temps que l’autel, les chapelles détruites se redressèrent, les chapiteaux brisés et l’immense série de voûtes effondrées, qui se croisaient et s’entrelaçaient capricieusement, refirent avec leurs colonnes un labyrinthe de porphyre. Une fois le temple réédifié, on entendit des accords lointains qui pouvaient être confondus avec les sourds gémissements de l’air, et qui formaient cependant un ensemble de voix lointaines et graves ; on eût dit qu’elles sortaient du sein de la terre, d’où elles s’élevaient peu à peu ; à chaque instant, en effet, elles devenaient plus perceptibles.

Le téméraire pèlerin éprouva un commencement de peur, mais sa peur fut combattue par sa passion pour tout ce qui était inusité et merveilleux ; fortifié par cette passion, il quitta la tombe sur laquelle il s’était reposé ; il se pencha sur le bord de l’abîme, au fond duquel le torrent bondissait sur des rochers, en produisant dans sa chute les roulements d’un tonnerre incessant, épouvantable, et ses cheveux se hérissèrent d’horreur. Il venait de voir, sous des capuchons relevés, les mâchoires décharnées, les blanches dents, les noires cavités des yeux de têtes de morts, et à moitié couverts de vêtements en lambeaux, les squelettes des moines précipités jadis, du portail de l’église dans le gouffre. Ils sortaient du fond de l’onde, s’accrochaient, avec les longs doigts de leurs mains osseuses, aux fentes des rochers et grimpaient ainsi jusqu’à toucher le bord du précipice, et d’une voix basse, sépulcrale, ils disaient avec une expression de douleur déchirante, le premier verset du psaume de David : Miserere mei, Deus, secundum magnam misericordiam tuam!

Quand les moines furent arrivés au péristyle du temple, ils se rangèrent sur deux files, avant d’y entrer, et allèrent s’agenouiller dans le chœur, continuant à chanter avec des voix plus élevées, plus solennelles, les versets du psaume. Une musique accompagnait en mesure leurs voix, et cette musique était le bruit du tonnerre que la tempête passée murmurait au loin ; c’était le bourdonnement du vent gémissant dans les grottes de la montagne ; c’était le bruit monotone de la cascade qui tombe sur les rochers, de la goutte d’eau qui s’infiltre, et le cri du hibou caché, et le frôlement des reptiles inquiets. Tout cela composait cette musique et, en outre, quelque chose d’inexplicable, d’à peine compréhensible, une chose semblable à l’écho d’un orgue… accompagnant les versets du gigantesque hymne de contrition composé par le roi psalmiste, avec des notes et des accords aussi grandioses que les paroles sont terribles.

La cérémonie continua ; le musicien qui y assistait, absorbé, atterré, croyait être hors du monde réel, et vivre dans les fantastiques régions des rêves, là où les choses revêtent des formes étranges et phénoménales. Une terrible secousse vint l’arracher à la stupeur qui absorbait toutes les facultés de son esprit ; ses nerfs tressaillirent sous le coup d’une émotion des plus violentes, ses dents claquèrent, il fut pris d’un tremblement impossible à réprimer, et le froid pénétra jusqu’à la moelle de ses os. Les moines prononçaient, en ce moment, ces effroyables paroles du Miserere : In iniquitatibus conceptus sum ; et in peccatis concepit me mater mea.

Aux accents de ce verset, répercuté d’écho en écho, renvoyé de voûte en voûte, il s’éleva une clameur épouvantable qui semblait le cri de douleur arraché à l’humanité entière par la conscience de ses iniquités ; cri horrible composé de tous les gémissements de l’infortune, de tous les hurlements du désespoir, de tous les blasphèmes de l’impiété ; concert monstrueux, digne expression de ceux qui, conçus dans le péché, ont vécu dans l’iniquité. Le chant continua, tantôt d’une tristesse navrante et profonde, tantôt pareil à un rayon de soleil qui, rompant les sombres nuages de la tempête, substitue, à l’éclair terrifiant, un éclair de joie ; il continua jusqu’à ce que, grâce à une transformation subite, l’église resplendissante fût baignée d’une lumière céleste.

Les ossements des moines se recouvrirent de leurs chairs ; une auréole lumineuse brilla au-dessus de leurs fronts ; la coupole s’ouvrit et laissa voir le ciel semblable à l’océan lumineux accessible aux regards des justes. Les séraphins, les anges, les archanges et les chœurs célestes accompagnaient d’un hymne glorieux ce verset, qui montait alors jusqu’au trône du Seigneur, comme une trombe d’harmonie, comme la gigantesque spirale d’un encens sonore : Auditu meo dabis gaudium et laetitiam, et exultabunt ossa humiliata.

En ce moment, la clarté éblouissante aveugla les yeux du pèlerin, ses tempes battirent avec violence et ses oreilles bourdonnèrent ; il tomba sans connaissance à terre et n’entendit plus rien.

III

Le jour suivant les pacifiques moines de l’abbaye de Fitero, auxquels le frère lai avait conté la singulière visite de la nuit précédente, virent arriver, pâle et hors de lui, le pèlerin inconnu.

– Avez-vous entendu le Miserere ? lui demanda, avec une certaine ironie, le frère lai, lançant à la dérobée un regard d’intelligence à ses supérieurs.

– Oui, répondit le musicien.

– Et qu’en pensez-vous ?

– Je vais l’écrire. Donnez-moi asile dans votre maison, continua-t-il en s’adressant à l’abbé ; un asile et du pain pendant quelques mois, et je vous laisserai une œuvre d’art immortelle, un Miserere qui effacera mes fautes aux yeux de Dieu, éternisera ma mémoire, éternisant en même temps celle de cette abbaye.

Les moines, par curiosité, conseillèrent à l’abbé d’accéder à sa demande ; l’abbé, par compassion, car il le croyait fou, y consentit enfin et le musicien, aussitôt installé dans le monastère, se mit à l’œuvre. Il travaillait jour et nuit avec une infatigable ardeur. S’arrêtait-il au milieu de sa tâche, il semblait écouter quelque chose qui vibrait dans son imagination ; ses pupilles se dilataient, il bondissait sur son siège et s’écriait : « C’est cela, oui, oui, il n’y a pas à en douter… c’est cela ! » Et il continuait à écrire des notes avec une rapidité fébrile, qui étonna plus d’une fois ceux qui l’observaient secrètement. Il écrivit les premiers versets et les suivants, parvint à la moitié du psaume ; mais arrivé au dernier verset de ceux qu’il avait entendus dans la montagne, il lui fut impossible de continuer.

Il écrivit un, deux, cent, deux cents brouillons ; tout fut inutile ; sa musique ne ressemblait plus à la musique déjà notée et le sommeil ne ferma plus ses paupières, et il perdit l’appétit, et la fièvre envahit sa tête ; il devint fou et mourut, enfin, sans pouvoir terminer le Miserere, que les frères gardèrent après sa mort, comme une chose extraordinaire, et qu’ils conservent encore aujourd’hui dans les archives de l’abbaye.

Quand le petit vieux eut fini de me conter cette histoire, je ne pus m’empêcher de jeter de nouveau les yeux sur l’antique, le poudreux manuscrit du Miserere ouvert encore sur l’une des tables. In peccatis concepit me mater mea. Tels étaient les mots de la page qui s’offrait à mes regards et dont les notes, les clefs, les signes mal formés semblaient se moquer de moi, et être indéchiffrables pour les profanes en musique. Pour pouvoir les lire, j’eusse donné un monde.

Qui sait si ce n’était qu’une folie ?

Gustave-Adolphe BÉCQUER (1836-1870), espagnoles.

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2 janvier, 2014

Le Chat et le Prophète (Conte)

Classé dans : — unpeudetao @ 18:00

Le prophète Mahomet parcourait le désert. Après une longue marche, il se sentit exténué et s’endormit. Un gros serpent sortit à cet instant des broussailles et osa s’approcher du Prophète, l’envoyé de Dieu ! La bête s’apprêtait à le mordre quand un chat, passant d’aventure, se jeta sur le reptile et le mit à mort après une longue lutte. Le Prophète s’éveilla. Il vit de quel danger le chat l’avait sauvé.

 

 » Viens !  » Commanda le serviteur d’Allah. Le chat approcha. Le Prophète caressa par trois fois le chat et trois fois aussi le bénit en disant :  » La bénédiction soit sur toi, ô chat !  » Puis le serviteur d’Allah ajouta :  » En récompense du bien que tu m’as fait, tu seras invincible dans les combats. Nulle créature terrestre ne pourra te renverser sur le dos. Va, et sois encore bénit trois fois.  »

 

C’est grâce à cette bénédiction du Prophète qu’on dit qu’un chat retombe toujours sur ses pattes.

 

(Conte extrait du livre  Histoires de chats de Marilyne Plénard)

 

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11 mai, 2012

Le trésor dans la cendre (Conte soufi)

Classé dans : — unpeudetao @ 18:15

 

      Bilal était l’esclave d’un infidèle. Un jour, son maître lui dit :
      « Pourquoi n’arrêtes-tu pas d’invoquer le nom de Mohammed ? Comment oses-tu me braver ainsi ? »
      Et, sous le soleil brûlant, il le frappait avec un bâton d’épines. Bilal, sans protester, se contentait de proclamer l’unicité de Dieu.
      Un jour, Abou Bekr, compagnon du prophète, passa par là et entendit les mots murmurés par Bilal. Son coeur en fut immédiatement touché et dans ces paroles d’unicité, il pressentit le parfum d’un ami. Il dit à Bilal :
      « Cache ta foi aux infidèles car Dieu est celui qui connaît les secrets ! »
      Bilal lui promit de faire suivant ses conseils et se repentit de son attitude mais, quelques jours plus tard, passant de nouveau par là, Abou Bekr entendit de nouveau le bruit des coups de bâton et la voix de Bilal répétant l’unicité de Dieu. Son coeur en fut comme rempli de feu. Il renouvela ses bons conseils et Bilal promit encore de ne pas recommencer. Tout ceci continua ainsi pendant longtemps car, quand l’amour faisait son apparition, les résolutions de Bilal s’envolaient. Et, en exprimant sa foi il mettait son corps à rude épreuve. Il disait alors :
      « Ô messager de Dieu ! Tout mon corps et mes veines sont remplis de ton amour ! Comment des résolutions pourraient-elles y pénétrer ? Devant la tempête de l’amour, je suis comme un fétu de paille et ne puis savoir où je m’arrêterai. Est-il possible à un brin de paille de résister au vent de l’apocalypse et de choisir sa direction ? »
      Les amoureux se sont fait prendre par le déluge. Ils sont comme les meules d’un moulin et tournent jour et nuit en grinçant. Ceci est un témoignage pour les incrédules de ce que la rivière continue de couler.
      Abou Bekr décrivit la situation de Bilal au prophète et lui dit :
      « Cet homme est un faucon qui s’est fait prendre au piège par amour pour toi. C’est un trésor qui est caché dans la cendre. De misérables chauves-souris torturent ce faucon. Mais son seul péché est d’être un faucon. Il en va de lui comme de Joseph qu’on calomniait à cause de sa seule beauté. Les chauves-souris vivent dans les ruines et c’est la raison pour laquelle elles en veulent aux faucons. Ces chauves-souris lui disent : « Pourquoi te rappelles-tu sans arrêt le palais et le poing du sultan ? Nous sommes ici au pays des chauves-souris ! Alors, pourquoi tant de prétention ? Le ciel et la terre sont jaloux de notre repaire et voilà que tu le traites de ruines ! Aurais-tu par hasard l’intention de devenir le sultan des chauves-souris ? » En l’accusant ainsi, on le ligote sous le soleil brûlant et on le flagelle avec des branches d’épineux. Tandis que son sang s’écoule, lui ne fait que répéter : « Dieu est unique ! » Je lui ai maintes fois conseillé de cacher sa foi et son secret mais il a fermé la porte aux résolutions. »
      Être amoureux, résolu et patient tout à la fois, cela est impossible. Car la résolution et le repentir sont comme le loup et l’amour comme un dragon. Le repentir est l’attribut des hommes et l’amour est l’attribut du Créateur.
      Le messager de Dieu demanda à Abou Bekr :
      « Que proposes-tu de faire ?
      – Je vais l’acheter ! dit Abou Bekr, quel qu’en soit le prix ! »
      Le prophète lui dit :
      « Je désire que tu m’associes à cet achat. »
      Donc, Abou Bekr s’en retourna vers la demeure du maître de Bilal. Il se disait :
      « Il est facile de prendre une perle de la main d’un enfant car les enfants du désir troquent volontiers leur foi et leur raison contre quelques biens de ce monde. Ces cadavres sont si bien décorés qu’on les échange contre des centaines de jardins de roses. »
      Abou Bekr frappa à la porte de la demeure et, plein de colère, il demanda au maître de Bilal :
      « Pourquoi maltraites-tu cet aimé de Dieu ? Si tu es fidèle à ce que tu crois, pourquoi en veux-tu à quelqu’un qui est fidèle à sa foi ? »
      Le propriétaire de Bilal répondit :
      « Si tu éprouves de la pitié pour lui, tu n’as qu’à me payer son prix. Achète-le-moi ! »
      Abou Bekr dit :
      « Je possède un esclave blanc qui est un infidèle. Sa couleur est blanche mais son coeur est noir. Échange-le-moi contre cet esclave qui a la peau noire, mais le coeur lumineux ! »
      Il fit venir son esclave qui fit l’admiration du maître de Bilal, tant il était beau. Cependant, il ne céda pas tout de suite et augmenta sans cesse ses prétentions. Abou Bekr se rendit à toutes ses exigences et acheta Bilal. Quand le marché fut conclu, l’homme éclata de rire.
      « Pourquoi ris-tu ? » lui demanda Abou Bekr.
      L’homme répondit :
      « Si tu n’avais pas montré une si forte envie d’acheter cet esclave, tu aurais pu l’obtenir pour dix fois moins ! Il n’a pas une grande valeur mais ta colère en a fait monter le prix !
      – Ô imbécile! répliqua Abou Bekr, des gamins échangent une perle contre une noix ! Pour moi, cet esclave vaut les deux univers car je vois son âme et non pas sa couleur. Si tu avais demandé davantage, j’aurais sacrifié tous mes biens ! Si cela n’avait pas suffi, j’aurais contracté des dettes. Toi, tu l’as eu pour rien et tu l’as vendu bon marché ! Par ton ignorance, tu m’as donné un coffret plein d’émeraudes sans savoir ce qu’il contenait. Tu finiras par le regretter car personne n’aurait ainsi gaspillé pareille chance. Je t’ai remis un esclave de belle apparence, mais idolâtre. Conserve ta foi. Moi, je conserve la mienne. »
      Et, prenant Bilal par la main, il le conduisit auprès du prophète. En voyant le visage de ce dernier, Bilal perdit connaissance et se mit à pleurer. Le prophète le prit dans ses bras et lui révéla Dieu sait combien de secrets. Un poisson venait de retrouver l’océan et il est difficile de décrire pareil événement.
      Le prophète demanda à Abou Bekr :
      « Je t’avais demandé de m’associer à cet achat. Pourquoi ne l’as-tu pas fait ? »
      Abou Bekr répondit :
      « Nous sommes tous deux tes esclaves ! Je n’ai fait que le libérer en ton nom. Considère-moi comme ton esclave car je ne voudrais pas que l’on me libère de toi ! Ma liberté c’est d’être ton esclave. Quand j’étais jeune, je faisais un rêve : le soleil me saluait et me considérait comme son ami. Je me disais que ce rêve n’était qu’une illusion, mais en te voyant, je me suis vu et, depuis, le soleil a perdu pour moi tout son attrait. »
      Le prophète dit à Bilal :
      « Monte en haut du minaret pour chanter l’appel à la prière ! Va crier ce que tu aurais dû cacher à tes ennemis ! N’aie pas peur car ils sont comme sourds. On entend le bruit assourdissant des tambours et eux disent : où donc entendez-vous des tambours ? »
      Les anges font aux aveugles la faveur de les tenir par la main mais les aveugles considèrent cette faveur comme une torture. Ils disent :
      « Pourquoi nous tirez-vous de-ci de-là ? Nous voudrions bien dormir un peu ! »
      Les saints subissent encore davantage de tourments car le Bien-Aimé est très capricieux avec ses amoureux.
     
      Maintenant que tu as entendu l’histoire de Bilal, sache que son état n’a rien à voir avec le tien. Lui, il avançait et toi, tu recules. Ton état est comparable à celui de cet homme à qui l’on demandait son âge. Il répondit :
      « J’ai dix-huit ans. Enfin, dix-sept. Peut-être seize ou même quinze… »
      Son interlocuteur l’interrompit :
      « Si tu continues, tu vas te retrouver dans le ventre de ta mère ! »

 

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1 mai, 2012

La mosquée cachée (Conte soufi)

Classé dans : — unpeudetao @ 18:59

 

      Il y avait, dans la ville de Rey, une petite mosquée. Personne n’y pouvait rester pendant la nuit et ceux qui le tentaient laissaient derrière eux des orphelins. Bien des solitaires prirent ainsi le chemin du cimetière, au matin d’une nuit passée dans cette mosquée. C’est que des djinns s’étaient emparés de l’endroit et en exterminaient tous les hôtes. Tant et si bien qu’on avait placardé un écriteau sur la porte, qui disait : « Que personne ne reste ici la nuit ! » Certains auraient même voulu que l’on cadenasse la porte afin d’éviter qu’un innocent ne périsse par inadvertance.
      Une nuit vint un étranger. Il avait entendu des rumeurs concernant cette mosquée et voulait en faire l’expérience. Il était courageux et las de vivre. Il se disait :
      « Dieu lui-même nous a dit que les fidèles guettaient la mort. Et moi, je suis fidèle ! »
      Les gens lui dirent :
      « Tu veux dormir ici ? C’est la mort assurée ! Toute personne qui a tenté de passer la nuit ici est morte. Et ce n’est pas une coïncidence, nous en avons eu cent fois la confirmation. Le prophète a dit que la foi porte conseil. Sache bien que nous n’avons nul désir de te cacher la vérité. Allons, sois raisonnable ! »
      Mais l’amoureux répondit :
      « O amis qui me donnez des conseils ! Je ne regrette rien de ce que je fais car, de toute façon, j’en ai assez de la vie. Je suis las et affaibli. Mais je ne suis guère attiré par la santé. Certes, je suis un oisif, mais pas de ces oisifs qui recherchent la mort. Je ne suis pas de ceux qui s’entassent ou mendient dans les bazars. Non ! Non ! Je suis un paresseux qui offre tout ce qu’il possède. Pour moi, mourir et quitter ces lieux sera aussi agréable qu’il est doux à un oiseau de sortir de sa cage. Quand on transporte sa cage dans le jardin, l’oiseau voit les roses et les arbres. Il voit aussi d’autres oiseaux qui volent autour de sa cage. Il est entouré de verdure mais il est prisonnier. C’est pour cette raison qu’il a perdu l’appétit et est devenu paresseux. Celui qui ouvrirait sa cage serait son sauveur ! Mais si la cage est à l’intérieur, dans une pièce pleine de chats, il est bien certain que l’oiseau ne souhaitera pas en sortir. Il préférerait même être emprisonné dans des milliers de cages. »
      Les gens répliquèrent :
      « O toi qui passes par là, viens ! Ne perds pas ta vie. Ce que tu dis est facile en paroles mais deviendra plus dur lorsqu’il s’agira de passer aux actes. Bien des téméraires ont perdu toute fierté à l’instant fatidique. Tu finiras par regretter tout ceci. Les hommes se donnent tous des allures de héros, mais au moment du combat, ils deviennent des femmes d’intérieur. Le prophète a dit : « O héros ! Il n’y a pas de place pour l’héroïsme avant le combat.  » Ne fais pas semblant d’être un héros. Combien en avons-nous vu qui disaient comme toi. Renonce à ton idée et n’attire pas sur toi un malheur dont nous serions responsables ! »
      L’amoureux dit :
      « Ce soir, je dormirai dans cette mosquée, quand bien même vos conseils seraient aussi profitables que ceux de l’ange Gabriel. Abraham n’attendait aucun secours du feu. »
      Il resta donc dans la mosquée mais il ne put s’endormir car le sommeil des amoureux est comme celui des oiseaux et des poissons. Au beau milieu de la nuit, une voix épouvantable se fit entendre, qui disait :
      « Me voici ! J’arrive ! »
      Ceci fut répété cinq fois et la force de cette voix aurait fait frémir n’importe qui. Mais l’amoureux n’en fut guère dérangé. Il se disait :
      « C’est le bruit des tambours que l’on bat pour annoncer la fête. Mais, puisque ce sont les tambours que l’on bat, c’est à eux d’avoir peur. »
      Il se leva comme un guerrier et s’écria :
      « Je suis prêt ! Tu peux venir ! »
      À cet instant même, la magie de cette voix cessa et l’or se mit à tomber de tous côtés. À tel point que l’amoureux dut transporter d’énormes charges d’or pour pouvoir, à l’aube, atteindre la porte de la mosquée. Il en enterra une partie et mit le reste dans des sacs.
      En jouant avec sa vie, cet homme a obtenu un trésor. Si toi, tu es aveugle et peureux, abandonne cette fière apparence.

 

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1 janvier, 2012

Les vœux, Élise MALLERANGE (CONTE)

Classé dans : — unpeudetao @ 16:26

 

Alice était brune,
Et comme la lune
Pâle était son teint ;
Aline la blonde
Fraîche comme l’onde,
Au cœur doux et saint ;
Élise, châtaine,
Comme une fontaine,
Purs étaient ses yeux ;
Toutes trois charmantes
Toujours souriantes
Et venant des cieux.

 

Alice ainsi parlait : – « Je voudrais que ma vie
De concerts et de bals, chaque soir, fût remplie ;
Que jamais un chagrin ne me fît murmurer,
Et que mes jours, enfin, se passent sans pleurer. –

 

Oh ! moi, disait Aline, il me faut peu de choses :
Je voudrais un beau champ tout parsemé de roses,
De jasmins, de lilas et d’orangers en fleur ;
C’est là, là seulement, que je vois le bonheur.

 

Et moi, je voudrais mieux, reprit la jeune Élise.
Je voudrais sur mon front voir se jouer la brise ;
Une esclave à genoux me servir en riant ;
Un parfum d’Arabie, un tapis d’Orient ;
Dans une coupe d’or, le nectar, l’ambroisie ;
Un chant doux et lointain rempli de poésie ;
Et la nuit, respirant sous l’ombrage embaumé,
Voir le regard d’un ange en rayon transformé. – »

 

Elles parlaient ainsi quand arrive une fée,
Dans un char de cristal et de roses coiffée :
De chaque jeune fille elle accomplit les vœux,
Les baisa sur le front, et monta vers les deux !

 

Elle allait consoler ailleurs de jeunes filles,
Ou de pauvres vieillards ou de tristes familles ;
Et du nord au couchant, des lambris aux grabats,
La foule bénissait l’empreinte de ses pas.

 

Elle reçut bientôt des sœurs une prière :
Bonne, elle descendit dans son char de lumière.

 

Alice dans les bals s’ennuyait à mourir ;
Dans les champs et les prés, Aline allait périr ;
Élise détestait la terre du Prophète ;
Les parfums d’Orient lui montaient à la tête,
Elles priaient la fée et les trois jeunes sœurs
Regrettaient un passé, les yeux baignés de pleurs.

 

La bonne fée alors leur dit d’une voix tendre :
« Au bonheur, ici-bas, il ne faut point s’attendre.
Il n’est qu’au ciel, enfants, sachez le mériter,
Et par mille vertus il vous faut l’acheter. »

 

Élise MALLERANGE (XIXe siècle).

 

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