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9 juin, 2014

L’enfant Crapaud et Simbi (Conte haïtien)

Classé dans : — unpeudetao @ 14:05

En ce temps-là, les crapauds vivaient dans les rivières et les sources avec les grenouilles et les poissons. Tous les animaux étaient heureux, sauf le crapaud Mrayizot qui avait horreur du bruit et un grand amour de soi. Agacé de voir les animaux venir, sans cesse, boire à sa Source, il profita, du sommeil de Simbi, la sirène de l’onde, pour lui voler, un soir, la clé des eaux. En deux vigoureux tours de clé il verrouilla l’arrivée de l’eau et la source se tarie. Puis il se cacha dans une trappe inaccessible. Plogodop, plogodop, de bon matin, Cheval arriva tout guilleret : – To ! To ! To ! – Qui est là ? demande Crapaud. – C’est Cheval qui demande un peu d’eau. – Allez Cheval, allez, la source est tarie, répond Crapaud. – Plus d’eau, hennit tristement Cheval en repartant tête basse. Kokiyoukou ! Coq Batay toujours aussi fanfaron suivit Cheval de près en cocoricotant : – To ! To ! To ! – Qui est là ? demande Crapaud. – C’est Coq Batay qui demande un peu d’eau. – Allez Coq Batay, allez, la source est tarie, répond Crapaud. – Plus d’eau, chante tristement Coq Batay en repartant tête basse. Pitit ou pou wouuuuuu ! Madame Pigeon a du mal à avancer car son mari tourne à petits pas autour d’elle – To ! To ! To ! – Qui est là ? – C’est Madame Pigeon qui demande un peu d’eau. – Allez madame Pigeon, allez, la source est tarie. – Plus d’eau, roucoule tristement madame Pigeon en repartant tête basse. Simbi dormit longtemps et lorsqu’elle se réveilla elle courut prendre un bain de source. Une surprise l’attendait. Pas un bruit ! De petits cailloux ronds et blancs entre des herbes sèches ! Plus d’eau ! – C’est Crapaud qui a caché la clé des eaux, lui crièrent en chœur les animaux. Simbi ordonna à Crapaud de lui rendre la clé des eaux. Elle donna de si vigoureux tours de clé que l’eau se répandit à nouveau à travers les roseaux et les cailloux ronds et blancs. Les cigales chantèrent, les animaux burent à satiété et firent plein de bébés. Simbi pardonna à Crapaud, mais à une condition, qu’il ne remette plus jamais ses petites pattes dans les sources ou les rivières. C’est depuis ce jour-là qu’il n’y a plus de crapaud dans les rivières.

 

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19 janvier, 2013

La Montagne des Cigales (Conte)

Classé dans : — unpeudetao @ 10:12

Il était une fois un grand-père et une grand-mère qui vivaient seuls dans une petite maison. Tous les jours, le grand-père allait travailler aux champs, et semait du riz en chantant :

 

« Une graine, et il en poussera mille ».

 

Et tous les jours, un blaireau venait aussi, qui chantait :

 

« Une graine, et une seule. Et toutes je les mangerai ».

 

Le jour suivant, quand le grand-père revenait travailler aux champs, il ne restait plus une seule graine : le blaireau avait tout mangé. Par sa faute, le grand-père et la grand-mère vivaient pauvrement.

 

Un jour, le grand-père alla travailler comme d’habitude, et une fois de plus il ne restait pas une seule graine. Alors il se mit en colère et décida d’attraper le vilain blaireau. Il commença donc à semer et à chanter, et comme tous les jours, le blaireau vint et se moqua. Soudain, le vieil homme lui sauta dessus, l’attrapa et en un clin d’oeil le ficela avec une grosse corde qu’il avait apportée. Il rentra ensuite chez lui avec son prisonnier.

 

« Grand-mère, viens voir ce que j’ai attrapé! Prépare nous un bon ragoût de blaireau pour ce soir », et sur ces paroles le grand-père retourna aux champs.
La grand-mère commença à piler du riz pour faire des gâteaux pour le dîner. Le blaireau, qui était rusé, lui dit :

 

« Grand-mère, c’est bien fatiguant de piler ce riz toute seule; détachez-moi et je vous aiderai. »

 

La vieille femme hésitait, se disant que son mari se fâcherait en apprenant quelle avait détaché le blaireau; mais après tout il voulait l’aider, et elle se dit qu’elle pouvait bien le détacher juste un petit moment. Elle dénoua donc la corde et libéra l’animal. Celui-ci, feignant de vouloir l’aider, prit le pilon, mais au lieu d’écraser le riz, il donna un grand coup sur la tête de la grand-mère, et s’enfuit en abandonnant la vieille femme inanimée. Quand le grand-père rentra des champs, il trouva sa femme morte et se mit à pleurer de désespoir. Un lièvre, voyant le vieil homme si malheureux, lui demanda pourquoi il pleurait, et le grand-père lui raconta l’histoire du blaireau.

 

« Et bien, je vais vous venger. », dit le lièvre, et il partit vers les montagnes.

 

Le lièvre ramassait des fagots dans la montagne lorsque le blaireau arriva.

 

« Compère lièvre, que fais-tu donc? », lui demanda-t-il.

 

« L’hiver promet d’être très froid, je fais donc provision de fagots. », lui répondit celui-ci.

 

Le blaireau, pensant que c’était une bonne idée, se mit aussi au travail, et à eux deux ils ramassèrent une grande quantité de fagots. Ils chargèrent le petit bois sur leur dos et se mirent en route. Mais le chemin était long et le lièvre, fatigué, murmurait :

 

« C’est lourd, oh que c’est lourd! », tant et si bien que le blaireau finit par porter aussi la charge du lièvre, qui marcha alors derrière et commença à frotter des silex qu’il avait ramassés.

 

Entendant le bruit des silex frottés l’un contre l’autre, le blaireau demanda :

 

« Quel est ce bruit ? », et le lièvre lui répondit :

 

« Ici, c’est la Montagne des Piverts, c’est le bruit de leurs becs sur le tronc des arbres que tu entends ».

 

Il mit ensuite le feu aux fagots que le blaireau portait. Entendant le crépitement des flammes, celui-ci demanda :

 

« Quel est ce bruit ? », et le lièvre lui répondit :

 

« Ici, c’est la Montagne des Cigales, c’est leur chant que tu entends ». Enfin, le feu brûla la fourrure du blaireau, et celui-ci se mit à hurler, pendant que le lièvre détalait, prenant la fuite.

 

Le jour suivant, le lièvre alla à la Montagne des Piments, y ramassa des piments et les réduisit en poudre. Le blaireau, passant par là, le vit, et fort en colère lui dit :

 

« A cause de toi, hier, à la Montagne des Cigales, j’ai eu le dos horriblement brûlé ».

 

Le lièvre, faisant comme si de rien n’était, lui répondit :

 

« Les lièvres de la Montagne des Cigales sont les lièvres de la Montagne des Cigales. Ceux de la Montagne des Piments sont ceux de la Montagne des Piments.
Je ne sais pas de quoi tu parles. »

 

Le blaireau, crédule, se dit « Bien sûr, il a raison. », et demanda au lièvre si par hasard il n’avait pas de médicament pour soigner les brûlures.

 

« Quelle chance, je viens justement d’en préparer! », s’écria le lièvre, et il saupoudra généreusement le dos du blaireau de poudre de piment. Sur le moment celui-ci ne ressentit rien, mais peu à peu le piment rendit les brûlures encore plus douloureuses et il se mit à gémir de douleur. A cet instant, le lièvre s’enfuit une fois encore.

 

Le jour suivant, le lièvre partit en montagne, couper du bois dans une forêt de cèdres pour construire une barque. Le blaireau le vit, et souffrant terriblement et encore plus en colère que la veille, lui cria :

 

« A cause de toi, hier, à la Montagne des Piments, j’ai cru mourir ».

 

Le lièvre, faisant comme s’il n’avait jamais rencontré le blaireau de sa vie, lui répondit :

 

« Les lièvres de la Montagne des Piments sont les lièvres de la Montagne des Piments. Ceux de la Montagne des Cèdres sont ceux de la Montagne des Cèdres.
Je ne sais pas de quoi tu parles. »

 

Le blaireau, vraiment aisé à tromper, crut encore une fois le lièvre, et pensa « Bien sûr, il a raison. »

 

Il lui demanda pourquoi il construisait une barque.  Quand il sût que c’était pour aller pêcher dans la rivière, le blaireau friand de poissons voulut lui aussi une barque.

 

« Comme mon pelage est blanc, je construis une barque en bois blanc; et puisque ton pelage est marron, il te faut une barque marron, en terre. », expliqua le lièvre au blaireau.

 

Ils construisirent donc chacun leur barque, et partirent pêcher. Une fois au beau milieu de la rivière, la barque en terre du blaireau commença à fondre petit à petit et à se dissoudre, et il se retrouva à l’eau. Il se débattait et criait :

 

« Au secours, au secours, aide-moi! », mais le lièvre, impassible lui dit :

 

« Pense donc à la pauvre grand-mère qui est morte par ta faute. » et l’abandonna. Le lièvre se rendit chez le grand-père, et lui annonça que le blaireau était mort. Mais cela ne rendit pas le vieil homme heureux, car la mort du blaireau ne lui rendrait pas sa femme, et il pensait que le vengeance du lièvre était bien inutile.

 

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9 juillet, 2012

La mort des cigales, Paul ARÈNE (Conte de Provence)

Classé dans : — unpeudetao @ 6:00

Derrière le fort, sur un plateau pierreux, battu du vent, parfumé de maigre lavande et d’oeillets sauvages où, dans un trou d’eau qui suintait, les gamins allaient tendre des gluaux aux queues-rousses et aux merles de ruche, il y avait un enclos blanc planté de croix noires, avec un fossoyeur, – ancien soldat de la grande armée que la rumeur publique accusait de nourrir ses lapins de l’herbe des tombes, – creusant tout le long du jour une éternelle fosse. Un grand tilleul faisait ombre au milieu ; et quand il avait défleuri, nous en mangions les graines molles et douces que nous appelions le pain des morts.
Nous rêvions aux morts – à cause de ce pain –, une existence de sous terre non pas effrayante précisément, mais vague, paresseuse et mystérieuse.

 

Quelquefois les cloches sonnaient à l’église. Alors on disait dans la ville :

 

« Le vieux Catignan a trépassé, la vieille Ravousso a rendu l’âme. »

 

Ou racontait les circonstances. Son testament signé, le vieux Catignan avait beaucoup remercié le notaire ainsi que les messieurs venus comme témoins ; et puis, pour montrer son usage du monde, il avait soupiré, croyant citer du latin :

 

« Siou mor, mortus ! Siou mor, mortus ! » et il était mort..

 

Quant à la Ravousse, elle gardait, paraît-il, dans sa table fermée, une robe de drap toute neuve que son fils lui avait envoyée de Marseille et qu’elle n’avait jamais osé porter, la trouvant trop belle pour une simple paysanne. Mais pendant sa maladie les voisines l’avaient tant priée et suppliée qu’elle avait consenti à ce qu’on la lui mît lorsqu’elle serait morte. Et la brave femme répétait encore en riant, une minute avant d’expirer :

 

« C’est là-haut qu’on va être étonné ; personne ne me reconnaîtra plus ; ici les gens m’appelaient la Ravousse, le bon Dieu me dira : Madame Ravous. »

 

Les plus hardis allaient voir Catignan et la Ravousse exposés devant leur porte (la coutume en durait encore !), sévères et raides avec leurs plus beaux habits, entre les cierges, dans la caisse ouverte que veillaient deux pénitents blancs en cagoule. Mais cela ne nous impressionnait guère. Carignan et la Ravousse étaient des vieux ! Pourquoi étaient-ils des vieux ? c’est-à-dire des êtres maussades et lents, ne riant pas, ne criant pas, enfin d’une autre espèce que nous ; et, par un sentiment d’égoïsme naïf et féroce, on trouvait juste, naturel, amusant presque que la Mort vînt prendre les vieux. Bien entendu, on ne prévoyait pas le cas où grand-père, grand-mère seraient morts. L’enfant a peu d’idées générales ; et puis, pour chacun de nous, grand-père et grand-mère n’étaient pas des vieux comme les autres : c’était grand-père et c’était grand-mère.

 

Mais personne n’échappe au Destin ! Je devais bientôt connaître à mon tour et avant mon tour l’amertume des séparations douloureuses.

 

J’arrivais alors sur mes huit ans et j’avais une camarade de mon âge que j’aimais d’une affection enfantine. Des cheveux d’or, des yeux bleu clair, genre de beauté rare chez nous où les filles brûlées et brunes ont longtemps l’air de garçonnets. On l’appelait indifféremment Ninette, Nine ou bien Domnine du nom de son patron Domnin qui est un grand saint dans le pays.

 

Quand, galopinant dans les bas quartiers, après la classe, nous passions sous la voûte sombre où débouche un antique égout, et que la bande prenait sa course en criant : « Homme à la barrette rouge, attrape le dernier ! » je prenais la main de Domnine, et, pour la faire mieux courir, je restais souvent le dernier, bien que j’eusse grand-peur de la Barrette rouge.

 

L’été, on nous laissait aller ensemble hors des remparts de la ville jusqu’à la lisière des champs, ce qui nous semblait être très loin.

 

L’hiver, il m’arrivait de lui donner une aile de raisin pendu, des sorbes mûries sur la paille, et même de mon sucre pour mettre dans son pain de noix.

 

Un jour Domnine ne vint plus chanter dans nos rondes les chansons qu’elle chantait si bien : « Garde les abeilles, Jeannette, garde les abeilles au pré ! » ni celle du pont de Marseille sur lequel « il pleut et soleille ». Et quand il pleuvait et soleillait, quand, dans un ciel nuageux troué de bleues éclaircies, le diable battait sa femme, Domnine n’était plus avec nous pour répéter en choeur l’incantation irrésistible qui force le Dieu à se montrer : « Viens vite, soleil, beau soleil, je te donnerai un rayon de miel ! »

 

Mon amie Domnine était au lit. Un matin, assis sur le banc de pierre de sa porte, je vis le médecin descendre et je l’entendis qui disait :

 

« C’est fini, la petite ne passera pas la nuit. »

 

Je compris alors vaguement qu’il m’arrivait un grand malheur. Triste et fiévreux, on me crut malade, et, me dispensant de l’école, on me confia à Peu-Parle, un paysan qui faisait aller le petit bien de la famille, et devait cette après-midi relever les sarments de notre vigne de Toutes-Bises. C’était là mon remède ordinaire, et rarement mes maladies avaient résisté à quelques heures de promenade à la vigne en compagnie de cet homme sentencieux et réfléchi qui savait le nom des plantes, la place des astres, reconnaissait les oiseaux à leur chant et me paraissait un peu sorcier.

 

Le plus souvent je voulais l’aider ; mais cette fois je préférai rester tout seul, assis à l’écart, près de la source.

 

La travail fut long : il s’agissait, sans éborgner les jeunes pousses, de descendre les fagots de l’année d’avant, épars entre les souches, jusqu’au bas des allées où broutait l’âne. De temps en temps, Peu-Parle me criait :

 

« T’ennuies-tu, petit ?.. Si tu as faim, cueille une figue. »

 

Mais je n’avais pas faim et ne m’ennuyais pas : le coeur un peu gros, je pensais à Domnine.

 

« Il faut pourtant achever aujourd’hui, nous nous en irons avec la lune ! »

 

Lorsque Peu-Parle eut achevé, lorsqu’il eut lié la charge de l’âne, il profita d’un reste de jour pour faire un feu de brindilles entre trois pierres et préparer une omelette d’oeufs dénichés au poulailler et de fines herbes que nous cueillîmes. Puis on s’installa par terre sous la treille, qui, entre ses ceps tortus pareils à de grands serpents noirs, laissait passer le regard des premières étoiles. La nuit était venue, et Peu-Parle n’avait pas apporté de lanterne, ne croyant pas rester si tard.

 

Peu-Parle, sans perdre un morceau, raisonnait des choses de la terre, et blâmait mon père sévèrement de conserver deux amandiers poussés au hasard dans sa vigne.

 

« Le soleil crée le vin, et la vigne ne veut que l’ombre de l’homme !.. »

 

Moi je ne mangeais pas, je ne comprenais guère ; à mon chagrin s’ajoutait la mélancolie de ce long dîner dans le noir.

 

Mais bientôt, dépassant la crête d’une roche, la lune apparut dans son plein, et jeta sous la treille une blanche nappe de lumière où l’ombre des feuilles se découpait. Comme si la terre se fût éveillée, de chaque arbre, de chaque caillou, un bruit s’éleva ; les rainettes et les grillons entamèrent leur symphonie, et, avec ses mille voix confuses, le choeur des beaux soirs commença.

 

Peu-Parle s’était tu. Tout à coup, levant le doigt :

 

« Chut, écoute ! »

 

Juste au-dessus de nous vibrait solitaire un chant de cigales, un chant qui était aussi un cri : étrange, comme immatériel.

 

« Ça, fit Peu-Parle, c’est une cigale qui meurt. »

 

Et gravement il ajouta :

 

« Le soleil fait chanter les cigales, mais, avant de mourir, elles chantent une dernière fois au clair de lune, parce que la lune c’est le soleil des morts. »

 

À cette idée de mort, j’éclatai en sanglots.

 

« Il faut être fou, un grand garçon, de pleurer pour une cigale ! »

 

Et, me soulevant dans ses mains rudes :

 

« Regarde bien, elle doit être là, sous le gros noeud, collée à l’écorce. »

 

Elle était là, en effet ; je voyais ses ailes transparentes et son corselet brun poudré d’or.

 

« Tu peux la prendre, elle ne bouge plus. »

 

Je la tenais entre mes doigts, immobile déjà et si légère ! Je pensais à Domnine. Je disais : « Voilà donc la mort ? » Et pendant longtemps, consolé, je m’imaginai, ne trouvant plus à cela rien d’effrayant ni rien de bien triste, que l’on devait mourir ainsi, un soir de clair de lune, en chantant, – comme les cigales !

 

Paul ARÈNE  (1843-1896).

 

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