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29 janvier, 2015

Guido et son frère, Jacques COLLIN DE PLANCY (Légende)

Classé dans : — unpeudetao @ 13:03

Le frère qui oublie son frère n’est plus un homme ; il est un monstre. S. JEAN CHRYSOSTOME.

 

Le même Pierre le Vénérable raconte encore l’histoire d’un seigneur de son temps, nommé Guy ou Guido, lequel avait reçu la mort dans un combat ; ce qui était fréquent au moyen âge, où les comtes et les barons étaient avant tout de grands batailleurs. Comme celui-là n’avait pas pu faire sa dernière confession, il apparut tout armé à un prêtre, quelque temps après sa mort. Stéphane, lui dit-il (c’était le nom du prêtre), je vous prie d’aller trouver mon père Anselme ; vous lui direz que je le conjure de restituer un bœuf que j’ai pris à un paysan (il le désigna), et aussi de réparer le dommage que j’ai fait à un village qui ne m’appartenait pas, en lui imposant des charges injustes. Je n’ai pu ni confesser, ni expier ces deux péchés pour lesquels je suis tourmenté durement. Pour assurance de ce que je vous dis, continua l’apparition, je vous annonce que, quand vous rentrerez dans votre maison, vous trouverez qu’on vous a volé l’argent que vous aviez épargné pour faire le pèlerinage de Saint-Jacques. Le curé, de retour, reconnut en effet qu’on avait forcé son coffre et enlevé son argent ; mais il ne put s’acquitter de sa commission, parce que Anselme était absent. Peu de jours après, le même Guido apparut une seconde fois pour reprocher à Stéphane sa négligence. Le bon curé s’excusa sur l’impossibilité où il s’était trouvé jusque-là de rencontrer Anselme ; mais apprenant qu’il était revenu dans son manoir, il s’y rendit et remplit fidèlement sa commission. Il fut accueilli très sèchement. Anselme lui répondit qu’il n’était pas obligé de faire pénitence pour les péchés de son frère ; et sur ces paroles il le congédia. Le mort, qui ne ressentait aucun soulagement, se montra une troisième fois, et en gémissant sur la dureté de son frère, il supplia l’honnête serviteur de Dieu d’avoir lui-même compassion de sa détresse et de le secourir dans son extrémité. Stéphane ému le promit. Il restitua le prix du bœuf volé, fit des aumônes au village maltraité, dit des prières, recommanda le défunt à tous les gens de bien qu’il connaissait, et dès lors Guido ne reparut plus.

 

Jacques COLLIN DE PLANCY (1794-1881).

 

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12 janvier, 2015

La petite fille qui avait un rêve de bonheur (Conte)

Classé dans : — unpeudetao @ 9:06

Il était une fois une petite fille qui avait un rêve de bonheur. Il y a comme cela de par le monde des petites filles douées pour le bonheur. D’abord, elle était née un soir d’été, alors que dans le ciel éclataient les premiers feux d’artifice de la fête de la Liberté. Par la suite, sa peau se gorgeait de soleil dés qu’apparaissaient les premiers rayons et ces couleurs de miel ou de pain bis dont elle se revêtait la rendaient éclatante de joie. Par la suite son visage s’illumina avec une belle rangée de dents dites « de la chance » et chacun s’amusait de ses fossettes rieuses. Oui, elle était très attirée par le bonheur. Mais autour d’elle, on lui disait, on lui montrait comment il fallait souffrir, travailler ou se sacrifier avant de goûter au bonheur. On lui avait même laissé croire qu’il valait mieux inscrire dans son corps quelques marques ou cicatrices révélatrices de sacrifices notoires, pour mériter plus tard un peu de bonheur.

 

Comme elle n’avait aucun goût ni pour les souffrances, ni pour les sacrifices, ni pour le travail, et qu’elle aimait rire dans le soleil, s’amuser, se réchauffer auprès d’amis, elle se trouva vite en conflit et rapidement elle préféra renoncer à son rêve de bonheur, n’y plus penser plutôt que de le détériorer ainsi. Elle le cacha au fond d’une malle. Très vite, le rêve perdit de son éclat et de sa vivacité, puis elle l’oublia.

 

La petite fille, devenue grande, poursuivit des études, se maria et eut beaucoup d’enfants… tout ce qu’il faut pour que comme dans les contes, on puisse accéder au bonheur. Nulle ombre de bonheur ne vint effleurer sa vie. Elle vécut ainsi, avec économie dans la persévérance, la peine, les obligations et les devoirs. Peu à peu son sourire lui-même se figea sur son visage. Il lui arriva même de rabrouer ceux ou celles qui se permettaient de rire un peu trop bruyamment. Chaque jour elle s’efforça de tenir convenablement le rôle qu’on lui avait appris. Pour cela, elle veillait à ce que chacun, autour d’elle, reçoive son comptant de bonheur. Cela, c’était permis et même recommandé, mais pas plus ! Quelques fois, cependant, elle percevait qu’en elle vibraient des désirs argentés, elle vivait des tiraillements, des petits pincements au cœur, mais elle ne connaissait pas d’autres façons de faire.

 

Un jour, alors qu’elle était devenue vieille, que ses enfants étaient partis, qu’elle pensait avoir accompli sa tâche, son rêve d’enfant lui toucha doucement le front. Elle retrouva le coffre où elle avait enfoui son rêve de bonheur, le retourna en tous sens. Elle en sortit les vieilles souffrances accumulées, les rancœurs, les abnégations, les interdictions, quelques travaux, mis de côté pour les jours où elle manquerait d’ouvrage. Elle retrouva même les recommandations… Les conseils de ses vieux maîtres en éducation qui lui avaient enseigné tout ce qu’elle devait retenir et modifier dans son attitude pour parvenir à vivre des relations harmonieuses. Elle écarta tout cela, d’abord avec lenteur, puis rejeta le tout. Cela lui coûtait beaucoup de se séparer de ces vieilles choses, mais elle avait besoin d’aérer sa vie. Tout au fond du coffre, bien à plat, bien rangé, elle vit son rêve de bonheur, toujours aussi soyeux et joyeux. Il n’avait pas pris une ride, peut-être même lui apparut-il plus beau encore. Elle s’en saisit et le serra très fort sur son cœur, elle sentit que tout au fond d’elle, elle ne l’avait pas quitté mais qu’il lui avait terriblement manqué. Elle décida de ne plus s’en séparer.

 

Elle a aujourd’hui libéré ses éclats de rire. Elle sait accepter, avec chaque fois le même émerveillement, les plaisirs qui sont bons pour elle. Elle sait aussi s’éloigner des contraintes qui lui rappellent les efforts d’antan. Elle redécouvre précieux son besoin de bonheur, de cadeaux colorés à recevoir, à entretenir. Ceux qui l’approchent la perçoivent chaleureuse, rayonnante, authentique. Certains s’en éloignent, sceptiques, mais d’autres se mettent à leur tour à rêver de bonheur. Aujourd’hui, elle ne propose plus de recette, elle invite chacun à retrouver en lui-même ce très vieux rêve enfoui.

 

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8 avril, 2014

L’astucieuse fille du paysan (Conte arabe)

Classé dans : — unpeudetao @ 9:04

Pour se trouver un vizir, un grand sultan posa une énigme à ses sujets : – C’est un arbre qui possède douze branches ; chacune des branches comporte trente feuilles et chacune des feuilles renferme cinq graines ! Sera mon vizir celui qui, dès demain, me rapportera la réponse. Il arrivera au palais nu et habillé à la fois ; transporté et marchant à la fois. Parmi les hommes se trouvait un paysan ambitieux. Il courut consulter sa fille qu’il savait intelligente. Sans hésiter, elle lui dévoila la solution : – Père ! L’arbre représente l’année, les branches les douze mois, les feuilles les trente jours. Quant aux graines, elles sont les cinq prières quotidiennes qu’effectue le musulman. – Mais comment être nu et habillé à la fois ? Comment me déplacer à pied tout en étant transporté ? – C’est simple. Demain, très tôt tu t’habilleras du seul vêtement que je vais te confectionner à partir d’un filet de pêcheur. Tu seras donc à la fois habillé et nu. Ensuite, tu n’auras qu’à monter sur notre jeune baudet. Comme tu as de longues jambes, elles toucheront le sol. Tu seras donc à pieds et à dos d’âne. À l’aube, le paysan triompha et le sultan qui apprécia son intelligence, en fit son vizir. Ainsi, le nouveau vizir gouverna grâce à l’aide discrète de sa fille. Mais, avec le temps, le sultan qui était un homme d’esprit eut un doute à son sujet. Un jour, il l’interrogea : – Voilà un moment que je t’observe. Tes solutions, bien qu’efficaces ne me semblent pas être le fruit d’une intelligence masculine. Éclaire-moi par la vérité et tu seras pardonné. Si je découvre que tu m’as menti, je te ferai couper la tête. Le vizir, confus, avoua : – Sire ! Je vous demande pardon. C’est ma fille unique qui me conseille. Le monarque, qui n’avait pas trouvé la femme de ses rêves, lui pardonna et lui demanda la main de sa fille. Cette dernière accepta. Mais le sultan exigea d’elle de ne jamais intervenir dans les affaires du royaume sans y être invitée. Elle en fit serment. Le temps s’écoula dans l’harmonie et le respect des convenances, jusqu’au jour où un verdict injuste rendu par le sultan suscita le courroux de la jeune femme. Un pauvre paysan se trouva dépossédé de son ânon par un riche marchand qui prétendait que cet ânon était né de sa mule. Or, le sultan avait donné raison au marchand bien que chacun sût que les mules sont stériles. Le paysan débouté, l’air attristé, quittait le palais, quand la sultane l’interpella, de sa fenêtre : – Hé ! Homme de bien ! Approche, je vais t’aider à récupérer ton animal. Intrigué, le paysan écouta attentivement le conseil qu’elle lui souffla, et le sourire aux lèvres, il s’en retourna dans la salle d’audience et demanda la parole : – Sire, j’ai oublié de vous signaler un autre étrange phénomène dont j’ai été témoin. – Lequel ? Parle vite ! – Un banc de poisson paissait dans le champ du marchand ! – Des poissons qui paissent ? Tu te moques de moi ? – Ô grand sultan ! Pourquoi ne pas admettre que tout peut arriver à l’époque où les mules mettent bas ? Le sultan admit son erreur et fit restituer son bien au paysan. Non sans exiger de lui une explication : – Dis-moi ! Pourquoi t’es-tu ravisé ? De qui tiens-tu ces répliques astucieuses ? – D’une aimable femme du palais à sa fenêtre, Sire. Le sultan, furieux, se précipita auprès de son épouse : – Tu as rompu le pacte. Tu es intervenue dans les affaires du royaume sans que je te le demande. Emporte tout ce à quoi tu tiens et quitte ce palais dès demain matin. La jeune femme accepta sans broncher la décision souveraine. Pour leur dernier dîner, discrètement, elle versa une poudre soporifique dans le café du sultan. Dès qu’il sombra dans un sommeil profond, elle l’enferma dans un coffre et l’emporta avec elle. Le lendemain, lorsque le sultan ouvrit les yeux, il fulmina : – Que fais-tu encore à mes côtés ? Ne t’ai-je pas ordonné de t’en aller ? Mais, où suis-je ? Elle répondit d’une voix tendre : – Monseigneur ! Je suis partie. Et tu as bien précisé que je pouvais emporter avec moi tout ce à quoi je tenais, n’est-ce pas ? Et comme tu es mon bien le plus précieux, c’est toi que j’ai emporté ! Le sultan, désarmé, ne put retenir un sourire affectueux. Il dit alors avec douceur : – Mon épouse ! Je dois admettre que tu es vraiment subtile et sage. Je te décharge désormais de ton serment car tes conseils me sont les plus précieux. Retournons chez nous à présent !

 

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8 janvier, 2014

Les trois arbres (Conte)

Classé dans : — unpeudetao @ 6:18

Il était une fois, sur une montagne, trois arbres qui partageaient leurs rêves et leurs espoirs. Le premier dit :  » Je voudrais être un coffre au trésor, richement décoré, rempli d’or et de pierres précieuses. Ainsi tout le monde verrait ma beauté « . Le deuxième arbre s’écria :  » Un jour, je serai un bateau solide et puissant, et je transporterai les reines et les rois à l’autre bout du monde. Tout le monde se sentira en sécurité à mon bord « . Le troisième arbre dit :  » Je veux devenir le plus grand et le plus fort des arbres de la forêt. Les gens me verront au sommet de la colline, ils penseront au ciel et à Dieu, et à ma proximité avec eux ; je serai le plus grand arbre de tous les temps et les gens ne m’oublieront jamais « .

 

Les trois arbres prièrent pendant plusieurs années pour que leurs rêves se réalisent. Et un jour, survinrent trois bûcherons. L’un d’eux s’approcha du premier arbre et dit :  » Cet arbre m’a l’air solide, je pourrais le vendre à un charpentier « . Et il lui donna un premier coup de hache. L’arbre était content, parce qu’il était sûr que le charpentier le transformerait en coffre au trésor. Le second bûcheron dit en voyant le second arbre :  » Cet arbre m’a l’air solide et fort, je devrais pouvoir le vendre au constructeur de bateaux « . Le second arbre se réjouissait de pouvoir bientôt commencer sa carrière sur les océans. Lorsque les bûcherons s’approchèrent du troisième arbre, celui-ci fut effrayé, car il savait que si on le coupait, ses rêves de grandeur seraient réduits à néant. L’un des bûcherons s’écria alors :  » Je n’ai pas besoin d’un arbre spécial, alors, je vais prendre celui-là « . Et le troisième arbre tomba.

 

Lorsque le premier arbre arriva chez le charpentier, il fut transformé en une simple mangeoire pour les animaux. On l’installa dans une étable et on le remplit de foin. Ce n’était pas du tout la réponse à sa prière. Le second arbre qui rêvait de transporter des rois sur les océans, fut transformé en barque de pêche. Ses rêves de puissance s’évanouirent. Le troisième arbre fut débité en larges pièces de bois, et abandonné dans un coin. Les années passèrent et les arbres oublièrent leurs rêves passés.

 

Puis un jour, un homme et une femme arrivèrent à l’étable. La jeune femme donna naissance à un bébé et le couple l’installa dans la mangeoire qui avait été fabriquée avec le premier arbre. L’homme aurait voulu offrir un berceau pour le bébé, mais cette mangeoire ferait l’affaire. L’arbre comprit alors l’importance de l’événement qu’il était en train de vivre, et su qu’il contenait le trésor le plus précieux de tous les temps. Des années plus tard, un groupe d’hommes monta dans la barque fabriquée avec le bois du second arbre ; l’un d’eux était fatigué et s’endormit. Une tempête terrible se leva, et l’arbre craignit de ne pas être assez fort pour garder tout son équipage en sécurité. Les hommes réveillèrent alors celui qui s’était endormi; il se leva et dit :  » Paix ! «   Et la tempête s’arrêta. À ce moment , l’arbre su qu’il avait transporté le Roi des rois. Enfin quelqu’un alla chercher le troisième arbre oublié dans un coin ; il fut transporté à travers les rues, et l’homme qui le portait se faisait insulter par la foule. Cet homme fut cloué sur les pièces de bois élevées en croix, et mourut au sommet de la colline. Lorsque le dimanche arriva, l’arbre réalisa qu’il avait été assez fort pour se tenir au sommet de la colline et être aussi proche de Dieu que possible, car Jésus avait été crucifié à son bois.

 

Chacun des trois arbres a eu ce dont il rêvait, mais d’une manière différente, de ce qu’ils imaginaient. Nous ne savons pas toujours quels sont les plans de Dieu pour nous. Nous savons simplement que ses voies ne sont pas les nôtres, mais quelles sont toujours meilleures si nous lui faisons confiance.

 

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19 novembre, 2013

Un Rêve (Histoire chinoise)

Classé dans : — unpeudetao @ 18:31

On raconte qu’il y avait autrefois un bachelier qui avait plus d’un tour dans son sac. Son professeur était extrêmement sévère ; à la moindre incartade, les élèves n’échappaient pas à la bastonnade.

 

Un jour, le rusé disciple fut convaincu de faute. Le maître, bouillant de colère , l’envoya immédiatement quérir et en attendant son arrivée s’assit dans la grande salle.
L’élève entra, et s’agenouillant devant son maître, il dit, sans parler de sa faute :
- Je voulais venir plus tôt, mais j’étais en train de faire des plans pour employer au mieux mille onces d’or qui me sont échues par hasard.
La colère du professeur s’évanouit comme par enchantement lorsqu’il entendit le mot « or ».
- D’où te vient cet or ? Demanda-t-il vivement.
- Je l’ai trouvé enfoui dans le sol, répondit l’élève.
- Quel emploi songes-tu en faire ? Poursuivit le maître.
- Je suis d’une famille pauvre, dit l’élève, nous n’avons pas de propriété familiale, aussi avons-nous décidé, ma femme et moi, de consacrer cinq cents onces d’or à l’achat de terres, deux cents onces pour nous bâtir une maison, cent pour la meubler et cent pour acheter des esclaves. Des cents onces restantes, la moitié me servira à acheter des livres, car désormais je veux travailler avec ardeur, et j’offrirai l’autre moitié à mon professeur pour le remercier des enseignements qu’il m’a donnés. Voilà mes plans.
- Est-ce possible ? Je ne suis pas digne d’un tel hommage! Dit le professeur.

 

Il convia son élève à un somptueux repas. Tous deux parlaient et riaient et buvaient mutuellement à leur santé. Dans un état voisin de l’ivresse, le maître demanda soudain :
- Tu es venu précipitamment ; as-tu au moins mis l’or dans un coffret avant de partir ?
L’élève se leva pour répondre :
- Hélas ! Je n’avais pas encore tout à fait terminé mes plans que ma femme m’a réveillé en se retournant et, quand j’ai ouvert les yeux, l’or avait disparu !
Je n’ai pas eu besoin de coffret..
Stupéfait, le professeur demanda :
- L’or dont tu parlais, c’était donc un rêve ?
- Mais oui ! Dit l’étudiant.
Le professeur sentit une violente colère l’envahir, mais comme son élève était son invité, il ne put s’emporter contre lui. Lentement, il prononça :
- Tu as de bons sentiments pour ton professeur, dans tes rêves ; quand tu feras réellement fortune, tu ne m’oublieras certainement pas.
Et de nouveau, il emplit le verre de son disciple.

 
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11 octobre, 2013

Le miroir dans le coffre (Conte)

Classé dans : — unpeudetao @ 17:07

Revenant d’un voyage, un homme pieux achète en ville un miroir, objet inconnu pour lui.
Il croit y reconnaître le visage de son père et l’emporte ravi chez lui.
Il le cache dans un coffre sans rien dire à son épouse.
Quand il se sent triste, il va de temps en temps voir « son père » dans le miroir.
Sa femme l’épie et voit qu’il ouvre un coffre et reste longtemps penché au-dessus.
Une fois le mari parti, elle ouvre le coffre à son tour, regarde le miroir et y voit une belle jeune femme.
Elle devient très jalouse et fait une scène à son mari ! Mais il lui répond que ce n’est que son père et qu’il n’y a pas de mal à ça.
Par bonheur passe une nonne.
Elle veut régler le conflit et se fait montrer l’objet du délit.
Elle déclare peu après à la femme :
 » Tu n’as aucun souci à te faire, cette femme est nonne !  »

 

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13 mai, 2013

Al Lew-Drez, Émile SOUVESTRE (Légendes de Bretagne)

Classé dans : — unpeudetao @ 5:49

Comme les enfants dorment doucement dans les lits clos ! Le chien jaune ronfle sur la grande pierre de l’âtre, les vaches ruminent derrière leur claie de genêts ; la lueur mourante du foyer tremblote le long du vieux fauteuil du grand-père.

 

C’est maintenant, chères gens, qu’il faut se signer et répéter tout bas une prière pour les pauvres âmes de ceux qu’on a aimés. Voici que minuit sonne à l’église de Saint-Michel en grève, minuit de la Pentecôte bénie.

 

C’est l’heure où les vrais chrétiens reposent leurs têtes sur l’oreiller de balle, contents de ce que le bon Dieu leur a donné, et s’endorment au cher bruit de la respiration des petits enfants qui sommeillent.

 

Mais Périk Skoarn, lui, n’a pas de petits enfants ; c’est un jeune homme hardi et seul dans la vie. Il a vu les nobles des environs venir à la messe de la paroisse, et il est envieux de leurs chevaux à brides plaquées d’argent, de leurs manteaux de velours et de leurs bas de soie à coins bariolés.

 

Il voudrait être riche comme eux, afin d’avoir à l’église un banc garni de cuir rouge et de pouvoir conduire aux Pardons les belles pennérèz assises sur la croupe de son cheval et un bras appuyé sur son épaule.

 

Voilà pourquoi Périk se promène sur la LewDréz, aux pieds de la dune de Saint-Efflam, tandis que les chrétiens reposent dans leurs maisons, protégés par la Vierge. Périk est un homme amoureux de grandeurs et de belles filles ; les désirs sont aussi nombreux dans son cœur que les nids d’hirondelles de mer sur les grands récifs.

 

Les vagues soupirent tristement à l’horizon noir, les cancres rongent à petit bruit les cadavres des noyés ; le vent qui souffle dans les roches du Roch-Ellas imite le sifflet des collecteurs de la Lew-Dréz ; mais Skoarn se promène toujours.

 

Il regarde la montagne et repasse dans sa mémoire ce que lui a dit le vieux mendiant de la croix d’Yar. Le vieux mendiant sait ce qui est arrivé dans la contrée, alors que nos plus vieux chênes étaient encore des glands, et nos plus vieilles corneilles des œufs non encore couvés.

 

Or, le vieux mendiant d’Yar lui a dit que là où se trouve maintenant la dune de Saint-Efflam s’étendait autrefois une ville puissante ; les flottes de cette ville couvraient la mer, et elle était gouvernée par un roi ayant pour sceptre une baguette de noisetier avec laquelle il changeait toute chose selon son désir.

 

Mais la ville et le roi furent damnés pour leurs crimes, si bien qu’un jour, par l’ordre de Dieu, les grèves s’élevèrent comme les flots d’une eau bouillonnante et engloutirent la cité. Seulement, chaque année, la nuit de la Pentecôte, au premier coup de minuit, un passage s’ouvre dans la montagne et permet d’arriver jusqu’au palais du roi.

 

Dans la dernière salle de ce palais se trouve suspendue la baguette de noisetier qui donne tout pouvoir ; mais, pour arriver jusqu’à elle, il faut se hâter, car, aussitôt que le dernier son de minuit s’est éteint, le passage se referme et ne doit se rouvrir qu’à la Pentecôte suivante.

 

Skoarn a retenu ce récit du vieux mendiant d’Yar, et voilà pourquoi il se promène si tard sur le sable de la Lew-Dréz.

 

Enfin, un tintement aigu retentit au clocher de Saint-Michel, Skoarn tressaille !.. Il regarde, à la clarté des étoiles, le rocher de granit qui forme la tête de la montagne, et le voit s’entr’ouvrir lentement comme la gueule d’un dragon qui s’éveille.

 

Il assure alors à son poignet le cordon de cuir qui tient son penn-baz et se précipite dans le passage, d’abord obscur, puis éclairé par une lumière semblable à celles qui brillent, la nuit, dans les cimetières. Il arrive ainsi à un palais immense, dont les pierres sont sculptées comme celles de l’église du Folgoat ou de Quimper-sur-l’Odet.

 

La première salle où il entre est pleine de bahuts où l’on voit entassé autant d’argent qu’il y a de grains de blé dans les huches après la moisson ; mais Périk Skoarn veut plus que de l’argent, et il passe outre. – Dans ce moment sonne le sixième coup de minuit.

 

Il trouve une seconde salle entourée de coffres qui regorgent de plus d’or que les râteliers ne regorgent d’herbes en fleur au mois de juin ; Périk Skoarn aime l’or, mais il veut encore davantage, et il va plus loin. – Le septième coup vient de sonner.

 

La troisième salle où il entre est garnie de corbeilles où les perles ruissellent comme le lait dans les terrines de terre de Cornouailles, aux premiers jours du printemps. Skoarn eût bien voulu en emporter pour les jolies filles de Plestin ; mais il continue sa route en entendant sonner le huitième coup.

 

La quatrième salle était toute éclairée par des coffrets remplis de diamants, jetant plus de flamme que les bûchers d’ajonc sur les coteaux du Douron, le soir de la Saint-Jean. Skoarn est ébloui ; il s’arrête un instant, puis court vers la dernière salle, en entendant sonner le neuvième coup.

 

Mais là, il demeure subitement saisi d’admiration ! Devant la baguette de noisetier que l’on voit suspendue au fond, sont rangées cent jeunes filles belles à perdre les âmes des saints ; chacune d’elles tient d’un main une couronne de chêne et, de l’autre, une coupe de vin de feu. Skoarn, qui a résisté à l’argent, à l’or, aux perles et aux diamants, ne peut résister à la vue de ces belles créatures aimées du péché.

 

Le dixième coup sonne, et il ne l’entend pas ; le onzième retentit, et il demeure immobile ; enfin le douzième se fait entendre aussi lugubre que le coup de canon d’un navire en perdition parmi les brisants !..

 

Périk, épouvanté, veut retourner en arrière ; mais il n’est plus temps. Toutes les portes se sont refermées ; les cent belles jeunes filles ont fait place à cent statues de granit, et tout rentre dans la nuit.

 

Voilà comment les pères ont raconté l’histoire de Skoarn. Vous savez maintenant ce qui arriva à un jeune homme pour avoir ouvert trop facilement son cœur aux séductions. Que la jeunesse prenne son enseignement : il est bon de marcher les yeux baissés vers la terre, de peur de désirer les étoiles qui sont à Dieu et à ses anges.

 

Émile SOUVESTRE (1806-1854).

 

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19 janvier, 2013

Urashimataro et la tortue (Conte)

Classé dans : — unpeudetao @ 18:59

Il était une fois un jeune homme du nom d’Urashimataro, qui vivait avec sa mère dans un petit village au bord de la mer. Tous les jours il allait à la pêche et ils survivaient grâce aux poissons qu’il capturait. Un jour, bien qu’ayant passé toute la journée en mer, il ne ramenait que trois poissons, et c’est le coeur gros qu’il rentrait chez lui. Sur la plage, un groupe d’enfants s’amusait bruyamment, et Urashimataro, se demandant ce qui pouvait bien les amuser autant, se dirigea vers eux. Les enfants avaient attrapé une tortue et la maltraitaient.

 

Urashimataro avait bon coeur et il voulait sauver la pauvre tortue, aussi dit-il aux garnements qu’il ne fallait pas faire de mal aux animaux, mais ceux-ci ricanèrent et continuèrent de plus belle. Urashimataro comprit que les enfants ne libéreraient pas la tortue, et décida de l’échanger contre les quelques poissons qu’il avait pêchés dans la journée. Les garnements lui cédèrent la tortue, et il pût remettre la pauvre bête à la mer. Elle partit vers le large et tout en nageant, ne cessa de se retourner pour regarder Urashimataro.

 

Quelques jours plus tard, Urashimataro pêchait en mer, lorsqu’une grosse tortue apparut près de sa barque. Le jeune homme stupéfait l’écouta :

 

« Il y a quelques jours, tu as sauvé une tortue; nous te remercions, et comme marque de notre reconnaissance, nous t’invitons au Palais du royaume de la mer. Monte sur mon dos, je vais t’y conduire. »

 

Urashimataro s’installa sur la carapace de la tortue, et ils s’enfoncèrent dans les flots.

 

La tortue nageait, nageait, et Urashimataro émerveillé regardait les poissons, les algues, tout ces êtres merveilleux vivant au fond de la mer. Ils arrivèrent au Palais, où tout était beau et rare, au-delà de toute imagination. La princesse, la plus belle jeune femme qu’Urashimataro ait jamais vue, l’accueillit et lui dit :

 

« Je te remercie de m’avoir aidée. Je suis la tortue que tu as sauvée de ces méchants enfants. Je voulais voir le monde du dessus de l’eau et pour ce la je m’étais changée en tortue. Tu m’as sauvé la vie. »

 

Elle lui fit ensuite visiter le Palais, le présenta au roi son père, et lui offrit un véritable festin. Urashimataro vécut ainsi heureux au Palais, tout aux plaisirs de la vie au fond de la mer et avait oublié son village natal et sa mère.

 

Trois années s´écoulèrent ainsi, comme dans un rêve. Cependant, un jour la princesse emmena Urashimataro dans une pièce où il n’était jamais entré. Par la fenêtre, on pouvait voir le monde du dessus de l’eau. Le jeune homme vit son village natal et soudain tout lui revint en mémoire et il devint nostalgique.
Il voulut rentrer chez lui et revoir sa mère. La princesse en était attristée, mais elle ne pouvait pas s’opposer au départ d’Urashimataro; elle lui offrit en souvenir une cassette précieuse et lui dit :

 

« Si tu te trouves dans une situation difficile, ouvre cette cassette. »

 

Urashimataro remercia la princesse, prit le coffret et s’installa sur le dos de la tortue qui devait le ramener dans le monde du dessus de l’eau.

 

Une fois arrivé, Urashimataro traversa le village pour rentrer chez lui, et un étrange malaise l’envahit; le village, les maisons, étaient un peu différents de son souvenir, et les gens qu’il rencontraient lui étaient tous inconnus. Lorsqu’il arriva là où il avait vécu, quelle ne fut pas sa surprise! Il n’y avait pas trace de sa maison, rien que des herbes folles. Il parcourut alors les rues en interrogeant les villageois, mais personne n’avait entendu parler de la maison d’Urashimataro. Enfin, l’homme le plus âgé du village lui dit :

 

« Urashimataro.. Si mes souvenirs sont exacts, c’est ce jeune homme parti en mer et qui n’est jamais revenu. Mais c’est une histoire qui a maintenant trois cents ans, mon garçon! »

 

Urashimataro comprit alors que les trois ans passés au Palais étaient en fait trois cents années. Il se mit à la recherche de la tombe de sa mère. Le jeune homme était terriblement triste à l’idée de ne plus jamais revoir sa mère. Il était malheureux et se trouvait dans une situation difficile, aussi ouvrit-il la cassette que la princesse lui avait offert. Une épaisse fumée s’en échappa et l’enveloppa entièrement, le transformant en vieillard. Alors Urashimataro devenu très, très âgé se transforma en grue, oiseau dont on dit qu’il vit mille ans, et s’élança dans le ciel. La grue survola la mer, et alla à la rencontre de son amie la tortue, animal dont on dit qu’il vit dix mille ans, qui venait du Palais. Des villageois qui se trouvaient sur la plage, les voyant, s’écrièrent :

 

« Longue vie à la grue et la tortue! Et dix mille ans de bonheur! ».

 

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29 décembre, 2012

La bûche de Noël, Jean VAILLANT (Légende)

Classé dans : — unpeudetao @ 5:47

En ce temps-là, la France s’appelait la Gaule, et la Gaule était couverte de forêts.
Et il y avait, au plus profond de la grande forêt, un bûcheron qui vivait tout seul dans une hutte. Il s’appelait Carnutorix.

 

Il aimait les grands arbres de la forêt. Il les connaissait, et donnait des noms aux plus beaux. Lorsqu’il en abattait un, cela lui faisait beaucoup de peine. Et pourtant, il fallait bien puisque c’était son métier..

 

Près de sa hutte, se trouvait un vieux chêne tout tordu, au tronc énorme.
Il y avait des touffes de gui dans les branches. C’est rare, le gui du chêne. Tous les ans, les druides venaient le couper avec une faucille d’or, et ils offraient des sacrifices au génie du tonnerre. Carnutorix avait un peu peur des druides au mystérieux pouvoir : quand il les voyait venir, il se cachait.
C’était une sorte de sauvage.

 

Carnutorix avait une sorte de couteau tranchant qu’un guerrier avait perdu en traversant la forêt. Il fallait aiguiser souvent ce couteau sur un bloc de grès.

 

Un jour, sans savoir trop ce qu’il faisait, le bûcheron eut une idée bizarre : dans un morceau de chêne bien dur, il se mit à tailler un personnage : une femme. Une femme portant un petit enfant dans ses bras. La statue était fort grossière. Carnutorix n’était pas un grand artiste, mais cette femme lui faisait penser à sa mère qui était morte quand il était tout petit.

 

Carnutorix eut une idée plus bizarre encore : il installa la statue dans le creux du chêne sacré. De temps en temps, il la regardait avec amour.

 

Un jour, le bûcheron entendit la voix d’un enfant qui l’appelait. Il n’aimait pas être dérangé dans sa solitude. Il grogna : « Qui donc est venu se perdre par ici ? » Et en même temps, il se sentit envahi par une grande douceur et il trembla.

 

Il cherchait partout, et ne voyait personne. Mais voici que, levant les yeux, il aperçut la statue dans le creux du vieux chêne, et il lui sembla que celle-ci s’animait. Elle devenait très grande, et la femme était très belle et souriait ; elle présentait son enfant au bûcheron, et son enfant agitait ses petits bras.

 

Et l’enfant parla :
« Je vais venir sur la terre, disait-Il. Et c’est pour toi que je viens. Pour toi et pour tous les autres. Il faut que tu viennes Me voir dans mon pays d’Orient. »

 

Carnutorix restait là, tout interdit. Mais la statue ne bougeait plus. Elle avait repris sa forme, elle était redevenue toute petite, et la belle dame ne souriait plus.

 

Le bûcheron sentit qu’il fallait absolument qu’il s’en aille pour voir le petit enfant. « Qu’est-ce que je pourrais bien lui apporter ? se disait-il. Il faudrait que je lui fasse un cadeau, mais je n’ai rien. »

 

Il aperçut, devant sa hutte, le tronc d’un chêne qu’il venait d’abattre et qu’il avait déjà ébranché. Avec sa lourde cognée, il débita une énorme bûche et, sans plus réfléchir, ayant jeté sur ses épaules une vieille peau de mouton, ayant serré sa grossière ceinture de cuir, il partit à travers la forêt dans la direction du soleil levant, roulant devant lui le lourd rondin de chêne.

 

Il marcha longtemps, longtemps, sentant toujours en lui cette étrange douceur. Il gagnait sa nourriture en abattant des arbres pour les gens des pays qu’il traversait. Sa force de géant le faisait redouter, mais on voyait bien qu’il n’était pas méchant. Il racontait aux enfants les légendes de sa forêt. Et toujours, il veillait jalousement sur sa belle bûche de chêne dont l’écorce, peu à peu, s’était usée et qui était maintenant lisse comme un galet de rivière.

 

Il arriva ainsi devant la mer, la mer immense et bleue qu’il n’avait jamais vue. Il la contempla longuement. Comment s’y prit-il pour se faire accepter par le patron d’une barque qui allait appareiller ? Peut-être s’offrit-il comme rameur en montrant avec orgueil ses bras noueux, aux muscles saillants.

 

Et le long voyage reprit de l’autre côté de la mer. Le bon géant s’étonnait de voir des animaux bizarres, des chameaux qui transportaient des bagages et des hommes..

 

Carnutorix sentait – il n’aurait su dire pourquoi – que l’enfant mystérieux n’était plus très loin. Bientôt, il le verrait. Et le bûcheron, suivant sa route en roulant toujours sa bûche, se trouva pris dans une étrange caravane qui marchait la nuit et se reposait le jour. Les chameliers se montraient une étoile brillante qui semblait avancer avec eux et leur indiquer le chemin.

 

Un matin, alors que l’aube faisait pâlir la belle étoile d’or, la caravane arriva dans un petit village et le bûcheron entendit prononcer le nom de Bethléem. Sans savoir comment, Carnutorix se trouva transporté dans une sorte d’étable et là, il aperçut d’abord, assise sur un banc rustique, une dame qui souriait.

 

Il la reconnut aussitôt et tomba à genoux. C’était la belle dame dont les traits lui étaient apparus lorsque, dans la forêt gauloise, la statue de bois sculpté s’était animée mystérieusement.

 

La dame tenait dans ses bras le petit enfant..

 

Les riches personnages de la caravane s’étaient avancés et, eux aussi, s’étaient mis à genoux. Des serviteurs portaient des coffrets, et de ceux-ci l’on tirait maintenant des choses étincelantes : or, perles, pierres précieuses. Des parfums fumaient dans des cassolettes et embaumaient l’air.

 

Carnutorix se sentit tout à coup très pauvre avec sa bûche. Très pauvre et très ridicule. Le petit enfant était sans doute un fils de Roi. On lui offrait des trésors.

 

Le géant sentit que les regards de tous se portaient sur lui. Les serviteurs ricanaient et se poussaient du coude. Une telle détresse envahit le cœur du bûcheron qu’il se sentit vieillir de vingt ans, et de grosses larmes tombèrent sur son billot de chêne.

 

Mais le petit enfant semblait ne pas voir les riches personnages, ni leurs serviteurs, ni les coffrets remplis d’or, ni les cassolettes où fumait l’encens.
Il regardait le bûcheron prosterné et ses petits bras faisaient des gestes d’amitié ; et voici que ses petites menottes applaudissaient. Carnutorix s’enhardit et, se traînant sur les genoux, roulant sa bûche devant lui, il s’approcha tout près, riant à travers ses larmes.

 

Et la belle dame parla :

 

« Bûcheron, tu es pauvre comme mon Enfant, mais ton cœur est riche parce que tu aimes. Tu n’avais rien, mais tu as voulu donner ce qui te semblait une grande richesse, cette belle bûche de bois capable de brûler clair et de réchauffer les malheureux transis. En vérité, je te le dis, dans tous les siècles et par tous les pays, on brûlera désormais chaque année une belle bûche comme celle-ci en souvenir de la naissance de mon Fils. Sa flamme joyeuse rappellera aux hommes que, pour faire de grandes choses sur la terre, il faut un cœur tout brûlant d’amour. »

 

***
 « Et voilà, dit ma mère-grand, la légende de la bûche de Noël. »

 

Jean VAILLANT (XXe siècle).

 

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2 octobre, 2012

La fée dans le micro, SAMIVEL

Classé dans : — unpeudetao @ 13:40

Une Fée qui musait un soir le nez en l’air
sur les collines de l’éther,
s’entortilla si bien dans le lacis des ondes
qu’enroulait tout autour du monde
un puissant Poste de Radio,
que perdant sa baguette avec son équilibre
elle tomba en chute libre
au sein rembourré du studio
avec un bleuâtre vacarme
et coupa le sifflet net au Chanteur de charme !
Le Directeur du Poste accourant aussitôt
dut admettre à regret la Belle, et le prodige..
Lors la jeune égarée lissant d’un doigt coquet
ses cheveux embrouillés au cours de la voltige,
lui dit fort simplement : « Messire, s’il vous plaît,
où suis-je ?
– Mademoiselle, j’ai l’honneur
de vous accueillir chez les hommes.
– Les Hommes ! Merlin, quelle horreur !
Ô pardon !.. mais je ne sais comme
telle chose a pu m’advenir..
J’ai gardé mauvais souvenir
de mon séjour sur votre terre.
Les Hommes nous chassaient de nos bois, de nos pierres..
tant que Merlin se mit à la fin en courroux
et nous fit déménager tous.
– À vrai dire, à Polytechnique,
on ne m’avait point dit ces détails curieux..
– Je ne sais ce que peut être la chose en ique,
mais je l’ai bien vu de mes yeux !
Et d’ailleurs votre race eut tout loisir, je pense,
de regretter notre départ,
puisque avec lui Merlin emporta le Grand Art
et les secrets de Quintessence.
Jadis, à volonté, les hommes s’envolaient..
Bon.. Qu’avez-vous donc à sourire ?
Ce que je vous raconte est absolument vrai !
– Hé bien, puisqu’il faut tout vous dire,
Mademoiselle, apprenez donc que les humains
se sont très bien passé des secrets de Merlin.
Ils volaient, dites-vous ? Possible. Mais ils volent
à présent. Et je crois cent fois plus vite et mieux !
– Vous me contez des fariboles ! ?
– Pas du tout ! C’est très sérieux !
Et même
j’ajouterai qu’ils ont résolu des problèmes
si subtils et si ténébreux,
qu’aujourd’hui les exploits de l’Enchanteur nous semblent
je m’en excuse.. un peu.. vieux jeu !
– Par exemple !
Les exploits de Merlin.. ses travaux merveilleux
vous paraissent un peu vieux jeu !
C’est d’une belle impertinence !…
.. Sans doute, comme Lui, supprimant les Distances
vous parlez à Paris quand vous êtes à Rome ?
– Mais oui, Mademoiselle ! Et par le Téléphone !
– Votre Double s’en va errer ici ou là ?
– C’est un vieux truc ! Nous l’appelons le Cinéma !
– .. Le Langage des astres à vos coeurs se dévoile ?
– Nous écoutons chanter, s’il nous plaît, les étoiles !
– .. Vous tirez d’une Fève un Carrosse complet ?
– De la Fève un Rubis, de l’Étoffe ou du Lait !
– .. En vérité, Monsieur, faut-il ici vous croire ! ?
Ciel ! l’antique Trésor des Fées et des Lutins
aurait-il donc passé maintenant dans vos mains..
et les Clefs de la Grande Armoire ! ?
.. Mais alors ! Que deviendrons-nous ! ?
Va-t-il falloir encor aller je ne sais où
pour nous mettre à l’abri de vos pieds détestables ?
Ah si la chose est vraie, j’en suis sûre, le Diable
y est pour plus des quatre quarts !
Mais j’y songe.. Merlin.. Non ! Rien n’est perdu car
il me revient soudain qu’Il porte sur Lui-même,
à son cou suspendue, toujours une clef d’or
verrouillant le coffret suprême,
et sans lequel tout le Trésor,
apprenez-le, Messieurs les Hommes,
vaut si peu qu’autant dire rien !
Et fait plus de mal que de bien !

 

Vous avez dérobé la Baguette et les Fioles ;
pratiquez le Grand Art et les Enchantements ;
conversez à distance ou volez couramment..
Mais vous ignorez tous que les Élémentaires
libérés par vos mains sauront vous asservir,
car Merlin jusqu’ici connaît seul la manière
bénéfique de s’en servir. »

 

SAMIVEL, pseudonyme de Paul Gayet Tancrède (1907-1992).

 

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