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2 janvier, 2015

Canard, Jules Lemaître (Petit conte)

Classé dans : — unpeudetao @ 16:48

Une cane couvait une douzaine d’oeufs qu’on avait mis sous elle. Onze de ces oeufs ressemblaient à tous les oeufs de cane, mais le douzième était plus gros et d’une espèce différente. La canne était très fière de cet oeuf ; elle le montrait à toutes les voisines qui venaient la voir et elle disait : « Voyez comme il est gros ! Je suis sûre qu’il en sortira un superbe caneton. »

 

Au bout de quelque temps, la mère cane entendit, dans l’intérieur des onze oeufs ordinaires, de petits coups de bec, puis des pépiements ; puis elle vit sortir des coquilles onze petits canards charmants, habillés de duvet jaune. Mais le douzième oeuf tardait à éclore. Et, bien que cela inquiétât un peu la mère, elle se disait : « L’enfant n’en sera que plus beau. » Et patiemment elle se remit à couver. Mais, quand enfin l’oeuf éclata, la pauvre mère fut épouvantée. Ce n’était pas du tout un superbe caneton, mais un vilain petit animal, avec un cou trop long, un corps trop gros, et qui marchait les pattes en dedans, sans aucune élégance. Les onze frères et soeurs se moquaient de lui, et la mère elle-même, quand elle conduisait ses enfants à la mare, avait honte de lui parce que tout le monde disait sur son passage : « Oh ! voyez donc ce vilain petit canard !» Personne ne voulait jouer avec lui, et le pauvre petit fut bien malheureux. Il tendait son cou trop long vers le ciel comme pour dire : « Ah ! pourquoi suis-je né ?» ou bien, le rabattant tristement le long de son corps, il restait à rêver dans un coin.

 

Un jour que les autres l’avaient houspillé plus que de coutume, il prit le parti de quitter sa famille. Il marcha longtemps devant lui et arriva près d’un lac où nageaient des cygnes. « Ah ! dit le vilain petit canard, que ces oiseaux sont beaux! Pour sûr ils me chasseront, car je suis trop laid. » Et il se disposait à se retirer, lorsqu’une grand’mère cygne, qui se reposait sur la rive, l’interpella : « Hep ! mon enfant, d’où viens-tu et comment t’appelles-tu ? – Je viens de la basse-cour, madame, et je m’appelle canard. Je suis parti parce que mes camarades me trouvent trop laid et ne veulent pas jouer avec moi. – Pauvre petit ! dit la mère-grand. Le fait est que tu n’es pas bien joli, mais cela vient de ce que tu es fatigué et triste. Attends un peu que je t’examine. Tu me rappelles un petit-fils que j’ai perdu – Oui, il n’y a aucun doute là-dessus, tu n’es pas du tout un petit canard, tu es bien un cygne. C’est la fermière qui a dû glisser un de nos oeufs parmi les oeufs de cane ; et celle que tu as prise pour ta mère n’était que ta couveuse. Pauvre petit orphelin, viens sur mon coeur !»

 

Puis la grand’mère appela tous les autres cygnes, et elle leur raconta l’histoire du vilain petit canard. « Il n’est pas si vilain que ça,» dirent les cygnes. Et un monsieur cygne, avec un magnifique plastron blanc et de beaux pieds vernis, déclara : « Qu’il reste parmi nous, et dans trois mois je lui donne ma fille en mariage. »

 

Jules Lemaître (1853-1914).

 

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19 février, 2009

Guillaume et le grain de maïs 1

Classé dans : — unpeudetao @ 7:29

Guillaume et le grain de maïs 1 :

 

 

Je vais vous raconter l’histoire de Guillaume, un vieux garçon de 24 ans qui habitait dans les environs.

Pauvre Guillaume, il avait pas grand chose dans la vie. Il avait pas de sous, pas de maison, pas de meuble. Il avait rien, je vous dis. Puis en plus, il
avait pas trouvé de femme. C’est pas parce qu’il avait pas essayé, mais ça avait jamais marché… Fait qu’il s’était dit qu’il continuait puis que peut-être
qu’un jour, ça arriverait.

Alors pour gagner sa vie, notre Guillaume travaillait dans les maisons privés, un p’tit peu partout, puis dans les commerces environnants. Guillaume habitait
à Saint-Henri. Dans ce temps-là, c’était pas développé comme aujourd’hui. Alors un matin, Guillaume s’est levé pour aller travailler à Verdun sur une ferme.
Il y avait même des fermes à Verdun, dans ce temps-là. Puis sur son chemin, il a trouvé un p’tit grain de maïs par terre. Il s’est dit : ” Ah, un p’tit
grain de maïs. Il est bien beau, tout jaune, tout doré. J’ai pas grand chose, moi, dans la vie. Tiens, je vais le garder, ça va me faire un porte-bonheur!

Il l’a mis dans sa poche puis il s’est en allé à Verdun chez Rose-Aimée, une fermière qui produisait des légumes. Il est arrivé là puis il a dit : ” Aujourd’hui
Rose-Aimée, j’ai quelque chose de spécial, j’ai un p’tit grain de maïs puis j’voudrais pas le perdre. C’est mon porte-bonheur, c’est tout ce que j’ai dans
la vie. “ – Mets ça sur le bord de la fenêtre… qu’elle a dit.Il l’a mis sur le bord de la fenêtre puis il est allé travailler. Au bout de quelques heures,
ses paniers étaient bien pleins de pommes de terre, de choux, de carottes, de navets. Il s’en revenait puis il voit-tu pas ma Rose-Aimée qui s’en vient
toute énervée :

- Guillaume, Guillaume, mon coq ! Mon coq !

- Qu’est-ce qu’il a ton coq ?

- Mon coq ! Mon coq !

- Qu’est-ce qu’il a ?

- Mon coq a sauté sur le bord de la fenêtre puis il a mangé ton grain de maïs !

- Ah non ! Pas mon grain de maïs. C’était mon porte-bonheur, c’est tout ce que j’avais dans la vie, moi, un grain de maïs. Écoute Rose-Aimée, ton coq, donne-moi-le
!

Rose-Aimée a rechigné un p’tit peu mais comme elle connaissait Guillaume depuis longtemps puis qu’elle l’aimait pas mal, elle a dit : ” Bon, c’est correct,
je vais te donner mon coq. Après tout, c’est lui qui a mangé ton grain de maïs. ” Alors mon Guillaume est reparti avec son coq sous le bras.

 
Version sonore :
http://grandquebec.com/upl-files/1guillaume_et_-le_grain_de_mais.mp3

 

 

La Marie-Conteuse :

 
http://pages.videotron.com/conteuse/

 

 

 

 

 

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