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30 décembre, 2014

Le Bol en Bois (Conte touareg)

Classé dans : — unpeudetao @ 15:01

Un touareg fragile s’en alla un jour habiter avec son fils, sa belle-fille, et son petit-fils de quatre ans dans un campement de l’Adrar des Iforas. Les mains du vieil homme tremblaient, sa vue était embrouillée et sa démarche chancelante. Il avait travaillé toute sa vie avec ses troupeaux de chameaux. La famille, comme chaque jour, était assise ensemble pour les repas. Mais la main tremblante de grand-père et sa mauvaise vue rendait les repas peu agréables. Les pois chiches et les grains de couscous roulaient par terre, et lorsqu’il prenait son quart, le lait de chèvre frais se renversait sur la natte. Cela agaçait beaucoup son fils et sa femme.  » On doit faire quelque chose avec le vieux père  » dit le fils.  » Nous en avons assez du lait renversé, des bruits lorsqu’il mange et de ramasser la nourriture sur la natte de la tente « . Alors, le fils et sa femme montèrent une petite table basse dans le coin de la tente.  » C’est là que grand-père ira manger pendant que le reste de la famille sera ensemble pour les repas. De plus, puisque que grand-père a cassé quelques assiettes en terre que nous avions acheté à Tamanrasset, dorénavant il mangera dans un bol en bois « . Lorsque la famille regardait dans le coin, quelques fois ils pouvaient voir une larme sur les joues du grand-père qui était assis tout seul devant son bol en bois. En dépit de cela, les seuls mots que le couple avaient pour grand-père exprimaient la colère et les reproches lorsqu’il renversait sa nourriture par terre. Le jeune de quatre ans regardait tout cela en silence. Un soir avant le souper, le père remarqua son fils qui jouait derrière la tente et il vit des copeaux de bois sur le sol. Il demanda gentiment :  » Qu’est tu en train de fabriquer ?  » Aussi gentiment le fils répondit :  » Ah ! Je fais un bol en bois pour toi et maman pour manger lorsque je serai grand !  » Les parents furent tellement surpris par ces paroles qu’ ils étaient incapable de parler. Et puis, quelques larmes coulèrent sur leurs joues. Ils ne disaient rien mais ils savaient quoi faire. Ce soir là, le fils pris grand-père par la main et l’amena gentiment à la table familiale. Pour le reste de ces jours, il mangea ses repas avec la famille et le fils et sa femme ne se troublaient plus lorsque grand-père renversait son lait ou salissait la natte.

 

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12 novembre, 2014

Loups-garous, Jacques COLLIN DE PLANCY (Légende)

Classé dans : — unpeudetao @ 8:13

In villos abeunt vestes, in crura lacerti: Fit lupus. Ovide

 

Un loup-garou est un homme changé en loup, par un enchantement diabolique. – Baram, roi de Bulgarie, prenait, par ses prestiges, la figure d’un loup ou d’un autre animal, pour épouvanter son peuple. – Il y a des familles, où il se trouve toujours quelqu’un qui devient loup-garou. Dans la race d’un certain Antoeus, on choisissait, par le sort, un homme que l’on conduisait près d’un étang. Là il se dépouillait, pendait ses habits à un chêne, et, après avoir passé l’eau à la nage, s’enfuyait dans un désert, où il était transformé en loup, et conversait avec les loups, pendant l’espace de neuf ans. Si durant ce temps il ne voyait point d’hommes, il retournait vers le même étang, le traversait à la nage, et reprenant la forme d’homme, il rentrait chez lui et allongeait sa vieillesse de neuf ans. – En Livonie, sur la fin du mois de décembre, il se trouve tous les ans, un bélître qui va sommer les sorciers de se rendre en certain lieu; et, s’ils y manquent, le diable les y mène de force, à coups de verge de fer, si rudement appliqués, que les marques y demeurent. Leur chef passe devant, et quelques milliers le suivent, traversant une rivière, laquelle passée, ils changent leur figure en celle d’un loup, se jettent sur les hommes et sur les troupeaux, et font mille dommages. Douze jours après, ils retournent au même fleuve, et redeviennent hommes. – On attrapa un jour un loup-garou, qui courait dans les rues de Padoue, on lui coupa ses pattes de loup, et il reprit au même instant la forme d’homme, mais avec les bras et les pieds coupés. – L’an 1588, en un village, distant de deux lieues d’Apchon, dans les montagnes d’Auvergne, un gentilhomme, étant sur le soir à sa fenêtre, aperçut un chasseur de sa connaissance, et le pria de lui rapporter de sa chasse. Le chasseur en fit promesse, et, s’étant avancé dans la plaine, il vit devant lui un gros loup qui venait à sa rencontre. Il lui lâcha un coup d’arquebuse et le manqua. Le loup se jeta aussitôt sur lui et l’attaqua fort vivement. Mais l’autre, en se défendant, lui ayant coupé la patte droite, avec son couteau de chasse, le loup estropié s’enfuit et ne revint plus. Et, comme la nuit approchait, le chasseur gagna la maison de son ami, qui lui demanda s’il avait fait bonne chasse. Il tira aussitôt de sa gibecière la patte, qu’il avait coupée au prétendu loup, mais il fut bien étonné de voir cette patte convertie en main de femme, et à l’un des doigts, un anneau d’or que le gentilhomme reconnut être celui de son épouse. Il alla aussitôt la trouver. Elle était auprès du feu, et cachait son bras droit sous son tablier. Comme elle refusait de l’en tirer, il lui montra la main que le chasseur avait rapportée; et cette malheureuse, tout éperdue, lui avoua que c’était elle en effet qui l’avait poursuivi, sous la figure d’un loup-garou; ce qui se vérifia encore, en confrontant la main avec le bras dont elle faisait partie. Le mari, pieusement courroucé, livra sa femme à la justice et elle fut brûlée en ce monde, pour griller éternellement dans l’autre. Boguet, qui rapporte ce conte, avec plusieurs autres de la même force, dit, en homme expérimenté, que les loups-garous s’accouplent avec les louves, et ont autant de plaisir qu’avec leurs femmes. – Les loups-garous étaient fort communs dans le Poitou; on les y appelait la bête bigournequi court la galipode. Quand les bonnes gens entendent, dans les rues, les hurlements épouvantables du loup-garou, ce qui n’arrive qu’au milieu de la nuit, ils se gardent bien de mettre la tête à la fenêtre, parce que s’ils avaient cette témérité, ils ne manqueraient pas d’avoir le cou tordu. On force le loup-garou à quitter sa forme d’emprunt, en lui donnant un coup de fourche, justement entre les deux yeux. (Voyez Lycanthropie.)

 

Lycanthropie. – Maladie qui, dans les siècles où l’on ne voyait partout que démons, sorcelleries et maléfices, troublait l’imagination des cerveaux faibles, au point qu’ils se croyaient métamorphosés en loups-garous, et se conduisaient en conséquence. Les mélancoliques étaient plus que les autres, disposés à devenir lycanthropes, c’est-à-dire hommes-loups. – On présenta au célèbre médecin Pomponace un fou atteint de lycanthropie, que des villageois avaient trouvé couché dans du foin, et pris pour un loup-garou, parce qu’il se disait tel, et leur criait qu’ils eussent à s’enfuir, s’ils ne voulaient pas être mangés et étranglés comme Judas. Cependant ils l’avaient saisi, malgré ses menaces, et commençaient à l’écorcher, pour savoir s’il avait le poil de loup sous la peau, selon l’opinion du vulgaire. Mais ils le lâchèrent, dit Camerarius, à la demande de Pomponace qui le guérit de sa maladie. – Les sorciers et leurs partisans s’appuyaient des métamorphoses de l’âne d’or d’Apulée, comme d’une histoire bien véritable, pour prouver que la lycanthropie n’est pas une maladie de l’imagination, mais une véritable transformation. Cependant Apulée a dit lui-même, pour les sots à qui il faut tout dire, que son ouvrage n’était qu’une fable. Ego tibi, sermone isto, varias fabellas conseram. – À côté de la lycanthropie, les démonomanes placent la cynanthropie, espèce de démence où des malheureux se croyaient transformés en chiens; et la bousopie ou bousanthropie, autre maladie d’esprit (en supposant que l’esprit se soit logé quelquefois chez des gens superstitieux), qui frappait certains visionnaires, et leur persuadait qu’ils étaient changés en boeufs. Mais les cynanthropes et les bousanthropes ne sont pas communs dans les fastes de la magie. (Voyez Loups-garous.)

 

Jacques COLLIN DE PLANCY (1794-1881).

 

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4 avril, 2014

La chique de Bétel (Conte vietnamien)

Classé dans : — unpeudetao @ 9:39

Jadis, sous le règne du roi Hùng Vuong IV, vivaient deux frères jumeaux, Cao Tân et Cao Lang. Ils se ressemblaient tellement qu’il était difficile de les distinguer. Ils suivaient les cours d’un vieux maître du village qui avait une fille unique dont la beauté recueillait tous les hommages de tous les jeunes de la région. Le vieux maître se prit d’affection pour les deux. Il désirait accorder la main de sa fille à l’un d’eux, de préférence l’aîné car selon la coutume viêtnamienne, l’aîné se mariait le premier. Pour arriver à les distinguer, il eut recours à un petit subterfuge en les invitant à diner chez lui. Le premier à prendre les baguettes serait l’aîné. Ce fut ainsi que Cao Tân reçut la main de sa fille sans se douter que son cadet vouait à cette dernière un ardent amour. Ils continuaient à vivre ensemble dans une harmonie complète et connaissaient un bonheur sans faille. Cao Tân n’en continuait pas moins à aimer son cadet comme avant et faisait tout pour rendre ce dernier plus heureux. Mais celui-ci, malgré cela, n’arriva pas à refouler les peines de son coeur. Il décida de les quitter et s’adonna à l’aventure. Après tant de jours de marche, il finit par tomber d’épuisement sur la route et fut transformé en un bloc de calcaire d’un blanc immaculé. L’aîné, pris d’une inquiétude grandissante pour son frère partit à sa recherche. Il suivit le même chemin pris par son cadet. Un beau matin, après tant de jours de marche, il arriva près du bloc calcaire, s’y assit et succomba d’inanimation. Il fut métamorphosé en un bel arbre haut avec des palmes vertes et des petits fruits oblongs. L’arbre commença à étendre sa ramure et son ombre au dessus de l’amas calcaire comme pour le protéger des intempéries. Restée sans nouvelles de son mari, la jeune femme, quitta à son tour, la maison et se mit en quête de son époux. Elle parcourut des champs et des prairies, traversa des villages et arriva enfin un jour tout près de l’arbre. Fatiguée par la marche, elle s’adossa au pied de l’arbre, mourut à son tour et fut changée en une plante dont les lianes s’enroulèrent autour du tronc de l’arbre avec de larges feuilles d’un vert intense en forme de coeur.

 

C’est l’une des coutumes viêtnamiennes qu’il faut respecter lors de la fête de mariage. Il y a toujours du bétel, des noix d’arec et des feuilles d’un vert intense en forme de coeur qui font partie des cadeaux de mariage et qui symbolisent l’union éternelle.

 

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30 mars, 2014

Le carambolier (Conte vietnamien)

Classé dans : — unpeudetao @ 17:23

Il était une fois deux frères qui se partagèrent un héritage, à la mort de leurs parents. L’aîné, cupide et avare, s’empara de tous les biens et laissa à son cadet et à sa femme seulement une paillote délabrée et un carambolier aux fruits juteux mais rabougris. Mais ces deux époux cadets ne s’en plaignaient guère et se contentaient de ce maigre avoir. Ils prenaient soin de leur carambolier et l’arrosaient sans cesse de manière que l’arbre reprit vigueur et porta une quantité de fruits. Quand les caramboles commencèrent de mûrir, un corbeau d’une taille extraordinaire venait chaque matin en manger. Il était impossible pour ce couple de l’en chasser quoi qu’il fît.

 

L’épouse navrée se lamentait :  » Malheur à nous. Pauvres que nous sommes, nous comptons beaucoup sur ce que nous rapporte le carambolier et voilà que l’oiseau ravage tout. Nous connaîtrons probablement la faim « . Miracle ! Le corbeau entendit les lamentations, se pencha et répliqua d’une voix d’homme :  » Des caramboles je mange, de l’or je rends, munissez-vous d’un sac de trois livres et suivez-moi pour en chercher « . Apeurée, la femme se précipita dans la chaumière pour chercher son mari. Ils se concertèrent et décidèrent de coudre le sac suivant la mesure indiquée, dans l’attente d’un éventuel retour de l’oiseau.

 

Quelques jours plus tard, l’oiseau revînt, mangea tout son saoul de caramboles puis descendit de l’arbre pour inviter l’époux à prendre place sur son dos avec le sac. Puis ils disparurent ensemble à l’horizon. Effrayé, le cadet ferma les yeux. L’oiseau le transporta très loin avant d’atterrir sur une île déserte, remplie de pierres précieuses. Libre d’en prendre autant qu’il pût. Il remplit son sac et le corbeau le ramena chez lui. Depuis ce jour, le couple connut l’opulence, vivait dans des demeures luxueuses. Il venait en aide souvent aux pauvres. A l’occasion de la commération de la mort de ses parents, le couple invita l’aîné à venir chez lui. Plein de mépris pour le cadet, l’aîné chercha prétexte pour se dérober et exigea que le cadet tapîssât le chemin de nattes et dorât le portail si ce dernier voulait le recevoir.

 

Le cadet respectueux de son aîné, s’exécuta selon le voeu de ce dernier. Celui-ci et son épouse furent surpris devant l’opulence et la richesse du couple cadet. Curieux, l’aîné chercha habilement à pénétrer le mystère. Son cadet, honnête et franc, n’hésita pas à lui raconter l’histoire du corbeau géant qui l’avait emmené chercher de l’or. Le couple aîné proposa d’échanger sa fortune contre seulement la paillote et le carambolier juteux. Les cadets obtempérèrent. Un jour, le corbeau revint manger des caramboles et fit la même recommandation : un sac de trois livres pour aller chercher de l’or. L’aîné, cupide et curieux, emmena deux gros sacs de six livres chacun et une fois sur place les remplit de l’or. Sur le chemin de retour, plié sous le poids démesuré de ces deux sacs, l’oiseau qui n’en pouvait plus, tangua et l’aîné fut balancé dans la mer et s’y noya.

 

L’aîné fut l’objet de beaucoup de mépris quand on connut l’histoire de son avidité et de sa cupidité. Dieu vient toujours en aide aux bons et punit toujours les méchants.

 

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20 décembre, 2013

Les Baguettes d’Ivoire (Histoire chinoise)

Classé dans : — unpeudetao @ 18:02

Zhou, le dernier Roi de la dynastie des Shang, d’un morceau d’ivoire de grande valeur fit faire une paire de baguettes pour sa table. Ce fait attrista beaucoup son oncle, le Prince de Qi : Des baguettes d’ivoire ne vont naturellement pas avec des bols et des assiettes de grès. Leur présence exigera celle de tasses et de bols de jade. Mais les bols de jade et les baguettes d’ivoire ne vont pas avec les mets grossiers qu’il faudra remplacer désormais par des queues d’éléphant et des foetus de léopard. Un homme qui a goûté des queues d’éléphant et des foetus de léopard ne saurait se contenter d’habits de toile de chanvre, ni de maisons basses et inconfortables. Des costumes de soie et des Palais hauts et magnifiques lui seront indispensables. Et ainsi de suite, les désirs ne cessant de s’accroître, on aboutit nécessairement à une vie de luxe et de dissipations qui ne connaît bientôt plus de bornes.

 

Faute de se corriger, le Roi Zhou eut une fin tragique. Il perdit son royaume et se tua de désespoir.

 

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8 novembre, 2013

Les aveugles et l’éléphant (Conte bouddhiste)

Classé dans : — unpeudetao @ 15:18

Autrefois, le Bouddha séjournait au Jetavana, dans le royaume de Sravasti. A l’heure du repas les moines prirent leurs bols et se rendirent en ville pour y mendier de la nourriture. Cependant comme il n’était pas encore midi et qu’il était trop tôt pour entrer en ville, ils décidèrent d’aller s’asseoir un moment dans la salle où se réunissaient les brahmanes, ils prirent des sièges et s’assirent.
A ce moment, les brahmanes discutaient entre eux à propos de leurs livres saints et il s’était formé une contestation qu’ils ne parvenaient pas à résoudre.Ils en étaient arrivés à se blâmer et à se haïr les uns les autres, se disant mutuellement :
 » Ce que nous savons est loi ; ce que vous savez, comment serait-ce la loi ? Ce que nous savons est en accord avec la doctrine ; ce que vous savez, comment serait-ce en accord avec la doctrine ? Ce qu’il faut dire après, vous le dites avant. Votre science est vaine et vous n’avez pas la moindre connaissance.  »
C’est ainsi qu’ils se portaient des coups avec l’arme de la langue et, pour une blessure reçue, ils en rendaient trois.
Les moines, entendirent les deux parties s’injurier, n’attestèrent aucune des opinions mais se levèrent de leur siège et partirent mendier leu nourriture en ville.

 

De retour à Jetavana, ils s’assirent auprès de Bouddha et lui racontèrent ce qui s’était passé. Le Bouddha raconta cette histoire :
Il y a fort longtemps, il y avait un roi qui comprenait la Loi bouddhique mais dont les sujets, ministres ou gens du peuple, étaient dans l’ignorance, se référant à des enseignements partiels, ayant foi dans la clarté du ver luisant et mettant en doute la clarté du soleil et de la lune. Le roi, désirant que ces gens cessent de rester dans des mares et aillent naviguer sur le grand océan, décida de leur montrer un exemple de leur aveuglement. Il ordonna donc à ses émissaires de parcourir le royaume pour rassembler ceux qui étaient aveugles de naissance et les amener au palais.
Quand les aveugles furent réunis dans la salle du palais le roi dit :
 » Allez leur montrer des éléphants.  »
Les officiers menèrent les aveugles auprès des éléphants et leur montrèrent en guidant leurs mains. Parmi les aveugles, l’un d’eux saisit la jambe de l’éléphant, un autre saisit la queue, un autre saisit la racine de la queue, un autre toucha le ventre, un autre, le côté, un autre, le dos, un autre prit une oreille, un autre, la tête, un autre, une défense, un autre, la trompe.
Les émissaires ramenèrent ensuite les aveugles vers le roi qui leur demanda :
 » A quoi ressemble un éléphant?  »
Celui qui avait tenu une jambe répondit :
 » O sage roi, un éléphant est comme un tuyau verni.  »
Celui qui avait tenu la queue dit que l’éléphant était comme un balai ; celui qui avait saisit la racine de la queue, qu’il était comme un bâton ; celui qui avait touché le ventre, qu’il était comme un mur ; celui qui avait touché le dos, qu’il était comme une table élevée ; celui qui avait touché l’oreille, qu’il était comme un plateau ; celui qui avait tenu la tête, qu’il était comme un gros boisseau ;celui qui avait tenu une défense, qu’il était comme une corne ; quant à celui qui avait tenu la trompe, il répondit  » O grand roi, un éléphant est comme une corde.  »
Les aveugles se mirent alors à se disputer, chacun affirmant qu’il était dans le vrai et les autres non, disant :
 » O grand roi, l’éléphant est réellement comme je le décris.  »
Le roi rit alors aux éclats et dit :
 » Vous tous, comme ces aveugles vous êtes. Vous vous disputez vainement et prétendez dire vrai ; ayant aperçu un point, vous dites que le reste est faux, et à propos d’un éléphant, vous vous querellez.  »
Le Bouddha dit aux moines :
 » Ainsi sont ces brahmanes. Sans sagesse, et à cause de leur cécité, ils en arrivent à se disputer. Et à cause de leur dispute, ils restent dans l’obscurité et ne font aucun progrès.  »

 

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28 octobre, 2013

La cuillère manquante, (Histoire)

Classé dans : — unpeudetao @ 17:19

Une femme de peau blanche venait de terminer ses courses. Au comptoir du self, elle acheta un bol de soupe, alla s’installer à une table, y posa son plateau et s’aperçut qu’elle avait oublié de prendre une cuillère. Elle repartit aussitôt en direction du comptoir.
Revenant à sa place une minute plus tard, elle trouve un homme de peau noire installé devant le bol, trempant sa cuillère dans la soupe.
 » Quel sans-gêne !, pense-t-elle. Mais, il n’a pas l’air méchant… Ne le brusquons pas !  »
 » Vous permettez,  » lui dit-elle en tirant la soupe de son côté.
Son interlocuteur ne répond que par un large sourire.
Elle commence à manger.
L’homme Noir retire un peu le bol vers lui et le laisse au milieu de la table.
A son tour, il plonge sa cuillère et mange, mais avec tant d’amabilité dans le geste et le regard qu’elle le laisse faire, désarmée. Ils mangent à tour de rôle. Elle est décontenancée, son indignation a fait place à la surprise, elle se sent même un peu complice.

 

La soupe terminée, l’homme Noir se lève, lui fait signe de ne pas bouger, et revient avec une abondante portion de frites qu’il pose au milieu de la table, l’invite à se servir. Elle accepte et ils partagent les frites. Puis il se lève pour prendre congé avec un ample salut de la tête et prononce l’un de ses premiers mots :
 » merci !  »
Elle reste un moment pensive et songe à s’en aller.
Elle cherche son sac à mains, qu’elle a accroché au dossier de la chaise. Plus de sac ! Mais alors, cet homme noir n’était qu’un voleur ?
Elle s’apprête à demander qu’on le poursuive, lorsque ses yeux tombent sur un bol de soupe intact et froid, posé sur une table voisine, devant la chaise où est accroché son sac.
Il manquait une cuillère sur le plateau..

 

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6 octobre, 2013

La chasse-galerie (Conte québécois)

Classé dans : — unpeudetao @ 20:01

La chasse-galerie, était une invention du diable, c’était une sorte de canot volant qui permettait à ses occupants de se rendre à l’endroit de leur choix en survolant tous les obstacles possibles. Bien sûr, il fallait vendre son âme au diable pour l’utiliser.

 

Une veille de Jour de l’An, des bûcherons campés dans un chantier du nord  qui se mourraient d’ennuyance, qui pour sa famille, qui pour sa petite amie..
Il faut dire qu’à cette époque, l’on partait pour les chantiers dès l’automne venu bien avant les premiers gels. On montait par les rivières en canots. Et comme c’était le seul moyen de transport on ne revenait qu’au printemps suivant, après la débâcle.
Il n’était donc pas étonnant que nos bûcherons trouvent les soirées longues et ennuyantes. Au temps des Fêtes, c’était souvent intolérable. Les pauvres hommes avaient beau sortir leurs talents de musiciens, de chanteurs, improviser des divertissements, quand arrivait cette période, l’ennuyance était à son comble.

 

Une veille de Jour de l’An donc, le cuisinier du camp, après avoir écouté les doléances des hommes, leur proposa de les amener dans leur village pour danser et faire la fête..
« Nous n’avons qu’à y aller en chasse-galerie », leur dit-il.
Les bûcherons se montrèrent tout d’abord scandalisés.
« C’est interdit ! C’est de la magie noire !  On a pas le droit !..».
Mais le cook se montra convaincant.
« Il y a, bien sûr, des conditions : pas de jurons, pas de boissons, ne porter aucun symbole religieux (médailles, croix, scapulaires..), éviter de toucher les croix des clochers des églises et revenir avant le lever du jour. »
Facile se dirent-ils, on est des hommes après tout, pas des enfants. Pour aller voir sa blonde, embrasser sa femme et ses enfants un soir de Jour de l’An, ils étaient prêts à n’importe quoi.
On s’installe donc dans un canot avec le cuisinier comme guide. On prononce la formule magique :
« Acabri, Acabra, Acabragne, canot volant, fais-nous voyager par dessus les montagnes. »
L’on voyagea à la vitesse de l’éclair, passant au-delà des montagnes, sautant par-dessus les villages, les forêts, les rivières.  L’on eut tôt fait de voir apparaître une éclairci, puis les petites lumières de son village. En un rien de temps, les voilà rendus chez le marchand général, où se donnait ce soir-là la veillée du Jour de l’An.

 

La soirée fut trop vite passée, comme de raison. On s’amusa, on dansa, on joua du violon.. Mais se rappelant les conditions de leur voyage et avant que le jour  se lève, ils regagnèrent leur canot en douce, prononcèrent la formule magique et s’envolèrent vers leur camp.
Ils avaient tous été très prudents sauf.. Le cuisinier. Celui-ci avait sans trop se faire prier, avalé un petit verre de caribou, puis encore un, puis un autre. Les hommes durent l’attacher dans le fond du canot car il menaçait de se jeter par-dessus bord: il était saoul. Mais aucun d’eux n’avait déjà navigué en chasse-galerie.
Le canot filait à toute allure en zigzaguant. Arriva donc ce qui devait arriver : le canot frappa de plein fouet une grosse épinette et les hommes dégringolèrent. Heureusement, la neige épaisse adoucit la chute et à part quelques égratignures, ils s’en tirèrent tous à bon compte. Ils n’étaient pas très loin du camp, ils ont donc pu faire le reste du trajet à pied. Mais c’était l’hiver, c’est donc en piteux état qu’ils sont finalement arrivés au camp. Ils jurèrent tous qu’on ne les y reprendrait plus.  Ce fut probablement le cas parce qu’il est rare que l’on entende quelqu’un raconter qu’il a aperçu un canot volant dans le ciel.

 

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3 octobre, 2013

L’homme blessé par la flèche (Conte bouddhiste)

Classé dans : — unpeudetao @ 17:16

Autrefois, il y avait un moine qui réfléchissait et méditait sur les quatorze questions difficiles telles que le monde et le moi sont-ils éternels ou non éternels, sont-ils finis ou infinis, le sage existe-t-il ou n’existe-t-il pas après la mort ? etc.
Il ne parvenait pas à pénétrer ces questions et il en éprouvait de l’impatience.
Prenant son habit et son bol à aumônes, il se rendit auprès du Bouddha et lui dit :
 » Si le Bouddha peut m’expliquer ces quatorze questions difficiles et satisfait mon intelligence, je demeurerai son disciple ; s’il ne parvient pas à me les expliquer, je chercherai une autre voie.  »
Le Bouddha répondit à ce fou :
 » Au début, as-tu convenu avec moi que, si je t’expliquais les quatorze questions difficiles, tu serais mon disciple ? »
Le moine répondit que non.
Le Bouddha reprit :
 » Fou que tu es ! Comment peux-tu dire aujourd’hui que, si je ne t’explique pas cela, tu ne seras plus mon disciple ? C’est pour les hommes atteints par la vieillesse, la maladie et la mort que je prêche la Loi afin de les sauver. Ces quatorze questions difficiles sont des sujets de dispute ; elles ne profitent pas à la Loi et ne sont que vaines discussions. Pourquoi me poser ces questions ? Si je te répondais, tu ne comprendrais pas ; arrivé à l’heure de la mort, tu n’aurais rien saisi et tu n’aurais pas pu te libérer de la naissance, de la vieillesse, de la maladie, et de la mort.
 » Un homme a été frappé d’une flèche empoisonnée ; ses parents et son entourage ont appelé un médecin pour extraire la flèche et appliquer un remède. Et le blessé de dire au médecin :
 » Je ne permets pas que tu extraie la flèche avant que je sache quel est ton clan, ton nom, ta famille, ton village, tes père et mère et ton âge ; je veux savoir de quelle montagne provient la flèche, quelle est la nature de son bois et de ses plumes, qui a fabriqué la pointe de la flèche, et quel en est le fer ; ensuite je veux savoir si l’arc est en bois de montagne ou en corne d’animal ; enfin je veux savoir d’où provient le remède et quel est son nom. Après que j’aurai appris toutes ces choses, je te permettrai d’extraire la flèche et d’appliquer le remède. «  »
Le Bouddha demanda au moine :
 » Cet homme pourra-t-il connaître toutes ces choses et, après seulement, laisser enlever la flèche ?  »
Le moine répondit :
 » L’homme ne parviendra pas à savoir cela, car s’il attendait de tout savoir, il serait mort avant l’opération.  »
Le Bouddha reprit :
 » Tu es comme lui : la flèche des vues fausses, enduite du poison du désir et de la convoitise, a percé ton esprit ; je veux t’arracher cette flèche, à toi qui est mon disciple ; mais toi, tu refuses que je te l’enlève et tu veux chercher à savoir si le monde est éternel ou non éternel, fini ou non fini, etc. Tu ne trouveras pas ce que tu cherches, mais tu perdras la vie de sagesse ; tu mourras comme un animal et tu seras précipité dans les ténèbres.  »

 

Le moine, peu à peu, comprit à fond les paroles du Bouddha et il obtint la Voie.

 

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2 octobre, 2013

Parabole de la vraie science de la vie (Conte des Mille et une Nuits)

Classé dans : — unpeudetao @ 15:20

On raconte que dans une ville d’entre les villes, où l’on enseignait toutes les sciences, vivait un jeune homme beau et studieux. Bien que rien ne lui manquât, il était possédé du désir de toujours apprendre d’avantage. Il lui fut un jour révélé, grâce au récit d’un marchand voyageur, qu’il existait dans un pays fort éloigné, un savant qui était l’homme le plus saint de l’Islam et qui possédait à lui seul autant de science, de sagesse et de vertu, que tous les savants du siècle réunis. Malgré sa renommée, ce savant exerçait le simple métier de forgeron, comme son père avant lui et son grand-père avant son père.

 

Ayant entendu ces paroles, le jeune homme rentra chez lui, prit ses sandales, sa besace et son bâton, et quitta la ville et ses amis sur le champ. Il marcha pendant quarante jours et quarante nuits. Enfin il arriva dans la ville du forgeron. Il alla directement au souk et se présenta à celui dont tous les passants lui avaient indiqué la boutique. Il baisa le pan de la robe du forgeron et se tint devant lui avec déférence. Le forgeron qui était un homme d’âge au visage marqué par la bénédiction lui demanda :
 » Que désires-tu, mon fils ?  »
 » Apprendre la science.  » Répondit le jeune homme.
Pour toute réponse le forgeron lui mit dans les mains la corde du soufflet de la forge et lui dit de tirer. Le nouveau disciple répondit par l’obéissance et se mit aussitôt à tirer et à relâcher la corde sans discontinuer, depuis le moment de son arrivée jusqu’au coucher du soleil. Le lendemain il s’acquitta du même travail, ainsi que les jours suivants, pendant des semaines, pendant des mois et ainsi toute une année, sans que personne dans la forge, ni le maître, ni les nombreux disciples qui avaient chacun un travail tout aussi rigoureux, ne lui adressât une seule fois la parole, sans que personne ne se plaignît ou seulement murmurât.

 

Cinq années passèrent de la sorte. Le disciple, un jour, se hasarda timidement à ouvrir la bouche :
 » Maître..  »
Le forgeron s’arrêta dans son travail. Tous les disciples, à la limite de l’anxiété, firent de même. Dans le silence il se tourna vers le jeune homme et demanda :
 » Que veux-tu ?  »
 » La science !  »
Le forgeron dit :
 » Tire la corde !  »
Sans un mot de plus tout le monde reprit le travail.
Cinq autres années s’écoulèrent durant lesquelles, du matin au soir, sans répit, le disciple tira la corde du soufflet, sans que personne ne lui adressât la parole. Mais si quelqu’un avait besoin d’être éclairé sur une question de n’importe quel domaine, il lui était loisible d’écrire la demande et de la présenter au Maître le matin en entrant dans la forge. Le Maître ne lisait jamais l’écrit. S’il jetait le papier au feu, c’est sans doute que la demande ne valait pas la réponse. S’il plaçait le papier dans son turban, le disciple qui l’avait présenté trouvait le soir la réponse du Maître écrite en caractères d’or sur le mur de sa cellule.

 

Lorsque dix années furent écoulées, le forgeron s’approcha du jeune homme et lui toucha l’épaule. Le jeune homme, pour la première fois depuis des années, lâcha la corde du soufflet de forge. Une grande joie descendit en lui. Le Maître dit :
 » Mon fils, tu peux retourner vers ton pays et ta demeure, avec toute la science du monde et de la vie dans ton coeur. Car tout cela tu l’a acquis en acquérant la vertu de la patience !  »
Et il lui donna le baiser de paix.
Le disciple s’en retourna illuminé dans son pays, au milieu de ses amis. Et il vit clair dans la vie.

 

D’après les Contes des Mille et une Nuits Ed. Bouquins.

 

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