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9 juin, 2014

L’enfant Crapaud et Simbi (Conte haïtien)

Classé dans : — unpeudetao @ 14:05

En ce temps-là, les crapauds vivaient dans les rivières et les sources avec les grenouilles et les poissons. Tous les animaux étaient heureux, sauf le crapaud Mrayizot qui avait horreur du bruit et un grand amour de soi. Agacé de voir les animaux venir, sans cesse, boire à sa Source, il profita, du sommeil de Simbi, la sirène de l’onde, pour lui voler, un soir, la clé des eaux. En deux vigoureux tours de clé il verrouilla l’arrivée de l’eau et la source se tarie. Puis il se cacha dans une trappe inaccessible. Plogodop, plogodop, de bon matin, Cheval arriva tout guilleret : – To ! To ! To ! – Qui est là ? demande Crapaud. – C’est Cheval qui demande un peu d’eau. – Allez Cheval, allez, la source est tarie, répond Crapaud. – Plus d’eau, hennit tristement Cheval en repartant tête basse. Kokiyoukou ! Coq Batay toujours aussi fanfaron suivit Cheval de près en cocoricotant : – To ! To ! To ! – Qui est là ? demande Crapaud. – C’est Coq Batay qui demande un peu d’eau. – Allez Coq Batay, allez, la source est tarie, répond Crapaud. – Plus d’eau, chante tristement Coq Batay en repartant tête basse. Pitit ou pou wouuuuuu ! Madame Pigeon a du mal à avancer car son mari tourne à petits pas autour d’elle – To ! To ! To ! – Qui est là ? – C’est Madame Pigeon qui demande un peu d’eau. – Allez madame Pigeon, allez, la source est tarie. – Plus d’eau, roucoule tristement madame Pigeon en repartant tête basse. Simbi dormit longtemps et lorsqu’elle se réveilla elle courut prendre un bain de source. Une surprise l’attendait. Pas un bruit ! De petits cailloux ronds et blancs entre des herbes sèches ! Plus d’eau ! – C’est Crapaud qui a caché la clé des eaux, lui crièrent en chœur les animaux. Simbi ordonna à Crapaud de lui rendre la clé des eaux. Elle donna de si vigoureux tours de clé que l’eau se répandit à nouveau à travers les roseaux et les cailloux ronds et blancs. Les cigales chantèrent, les animaux burent à satiété et firent plein de bébés. Simbi pardonna à Crapaud, mais à une condition, qu’il ne remette plus jamais ses petites pattes dans les sources ou les rivières. C’est depuis ce jour-là qu’il n’y a plus de crapaud dans les rivières.

 

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15 mars, 2014

Le serpent et la grenouille (Conte malgache)

Classé dans : — unpeudetao @ 18:33

Un jour, un serpent et une grenouille se rencontrèrent. – Où allez-vous ainsi, vénérable frère ? demanda la grenouille. Le serpent répondit avec colère : – Je vais tout droit mon chemin. Le serpent n’ajouta rien, mais la grenouille, qui était très curieuse et très bavarde, demanda encore : – Pourquoi changez-vous de peau de temps en temps ? – Pour me faire beau, grogna le serpent. – Et pourquoi remuez-vous la queue comme si vous étiez en colère ? reprit l’imprudente grenouille. Pourquoi votre langue s’allonge-t-elle comme une flèche ? Pourquoi jetez-vous la tête en avant, comme pour effrayer les gens ? Et pourquoi rampez-vous sur le ventre tout le long de l’année ? Le serpent trouva ces questions fort impertinentes. Il se tourna vers la grenouille en disant : – Et vous, pourquoi vos yeux sont-ils à fleur de tête ? – Parce que je suis une grenouille de la plus belle espèce, dit-elle. – Et pourquoi tenez-vous la bouche si grande ouverte ? – Parce que j’ai toujours des messages à porter, et que je prends part à beaucoup de conversations. – Et que faites-vous tout le long du jour ? – Le soir je chante. A minuit j’appelle :  » Qui va là ? « . Le matin, je crie :  » Qui êtes-vous ? « . – Eh bien ! je vais vous faire voir qui je suis ! dit le serpent et, ouvrant la bouche, il avala la pauvre grenouille. Et c’est depuis ce temps-là que les serpents poursuivent les grenouilles et les mangent.

 

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2 septembre, 2013

La course des grenouilles (Conte)

Classé dans : — unpeudetao @ 14:25

Il était une fois une course de grenouilles.
L’objectif était d’arriver en haut d’une grande tour.
Beaucoup de gens se rassemblèrent pour les voir courir.
En fait, les gens ne croyaient pas possible que les grenouilles atteignent le sommet et ne cessaient de dire :
« Inutile ! Elles n’y arriveront jamais ! »

 

Les grenouilles commencèrent peu à peu à se décourager. Les gens continuaient :
« Vraiment pas la peine ! Elles n’y arriveront jamais ! »
Peu à peu, les grenouilles se découragèrent totalement, sauf une qui continuait envers et contre tout, À la fin, toutes abandonnèrent, sauf cette grenouille qui, seule et au prix d’un énorme effort, rejoignit la cime.
L’une d’entre elles s’approcha pour lui demander comment elle avait fait pour terminer l’épreuve.
Elle s’aperçut alors que la grenouille qui était arrivée au sommet était sourde.

 

N’écoutez pas les personnes négatives. Elles volent les meilleurs espoirs de votre cœur !
Soyez toujours sourd quand quelqu’un vous dit que vous ne pouvez réaliser vos rêves.
Portez-vous bien !

 

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2 avril, 2013

La Grenouille et le Boeuf, PHÈDRE

Classé dans : — unpeudetao @ 17:12

Le pauvre, en voulant imiter le puissant, se perd.

 

Dans la prairie un jour une grenouille se mit à contempler un boeuf. Prise de jalousie à la vue d’une si grande taille, elle gonfla sa peau ridée. Puis elle demanda à ses petits si elle n’était pas plus grosse que le boeuf.
Ils lui dirent que non.
De nouveau elle tendit sa peau avec de plus grands efforts et demanda encore qui des deux était le plus gros.
Ils lui dirent :  » C’est le boeuf.  »
Enfin, emportée par le dépit, elle voulut s’enfler davantage, mais elle creva.

 

PHÈDRE (Vers 14 av. J.-C. – vers 50 ap. J.-C.).

 

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29 janvier, 2013

Les grenouilles et le soleil, PHÈDRE

Classé dans : — unpeudetao @ 15:49

Voyant les noces d’un voleur, son voisin, avec nombre d’invités, Ésope se mit aussitôt à raconter ceci :
Comme le soleil voulait un jour prendre femme, les grenouilles poussèrent un cri jusqu’aux cieux.
Troublé par leur clameur, Jupiter demanda la cause de cette plainte.
L’une des habitantes du marais répondit :
« Il suffit d’un seul à présent pour assécher nos mares, et nous contraindre à périr dans nos demeures arides ; qu’en sera-t-il donc s’il engendre des enfants ? »

 

PHÈDRE (Vers 14 av. J.-C. – vers 50 ap. J.-C.).

 

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25 août, 2012

Les Grenouilles qui demandent un Roi, Jean de LA FONTAINE

Classé dans : — unpeudetao @ 19:15

            Les Grenouilles, se lassant
            De l’état démocratique,
            Par leurs clameurs firent tant
Que Jupin les soumit au pouvoir monarchique.
Il leur tomba du ciel un Roi tout pacifique :
Ce roi fit toutefois un tel bruit en tombant,
            Que la gent marécageuse,
            Gent fort sotte et fort peureuse,
            S’alla cacher sous les eaux,
            Dans les joncs, dans les roseaux,
            Dans les trous du marécage,
Sans oser de longtemps regarder au visage
Celui qu’elles croyaient être un géant nouveau ;
            Or c’était un Soliveau,
De qui la gravité fit peur à la première
            Qui, de le voir s’aventurant
            Osa bien quitter sa tanière.
            Elle approcha, mais en tremblant.
Une autre la suivit, une autre en fit autant,
            Il en vint une fourmilière ;
Et leur troupe à la fin se rendit familière,
       Jusqu’à sauter sur l’épaule du Roi.
Le bon Sire le souffre et se tient toujours coi.
Jupin en a bientôt la cervelle rompue :
Donnez-nous, dit ce peuple, un Roi qui se remue.
Le Monarque des Dieux leur envoie une Grue,
            Qui les croque, qui les tue,
            Qui les gobe à son plaisir,
            Et Grenouilles de se plaindre ;
Et Jupin de leur dire : Eh quoi ! votre désir
        À ses lois croit-il nous astreindre ?
        Vous avez dû premièrement
        Garder votre gouvernement  ;
Mais ne l’ayant pas fait, il vous devait suffire
Que votre premier Roi fut débonnaire et doux :
            De celui-ci contentez-vous,
            De peur d’en rencontrer un pire.

 

Jean de LA FONTAINE (1621-1695).

 

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19 mai, 2012

La souris et la grenouille (Conte soufi)

Classé dans : — unpeudetao @ 5:12

 

      Une souris qui se promenait le long d’un ruisseau se lia d’amitié avec une grenouille. Elles se réunissaient toutes deux, chaque jour à heure fixe, sur le lieu de leur première rencontre, afin de se raconter des histoires et de se divertir.
      Un jour, la souris dit à la grenouille :
      « Ô toi, le plus noble des animaux ! Depuis longtemps, je désire te confier un secret. Toi, tu viens de l’eau et c’est là que tu retournes. Et moi, lorsque je t’appelle du bord du ruisseau, je n’obtiens pas de réponse car tu ne m’entends pas. Mon coeur ne se satisfait pas de nos rencontres quotidiennes. Je suis dans l’égarement lorsque je ne vois pas ton visage. Pour moi, tu es la lumière du jour et la paix de la nuit. Mon coeur souhaite être avec toi à chaque instant. Mais toi, tu ignores tout de mon état. Ô ma soeur ! Moi je viens de la terre et toi, tu viens de l’eau. Il m’est impossible de plonger dans l’eau. Il faut que nous trouvions un moyen afin que mes appels te parviennent. »
      Et elle proposa cette solution :
      « Nous allons prendre une ficelle très longue et chacune de nous attachera l’une de ses pattes à l’une de ses extrémités. Ainsi, quand je voudrai te voir, il me suffira de tirer la ficelle.  »
      Cette solution ne plut guère à la grenouille et elle refusa.
      Si la grenouille de l’âme est liée à la souris du corps, elle est sans cesse importunée par cette dernière qui tire la ficelle.
      La souris insista tellement que la grenouille finit par céder. Elles se relièrent donc par une longue ficelle et, chaque fois que la souris tirait sur elle, la grenouille remontait du fond de l’eau pour converser avec son amie.
      Or, un jour, un énorme corbeau attrapa la souris et s’envola. Il souleva la souris et la grenouille à sa suite, la souris dans son bec et la grenouille au bout de la ficelle. Les gens qui virent ce spectacle se dirent alors :
      « Voilà bien une chose étonnante ! Une grenouille, créature aquatique, pourchassée par un corbeau ! »
      Quant à elle, la grenouille se disait :
      « Quiconque se lie d’amitié avec une créature qui n’est pas de sa sorte mérite certes la punition que je subis ! »

 

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6 février, 2011

La Grenouille et le Rat, Jean de LA FONTAINE

Classé dans : — unpeudetao @ 6:21

 

Tel, comme dit Merlin, cuide engeigner autrui,
            Qui souvent s’engeigne soi-même.
J’ai regret que ce mot soit trop vieux aujourd’hui :
Il m’a toujours semblé d’une énergie extrême.
Mais afin d’en venir au dessein que j’ai pris,
Un rat plein d’embonpoint, gras et des mieux nourris,
Et qui ne connaissait l’avent ni le carême,
Sur le bord d’un marais égayait ses esprits.
Une grenouille approche, et lui dit en sa langue :
Venez me voir chez moi ; je vous ferai festin.
            Messire Rat promit soudain :
Il n’était pas besoin de plus longue harangue.
Elle allégua pourtant les délices du bain,
La curiosité, le plaisir du voyage,
Cent raretés à voir le long du marécage :
Un jour il conterait à ses petits-enfants
Les beautés de ces lieux, les moeurs des habitants,
Et le gouvernement de la chose publique
                        Aquatique.
Un point sans plus tenait le galand empêché.
Il nageait quelque peu ; mais il fallait de l’aide.
La Grenouille à cela trouve un très bon remède :
Le Rat fut à son pied par la patte attaché ;
            Un brin de jonc en fit l’affaire.
Dans le marais entrés, notre bonne Commère
S’efforce de tirer son Hôte au fond de l’eau,
Contre le droit des gens, contre la foi jurée ;
Prétend qu’elle en fera gorge chaude et curée ;
(C’était, à son avis, un excellent morceau.)
Déjà, dans son esprit la Galande le croque.
Il atteste les dieux ; la Perfide s’en moque :
Il résiste ; elle tire. En ce combat nouveau,
Un Milan, qui dans l’air planait, faisait la ronde,
Voit d’en haut le pauvret se débattant sur l’onde.
Il fond dessus, l’enlève, et par même moyen
                La Grenouille et le lien.
                Tout en fut : tant et si bien,
                Que de cette double proie
                L’Oiseau se donne au coeur joie,
                Ayant de cette façon
                A souper chair et poisson.

                La ruse la mieux ourdie
                Peut nuire à son inventeur;
                Et souvent la perfidie
                Retourne sur son auteur.

 

Jean de La Fontaine.

 

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9 octobre, 2008

Le rossignol (Conte)

Classé dans : — unpeudetao @ 4:25

Le rossignol

 
Vous savez qu’en Chine, l’empereur est un Chinois, et tous ses sujets sont des Chinois.

Il y a de longues années, et justement parce qu’il y a très longtemps, je veux vous raconter cette histoire avant qu’on ne l’oublie.

Le palais de l’empereur était le plus beau du monde, entièrement construit de la plus fine porcelaine – il fallait d’ailleurs y faire très attention.

Dans le jardin poussaient des fleurs merveilleuses; et afin que personne ne puisse passer sans les remarquer, on avait attaché aux plus belles d’entre-elles
des clochettes d’argent qui tintaient délicatement. Vraiment, tout était magnifique dans le jardin de l’empereur, et ce jardin s’étendait si loin, que
même le jardinier n’en connaissait pas la fin. En marchant toujours plus loin, on arrivait à une merveilleuse forêt, où il y avait de grands arbres et
des lacs profonds. Et cette forêt s’étendait elle-même jusqu’à la mer, bleue et profonde. De gros navires pouvaient voguer jusque sous les branches où
vivait un rossignol. Il chantait si divinement que même le pauvre pêcheur, qui avait tant d’autres choses à faire, ne pouvait s’empêcher de s’arrêter et
de l’écouter lorsqu’il sortait la nuit pour retirer ses filets. « Mon Dieu! Comme c’est beau! », disait-il. Mais comme il devait s’occuper de ses filets,
il oubliait l’oiseau. Les nuits suivantes, quand le rossignol se remettait à chanter, le pêcheur redisait à chaque fois: « Mon Dieu! Comme c’est beau! »

Des voyageurs de tous les pays venaient dans la ville de l’empereur et s’émerveillaient devant le château et son jardin; mais lorsqu’ils finissaient par
entendre le Rossignol, ils disaient tous: « Voilà ce qui est le plus beau! » Lorsqu’ils revenaient chez-eux, les voyageurs racontaient ce qu’ils avaient
vu et les érudits écrivaient beaucoup de livres à propos de la ville, du château et du jardin. Mais ils n’oubliaient pas le rossignol: il recevait les
plus belles louanges et ceux qui étaient poètes réservaient leurs plus beaux vers pour ce rossignol qui vivaient dans la forêt, tout près de la mer.

Les livres se répandirent partout dans le monde, et quelques-uns parvinrent un jour à l’empereur. Celui-ci s’assit dans son trône d’or, lu, et lu encore.
À chaque instant, il hochait la tête, car il se réjouissait à la lecture des éloges qu’on faisait sur la ville, le château et le jardin. « Mais le rossignol
est vraiment le plus beau de tout! », y était-il écrit.

« Quoi? », s’exclama l’empereur. « Mais je ne connais pas ce rossignol! Y a-t-il un tel oiseau dans mon royaume, et même dans mon jardin? Je n’en ai jamais
entendu parler! »

Il appela donc son chancelier. Celui-ci était tellement hautain que, lorsque quelqu’un d’un rang moins élevé osait lui parler ou lui poser une question,
il ne répondait rien d’autre que: « P! » Ce qui ne voulait rien dire du tout.

« Il semble y avoir ici un oiseau de plus remarquables qui s’appellerait Rossignol! », dit l’empereur. « On dit que c’est ce qu’il y de plus beau dans mon
grand royaume; alors pourquoi ne m’a-t-on rien dit à ce sujet? » « Je n’ai jamais entendu parler de lui auparavant », dit le chancelier. « Il ne s’est jamais
présenté à la cour! »

« Je veux qu’il vienne ici ce soir et qu’il chante pour moi! », dit l’empereur. « Le monde entier sait ce que je possède, alors que moi-même, je n’en sais
rien! »

« Je n’ai jamais entendu parler de lui auparavant », redit le chancelier. « Je vais le chercher, je vais le trouver! »

Mais où donc le chercher? Le chancelier parcourut tous les escaliers de haut en bas et arpenta les salles et les couloirs, mais aucun de ceux qu’il rencontra
n’avait entendu parler du rossignol. Le chancelier retourna auprès de l’empereur et lui dit que ce qui était écrit dans le livre devait sûrement n’être
qu’une fabulation. « Votre Majesté Impériale ne devrait pas croire tout ce qu’elle lit; il ne s’agit là que de poésie! »

« Mais le livre dans lequel j’ai lu cela, dit l’empereur, m’a été expédié par le plus grand Empereur du Japon; ainsi ce ne peut pas être une fausseté. Je
veux entendre le rossignol; il doit être ici ce soir! Il a ma plus haute considération. Et s’il ne vient pas, je ferai piétiner le corps de tous les gens
de la cour après le repas du soir. »

« Tsing-pe! », dit le chancelier, qui s’empressa de parcourir de nouveau tous les escaliers de haut en bas et d’arpenter encore les salles et les couloirs.
La moitié des gens de la cour alla avec lui, car l’idée de se faire piétiner le corps ne leur plaisaient guère. Ils s’enquirent du remarquable rossignol
qui était connu du monde entier, mais inconnu à la cour.

Finalement, ils rencontrèrent une pauvre fillette aux cuisines. Elle dit: « Mon Dieu, Rossignol? Oui, je le connais. Il chante si bien! Chaque soir, j’ai
la permission d’apporter à ma pauvre mère malade quelques restes de table; elle habite en-bas, sur la rive. Et lorsque j’en reviens, fatiguée, et que je
me repose dans la forêt, j’entends Rossignol chanter. Les larmes me montent aux yeux; c’est comme si ma mère m’embrassait! »

« Petite cuisinière, dit le chancelier, je te procurerai un poste permanent aux cuisines et t’autoriserai à t’occuper des repas de l’empereur, si tu nous
conduis auprès de Rossignol; il doit chanter ce soir. »

Alors, ils partirent dans la forêt, là où Rossignol avait l’habitude de chanter; la moitié des gens de la cour suivit. Tandis qu’ils allaient bon train,
une vache se mit à meugler.

« Oh! », dit un hobereau. « Maintenant, nous l’avons trouvé; il y a là une remarquable vigueur pour un si petit animal! Je l’ai sûrement déjà entendu! »

« Non, dit la petite cuisinière, ce sont des vaches qui meuglent. Nous sommes encore loin de l’endroit où il chante. »

Puis, les grenouilles croassèrent dans les marais. « Merveilleux! », s’exclama le prévôt du château. « Là, je l’entends; cela ressemble justement à de petites
cloches de temples. »

« Non, ce sont des grenouilles! », dit la petite cuisinière. « Mais je pense que bientôt nous allons l’entendre! » À ce moment, Rossignol se mit à chanter.

« C’est lui, dit la petite fille. Ecoutez! Ecoutez! Il est là! » Elle montra un petit oiseau gris qui se tenait en-haut dans les branches.

« Est-ce possible? », dit le chancelier. « Je ne l’aurais jamais imaginé avec une apparence aussi simple. Il aura sûrement perdu ses couleurs à force de se
faire regarder par tant de gens! »

« Petit Rossignol, cria la petite cuisinière, notre gracieux Empereur aimerait que tu chantes devant lui! »

« Avec le plus grand plaisir », répondit Rossignol. Il chanta et ce fut un vrai bonheur. « C’est tout à fait comme des clochettes de verre! », dit le chancelier.
« Et voyez comme sa petite gorge travaille fort! C’est étonnant que nous ne l’ayons pas aperçu avant; il fera grande impression à la cour! » « Dois-je chanter
encore pour l’Empereur? », demanda Rossignol, croyant que l’empereur était aussi présent.

« Mon excellent petit Rossignol, dit le chancelier, j’ai le grand plaisir de vous inviter à une fête ce soir au palais, où vous charmerez sa Gracieuse Majesté
Impériale de votre merveilleux chant! »

« Mon chant s’entend mieux dans la nature! », dit Rossignol, mais il les accompagna volontiers, sachant que c’était le souhait de l’empereur.

Au château, tout fut nettoyé; les murs et les planchers, faits de porcelaine, brillaient sous les feux de milliers de lampes d’or. Les fleurs les plus magnifiques,
celles qui pouvaient tinter, furent placées dans les couloirs. Et comme il y avait là des courants d’air, toutes les clochettes tintaient en même temps,
de telle sorte qu’on ne pouvait même plus s’entendre parler.

Au milieu de la grande salle où l’empereur était assis, on avait placé un perchoir d’or, sur lequel devait se tenir Rossignol. Toute la cour était là; et
la petite fille, qui venait de se faire nommer cuisinière de la cour, avait obtenu la permission de se tenir derrière la porte. Tous avaient revêtu leurs
plus beaux atours et regardaient le petit oiseau gris, auquel l’empereur fit un signe.

Le rossignol chanta si magnifiquement, que l’empereur en eut les larmes aux yeux. Les larmes lui coulèrent sur les joues et le rossignol chanta encore plus
merveilleusement; cela allait droit au coeur. L’empereur fut ébloui et déclara que Rossignol devrait porter au coup une pantoufle d’or. Le Rossignol l’en
remercia, mais répondit qu’il avait déjà été récompensé: « J’ai vu les larmes dans les yeux de l’Empereur et c’est pour moi le plus grand des trésors! Oui!
J’ai été largement récompensé! » Là-dessus, il recommença à chanter de sa voix douce et magnifique.

« C’est la plus adorable voix que nous connaissons! », dirent les dames tout autour. Puis, se prenant pour des rossignols, elles se mirent de l’eau dans la
bouche de manière à pouvoir chanter lorsqu’elles parlaient à quelqu’un. Les serviteurs et les femmes de chambres montrèrent eux aussi qu’ils étaient joyeux;
et cela voulait beaucoup dire, car ils étaient les plus difficiles à réjouir. Oui, vraiment, Rossignol amenait beaucoup de bonheur.

À partir de là, Rossignol dut rester à la cour, dans sa propre cage, avec, comme seule liberté, la permission de sortir et de se promener deux fois le jour
et une fois la nuit. On lui assigna douze serviteurs qui le retenaient grâce à des rubans de soie attachés à ses pattes. Il n’y avait absolument aucun
plaisir à retirer de telles excursions.

Un jour, l’empereur reçut une caisse, sur laquelle était inscrit: « Le rossignol ».

« Voilà sans doute un nouveau livre sur notre fameux oiseau! », dit l’empereur. Ce n’était pas un livre, mais plutôt une oeuvre d’art placée dans une petite
boîte: un rossignol mécanique qui imitait le vrai, mais tout sertis de diamants, de rubis et de saphirs. Aussitôt qu’on l’eut remonté, il entonna l’un
des airs que le vrai rossignol chantait, agitant la queue et brillant de mille reflets d’or et d’argent. Autour de sa gorge, était noué un petit ruban
sur lequel était inscrit: « Le rossignol de l’Empereur du Japon est bien humble comparé à celui de l’Empereur de Chine. »

Tous s’exclamèrent: « C’est magnifique! » Et celui qui avait apporté l’oiseau reçu aussitôt le titre de « Suprême Porteur Impérial de Rossignol ».

« Maintenant, ils doivent chanter ensembles! Comme ce sera plaisant! »

Et ils durent chanter en duo, mais ça n’allait pas. Car tandis que le vrai rossignol chantait à sa façon, l’automate, lui, chantait des valses. « Ce n’est
pas de sa faute! », dit le maestro, « il est particulièrement régulier, et tout-à-fait selon mon école! » Alors l’automate dut chanter seul. Il procura autant
de joie que le véritable et s’avéra plus adorable encore à regarder; il brillait comme des bracelets et des épinglettes.

Il chanta le même air trente-trois fois sans se fatiguer; les gens auraient bien aimé l’entendre encore, mais l’empereur pensa que ce devait être au tour
du véritable rossignol de chanter quelque chose. Mais où était-il? Personne n’avait remarqué qu’il s’était envolé par la fenêtre, en direction de sa forêt
verdoyante.

« Mais que se passe-t-il donc? », demanda l’empereur, et tous les courtisans grognèrent et se dirent que Rossignol était un animal hautement ingrat. « Le meilleur
des oiseaux, nous l’avons encore! », dirent-ils, et l’automate dut recommencer à chanter. Bien que ce fut la quarante-quatrième fois qu’il jouait le même
air, personne ne le savait encore par coeur; car c’était un air très difficile. Le maestro fit l’éloge de l’oiseau et assura qu’il était mieux que le vrai,
non seulement grâce à son apparence externe et les nombreux et magnifiques diamants dont il était serti, mais aussi grâce à son mécanisme intérieur. « Voyez,
mon Souverain, Empereur des Empereurs! Avec le vrai rossignol, on ne sait jamais ce qui en sortira, mais avec l’automate, tout est certain: on peut l’expliquer,
le démonter, montrer son fonctionnement, voir comment les valses sont réglées, comment elles sont jouées et comment elles s’enchaînent! »

« C’est tout-à-fait notre avis! », dit tout le monde, et le maestro reçu la permission de présenter l’oiseau au peuple le dimanche suivant. Le peuple devait
l’entendre, avait ordonné l’empereur, et il l’entendit. Le peuple était en liesse, comme si tous s’étaient enivrés de thé, et tous disaient: « Oh! », en
pointant le doigt bien haut et en faisant des signes. Mais les pauvres pêcheurs, ceux qui avaient déjà entendu le vrai rossignol, dirent: « Il chante joliment,
les mélodies sont ressemblantes, mais il lui manque quelque chose, nous ne savons trop quoi! »

Le vrai rossignol fut banni du pays et de l’empire. L’oiseau mécanique eut sa place sur un coussin tout près du lit de l’empereur, et tous les cadeaux que
ce dernier reçu, or et pierres précieuses, furent posés tout autour. L’oiseau fut élevé au titre de « Suprême Rossignol Chanteur Impérial » et devint le
Numéro Un à la gauche de l’empereur – l’empereur considérant que le côté gauche, celui du coeur, était le plus distingué, et qu’un empereur avait lui aussi
son coeur à gauche. Le maestro rédigea une oeuvre en vingt-cinq volumes sur l’oiseau. C’était très savant, long et remplis de mots chinois parmi les plus
difficiles; et chacun prétendait l’avoir lu et compris, craignant de se faire prendre pour un idiot et de se faire piétiner le corps.

Une année entière passa. L’empereur, la cour et tout les chinois connaissaient par coeur chacun des petits airs chantés par l’automate. Mais ce qui leur
plaisaient le plus, c’est qu’ils pouvaient maintenant eux-mêmes chanter avec lui, et c’est ce qu’ils faisaient. Les gens de la rue chantaient: « Ziziiz!
Kluckkluckkluck! », et l’empereur aussi. Oui, c’était vraiment magnifique!

Mais un soir, alors que l’oiseau mécanique chantait à son mieux et que l’empereur, étendu dans son lit, l’écoutait, on entendit un « cric » venant de l’intérieur;
puis quelque chose sauta: « crac! » Les rouages s’emballèrent, puis la musique s’arrêta.

L’empereur sauta immédiatement hors du lit et fit appeler son médecin. Mais que pouvait-il bien y faire? Alors on amena l’horloger, et après beaucoup de
discussions et de vérifications, il réussit à remettre l’oiseau dans un certain état de marche. Mais il dit que l’oiseau devait être ménagé, car les chevilles
étaient usées, et qu’il était impossible d’en remettre de nouvelles. Quelle tristesse! À partir de là, on ne put faire chanter l’automate qu’une fois l’an,
ce qui était déjà trop. Mais le maestro tint un petit discourt, tout plein de mots difficiles, disant que ce serait aussi bien qu’avant; et ce fut aussi
bien qu’avant.

Puis, cinq années passèrent, et une grande tristesse s’abattit sur tout le pays. L’empereur, qui occupait une grande place dans le coeur de tous les chinois,
était maintenant malade et devait bientôt mourir. Déjà, un nouvel empereur avait été choisi, et le peuple, qui se tenait dehors dans la rue, demandait
au chancelier comment se portait son vieil empereur.

« P! », disait-il en secouant la tête.

L’empereur, froid et blême, gisait dans son grand et magnifique lit. Toute la cour le croyait mort, et chacun s’empressa d’aller accueillir le nouvel empereur;
les serviteurs sortirent pour en discuter et les femmes de chambres se rassemblèrent autour d’une tasse de café. Partout autour, dans toutes les salles
et les couloirs, des draps furent étendus sur le sol, afin qu’on ne puisse pas entendre marcher; ainsi, c’était très silencieux. Mais l’empereur n’était
pas encore mort: il gisait, pâle et glacé, dans son magnifique lit aux grands rideaux de velours et aux passements en or massif. Tout en haut, s’ouvrait
une fenêtre par laquelle les rayons de lune éclairaient l’empereur et l’oiseau mécanique.

Le pauvre empereur pouvait à peine respirer; c’était comme si quelque chose ou quelqu’un était assis sur sa poitrine. Il ouvrit les yeux, et là, il vit
que c’était la Mort. Elle s’était coiffée d’une couronne d’or, tenait dans une main le sabre de l’empereur, et dans l’autre, sa splendide bannière. De
tous les plis du grand rideau de velours surgissaient toutes sortes de têtes, au visage parfois laid, parfois aimable et doux. C’étaient les bonnes et
les mauvaises actions de l’empereur qui le regardaient, maintenant que la Mort était assise sur son coeur.

« Te souviens-tu d’elles? », dit la Mort. Puis, elle lui raconta tant de ses actions passées, que la sueur en vint à lui couler sur le front.

« Cela je ne l’ai jamais su! », dit l’empereur. « De la musique! De la musique! Le gros tambour chinois », cria l’empereur, « pour que je ne puisse entendre
tout ce qu’elle dit! »

Mais la Mort continua de plus belle, en faisant des signes de tête à tout ce qu’elle disait.

« De la musique! De la musique! », criait l’empereur. « Toi, cher petit oiseau d’or, chante donc, chante! Je t’ai donné de l’or et des objets de grande valeur,
j’ai suspendu moi-même mes pantoufles d’or à ton cou; chante donc, chante! »

Mais l’oiseau n’en fit rien; il n’y avait personne pour le remonter, alors il ne chanta pas. Et la Mort continua à regarder l’empereur avec ses grandes
orbites vides. Et tout était calme, terriblement calme.

Tout à coup, venant de la fenêtre, on entendit le plus merveilleux des chants: c’était le petit rossignol, plein de vie, qui était assis sur une branche.
Ayant entendu parler de la détresse de l’empereur, il était venu lui chanter réconfort et espoir. Et tandis qu’il chantait, les visages fantômes s’estompèrent
et disparurent, le sang se mit à circuler toujours plus vite dans les membres fatigués de l’empereur, et même la Mort écouta et dit: « Continue, petit rossignol!
Continue! »

« Bien, me donnerais-tu le magnifique sabre d’or? Me donnerais-tu la riche bannière? Me donnerais-tu la couronne de l’empereur? »

La Mort donna chacun des joyaux pour un chant, et Rossignol continua à chanter. Il chanta le tranquille cimetière où poussent les roses blanches, où les
lilas embaument et où les larmes des survivants arrosent l’herbe fraîche. Alors la Mort eut la nostalgie de son jardin, puis elle disparut par la fenêtre,
comme une brume blanche et froide.

« Merci, merci! » dit l’empereur. « Toi, divin petit oiseau, je te connais bien! Je t’ai banni de mon pays et de mon empire, et voilà que tu chasses ces mauvais
esprits de mon lit, et que tu sors la Mort de mon coeur! Comment pourrais-je te récompenser? »

« Tu m’as récompensé! », répondit Rossignol. « J’ai fait couler des larmes dans tes yeux, lorsque j’ai chanté la première fois. Cela, je ne l’oublierai jamais;
ce sont là les joyaux qui réjouissent le coeur d’un chanteur. Mais dors maintenant, et reprend des forces; je vais continuer à chanter! »

Il chanta, et l’empereur glissa dans un doux sommeil; un sommeil doux et réparateur!

Le soleil brillait déjà par la fenêtre lorsque l’empereur se réveilla, plus fort et en bonne santé. Aucun de ses serviteurs n’était encore venu, car ils
croyaient tous qu’il était mort. Mais Rossignol était toujours là et il chantait. « Tu resteras toujours auprès de moi!, dit l’empereur. Tu chanteras seulement
lorsqu’il t’en plaira, et je briserai l’automate en mille morceaux. »

« Ne fait pas cela », répondit Rossignol. « Il a apporté beaucoup de bien, aussi longtemps qu’il a pu; conserve-le comme il est. Je ne peux pas nicher ni habiter
au château, mais laisse moi venir quand j’en aurai l’envie. Le soir, je viendrai m’asseoir à la fenêtre et je chanterai devant toi pour tu puisses te réjouir
et réfléchir en même temps. Je chanterai à propos de bonheur et de la misère, du bien et du mal, de ce qui, tout autour de toi, te reste caché. Un petit
oiseau chanteur vole loin, jusque chez le pauvre pêcheur, sur le toit du paysan, chez celui qui se trouve loin de toi et de ta cour. J’aime ton coeur plus
que ta couronne, même si la couronne a comme une odeur de sainteté autour d’elle. Je reviendrai et chanterai pour toi! Mais avant, tu dois me promettre! »

« Tout ce que tu voudras! », dit l’empereur. Il était debout dans son costume impérial, qu’il venait d’enfiler, et tenait sur son coeur le sabre alourdi par
l’or. « Je te demande de ne révéler à personne que tu as un petit oiseau qui te raconte tout. Alors, tout ira mieux ! »

Puis, Rossignol s’envola.

Les serviteurs entraient pour voir leur empereur mort. Ils étaient là, debout devant lui, étonnés.

Et lui leur dit, simplement : « Bonjour! »

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