• Accueil
  • > Recherche : conte rebelle

3 avril, 2014

Le lac de l’épée restituée (Conte vietnamien)

Classé dans : — unpeudetao @ 18:16

Il y a très longtemps de cela, régnait au Viêtnam la dynastie chinoise des Ming. Le peuple n’avait pas la vie facile, sous la domination étrangère : les impôts augmentaient chaque année, les corvées étaient de plus en plus insupportables et la misère sans cesse plus grande. Et quand, en plus de cela, la famine s’abattit sur tout le pays, la population finit par se soulever dans la province de Thanh Hoà, sous la conduite d’un homme nommé Lê Loi. Malheureusement, les rebelles, affaiblis par la faim et mal armés, subirent défaite sur défaite. Alors l’Empereur du Royaume des Eaux, Lac Long Quân, eut pitié de ce peuple accablé et décida d’intervenir dans le cours des choses. A cette époque-là vivait un pêcheur appelé Lê Thânh. Un matin, quand il voulut tirer son filet comme d’habitude, celui-ci lui parut plus lourd.  » Enfin une bonne pêche !  » se dit-il.  » Aurais-je pris une anguille, pour une fois ?  » Mais point d’anguille, ce n’était qu’une barre de fer. Déçu, Lê Thânh la rejeta dans l’eau. Lorsqu’il la remonta une deuxième fois, il jura comme un beau diable et l’envoya loin du bateau.  » Ce n’est pas possible, une chose pareille !  » pensait-il en lançant son filet pour la troisième fois. Cette fois encore, au lieu du poisson attendu, il pêcha la barre de fer.  » Bouddha miséricordieux, ce n’est pas une barre, c’est une épée !  » cria-t-il alors, après l’avoir mieux regardée.  » Une véritable épée, à laquelle il ne manque que la poignée !  » Lê Thânh s’empara de l’épée et, quelque temps après, se joignit aux rebelles. Un jour, leur chef fit halte chez lui en compagnie de quelques soldats. Fatigués par une longue et pénible cavalcade, les insurgés furent heureux de voir apparaître la cabane du pêcheur. La pensée d’une tasse de thé vert, tellement rafraîchissant, et d’une sieste à l’ombre du banian leur fit pousser un soupir de bonheur ; car on était en plein midi, le soleil brillait de tous ses feux et dardait des rayons aussi brûlants qu’impitoyables sur tous les êtres vivants. Tandis que les hommes s’installaient confortablement à l’ombre, Lê Loi pénétra dans la hutte. Quand ses yeux se furent accoutumés à la pénombre, il découvrit brusquement dans un coin un objet très brillant qui semblait l’attirer avec une force magnétique.  » Comment une arme de ce prix se trouve-t-elle ici ?  » se demanda-t-il, surpris.  » Une telle épée serait digne d’un roi ! Dommage qu’elle n’ait plus de poignée..  » Là-dessus, il ressortit pour interroger le pêcheur, qui servait du thé vert à ses hommes. Lê Thânh lui raconta tout. Après un court repos, les rebelles se remirent en route, oubliant vite l’épée et son histoire extraordinaire.

 

Le temps passa, s’écoulant comme l’eau du fleuve. Les insurgés subirent encore de nombreuses défaites, et leur chef Lê Loi avait le coeur de plus en plus lourd.  » Un peu de solitude me ferait peut-être du bien « , se dit-il un jour. sella son fidèle coursier et s’enfonça dans la forêt. Il était déjà loin quand il aperçut tout à coup, au plus profond des arbres, une lueur aveuglante. Chevauchant dans cette direction, il finit par atteindre un grand arbre. La mystérieuse lueur étincelait à son sommet. Lê Loi grimpa et constata bientôt qu’il s’agissait d’une poignée d’épée, magnifiquement ouvragée, que le soleil faisait resplendir.  » Où ai-je vu la lame qui va avec cette poignée ?  » se demanda Lê Loi. Brusquement, l’histoire du pêcheur Lê Thânh lui revint. Dès le lendemain, il retourna le voir et lui montra la poignée, trouvée dans de si étranges circonstances.  » Croyez-moi, Seigneur, c’est le Ciel lui-même qui nous envoie cette épée pour nous aider dans notre juste combat « , déclara le pêcheur.  » De toute évidence, ce n’est pas une épée ordinaire.  » Il avait raison : l’épée prodigieuse à la main, Lê Loi conduisit ses troupes de victoire en victoire. La chance était enfin du côté des insurgés. Bientôt le pays se trouva libéré, et Lê Loi devint son nouveau roi.

 

Une année passa. Le nouveau souverain séjournait la plupart du temps dans son palais, au coeur de la capitale, et consacrait ses heures libres à des promenades sur le lac. Un jour qu’il glissait sur le miroir des eaux dans sa jonque ornée de dragons et de phoenix, il vit soudain surgir devant la proue une tortue qui s’adressa à lui d’une voix humaine :  » Lê Loi, mon Maître te prie de bien vouloir lui rendre son épée magique. Tu n’as plus besoin de ce présent de l’Empereur Lac Long Quân, puisque la paix et l’ordre règnent désormais dans le pays tout entier.  » Alors Lê Loi comprit enfin qui l’avait aidé quand il était dans le besoin : le souverain du Royaume des Eaux en personne. Il ôta l’épée de son ceinturon et la tendit à la tortue, qui disparut avec elle dans les profondeurs.

 

Depuis lors, le lac qui se trouve au centre de la ville d’Hanoi se nomme le Lac de l’épée restituée.

 

*****************************************************

 

23 octobre, 2013

L’homme et les singes, Lie Tseu (Conte taoïste)

Classé dans : — unpeudetao @ 18:28

A Song vivait un amateur de singes. Il aimait les singes et en possédait tout un troupeau. Il était capable de comprendre leurs désirs et les singes (de leur côté) comprenaient leur maître. Il restreignait sa propre nourriture pour satisfaire les singes, mais survint une disette et il dut diminuer la nourriture des animaux.

 

Cependant, craignant que ceux-ci ne se rebellent, il leur dit tout d’abord avec ruse :
 » Si je vous donnais le matin trois châtaignes et le soir quatre, cela suffirait-il ?  »
Tous les singes se levèrent furieux. Se ravisant, il dit alors :
 » Soit, vous aurez le matin quatre châtaignes et le soir trois. Sera-ce suffisant ?  »
Les singes se couchèrent satisfaits.

 

C’est ainsi que les êtres, les uns habiles, les autres sots, se dupent les uns les autres. Le chen-jen dupe, grâce à son intelligence, la foule des sots de la même façon que fit l’amateur de singes qui dupa ceux-ci. Sans changer le nom ni la chose, il sut les rendre furieux, puis joyeux.

 

*cheng-jen : Les sages de l’antiquité.
*****************************************************

 

23 janvier, 2012

Le pêcheur et le djinn (Conte soufi)

Classé dans : — unpeudetao @ 17:07

 

     Un pêcheur solitaire ramena dans son filet une bouteille en cuivre, de petites dimensions, fermée d’un cachet de plomb. La bouteille, par son aspect, était très différente de ce qu’il était habitué à trouver dans la mer. Peut-être contenait-elle quelque objet précieux ? Sinon, il pourrait toujours la vendre à un dinandier.
     Un étrange symbole était gravé sur le cachet : le sceau de Salomon, roi et maître. À l’intérieur de la bouteille un djinn redoutable était emprisonné. Salomon en personne l’avait jetée à la mer pour protéger les hommes contre ce mauvais génie jusqu’au jour où quelqu’un viendrait qui saurait le maîtriser et lui assigner son rôle véritable, celui de serviteur du genre humain.
     Cela, le pêcheur l’ignorait. Tout ce qu’il savait, c’est qu’il avait entre les mains un objet qu’il pouvait contempler à loisir et dont il allait pouvoir, de toute façon, tirer profit. Le cuivre reluisait. « C’est une oeuvre d’art, pensa-t-il. Et dedans, il y a peut-être des diamants… »
     Oubliant l’adage selon lequel « l’homme ne peut utiliser que ce qu’il a appris à utiliser », le pêcheur retira le bouchon de plomb. Puis il retourna la bouteille : elle semblait vide. Il la posa sur le sable, l’examina attentivement. Une mince volute commença de s’en échapper, une sorte de fumée, qui devint de plus en plus dense, s’enroula en spirale et prit graduellement l’aspect d’un être gigantesque, menaçant. L’être s’adressa à lui d’une voix tonitruante :
     « Je suis le Chef des djinns qui connaissent les secrets des événements miraculeux, emprisonné dans cette bouteille sur ordre de Salomon, contre qui je m’étais rebellé ! Et maintenant je vais te détruire ! » Le pêcheur, terrifié, se jeta sur le sable en criant : « Tu vas me détruire ? Moi qui t’ai libéré !
     – Bien sûr que je vais te détruire, dit le djinn. Il est dans ma nature de me rebeller, il est en mon pouvoir de détruire, même après avoir été réduit à l’immobilité plusieurs milliers d’années. »
     Le pêcheur comprit alors que, loin de tirer profit de cette prise indésirable, il allait probablement être anéanti sans même savoir pourquoi.
     Son regard s’arrêta sur le sceau qui ornait le bouchon de plomb, et lui vint une idée.
     « Ne me raconte pas que tu es sorti de cette bouteille ! dit-il au djinn. Elle est bien trop petite pour te contenir.
     – Comment cela ! rugit la créature. Mettrais-tu en doute la parole du Maître des djinns ? »
     Le djinn sembla se dissoudre, se réduisit en une mince volute et réintégra son logis. Le pêcheur ramassa le bouchon, reboucha la bouteille et la rejeta à l’eau, aussi loin qu’il put.
     De nombreuses années s’écoulèrent, jusqu’au jour où un autre pêcheur, petit-fils du premier, jeta son filet au même endroit, ramena la même bouteille, l’examina, la posa sur le sable… Il allait l’ouvrir quand un souvenir lui revint à l’esprit, le souvenir d’un conseil que son père, qui le tenait lui-même de son Père, lui avait transmis sous forme d’adage : « L’homme ne peut utiliser que ce qu’il a appris à utiliser. »
     Aussi, quand le djinn, tiré de son sommeil par le remuement et le secouement subis par sa prison de métal, cria à travers la paroi de cuivre : « Fils d’Adam, qui que tu sois, enlève le bouchon de cette bouteille, libère-moi : je suis le Chef des djinns qui connaissent les secrets des événements miraculeux… », le jeune homme, se rappelant l’adage ancestral, prit la bouteille, la déposa dans une grotte et escalada une falaise voisine. Parvenu au sommet, il chercha la cellule d’un sage qui vivait là. L’ayant trouvée, il lui conta son aventure.
     « L’adage dit vrai. Et il faut que tu fasses cette chose toi-même. Mais tu dois savoir comment faire, dit le sage.
     – Mais que faut-il que je fasse ? demanda le jeune homme.
     – N’y a-t-il pas quelque chose que tu as envie de faire ?…
     – Ce que je veux faire, c’est libérer le djinn pour qu’il me donne la connaissance miraculeuse, ou des montagnes d’or, des océans d’émeraudes, et tout ce que les djinns peuvent donner.
     – Bien entendu, il ne t’est pas venu à l’esprit que le djinn, une fois libéré, pourrait ne pas te donner les choses dont tu parles, ou qu’il pourrait te les donner et te les reprendre, parce que tu n’as pas les moyens de les garder, sans parler de ce qu’il pourrait t’arriver si tu les obtenais, puisque « l’homme ne peut utiliser que ce qu’il a appris à utiliser ».
     – Alors, que faire ?
     – Demande au djinn un échantillon de ce qu’il peut offrir. Cherche comment sauvegarder cet échantillon et le tester. Cherche la connaissance, pas les biens matériels : les biens sans la connaissance sont inutiles, ils nous distraient, nous égarent. »
     Or ce jeune homme était vif et réfléchi : en descendant la falaise, il élabora un plan. Il pénétra dans la grotte où il avait laissé le djinn, tapa des doigts sur la bouteille : le djinn répondit à travers la paroi de cuivre, d’une voix métallique mais néanmoins terrible : « Au nom de Salomon, le Puissant, la paix soit avec lui ! libère-moi, fils d’Adam !
     – Je ne crois pas que tu sois celui que tu dis et que tu aies les pouvoirs que tu prétends avoir, répondit le jeune homme.
     – Tu ne me crois pas ! Ignores-tu donc que je suis incapable de dire un mensonge ?
     – Oui, je l’ignore.
     – Alors, comment puis-je te convaincre ?
     – En faisant une démonstration de tes pouvoirs. Peux-tu les exercer à travers la paroi de la bouteille ?
     – Certes, admit le djinn, mais je n’ai pas le pouvoir de me libérer…
     – Bien ! Alors, donne-moi la capacité d’y voir clair concernant la question qui me préoccupe. »
     Le djinn eut recours à l’art inconnu où il était habile et, aussitôt, le pêcheur connut l’origine de l’adage transmis par son grand-père. Il vit toute la scène de la libération du djinn, et ce qui s’ensuivit ; et il vit qu’il pourrait enseigner à d’autres comment obtenir des djinns le pouvoir de voir. Mais il vit aussi que c’était tout ce qu’il pouvait faire. Il ramassa la bouteille, et, comme son grand-père, la rejeta à la mer.
     Il mit un terme à sa carrière de pêcheur et passa le reste de sa vie à tenter d’expliquer à ses semblables qu’ »il est dangereux de vouloir utiliser ce qu’on n’a pas appris à utiliser ».
     Mais ce n’est pas tous les jours que l’on trouve un djinn enfermé dans une bouteille… Et le sage n’était Plus là pour les inciter à faire ce qu’il faut faire, aussi les successeurs du pêcheur déformèrent-ils ce qu’ils appelaient ses « enseignements ». Ils mimèrent le récit de son aventure et finirent par constituer une religion. Ils se réunissaient parfois dans des temples richement décorés pour boire à des bouteilles de cuivre. Et comme le comportement du pêcheur leur inspirait du respect, ils tâchaient de l’imiter en tout.
     Les siècles ont passé. La bouteille demeure un saint mystère et un symbole sacré pour ces gens. Ils aiment le pêcheur, alors ils s’efforcent de s’aimer les uns les autres. Et là où celui-ci avait construit une simple cabane, ils viennent, revêtus d’ornements, célébrer des rituels compliqués.
     Ils ne savent pas que les disciples du sage vivent toujours. Quant aux descendants du pêcheur, ils leur sont inconnus.
     Le djinn dort paisiblement dans la bouteille de cuivre au fond de la mer.

 

*****************************************************

 

http://unpeudetao.unblog.fr

 

 

8 janvier, 2012

La princesse rebelle (Conte soufi)

Classé dans : — unpeudetao @ 19:22

 

     Il était une fois un roi qui était convaincu que les enseignements qu’il avait reçus et les croyances auxquelles il tenait étaient conformes à la vérité. Homme juste à bien des égards, mais homme aux idées courtes. Ayant fait venir ses trois filles, il leur dit : « Tout ce que je possède est à vous. Je suis l’auteur de vos jours. Votre avenir, et, partant, votre destinée sont déterminés par ma volonté. »
Persuadées que leur père disait vrai, deux des jeunes filles acquiescèrent avec empressement. La troisième fit observer :
     « Je dois remplir les devoirs de mon état, et donc obéir aux lois, mais je ne puis croire que ma destinée soit à jamais tributaire de vos opinions.
     – C’est ce que nous verrons », dit le roi. Ordre fut donné aux gardes d’emprisonner la princesse rebelle dans une cellule étroite où elle se morfondit des années. Pendant ce temps, le roi et ses filles obéissantes dilapidèrent les biens dont la princesse aurait dû disposer.
     « Cette fille est en prison : j’ai voulu qu’il en soit ainsi, se dit le roi. Pour tout esprit logique, c’est la preuve suffisante que c’est ma volonté, non la sienne, qui détermine sa destinée. »
     Quand les habitants du royaume apprirent dans quelle situation se trouvait la princesse, ils pensèrent : « Elle a dû faire ou dire quelque chose de déraisonnable pour qu’un souverain à qui nous n’avons rien à reprocher traite ainsi la chair de sa chair. » Car ils n’étaient pas arrivés au point où ils auraient pu ressentir le besoin de contester la prétention du roi d’agir toujours avec justesse.
     Celui-ci venait de temps en temps rendre visite à sa fille. La détention l’avait minée, elle était d’une pâleur extrême ; mais elle refusait de changer d’attitude.
     Il finit par perdre patience :
     « Si vous restez dans mon royaume, lui dit-il, ce défi à mon autorité ne fera qu’aggraver mon mécontentement et paraîtra affaiblir mes droits. Je pourrais vous tuer, mais je suis clément : je vais vous exiler dans la région reculée qui s’étend en bordure de mes territoires : elle n’est peuplée que d’animaux sauvages et de parias excentriques incapables de survivre dans notre société rationnelle. Là, vous verrez bien si vous pouvez vivre séparée de votre famille et, au cas où vous le pourriez, si vous préférez cette existence à la nôtre. »
     Par décret royal, la princesse fut conduite aux confins du royaume. Elle se retrouva livrée à elle-même dans un environnement inconnu qui ressemblait si peu au milieu où elle avait été élevée. Elle apprit qu’une grotte pouvait être aménagée, que les noix, les noisettes, les amandes et les fruits ne se trouvaient pas seulement sur les plateaux d’argent, que la chaleur provenait du soleil. Cette région avait un climat, un mode d’existence qui lui étaient particuliers.
     Elle mit un certain temps à organiser sa vie. Maintenant, elle puisait l’eau aux sources, cueillait les plantes, faisait du feu chaque fois qu’elle trouvait un arbre fumant.
     « Voilà une vie, se dit-elle, dont les éléments vont ensemble, forment un tout. Pourtant, qu’on les prenne isolément ou collectivement, ils ne sont pas soumis à l’autorité du roi mon père. »
     Un jour, un voyageur égaré, jeune homme aussi riche qu’ingénieux, rencontra par hasard la princesse exilée, s’en éprit et la ramena dans son pays, où ils se marièrent.
     Après un certain temps, les jeunes gens décidèrent de retourner dans la région sauvage où ils s’étaient connus pour y construire une ville. Dans cette ville, vaste et prospère, leur sagesse, leur ingéniosité et leur foi s’exprimèrent jusqu’au plus haut degré possible. Les « excentriques » et autres parias, dont beaucoup passaient pour fous, s’harmonisèrent pleinement et utilement avec l’existence riche et variée qu’on y menait.
     La ville et ses alentours étaient maintenant renommés dans le monde entier. Ce nouveau royaume surpassa bientôt en puissance et en beauté celui du père de la princesse. Le pouvoir suprême fut confié aux deux époux par ses habitants unanimes.
     Le père de la princesse rebelle décida enfin de se rendre en ce lieu étrange et mystérieux surgi du désert et peuplé, au moins en partie, par ceux que lui et ses pareils méprisaient.
     Il s’avança lentement, la tête inclinée, vers le double trône où le jeune couple avait pris place. Quand il leva les yeux pour rencontrer le regard des deux souverains, dont la réputation de justice et de compréhension dépassait de loin la sienne, il put saisir ce que lui murmurait sa fille :
     « Vous voyez, père, chaque homme, chaque femme, a sa destinée et le droit de choisir. »

 

*****************************************************

 

http://unpeudetao.unblog.fr

 

 

25 octobre, 2008

Les trois fils (Conte soufi)

Classé dans : — unpeudetao @ 6:44

Les trois fils.

      Dieu avait offert trois fils à un sultan, chacun doué d’un grand éveil des yeux et du coeur, chacun plus beau, plus courageux et plus généreux que les autres.
      Un jour, les trois fils se présentèrent devant leur père afin de lui demander la permission de partir à la découverte du royaume. Car, dirent-ils, pour mieux gouverner le pays, il convient d’en connaître chaque ville et chaque château fort.
      Comme ils embrassaient les mains du sultan pour lui faire leurs adieux, ce dernier leur donna cet avis :
      « Allez mes enfants ! Visitez chaque endroit où votre coeur vous attire. Confiez-vous à Dieu pour ce voyage. Mais méfiez-vous de deux châteaux forts : Huchrouba (celui qui chasse la raison) est le premier des deux. Toute personne qui y pénètre voit ses vêtements rétrécir jusqu’à devenir trop étroits. Le second, Zatoussouver (enluminé), est encore plus dangereux. Car ses tours, ses toits et ses murs sont tout couverts de représentations d’humains ! »
      Zuleikha avait orné sa chambre de peintures pour attirer l’attention de Joseph. C’est parce que Joseph ne s’intéressait pas à elle que cette chambre était devenue comme un lieu de fête.
      Quand il boit de l’eau, l’assoiffé voit la vérité. Par contre, un imbécile qui contemple l’eau ne voit que son reflet. Un amoureux constate la beauté de Dieu sur la face du soleil mais un imbécile trouve une émotion artistique dans le reflet de la lune dans l’eau !
      « O mes enfants ! conclut le sultan, méfiez-vous de ce château recouvert de peintures !  »
      Il est probable que les trois fils n’auraient même pas songé à visiter ces lieux si leur père ne leur avait pas donné cet avertissement. Car il s’agissait d’un château fort complètement abandonné. Mais cette interdiction ne fit qu’augmenter dans leur coeur le désir qu’ils avaient de découvrir cet endroit. Chaque homme désire faire ce qui est interdit. Et bien des gens se sont fourvoyés à cause d’interdictions.
      Les trois princes rassurèrent leur père mais omirent de dire : « Inch’Allah ! » Puis, ils prirent la direction de ce château fort.
      Le château fort de Zatoussouver avait cinq grandes poternes et recelait des milliers de peintures. Son charme enivra les trois frères.
      L’apparence est comme une coupe qui contient du vin. Mais elle n’est pas à l’origine du vin.
      Parmi ces milliers d’images, il y avait le portrait d’une très belle jeune fille. Cette vue fit tomber nos trois princes dans un océan. Les fossettes de cette jeune beauté transpercèrent leur coeur de flèches. Chacun d’eux eut le coeur comme déchiré et les larmes inondèrent leur visage. Ils se remémorèrent le conseil de leur père et se dirent :
      « Qui peut donc représenter cette peinture ? »
      Ils se mirent à questionner toutes les personnes qu’ils croisaient sur leur chemin. Après de longues recherches, ils rencontrèrent un vieillard qui leur dit que cette peinture représentait la fille du sultan de Chine.
      « C’est une fille, dit-il, qui ne voit jamais personne, ni homme ni femme. Car son père la cache dans son palais derrière des rideaux. Elle est invisible comme l’âme. Le sultan en est tellement jaloux qu’il ne supporte même pas que l’on prononce son nom. Même les oiseaux n’osent pas s’approcher du toit qui abrite cette beauté. Qui tombera amoureux d’elle sera un homme bien malheureux ! »
      Les trois princes, amoureux, poursuivis par le même rêve, versèrent bien des larmes. La plainte de leur coeur fit monter une fumée comme de l’encens brûlé. L’aîné dit alors :
      « Ô mes frères ! Jusqu’à aujourd’hui, nous avons passé notre temps à donner des conseils aux autres, à leur dire : « Ne vous rebellez pas devant les difficultés. Car la patience est la clé de la joie ! » Et maintenant, où est cette patience ? Où est cette joie ? Notre tour est venu d’être éprouvés ! »
      Leur amour les entraîna bientôt à décider de partir en voyage au pays de leur bien-aimée. La possibilité de la voir était bien sûr exclue mais la seule idée de se rapprocher d’elle leur suffisait. Ainsi, choisissant d’abandonner leur mère, leur père et leur pays, ils prirent le chemin de la bien-aimée inconnue.
      Le frère aîné dit :
      « Ô mes frères ! La patience m’abandonne ! J’en ai assez de la vie. Je suis mort de chagrin. Coupez-moi la tête et que l’amour m’en fasse pousser une autre ! Car l’épée ne fait que secouer la poussière de l’amoureux! »…

Ilona, Mahée et Mila. |
Amour, Beauté, Paroles, Mots. |
Les Ailes du Temps |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | David Besschops
| professeur.de.français
| billierose