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16 mai, 2012

La légende du bouvier (Conte soufi)

Classé dans : — unpeudetao @ 18:40

 

      Il était une fois un éleveur de bétail qui avait quitté sa terre natale et s’en était allé très loin gagner sa vie et partager son savoir et son savoir-faire avec les éleveurs d’autres régions.
      Quand il eut atteint le pays où il avait décidé de se fixer, il se présenta comme un expert en bétail. Les éleveurs lui firent fête, car ils étaient très désireux d’apprendre ce qu’il savait.
      « Nous sommes heureux de te connaître, dirent-ils. Nous-mêmes sommes des spécialistes des vaches et des bœufs, et nous avons besoin de gens comme toi, bien que ce pays ne soit pas propice aux bovins : ils tombent très souvent malades, et malgré toute notre science, nous ne pouvons les sauver. »
      Il leur demanda :
      « Et comment nourrissez-vous vos animaux, comment les soignez-vous ? »
      Ils lui décrivirent leurs méthodes, et il vit immédiatement qu’ils empêchaient en fait leurs troupeaux de se multiplier et de prospérer, à cause de conceptions profondément ancrées mais dénuées de tout fondement concernant la nature et l’élevage du bétail.
      Ils imaginaient servir leurs troupeaux, mais leurs sentiments personnels comptaient bien plus pour eux que la nécessité d’élever le bétail de la bonne manière.
      Quand il essaya d’attirer leur attention sur ce point, ils parurent si horrifiés, si consternés qu’il fut obligé de dire : « Je ne faisais que plaisanter, bien sûr vous avez raison de traiter vos animaux comme vous le faites. »
      Parce qu’il avait dit cela, ils lui permirent de s’occuper de leurs vaches et de leurs bœufs. Ils finirent même par le nommer administrateur principal du bétail.
      L’étranger était désormais un expert reconnu dans son pays d’adoption. Mais pour ce qui était de pouvoir exercer son vrai talent, son aptitude à veiller sur le bétail et à le soigner, il se trouvait dans une situation fort difficile.
      Quand les animaux étaient malades, il était contraint par les prescriptions officielles de les soigner avec des remèdes fameux mais inefficaces. Aussi devait-il passer un tiers de ses nuits, au lieu de se reposer, à faire la tournée des étables pour administrer aux troupeaux le traitement curatif approprié.
      Puisqu’il devait aussi nourrir le bétail avec des aliments incomplets – ceux que ces gens considéraient comme les meilleurs -, il lui fallait consacrer un autre tiers de son temps libre à donner en secret au bétail la nourriture dont celui-ci avait réellement besoin.
      Du temps normalement réservé au repos, toujours il ne disposa que d’un tiers.
      Ce mode de vie abrégea ses jours, mais il acquit un grand renom parmi la gent bétaillère, qui voyait en lui un modèle des vertus propres à la sagesse bétaillère, modèle inscrit au cœur de leur histoire et de leurs idéaux.
      Les troupeaux de bovins se développèrent et prospérèrent. Après sa mort, les gens de bétail, perplexes, appliquèrent avec un zèle renouvelé ce qu’ils imaginaient être les solutions correctes permettant d’assurer le bien-être de leurs troupeaux, mais les animaux tombèrent malades et moururent plus souvent encore qu’avant la venue de l’éleveur.
      Or celui-ci avait un fils, auquel il avait fait jurer le secret, et ce fils le remplaça le moment venu. C’est ainsi que fut maintenu, envers et contre tous, le bien-être des gens, et celui de leurs vaches et de leurs bœufs.

 

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Âges (Conte soufi)

Classé dans : — unpeudetao @ 18:38

 

      Un bélier, un chameau et une vache trouvèrent sur leur chemin une botte de paille. Le bélier dit :
      « Si nous divisions cette botte en trois parts, aucun de nous ne serait satisfait. Il est préférable que le plus âgé de nous trois en profite à lui tout seul. Car c’est notre devoir de respecter les vieillards. »
      Le bélier proposa que chacun dise son âge et il commença par lui :
      « Moi, j’étais dans la même prairie que le bélier qui fut sacrifié par Abraham. »
      La vache dit alors :
      « Moi, j’étais aux côtés d’Adam alors qu’il labourait. Car j’étais la femelle de son taureau. »
      À ces mots, le chameau se saisit de la botte de paille et se mit à la manger :
      « Cela ne sert à rien de vous dire mon âge. Car, ainsi que tout le monde le sait, ma taille est la preuve de mon ancienneté. C’est ainsi que les cieux sont plus anciens que la terre. »

 

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7 mai, 2012

La vache et l’île (Conte soufi)

Classé dans : — unpeudetao @ 18:16

 

      Sur une île verdoyante, une vache vivait dans la solitude. Elle y paissait jusqu’à la tombée de la nuit et engraissait ainsi chaque jour. La nuit, ne voyant plus l’herbe, elle s’inquiétait de ce qu’elle allait manger le lendemain et cette inquiétude la rendait aussi maigre qu’une plume. À l’aube, la prairie reverdissait et elle se remettait à paître avec son appétit bovin jusqu’au coucher du soleil. Elle était de nouveau grasse et pleine de force. Mais, la nuit suivante, elle recommençait à se lamenter et à maigrir. Le temps avait beau s’écouler, jamais il ne lui venait à l’esprit que, la prairie ne diminuant pas, il n’y avait guère lieu de s’inquiéter de la sorte.
      Ton ego est cette vache et l’île, c’est l’univers. La crainte du lendemain rend la vache maigre. Ne t’occupe pas du futur. Mieux vaut regarder le présent. Tu manges depuis des années et les dons de Dieu n’ont jamais pour autant diminué.

 

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4 mai, 2012

La gazelle (Conte soufi)

Classé dans : — unpeudetao @ 4:52

 

      Un chasseur captura un jour une gazelle et l’enferma dans l’enclos où il parquait ses ânes et ses vaches. La pauvre gazelle courait, égarée, de-ci de-là. La nuit venue, le chasseur apporta du foin pour les ânes. Ceux-ci avaient si grand-faim que cette vile nourriture leur était douce comme le sucre. La gazelle, étourdie par la poussière, vaguait en tous sens. Etre uni à son contraire est une torture pire que la mort.
      Toi aussi, tu subis cette torture sans même t’en apercevoir. L’oiseau de ton âme est enfermé dans la même cage que son contraire. L’esprit est comme un faucon mais ta nature est celle du corbeau.
      Pendant longtemps, cette gazelle au parfum de musc se languit dans l’enclos des ânes. Elle se trouvait là comme un poisson échoué sur le rivage. Le musc et les excréments se trouvaient réunis en un même lieu. Les ânes commencèrent alors à se moquer d’elle. L’un disait :
      « Oh ! Oh ! Elle a le caractère d’un sultan ! »
      Un autre :
      « Sans doute possède-t-elle des perles ! »
      Quand ils furent rassasiés, ils l’invitèrent cependant à satisfaire sa faim, mais la gazelle leur dit :
      « Je suis bien lasse et n’ai guère d’appétit !
      – Ah oui ? firent les ânes. Nous comprenons parfaitement. Tu as envie de faire des caprices. Tu as peur de déroger !
      – C’est votre nourriture, dit la gazelle. Elle vous convient, mais moi, je suis l’amie de l’herbe fraîche. J’ai l’habitude de me désaltérer à l’eau pure des rivières. Sans doute ce qui m’arrive était écrit dans mon destin. Hélas, ma nature n’a pas changé et me voici dans la situation d’un pauvre dont le regard n’est même pas avide ! Mes vêtements sont peut-être défraîchis mais moi-même, je suis encore toute fraîche ! Quand je pense qu’autrefois je mangeais à mon gré des lilas, des tulipes et des iris !
      – La nostalgie t’égare ! répliquèrent les ânes.
      – Mon musc est mon témoin ! répondit la gazelle. Même l’ambre et l’encens lui portent le respect. Ceux qui sentent font seuls la différence. Mon musc n’est certes pas destiné aux amateurs de fange ! Oh ! comme il est vain de proposer du musc à qui apprécie l’odeur du crottin ! »
     
      Dans ce bas monde, le salut est dans la nostalgie et la solitude.

 

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29 avril, 2012

Le langage des animaux (Conte soufi)

Classé dans : — unpeudetao @ 19:57

     
      Un jour, un homme se présenta devant Moïse et lui dit : « O Moïse ! enseigne-moi le langage des animaux. Car ma foi ne peut qu’augmenter par cette connaissance. En effet, il y a certainement des leçons à tirer des conversations des animaux. Les hommes, quant à eux, ne parlent que d’eau et de pain. »
      Moïse lui répondit :
      « Va-t’en ! Ne t’occupe pas de cela. Il y a beaucoup de danger dans une telle entreprise. Si tu souhaites acquérir la sagesse, demande-la à Dieu, mais pas à des mots, à des livres ou à des lèvres ! »
      Le désir du jeune homme ne fit qu’augmenter avec ce refus car l’envie qui rencontre un obstacle devient désir. Le jeune homme insista donc :
      « Ne t’oppose pas à mon envie car cela est indigne de toi. Tu es le prophète et tu sais qu’un refus de ta part me plongerait dans la plus grande des tristesses. »
      Moïse s’adressa alors à Dieu :
      « O mon Dieu ! Ce naïf est tombé dans les mains de Satan! Si je lui enseigne ce qu’il désire, il court à sa perte et si je refuse, il sera rempli de rancoeur ! »
      Dieu répondit alors à Moïse :
      « O Moïse ! Fais ce qu’il te demande car je ne saurais laisser une prière sans réponse !
      – O Seigneur! dit Moïse, il s’en repentira amèrement car tous ne peuvent supporter un tel savoir !
      – Accepte sa demande ! dit Dieu, ou du moins réponds-y partiellement. »
      Moïse s’adressa alors au jeune homme :
      « Tu risques de perdre ton honneur avec un tel souhait. Tu ferais mieux de renoncer car c’est Satan qui t’inspire par ruse un tel désir. Remplis-toi plutôt de la crainte de Dieu ! »
      Le jeune homme le supplia :
      « Enseigne-moi au moins le langage de mon chien et de mon coq ! »
      Moïse lui répondit :
      « Ceci est possible. Tu pourras comprendre le langage de ces deux espèces. »
      Alors, le jeune homme rentra chez lui et attendit l’aube sur le pas de sa porte afin de tester son nouveau savoir. Au petit matin, sa servante se mit à nettoyer la table et fit tomber à terre quelques morceaux de pain. Le coq, qui passait par là, les avala. À cet instant, le chien accourut et lui dit :
      « Ce que tu as fait est injuste. Toi, tu te nourris de graines mais pour moi, cela est impossible. Tu aurais dû me laisser ces morceaux de pain !
      – Ne sois pas en peine ! répondit le coq, car Dieu a prévu d’autres faveurs pour toi ! Demain, le cheval de notre maître va périr et toi et tes compères, vous pourrez vous rassasier. Ce sera pour vous une liesse sans pareille ! »
      En entendant ces paroles, le jeune homme fut rempli de surprise et il emmena son cheval au marché pour le vendre.
      Le lendemain, le coq s’empare de nouveau des reliefs de son maître avant le chien. Celui-ci se mit à maugréer :
      « O traître ! O menteur ! Où est ce cheval dont tu m’annonçais la mort ? »
      Le coq répliqua sans se démonter :
      « Mais le cheval est vraiment mort. Notre maître, en le vendant, a bien évité de le perdre mais c’était reculer pour mieux sauter car demain, c’est sa mule qui va mourir et vous aurez largement de quoi vous satisfaire ! »
      Le jeune homme, saisi par le démon de l’avarice, alla vendre sa mule au marché, croyant ainsi éviter cette perte. Mais le troisième jour, le chien dit au coq :
       » O tricheur ! Pour sûr, tu es le sultan des menteurs ! »
      Le coq répondit :
      « Le maître a vendu sa mule mais ne t’inquiète pas car demain, c’est son esclave qui va mourir. Et, comme c’est la coutume, il distribuera du pain aux pauvres et aux chiens. »
      Ayant entendu ces mots, le jeune homme alla vendre son esclave en disant :
      « J’ai évité trois catastrophes ! »
      Mais, le lendemain, le chien se remit à invectiver le coq en le traitant de menteur. Celui-ci répondit alors :
      « Non ! Non ! tu fais erreur. Ni moi ni aucun coq ne mentons jamais. Nous sommes comme les muezzins. Nous disons toujours la vérité. Notre travail consiste à guetter le soleil et, même si nous sommes enfermés, nous sentons sa venue dans notre coeur. Lorsque nous nous trompons, on nous coupe la tête !
      « Vois-tu, poursuivit le coq, la personne qui a acheté l’esclave de notre maître a fait une bien mauvaise affaire car cet esclave est déjà mort. Mais demain, ce sera au tour de notre maître de mourir et ses héritiers en seront si contents qu’ils sacrifieront la vache. Je te le dis : demain sera un jour d’abondance pour tous. Tu seras satisfait au-delà de tes voeux. Notre maître, sous l’empire de l’avarice, a refusé de perdre quoi que ce soit. Ses biens s’en trouvent accrus mais lui, il va y perdre la vie. »
      Quand il eut entendu cela, le jeune homme, tremblant de peur, se précipita chez Moïse et lui dit :
      « Moïse ! Aide-moi ! »
      Moïse répondit :
      « Il faut que tu te sacrifies toi-même si tu veux te sauver car tu as reporté tes déboires sur les épaules des fidèles pour mieux remplir ton sac ! »
      À ces mots, l’homme se mit à pleurer :
      « Ne te montre pas si sévère ! Ne me tire pas l’oreille. Il est vrai que j’ai commis une chose indigne. Réponds à mon indignité par une nouvelle faveur !
      – La flèche a quitté l’arc, dit Moïse et elle ne saurait faire demi-tour. Mais je prierai Dieu pour qu’il t’offre la foi car pour qui a la foi, la vie est éternelle. »
      À cet instant même, le jeune homme fut pris d’un malaise cardiaque et quatre personnes l’emmenèrent chez lui. Quand vint l’aube, Moïse se mit à prier :
      « O Seigneur ! Ne lui prends pas la vie avant qu’il n’ait acquis la foi. Il s’est mal conduit. Il a fait beaucoup d’erreurs, mais pardonne-lui ! N’avais-je pas dit qu’un tel savoir ne lui convenait pas ? Aucun oiseau ne peut plonger dans la mer s’il n’est pas un oiseau de mer. Lui, il a plongé sans être un oiseau de mer. Porte-lui secours car il se noie ! »
      Dieu répondit :
      « Je lui ai déjà pardonné et je lui offre la foi. Si tu le veux, je peux aussi lui donner la vie car pour toi, je ressusciterais les morts !
      – O Seigneur, dit Moïse, ici c’est le monde des morts. L’au-delà, c’est le monde de la vie éternelle. Il est donc inutile que tu le ressuscites temporairement ! »

 

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27 avril, 2012

Le trésor (Conte soufi)

Classé dans : — unpeudetao @ 0:14

 

      À l’époque du prophète David, un homme adressait à Dieu ce genre de prière :
      « Ô Seigneur ! Procure-moi des trésors sans que j’aie à me fatiguer. N’est-ce pas toi qui m’as créé, si paresseux et si faible ? Il est normal qu’on ne charge pas de la même manière un âne débile et un cheval plein de vigueur. Je suis paresseux, il est vrai, mais je n’en dors pas moins sous ton ombre ! »
      Il priait ainsi du matin au soir et ses voisins se moquaient de lui. Certains d’entre eux le réprimandaient et d’autres le raillaient en disant :
      « Le trésor que tu appelles de tes voeux n’est pas loin. Va le chercher. Il est là-bas ! »
      La célébrité de notre homme s’accroissait de jour en jour dans le pays. Or, un jour qu’il priait chez lui, une vache emportée fracassa sa porte de ses cornes et pénétra dans sa demeure sans cérémonie. L’homme s’empara d’elle, lui lia les pieds et, sans hésiter une seconde, il l’égorgea. Puis, il se rendit en courant chez le boucher afin que celui-ci dépèce sa victime.
      Sur son chemin, il croisa le propriétaire de la vache. Celui-ci l’apostropha :
      « Comment as-tu osé égorger ma vache ? Tu m’as causé un tort considérable ! »
      L’autre répondit :
      « J’ai imploré Dieu pour qu’il pourvoie à ma subsistance ! J’ai prié jour et nuit et finalement ma prière a été entendue et ma subsistance s’est présentée à moi. Voici ma réponse ! »
      Le propriétaire l’attrapa par le col et lui assena deux gifles. Puis, il l’entraîna chez le prophète David en disant :
      « Espèce d’idiot ! Je vais te montrer le sens de tes prières ! »
      L’autre insistait en disant :
      « C’est pourtant vrai. J’ai beaucoup prié et Dieu m’a entendu ! »
      Le propriétaire de la vache ameuta la population par ses cris :
      « Venez tous admirer celui qui prétend s’approprier mes biens par la prière ! S’il en était vraiment ainsi, tous les mendiants seraient riches ! »
      Les gens qui s’assemblaient autour d’eux commencèrent à lui donner raison.
      « Tu dis vrai ! Les biens s’achètent ou s’offrent. Ou encore ils s’obtiennent par héritage. Mais aucun livre ne mentionne ce procédé d’acquisition. »
      Un grand bruit se fit dans la ville autour de cet événement. Le pauvre, quant à lui, se tenait face contre terre et priait Dieu en ces termes :
      « Ô mon Dieu ! Ne me laisse pas ainsi, dans la foule, couvert de honte. Toi, tu sais que je n’ai cessé de t’adresser mes prières ! »
      Enfin, on arriva chez le prophète David et le plaignant prit la parole :
      « Ô prophète ! Rends-moi justice ! Ma vache est entrée chez cet imbécile et lui, il l’a égorgée. Demande-lui pourquoi il s’est permis d’agir ainsi. »
      Le prophète se retourna alors vers l’accusé pour lui demander ses explications. Celui-ci répondit :
      « Ô David ! Depuis sept années, je prie Dieu jour et nuit. Je lui demande de pourvoir à ma subsistance sans que j’aie à m’en soucier. Ce fait est connu de tous, même des enfants de cette ville. Tout le monde a entendu mes prières et chacun s’est bien moqué de moi à ce sujet. Or, ce matin, alors que je priais, les yeux remplis de larmes, voilà que cette vache pénètre chez moi. Ce n’est certes pas la faim qui m’a poussé, mais plutôt la joie de voir mes prières exaucées. Et ainsi, j’ai égorgé cette vache en rendant grâce à Dieu. »
      Le prophète David dit alors :
      « Ce que tu me dis est insensé ! Car de telles assertions ont besoin d’être étayées par des preuves recevables devant la loi. Il m’est impossible de te donner raison et d’instaurer ainsi un précédent. Comment peux-tu prétendre t’approprier quoi que ce soit sans en avoir hérité ? Personne ne peut récolter s’il n’a semé auparavant. Va ! Rembourse cet homme. Si tu n’as pas l’argent nécessaire, empruntes-en ! »
      L’accusé se révolta :
      « Voilà que toi aussi tu te mets à parler comme ce tortionnaire ! »
      Il se prosterna et dit :
      « Ô mon Dieu, Toi qui connais tous les secrets. Inspire le coeur de David. Car les faveurs que tu m’as offertes n’existent pas dans son coeur ! »
      Ces paroles et ces larmes touchèrent le coeur de David. Il s’adressa alors au plaignant :
      « Donne-moi un jour de délai afin que je puisse me retirer pour méditer. Afin que Celui qui connaît tous les secrets m’inspire dans mes prières. »
      Ainsi, David se retira-t-il en un lieu écarté et ses prières furent acceptées. Dieu lui révéla la vérité et lui désigna le véritable coupable.
      Le lendemain, le plaignant et l’accusé se présentèrent à nouveau devant le prophète David. Comme le plaignant ne faisait que se plaindre davantage, David lui dit :
      « Tais-toi ! Fais le muet et considère que cet homme avait le droit de s’emparer de ta vache. Dieu a protégé ton secret. En échange, accepte de sacrifier ta vache. »
      Le plaignant s’offusqua :
      « Qu’est-ce que c’est que cette justice ? Commences-tu à appliquer une nouvelle loi ? N’es-tu pas renommé pour l’excellence de ta justice ? »
      Ainsi la demeure de David fut-elle transformée en un lieu de révolte. Le prophète dit au plaignant :
      « Ô homme têtu ! Tais-toi et donne tout ce que tu possèdes à cet homme. Je te le dis, ne sois pas ingrat ou tu tomberas dans une situation pire encore. Et tes méfaits seront révélés au grand jour. »
      Le plaignant se prit de colère et déchira ses vêtements :
      « N’est-ce pas plutôt toi qui me tortures ! »
      David tenta, en vain, de le raisonner. Puis, il lui dit :
      « Tes enfants et ta femme deviendront les esclaves de cet homme. »
      Ceci ne fit qu’augmenter la fureur du propriétaire. Il n’était d’ailleurs pas le seul à être indigné car l’assistance, ignorante des secrets de l’inconnu, prenait fait et cause pour le plaignant.
      Le peuple achève le supplicié et adore son tortionnaire.
      Les gens dirent à David :
      « Toi qui es l’élu du Miséricordieux, comment peux-tu agir ainsi ? Pourquoi portes-tu un tel jugement sur cet innocent ? »
      David répondit :
      « Ô mes amis ! Voici venu le moment de dévoiler des secrets qui étaient restés cachés jusqu’à aujourd’hui. Mais, pour cela, il faut que vous m’accompagniez à l’extérieur de la ville. Là-bas, dans la prairie, nous trouverons un grand arbre dont les racines portent l’odeur du sang. Car cet homme qui se plaint est un assassin. Il a tué son maître alors qu’il n’était qu’un esclave et il s’est approprié tous ses biens. Et l’homme qu’il accuse n’est autre que le fils de son maître. Ce dernier n’était qu’un enfant à l’époque des faits que je raconte et la sagesse de Dieu avait caché ce secret jusqu’à aujourd’hui. Mais cet homme est ingrat. Il n’a pas remercié Dieu. Il n’a pas protégé les enfants de celui qu’il a tué. Et voici que ce maudit, pour une vache, frappe de nouveau le fils de son maître ! C’est de ses propres mains qu’il a déchiré le voile qui cachait ses péchés. Les méfaits sont enfouis dans le secret de l’âme mais c’est le malfaiteur lui-même qui les révèle au peuple. »
      David, accompagné de la foule, se rendit à l’extérieur de la ville. Parvenu à l’endroit qu’il avait décrit, il dit au plaignant :
      « Désormais, ta femme qui était la servante de ton maître, tous tes enfants nés d’elle et de toi, tous font partie de l’héritage de cet homme. Tout ce que tu as gagné lui appartient car tu es son esclave. Tu as voulu que la loi soit appliquée eh bien, voici la loi ! Tu as tué son père d’un coup de couteau et si l’on creuse ici, on trouvera un couteau gravé à ton nom. »
      Les gens se mirent à creuser et l’on trouva effectivement le couteau ainsi qu’un squelette. La foule dit alors au pauvre :
      « Ô toi qui appelais la justice de tes voeux, voici ton heure ! »
      Celui qui porte plainte pour une vache, c’est ton ego. Il prétend être le maître. Celui qui a égorgé la vache, c’est ta raison. Si tu souhaites toi aussi gagner sans peine ta subsistance, il faut égorger cette vache.

 

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24 avril, 2012

La charge (Conte soufi)

Classé dans : — unpeudetao @ 3:33

 

      Un bédouin cheminait, monté sur un chameau chargé de blé. En route, il rencontra un homme qui lui fit mille questions sur son pays et ses biens. Puis, il lui demanda en quoi consistait la charge de son chameau.
      Le bédouin montra les deux sacs qui pendaient de part et d’autre de la selle de sa monture :
      « Ce sac est plein de blé et celui-ci plein de sable ! »
      L’homme demanda :
      « Y a-t-il une raison pour que tu fasses ainsi porter du sable à ton chameau ? »
      Le bédouin :
      « Non. C’est uniquement pour équilibrer la charge. »
      L’homme dit alors :
      « C’eût été préférable de répartir le blé entre les deux sacs. De cette manière, la charge de ton chameau aurait été moins lourde.
      Tu as raison ! s’exclama le bédouin, tu es un homme dont la finesse de pensée est grande. Comment se fait-il que tu ailles ainsi à pied ? Monte sur mon chameau et dis-moi : pour être si intelligent, n’es-tu pas un sultan ou un vizir ?
      – Je ne suis ni vizir ni sultan, dit l’homme. N’as-tu pas vu mes habits ? »
      Le bédouin insista :
      « Quelle sorte de commerce pratiques-tu ? Où est ton magasin ? ta maison ?
      – Je n’ai ni magasin ni maison, répliqua l’homme.
      – Combien possèdes-tu de vaches et de chameaux ?
      – Pas un seul !
      – Alors, combien d’argent possèdes-tu ? Car tu as une intelligence telle qu’elle peut, comme l’alchimie, transformer le cuivre en or.
      – Sur mon honneur, je n’ai même pas un morceau de pain à manger. Je vais nu-pieds, en haillons, en quête d’un peu de nourriture. Tout ce que je sais, toute ma sagesse et ma connaissance, tout cela ne m’apporte que maux de tête ! »
      Le bédouin lui dit alors :
      « Va-t’en ! Éloigne-toi de moi ! Afin que la malédiction dont tu es l’objet ne retombe pas sur moi. Laisse-moi partir de ce côté et toi, prends l’autre direction. Il vaut mieux équilibrer le blé par du sable que d’être si savant et si infortuné. Mon idiotie m’est sacrée. Dans mon coeur et dans mon âme est la joie de la certitude ! »

 

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23 avril, 2012

La mosquée (Conte soufi)

Classé dans : — unpeudetao @ 11:41

 

      Des hypocrites se réunirent et décidèrent de construire une belle mosquée pour honorer la foi. Ils en construisirent donc une juste à côté de celle que le prophète avait lui-même édifiée. Leur but était en réalité de diviser la communauté. Quand ils eurent terminé le toit, la coupole et le plafond, ils se rendirent auprès du prophète et, s’agenouillant devant lui, ils lui demandèrent d’honorer leur nouvelle mosquée de sa présence.
      « Cette mosquée, dirent-ils, a été bâtie afin de devenir un lieu de paix, un lieu d’abondance pour les démunis. Viens honorer ce lieu de ta présence afin que tous soient joyeux ! »
      Quelle merveille c’eût été si de telles paroles étaient vraiment sorties de leur coeur !
      Le prophète, qui était compréhensif avec chacun, les écoutait avec le sourire et nos hypocrites pensaient donc qu’il allait accepter, mais lui distinguait leurs faux-semblants aussi nettement qu’un poil dans un bol de lait. Il allait pourtant se décider à y aller quand Dieu l’inspira en lui disant :
      « Ils t’ont dit tout le contraire de ce qu’ils pensent ! »
      En effet, leur intention était de faire venir dans cette mosquée un prédicateur de Sham. Le prophète leur répondit :
      « J’aurais volontiers accepté votre requête, mais l’heure est au combat et je dois partir en voyage. Quand nous serons de retour, nous irons vous rendre visite. »
      À son retour, les hypocrites lui rappelèrent sa promesse et Dieu dit à son prophète :
      « Démasque leur hypocrisie, dût-il en coûter une guerre ! »
      Le prophète dit alors aux hypocrites :
      « N’insistez pas davantage si vous ne voulez pas que je dévoile vos secrets devant tout le monde. »
      Il entendait montrer ainsi qu’il n’était pas dupe, mais les hypocrites protestèrent :
      « Que Dieu nous protège ! Nous jurons que nos intentions sont pures ! »
      Ils jurèrent avec une grande insistance mais les justes n’ont pas besoin de jurer.
      Le prophète demanda :
      « Qui dois-je croire de vous ou de Dieu ?
      – Nous attestons sur le livre de Dieu que nous avons bâti cette mosquée en son honneur ! »
      En dépit de ces protestations, le prophète refusa finalement de céder.
      Or l’un des compagnons du prophète se prit à penser :
      « Que signifie ceci ? Le prophète a toujours épargné la honte à quiconque. Que veut dire cette nouvelle façon d’agir ? Les prophètes ne sont-ils pas ceux qui couvrent la honte des pécheurs ? »
      En même temps qu’il pensait cela, il se repentait de cette pensée et, la tête pleine de contradictions, il finit par s’endormir…
      Il fit alors un rêve où il vit la mosquée des hypocrites remplie de bouse de vache. Des murs de la mosquée suintait une acre fumée noire qui brûlait ses narines. Ils se réveilla alors et se mit à pleurer :
      « Ô mon Seigneur ! Pardonne-moi ma révolte envers ton messager ! »

 

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22 avril, 2012

La chaudière de ce monde (Conte soufi)

Classé dans : — unpeudetao @ 3:27

 

      Les désirs de ce monde sont comme une chaudière et les craintes d’ici-bas sont comme un hammam. Les hommes pieux vivent au-dessus de la chaudière dans le dénuement et dans la joie. Les riches sont ceux qui apportent des excréments pour nourrir le feu de la chaudière, afin que le hammam reste bien chaud. Dieu leur a donné l’avidité.
      Mais toi, abandonne la chaudière et rentre dans le hammam. On reconnaît ceux du hammam à leur visage qui est pur. Mais la poussière, la fumée et la saleté sont les signes de ceux qui préfèrent la chaudière.
      Si tu n’y vois pas assez bien pour les reconnaître à leur visage, reconnais-les à l’odeur. Ceux qui travaillent à la chaudière se disent : « Aujourd’hui, j’ai apporté vingt sacs de bouse de vache pour alimenter la chaudière. »
      Ces excréments alimentent un feu destiné à l’homme pur et l’or est comme ces excréments.
      Celui qui passe sa vie dans la chaudière ne connaît rien à l’odeur du musc. Et s’il la sent, par hasard, il en devient malade.

 

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