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26 décembre, 2013

Plus de Marc pour les Cochons (Histoire chinoise)

Classé dans : — unpeudetao @ 5:09

A trente lis de notre bourgade se trouve la montagne Hefu. Là, à côté d’un petit lac, est niché un temple que tout le monde nomme le Temple de la mère Wang. Personne ne sait à quelle époque vécut la mère Wang, mais les anciens racontent que c’était une femme qui fabriquait et vendait du vin. Un moine taoïste avait pris l’habitude de venir boire chez elle à crédit. La marchande semblait n’y prêter aucune attention ; chaque fois qu’il se présentait, elle le servait aussitôt.

 

Un jour, le taoïste dit à la mère Wang : – J’ai bu votre vin et je n’ai pas de quoi le payer, mais je vais vous creuser un puits. Le puits terminé, on s’aperçut qu’il contenait du très bon vin. – Voilà pour vous payer ma dette, dit le moine et il s’en fut. De ce jour, la femme ne fit plus de vin ; elle servit à ses clients le vin tiré du puits. Ce vin était bien meilleur que celui qu’elle faisait auparavant avec du grain fermenté. Sa clientèle s’accrut énormément et en trois ans, sa fortune était faite : Elle avait gagné plusieurs milliers d’onces d’argent.

 

Un jour, le moine parut à l’improviste. La femme le remercia avec effusion. – Le vin est-il bon ? Demanda-t-il. – Oui, le vin est bon, admit-elle, seulement je n’ai plus de marc pour nourrir mes porcs ! En riant, le taoïste prit un pinceau et écrivit sur le mur de la maison :  » La profondeur du Ciel n’est rien, Le Coeur humain est infiniment plus profond. L’eau du puits se vend pour du vin ; La marchande encore se plaint : Plus de marc pour les cochons.  » Son quatrain achevé, il s’en fut, et le puits ne donna plus que de l’eau..

 

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23 octobre, 2013

L’homme et les singes, Lie Tseu (Conte taoïste)

Classé dans : — unpeudetao @ 18:28

A Song vivait un amateur de singes. Il aimait les singes et en possédait tout un troupeau. Il était capable de comprendre leurs désirs et les singes (de leur côté) comprenaient leur maître. Il restreignait sa propre nourriture pour satisfaire les singes, mais survint une disette et il dut diminuer la nourriture des animaux.

 

Cependant, craignant que ceux-ci ne se rebellent, il leur dit tout d’abord avec ruse :
 » Si je vous donnais le matin trois châtaignes et le soir quatre, cela suffirait-il ?  »
Tous les singes se levèrent furieux. Se ravisant, il dit alors :
 » Soit, vous aurez le matin quatre châtaignes et le soir trois. Sera-ce suffisant ?  »
Les singes se couchèrent satisfaits.

 

C’est ainsi que les êtres, les uns habiles, les autres sots, se dupent les uns les autres. Le chen-jen dupe, grâce à son intelligence, la foule des sots de la même façon que fit l’amateur de singes qui dupa ceux-ci. Sans changer le nom ni la chose, il sut les rendre furieux, puis joyeux.

 

*cheng-jen : Les sages de l’antiquité.
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22 octobre, 2013

Les Mouettes, Lie Tseu (Conte taoïste)

Classé dans : — unpeudetao @ 3:38

Des enfants qui vivaient au bord de la mer, aimaient les mouettes. Chaque matin, ils allaient jouer avec les mouettes et d’autres mouettes arrivaient, parcentaines et plus encore.
Leur père leur dit :
 » J’ai appris que les mouettes jouent avec vous. Attrapez-en quelques-unes pour que je puisse m’amuser avec elles.  »

 

Le lendemain, quand ils allèrent au bord de la mer, les mouettes développèrent leur pantomime (dans les airs), mais sans descendre.

 

C’est pourquoi il est dit :
 » Le discours parfait est sans paroles, l’acte parfait est de ne pas agir. Ce que tous les sages savent est peu profond.  »

 

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16 octobre, 2013

Le voleur de hache (Conte Taoïste)

Classé dans : — unpeudetao @ 18:17

Un paysan, qui avait du bois à fendre, ne parvenait plus à mettre la main sur sa cognée. Il arpentait de long en large sa cour, allait jeter un oeil furibond du côté du billot, de la remise, de la grange. Rien à faire, elle avait disparu, sans doute volée ! Une hache toute neuve qu’il avait acheté avec ses dernière économies !
La colère, cette courte folie, débordait de son coeur et teintait son esprit d’une encre aussi noire que la suie.
Il vit alors arriver sur le chemin son voisin. Il lui trouva la démarche de quelqu’un qui n’avait pas la conscience tranquille. Son visage laissait transpirer une expression de gêne comme le ferait celui du coupable face à sa victime. Son salut était empreint d’une fourberie de voleur de hache. Et quand l’autre ouvrit la bouche pour lui débiter les banalités météorologiques d’usage entre voisins, sa voix était assurément celle d’un voleur de hache flambant neuve !
N’y tenant plus, notre paysan franchit son porche à grandes enjambées pour aller dire son fait à ce maraudeur qui avait l’audace de venir le narguer ! Mais il se prit les pieds dans une brassée de branches mortes qui gisaient au bord du chemin. Il trébucha, s’étranglant avec la bordée d’insultes qu’il destinait à son voisin, et il s’étala le nez contre le manche de sa cognée qui avait dû tomber tout à l’heure de sa carriole !

 

Pascal Fauliot, Contes des sages taoïstes.

 

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26 septembre, 2013

De l’usage des paraboles (Conte taoïste)

Classé dans : — unpeudetao @ 13:20

Le vénérable conseiller Houi avait l’oreille de l’empereur. Un courtisan jaloux de son influence dit un jour au monarque :

 

Votre Grandeur, comme il est fastidieux d’avoir à supporter pendant les conseils des ministres les digressions interminables de ce vieux radoteur.
Avez-vous remarqué qu’il a pris la fâcheuse habitude d’illustrer ses propos par toutes sortes de contes, d’anecdotes et de légendes ?
Demandez-lui, s’il vous plaît, de ne plus utiliser tous ces apologues qui nous embrouillent l’esprit et nous font perdre un temps précieux.

 

À l’ouverture de la séance suivante du conseil, l’empereur demanda solennellement au vieillard d’exprimer à l’avenir sa pensée sans détour et de ne surtout plus distraire l’assemblée avec des fables !

 

Houi inclina son crâne chenu, redressa son visage aussi impénétrable qu’un masque d’opéra et dit :
Sire, permettez-moi de vous poser une question. Si je parle à quelqu’un d’une arbalète et si mon interlocuteur ne sait pas du tout de quoi il s’agit, et si je réponds qu’une arbalète ressemble à une arbalète, comprendra-t-il ce que c’est ?
Certainement pas, répondit le monarque en balayant du regard les poutres du plafond.

 

Bien, reprit le vieux conseiller, mais si je lui dis qu’une arbalète ressemble à un petit arc, que le fût est en métal, la corde en fibres de bambou, et par conséquent qu’elle est plus puissante; si je lui dis en outre que l’arbalète lance des projectiles  plus petits et plus solides que des flèches, guidés par un manche en bois, et qu’elle est donc plus précise qu’un arc, mon interlocuteur  comprendra-t-il de quoi il s’agit ?
Évidemment ! s’exclama l’empereur, en  agitant ses manches de brocart.
Ainsi, continua le patriarche, il me faut trouver une image que mon interlocuteur connaisse pour lui expliquer ce qu’il ne comprend pas.

 

Et c’est le propre des paraboles de rendre accessible une idée subtile. Êtes-vous donc toujours d’avis, Majesté, que je renonce à exprimer ma pensée à l’aide de quelques petits contes imagés fort instructifs ?
Bien sûr que non, lâcha le souverain en jetant un œil amusé en direction du courtisan jaloux qui louchait obstinément sur ses escarpins de feutre.

 

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22 septembre, 2013

La Proposition, Tchouang Tseu (Conte taoïste)

Classé dans : — unpeudetao @ 16:43

Alors que Tchouang Tseu pêchait à la ligne dans la rivière de P’ou, le Roi de Tch’ou envoya deux de ses grands officiers pour lui faire des avances.

 

- Les deux officiers
 » Notre Prince désirerait vous confier la charge de son territoire.  »

 

- Tchouang Tseu
 » J’ai entendu dire qu’il y a à Tch’ou une tortue sacrée morte depuis trois mille ans. Votre Roi conserve sa carapace dans un panier enveloppé d’un linge, dans le haut du temple de ses ancètres. Dites-moi si cette tortue aurait préfèré vivre en traînant sa queue dans la boue ? »

 

- Les deux officiers
 » Elle aurait préfèré vivre en traînant sa queue dans la boue.   »

 

- Tchouang Tseu
 » Allez-vous-en ! Je préfère moi aussi traîner ma queue dans la boue.  »

 

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17 septembre, 2013

L’élégance du singe, Tchouang-tseu (Conte taoïste)

Classé dans : — unpeudetao @ 18:14

Au cours de ses pérégrinations parmi les cinq pics coiffés de brumes scintillantes, Tchouang-tseu croisa le roi de Weï et sa suite venus pique-niquer sur les rives du lac de la Tranquillité céleste.

 

Le sage était vêtu d’une robe de toile grossièrement rapiécée, ses sandales trouées étaient attachées avec des bouts de ficelle.

 

- Dans quelle misère êtes-vous tombé, Maître ! s’exclama le monarque.

 

- Dénuement n’est pas détresse, répondit Tchouang-tseu.
Le seul malheur d’un sage est de ne pas pouvoir transmettre sa compréhension du Tao.
L’époque n’est  pas faste pour les philosophes, voilà tout !

 

- Que voulez-vous dire ? demanda le roi.

 

- Quand le singe est dans les arbres, il  vole de branche en branche, aussi gracieux qu’un oiseau.
Mais quand il se déplace parmi les taillis et les hautes herbes, sa démarche est ridicule !
Ainsi le sage qui n’a pas d’adeptes parmi les princes de son temps se promène déguenillé.
Mais qu’importe ! S’il a des disciples qui mettent en pratique ses paroles, son cœur est comblé.
Là se trouve sa richesse véritable car la connaissance que tu transmets, elle t’appartient pour l’éternité !

 

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16 septembre, 2013

Vider sa barque, Tchouang-tseu (Conte taoïste)

Classé dans : — unpeudetao @ 4:01

Le duc de Lou avait fait un long périple pour venir demander un conseil à Tchouang-tseu, le sage incomparable. Il le trouva dans une prairie, tout débraillé, jouant à la balle avec une bande d’enfants. Le taoïste aux pieds nus continua de jouer, se contentant de faire un signe au souverain pour lui indiquer qu’il ne pouvait interrompre la partie. Un jeu est chose sérieuse pour les enfants, comme chacun sait.

 

Connaissant la réputation du sage excentrique, le souverain n’insista pas. Il s’installa avec sa suite sur des pliants que des serviteurs empressés mirent à disposition et entreprit de pique-niquer.

 

A la fin de la partie Tchouang-tseu, tout en s’épongeant le front avec les pans de sa tunique, demanda au potentat quel était l’objet de sa visite. Le duc magnanime fit verser au sage un vin de pêche dans une timbale d’argent et lui expliqua.

 

- Mon pays de Lou est prospère, j’y fais régner l’ordre et la justice, j’observe la morale et les rites ancestraux, et pourtant, j’entends dire que mes ministres me critiquent et que mon peuple est mécontent.

 

Le sage huma longuement le précieux gobelet, dégusta à petites gorgées le vin de pêche en se gargarisant bruyamment le gosier, et répondit :

 

- Si une barque vide dérive au gré des courants et se dirige sur une jonque, les bateliers, même les pires brutes, ne se fâcheront pas et feront tout pour l’éviter. Supposons maintenant que la même barque dérive avec un homme à bord. L’attitude des marins se fera différente. Même les plus débonnaires pousseront des cris, gesticuleront, et si l’homme ne répond pas, s’il est endormi, ils se mettront en colère et l’insulteront. Si jamais la barque heurte le navire, ils seront capables de sauter dedans et de flanquer une correction à son passager. Si la barque est pleine, elle attire la colère. Si elle est vide, elle ne la provoque pas. Ainsi, si vous jetez par-dessus bord votre moi, vous traverserez le fleuve de la vie sans que nul s’oppose à vous ni cherche à vous nuire.

 

Et en guise de conclusion, sans doute inspiré par le vin de pêche, Tchouang-tseu improvisa ces vers :

 

A celui qui n’est plus attaché à lui-même,
les formes et les êtres se manifestent.
Dans ses mouvements, il est comme l’eau,
insaisissable.
Au repos, il est comme un écho,
un miroir.

 

Tiré des  « Contes des sages taoïstes », Pascal Fauliot, Ed du seuil.

 

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15 septembre, 2013

La quête de HOUANG-TI (Conte taoïste)

Classé dans : — unpeudetao @ 5:57

Houang-ti, l’Empereur Jaune, régnait depuis vingt ans sur la Chine. Tout était désormais en ordre. Les champs étaient fertiles, les arts florissants, l’administration intègre et dévouée, les frontières pacifiées.
Le Fils du Ciel s’était donné sans compter pour atteindre ses buts.
Mais ses devins étaient formels : des signes néfastes annonçaient des années d’inondations et de sécheresses, de famines et de révoltes.
L’Empereur savait que, rien n’était permanent dans ce monde fluctuant. C’était sa nature même. Il fallait sans cesse veiller à maintenir l’équilibre, prévenir et réparer les coups du mauvais sort.
Gouverner était un combat perpétuel. Mais maintenant, Houang-ti se sentait la proie d’une immense lassitude comme s’il ne parvenait plus à renouveler ses forces vitales. Il pensa qu’il devait enfin s’occuper de lui-même, se mettre en quête du Tao, la Voie de l’Harmonie suprême.
Il connaissait l’antique adage qui disait : Le royaume se façonne à image de son roi. Il était grand temps de réagir.

 

Une rumeur affirmait que le plus grand sage de l’empire, qu’on appelait le Maître caché, habitait une grotte perdue dans les montagnes de Hsioung Toung.
Le souverain interrogea ses agents secrets, surnommés « les yeux et les oreilles de la Face du Dragon ». Le rapport qu’ils firenl fut d’une inconsistance désolante. Houang-ti envoya donc le service au grand complet arpenter les montagnes.

 

C’est ainsi qu’après quelques mois d’investigation, l’Empereur Jaune fut conduit à l’entrée de la caverne secrète. Le sage était assis sur une natte de roseaux, devant deux bols et une théière. Il versa le thé et dit à son visiteur :
- Je vous attendais. Prenez place, et tenez. Et il lui tendit le bol fumant.
Lempereur s’inclina devant le sage et lui demanda :
- Quel est : le chemin du Tao ?
Le Maître caché prit le temps de finir son thé. Puis il tourna l’intérieur de son bol vers son hôte et lui dit :
- Vous voyez, ce bol est utile car il est vide. Le Tao est invisible, insaisissable. Nul ne peut l’entendre ni le voir.
Pourtant, si vous faites le vide dans votre esprit, il jaillira dans votre cœur. Méditez loin des bruits de ce monde, faites taire vos pensées et le souffle primordial restaurera vos énergies.

 

De retour dans son palais, l’Empereur Jaune s’enferma dans un pavillon isolé, au cœur des jardins, pour mettre en pratique les conseils du sage. Il avait auparavant délégué tous ses pouvoirs à son Premier ministre et laissé comme instruction de n’être dérangé sous aucun prétexte.

 

Au bout de trois mois de méditation intensive, Houang-ti avait touché au but. il avait atteint l’illumination, le grand éveil. Il s’était ressourcé en étant à nouveau le sein de la Mère du Monde. Mais quand il sortit de sa retraite, il fut assailli par le bourdonnement de ses ministres affolés.
L’empire était au bord du chaos. L’Empereur Jaune ne comprenait pas. Il avait suivi à la lettre les conseils du sage, bu à la source du Tao, restauré en lui l’harmonie.. Mais son royaume n’en avait pas profité. Peut-être avait-il négligé quelque chose..

 

Il décida de retourner consulter le Maître caché. Dans la caverne secrète, Houang-ti exprima son désarroi. Le sage sourit et répondit :
- Aller plus loin que le but, c’est ne pas l’atteindre. Auparavant, vous étiez trop impliqué dans les affaires du royaume et vous avez négligé votre être profond. Cette fois, vous avez fait l’inverse.
Le Tao du souverain lui demande de veiller sur lui-même autant que sur ses sujets. C’est la Voie du Milieu qui relie le Ciel et la Terre.

 

Ainsi parla le Maître caché qui, selon les dires de certains conteurs de la dynastie des Ming, n’était autre que le sublime Lao-tseu, dans une précédente incarnation..

 

L’Empereur Jaune trouva l’équilibre subtil que lui indiqua le sage et son harmonie intérieure irrigua l’empire. Après un long règne, il entreprit de visiter chaque province de son vaste domaine. Il contempla avec bonheur l’œuvre qu’il avait édifiée. Tout y était en ordre, prospère, paisible. Les fondations étaient solides.

 

Satisfait, il retourna dans son palais, nomma son successeur. Puis il réunit une dernière fois sa Cour pour les adieux. Et devant tous il leva la coupe où il conservait la Perle du Dragon, qu’il s’était longuement préparée dans le creuset de ses méditations.
Dès qu’il avala la pilule d’immortalité, les portes s’ouvrirent avec fracas et un dragon aux écailles luisantes, aux naseaux fumants, s’engouffra dans la salle, se glissa sous le trône. Le reptile ailé prit alors son envol, emportant Houang-ti sur son dos.

 

La légende rapporte que la souveraine et les concubines impériales eurent la présence d’esprit de s’accrocher aux moustaches et à la queue du dragon ! Elles gagnèrent ainsi le Palais de Jade, le séjour des Immortels, et ses joies infinies.
Et là-haut, l’Empereur Jaune est heureux d’offrir à ses femmes avisées les Pêches célestes qui donnent elles aussi l’éternelle Jeunesse !!!

 

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5 septembre, 2013

Le Rêve du papillon, Pascal Fauliot (Conte taoïste)

Classé dans : — unpeudetao @ 18:51

Par une bel après-midi noyé de soleil, un dignitaire s’était aventuré sur les sentiers escarpés de la vallée profonde où Tchouang-tseu avait élu domicile.
Le mandarin, brillant lettré qui avait passé tous les degrés des examens et obtenu un poste de conseiller auprés du roi de Wou, voulait poser au vieux maître une question sur le Tao, dans l’espoir de respirer l’effluve de l’Indicible.

 

La chaumière était déserte, la porte grande ouverte. Des traces de sandales, toutes fraîches, menaient à une prairie pentue. Le dignitaire les suivit et il découvrit Tchouang-tseu endormi à l’ombre d’un vieil arbre noueux, la tête sur un coussin de fleurs des champs. Le lettré toussota et le sage ouvrit les yeux.

 

- Ô Maître, pardonnez-moi de troubler votre repos. Je viens de fort loin vous interroger sur le Tao.

 

- Je ne sais pas si je pourrai répondre répondit Tchouang-tseu en se frottant les yeux.

 

- Vénérable, votre modestie vous honore.

 

- Cela n’a rien à voir, non. A vrai dire, je ne sais plus rien. Je ne sais même plus qui je suis !

 

- Comment est-ce possible ? demanda le mandarin interloqué.

 

- Oh c’est très simple, reprit le vieux taoïste, l’air songeur. Figurez-vous que tout à l’heure, en dormant, j’ai fait un rêve étrange. J’étais un papillon voltigeant, ivre de lumière et du parfum des fleurs. Et maintenant, je ne sais plus si je suis Tchouang-tseu ayant rêvé qu’il était un papillon ou un papillon qui rêve qu’il est Tchouang-tseu !

 

Et le conseiller du Roi de Wou, bouche bée s’inclina profondément et retourna sur ses pas, ruminant cette parole énigmatique dans l’espoir d’en tirer le suc.

 

Extraits de Contes des sages taoïstes – Pascal Fauliot – Edition du Seuil.

 

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