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3 novembre, 2013

Le Bodhisattva et la tigresse (Conte bouddhiste)

Classé dans : — unpeudetao @ 18:33

Le Bodhisattva était un ascète détaché des choses de ce monde. Il demeurait constamment dans les régions désertes des montagnes, il s’appliquait uniquement à méditer sur la sagesse et ne commettait aucun des actes mauvais. Il mangeait des fruits, buvait de l’eau et ne mettait absolument rien en réserve. Il songeait avec bienveillance à tous les êtres vivants qui, par leur ignorance et leur folie, se perdent ; chaque fois qu’il voyait l’un d’eux en péril, il sacrifiait sa vie pour le sauver.

 

Un jour qu’il était allé chercher des fruits, il rencontra sur son chemin une tigresse qui allaitait ses petits. Après qu’elle eut allaité, elle fut très épuisée et n’eut rien à manger ; affolée par la faim, elle voulut revenir dévorer ses propres petits. En voyant cela, le Bodhisattva fut ému de pitié ; il songea avec compassion à tous les êtres vivants qui endurent pendant leur séjour dans le monde des souffrances infinies ; qu’une mère et ses petits s’entre-dévorassent, il en éprouvait une douleur inexprimable ; sanglotant et versant des larmes, il se tournait et regardait de tous côtés pour chercher ce qui pourrait nourrir la tigresse et sauver ainsi la vie de ses petits, mais il ne vit absolument rien.
Il pensa alors en lui-même :
 » Le tigre est un animal qui mange de la chair.  »
Puis en réfléchissant profondément, il ajouta :
 » Si j’ai formé la résolution d’étudier la sagesse, c’est uniquement en vue du bien de tous les êtres vivants ; ils se perdent dans de terribles souffrances et j’ai voulu les sauver, faire en sorte qu’ils obtiennent le bonheur et que leur vie soit perpétuellement tranquille. Pour moi, quand plus tard je mourrai de vieillesse, l’agrégat de mon corps devra être abandonné ; mieux vaut donc faire don avec bienveillance afin de secourir les autres êtres et d’accomplir acte de vertu.  »
Sur ce, il se jeta la tête la première dans la gueule du tigre ; s’il lui présenta sa tête, c’est parce qu’il désirait faire en sorte qu’il mourût promptement et qu’il ne s’aperçût pas de la souffrance.
La tigresse et ses petits furent ainsi tous sauvés.

 

Tous les Bouddhas louèrent la vertu du Bodhisattva et son mérite pour lequel il égalait les plus grands saints. Tous les êtres qui sont doués de sagesse furent émus ; ils conçurent l’esprit d’éveil et firent le voeu de rester dans ce monde d’impuretés afin de guider les dieux et les hommes, de sauver les êtres pervers et de ramener les êtres égarés à la sagesse.

 

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27 août, 2013

Tigresse blanche et Dragon de jade (Conte taoïste)

Classé dans : — unpeudetao @ 14:59

La belle Taï Yin Nu, par piété filiale, accepta d’épouser à dix sept ans l’homme que ses parents lui avaient choisi, un riche et rustre cabaretier. Le mariage fut un désastre. Malgré sa bonne volonté, elle ne parvint pas à aimer son mari, encore moins à se faire aimer de lui bien qu’il prît plaisir à se vautrer sur elle.

 

Comme s’il avait été contaminé par les piliers de son établissement, il devint en quelques années un ivrogne impénitent, l’un de ceux qui se défoulent tous les soirs sur leur femme. Le sourire de son fils était la seule consolation de Taï Yin Nu, et le seul cadeau que son mari lui ait jamais fait.

 

Au bout de dix ans de mariage, le tavernier fut emporté par sa cirrhose. Sa veuve dut, pour survivre avec son enfant, tenir seule le cabaret. Beaucoup d’hommes lui tournaient autour comme des bourdons autour d’une fleur.
Mais d’homme, elle n’en voulait plus.

 

La taverne de la jolie veuve ne désemplissait pas, et les clients lui prenaient trop de temps et d’énergie. Épuisée, elle devint irritable, y compris avec son fils. Il souffrait d’être repoussé par sa mère et, un jour, comme s’il voulait se rappeler à elle, il tomba malade. Les médecins des environs ne purent trouver le remède et l’état du garçon empira de jour en jour. Désespérée, elle fit venir un devin qui lui affirma que l’enfant n’était pas possédé par un esprit malin mais que son mal était puissant et pourrait être fatal s’iln’était pas contré à temps. Il fallait agir vite, voilà ce que disait le Yi King.

 

Il lui conseilla d’aller trouver Taï Hsuan Nu, la Dame des Grands Mystères, l’Immortelle qui vivait avec ses disciples dans la montagne. Taï Yin Nu confia son fils à sa mère, ferma l’établissement et prit le chemin des nuages. La taoïste sans âge la reçut dans son sanctuaire troglodyte où elle préparait les candidats à la renaissance spirituelle dans le ventre de la montagne.

 

L’ immortelle regarda la belle tourmentée de son œil pénétrant et sans même l’interroger lui dit :
- J’ai les herbes qu’il faut pour arrêter le mal mais l’enfant ne guérira vraiment que quand sa mère aura rétabli en elle les conditions de l’harmonie.

 

Puis elle l’invita à rester quelques jours pour lui parler du Tao et lui donner des conseils pratiques pour le cultiver. Elle offrit enfin à sa visiteuseun mélange de plantes et un exemplaire du Traité des Cinq Joyaux. Quand elle la raccompagna à l’entrée de la grotte, elle l’encouragea à suivre la Voie et l’incita à revenir pour recevoir d’autres instructions.

 

La nouvelle adepte retrouva la paix intérieure et son fils la santé. Elle engagea une serveuse pour l’aider à la taverne et consacra du temps à pratiquer les exercices taoïstes et étudier le livre, sans négliger son fils. Taï Yin Nu retourna régulièrement à la caverne de l’ Immortelle pour approfondir sa compréhension de la Voie.

 

Un jour, la Dame des Grands Mystères lui dit :
- Inutile de revenir. Nos chemins se séparent ici. Je vais bientôt quitter ce monde. Tu trouveras un nouveau maître. Trois jours après, un homme étrange entra dans la taverne de la jolie veuve. Ses vêtements délavés et râpés étaient ceux d’un vagabond mais ses traits fins et ses gestes délicats trahissaient le lettré. Il resta longtemps à siroter une liqueur suave tout en observant la maîtresse des lieux.

 

Elle fut subjuguée par la lumière noire de son regard, qui savait trouver le chemin de son âme et faire sauter les verrous de son cœur. Cet homme était-il si différent des autres ? Était-il un adepte lui aussi ? Elle voulut en avoir le cœur net et, au moment où il devait payer la note, elle retint la serveuse et alla lui réclamer elle-même cinq pièces de cuivre, ce qui était fort cher pour un gobelet de liqueur. Il les sortit de sa poche sans sourciller et les posa sur la table de façon à former le diagramme des cinq éléments. Elle lui demanda s’il savait compter. Il sourit et répondit :
- Au nord, l’Eau : un.
 Au sud, le Feu : deux.
 À l’est, le Bois : trois.
 À l’ouest, le Métal : quatre.
 Et au centre, la Terre : cinq.

 

Elle reprit :
- Vous comptez bien. Quel chemin suivez-vous ?
- Je suis sur les traces d’une Tigresse blanche.
- Et moi sur celles d’un Dragon de jade.
- Alors, nous nous sommes peut-être trouvés ! Comment vous appelez-vous ?
- Taï Yin Nu, la Dame au Grand Yin. Et vous ?
- Moi, c’est Taï Yang Tseu, le Maître du Grand Yang.

 

Et ils rirent de bon cœur. Puis elle l’invita dans sa chambre de méditation car ils avaient beaucoup de choses à se dire. Lun et l’autre avaient trouvé son maître. Ils restèrent ensemble, se partagèrent leurs secrets, s’entraidèrent dans leur quête. Ils se livrèrent souvent au jeu de la Tige de Jade et du Lotus rouge, pratiquant ainsi la condensation du Souffle du Dragon.

 

Les taoïstes affirment que deux fourneaux reliés l’un à l’autre activent davantage la transmutation alchimique qui rend immortel.
En d’autres termes, ils s’aimèrent, voilà tout. Et l’amour n’est-il pas le Tao de l’éternelle jeunesse ?

 

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