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2 février, 2018

Diosgyœr, Michel KLIMO (Légende de Hongrie)

Classé dans : — unpeudetao @ 5:11

Là, où s’élève aujourd’hui la ville florissante de Diosgyœr, vivait autrefois, au sein d’une petite famille heureuse, un chasseur nommé Paul Dios. Devant la modeste chaumière, se trouvait un énorme noyer dont la récolte était toute la fortune de ces pauvres gens.

Par une belle soirée d’été, toute la famille se reposait sous le noyer. Maître Paul, qui était absorbé dans une rêverie, rompit enfin le silence, et dit en soupirant :

– Mon Dieu, combien je serais plus heureux si j’avais beaucoup, beaucoup d’argent !

La femme, qui ne comprenait rien à ce changement subit dans le caractère de son mari, lui dit :

– Qu’est-ce qui te prend, mon ami ?

– Ne sommes nous pas bien ici ? C’est blasphémer contre le Bon Dieu que de te plaindre, comme tu fais.

– Tiens, poursuivit maître Paul, vois-tu ce vaste pays inculte ? Les collines sont désertes, personne ne laboure ces champs, qui rapporteraient si bien. Oh ! si je pouvais peupler ce pays ! Là, sur la cime de cette montagne, s’élèverait un beau château ; ici, dans la vallée, je ferais labourer les champs de blé ; sur la côte de la rivière, il y aurait de belles vignes ; j’établirais des moulins ; enfin je ferais de cette belle contrée une source intarissable de richesse.

Cela dit, le mari se leva et disparut bientôt dans la forêt, où il erra longtemps en proie à une inquiétude et un mécontentement dont il ne pouvait se rendre compte. Vers minuit, il se coucha accablé par le sommeil, et s’endormit profondément. Dans son rêve, il vit venir à lui un vieillard qui lui dit : – Ta demande s’accomplira, mon ami. Va à Nagyvarad, et restes-y trois jours sur la grande place.

Dès qu’il se réveilla, maître Paul se mit en route pour la ville indiquée, où il arriva au bout de trois jours. Il alla se poster sur la grande place, comme le lui avait enjoint le vieillard. Il y trouva des groupes de journaliers, qui s’y rassemblaient chaque matin pour aller au travail.

Tout à coup, il vit se dégager de la foule un homme à barbe blanche, qui se dirigea vers lui.

Maître Paul faillit tomber à la renverse. C’était le même vieillard qui lui avait apparu dans son rêve. Mais au lieu de lui offrir le trésor promis, le vieillard l’aborda ainsi :

– Veux-tu venir travailler dans ma vigne, je t’offre un franc par jour.

Maître Paul désappointé lui fit signe que non.

Le lendemain matin, le vieil homme vint encore inviter Paul à venir travailler dans sa vigne.

Tout honteux, Paul lui dit :

– C’est que j’attends quelqu’un.

Le surlendemain, le maire de la ville, ne roulant plus garder l’incognito, se répandit en invectives contre le malheureux Paul, et le traita de rien qui vaille, et de vagabond.

Humilié, Paul avoua son tort, et, pour s’excuser, il raconta au maire l’histoire de son rêve. Le vieux Monsieur en rit jusqu’aux larmes, puis il dit :

– Niais que tu es, mon ami ! Le moyen de se laisser duper ainsi par un rêve ! Si tous nos rêves s’accomplissaient, je serais riche depuis longtemps. Sache que, moi aussi, j’ai fait un pareil rêve ; trois fois de suite j’ai rêvé que loin d’ici, vers le Nord, au milieu de vastes forêts, il y a une chaumière habitée par un certain Paul Dios, et que sous un énorme noyer, qui se trouve devant sa porte, il y a trois cuves toute pleines d’or. Mais, plus sage que toi, je me suis moqué de mon rêve, et pour terminer, dit-il en plaisantant, je t’abandonne ce trésor ; tu n’as qu’à y aller.

Paul s’inclina, et en proie à un nouvel espoir fiévreux, il partit au plus vite. Arrivé à la maison, il envoya chercher quelques habitants du village prochain ; on abattît le noyer, mais de trésor, on n’en trouva point.

Mais il n’en découvrit pas moins le trésor caché. On se mit à labourer la terre ; peu à peu la contrée se peupla, et Paul finit par en faire un centre d’agriculture et d’industrie. Les ruines du château qu’il y fit bâtir sont les derniers restes de l’état sauvage de cette contrée.

Michel KLIMO (XIXe siècle), hongrois.

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12 janvier, 2015

La petite fille qui avait un rêve de bonheur (Conte)

Classé dans : — unpeudetao @ 9:06

Il était une fois une petite fille qui avait un rêve de bonheur. Il y a comme cela de par le monde des petites filles douées pour le bonheur. D’abord, elle était née un soir d’été, alors que dans le ciel éclataient les premiers feux d’artifice de la fête de la Liberté. Par la suite, sa peau se gorgeait de soleil dés qu’apparaissaient les premiers rayons et ces couleurs de miel ou de pain bis dont elle se revêtait la rendaient éclatante de joie. Par la suite son visage s’illumina avec une belle rangée de dents dites « de la chance » et chacun s’amusait de ses fossettes rieuses. Oui, elle était très attirée par le bonheur. Mais autour d’elle, on lui disait, on lui montrait comment il fallait souffrir, travailler ou se sacrifier avant de goûter au bonheur. On lui avait même laissé croire qu’il valait mieux inscrire dans son corps quelques marques ou cicatrices révélatrices de sacrifices notoires, pour mériter plus tard un peu de bonheur.

 

Comme elle n’avait aucun goût ni pour les souffrances, ni pour les sacrifices, ni pour le travail, et qu’elle aimait rire dans le soleil, s’amuser, se réchauffer auprès d’amis, elle se trouva vite en conflit et rapidement elle préféra renoncer à son rêve de bonheur, n’y plus penser plutôt que de le détériorer ainsi. Elle le cacha au fond d’une malle. Très vite, le rêve perdit de son éclat et de sa vivacité, puis elle l’oublia.

 

La petite fille, devenue grande, poursuivit des études, se maria et eut beaucoup d’enfants… tout ce qu’il faut pour que comme dans les contes, on puisse accéder au bonheur. Nulle ombre de bonheur ne vint effleurer sa vie. Elle vécut ainsi, avec économie dans la persévérance, la peine, les obligations et les devoirs. Peu à peu son sourire lui-même se figea sur son visage. Il lui arriva même de rabrouer ceux ou celles qui se permettaient de rire un peu trop bruyamment. Chaque jour elle s’efforça de tenir convenablement le rôle qu’on lui avait appris. Pour cela, elle veillait à ce que chacun, autour d’elle, reçoive son comptant de bonheur. Cela, c’était permis et même recommandé, mais pas plus ! Quelques fois, cependant, elle percevait qu’en elle vibraient des désirs argentés, elle vivait des tiraillements, des petits pincements au cœur, mais elle ne connaissait pas d’autres façons de faire.

 

Un jour, alors qu’elle était devenue vieille, que ses enfants étaient partis, qu’elle pensait avoir accompli sa tâche, son rêve d’enfant lui toucha doucement le front. Elle retrouva le coffre où elle avait enfoui son rêve de bonheur, le retourna en tous sens. Elle en sortit les vieilles souffrances accumulées, les rancœurs, les abnégations, les interdictions, quelques travaux, mis de côté pour les jours où elle manquerait d’ouvrage. Elle retrouva même les recommandations… Les conseils de ses vieux maîtres en éducation qui lui avaient enseigné tout ce qu’elle devait retenir et modifier dans son attitude pour parvenir à vivre des relations harmonieuses. Elle écarta tout cela, d’abord avec lenteur, puis rejeta le tout. Cela lui coûtait beaucoup de se séparer de ces vieilles choses, mais elle avait besoin d’aérer sa vie. Tout au fond du coffre, bien à plat, bien rangé, elle vit son rêve de bonheur, toujours aussi soyeux et joyeux. Il n’avait pas pris une ride, peut-être même lui apparut-il plus beau encore. Elle s’en saisit et le serra très fort sur son cœur, elle sentit que tout au fond d’elle, elle ne l’avait pas quitté mais qu’il lui avait terriblement manqué. Elle décida de ne plus s’en séparer.

 

Elle a aujourd’hui libéré ses éclats de rire. Elle sait accepter, avec chaque fois le même émerveillement, les plaisirs qui sont bons pour elle. Elle sait aussi s’éloigner des contraintes qui lui rappellent les efforts d’antan. Elle redécouvre précieux son besoin de bonheur, de cadeaux colorés à recevoir, à entretenir. Ceux qui l’approchent la perçoivent chaleureuse, rayonnante, authentique. Certains s’en éloignent, sceptiques, mais d’autres se mettent à leur tour à rêver de bonheur. Aujourd’hui, elle ne propose plus de recette, elle invite chacun à retrouver en lui-même ce très vieux rêve enfoui.

 

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22 décembre, 2014

Jayda, Henri Gougaud (Conte)

Classé dans : — unpeudetao @ 13:08

Il était un jour une jeune fille nommée Jayda. Elle n’avait aucun bien sur terre , sauf ses deux mains, son corps agile et son regard sans cesse étonné par la lumière du monde. Elle vivait dans une hutte de branches au bord d’un ruisseau, se nourissait de l’eau que lui donnait la source, des fruits que lui donnaient les arbres. Sa pauvreté était rude mais elle ne s’en plaignait pas. Elle l’estimait ordinaire. Elle ignorait qu’en vérité un esprit maléfique l’avait prise en haine et s’acharnait sans cesse à faire trébucher ses moindres espérances, troubler ses moindres bonheurs, à tout briser de ce qui lui était destiné, pour qu’elle n’ait rien, et qu’elle en meure. Or un matin, comme Jayda dans la forêt faisait sa cueillette d’herbes pour sa soupe quotidienne, elle découvrit dans un buisson une ruche sauvage abandonnée par ses abeilles. Elle s’agenouilla devant elle, vit qu’elle était emplie de miel tiédi par le soleil. L’idée lui vint de le recueillir. Elle pensa, bénissant le ciel : “J’irai vendre cette belle provende au marché de la ville, j’en gagnerai assez pour traverser l’hiver sans peine ni souci.” Elle courut chez elle , prit une cruche , s’en revint au buisson et la remplit de miel. Alors l’esprit méchant qui veillait à sa perte sentit se ranimer sa malfaisance quelque peu endormie par la monotonie des jours. Comme Jayda s’en retournait, sa récolte faite, il ricana trois fois, esquissa autour d’elle un pas de danse invisible, empoigna une branche au-dessus du sentier, et agitant cette arme de brigand, comme passait la jeune fille il brisa la cruche qu’elle portait sur l’épaule. Le miel se répandit dans l’herbe poussièreuse. L’esprit mauvais, content de lui, partit d’un rire silencieux, se tenant la bedaine et se battant les cuisses, tandis que Jayda soupirait et pensait : “ Quelle maladroite je suis ! Allons, ce miel perdu nourrira quelque bête. Pour moi, Dieu fasse que demain soit meilleur qu’aujourd’hui.” Elle s’en retourna, légère, les mains vides. Comme elle parvenait en vue de sa cabane elle s’arrêta, tout à coup sur ses gardes. Un cavalier venait entre les arbres, au grand galop. A quelques pas d’elle il leva son fouet, le fit tournoyer, traversa le feuillage d’un mûrier, fit claquer sa lanière sur la croupe de sa bête et lui passa devant, effréné, sans la voir. De l’arbre déchiré tomba une averse de fruits. “Bonté divine, pensa Jayda, le Ciel a envoyé cet homme sur ma route. Voilà qu’il m’offre plus qu’une cruche de miel !”. Elle emplit son tablier de mûres et reprit vivement le chemin du marché. Aussitôt, l’invisible démon qui n’avait cessé de la guetter se mit à s’ébouriffer, pris de joie frénétique, à se gratter sous les bras comme font les singes, puis se changeant en âne il s’en vint braire auprès de Jayda. Elle le caressa entre les deux oreilles. Il en parut content. Il l’accompagna jusqu’au faubourg de la ville. Là elle fit halte un instant au bord de la grand-route pour regarder les gens qui allaient et venaient. L’hypocrite baudet, la voyant captivée, profita de l’aubaine. D’un coup sec du museau dans le panier il fit partout se répandre la provision, et se roulant dedans la réduisit en bouillie sale. Après quoi, satisfait, il s’en fut vers le champ. “Tant pis, se dit Jayda. On ne peut tout avoir. J’ai l’affection des ânes, un vieux croûton de pain m’attend à la maison. Mes malheurs pourraient être pires.” Or, tandis qu’elle s’apprêtait à rebrousser chemin, vint à passer la reine du pays dans son carrosse bleu orné de roses peintes. Elle vit les mûres répandues, l’âne trottant, l’échine luisante de suc. Elle en fut prise de pitié. “Pauvre enfant, se dit-elle, comme le sort la traite durement !” Elle ordonna à son cocher de faire halte et invita Jayda à monter auprès d’elle. La reine fut tant émue par l’innocence de cette jeune fille qui n’osait rien lui dire qu’elle lui fit offrir une demeure de belle pierre. Jayda s’y installa, et devint bientôt une heureuse marchande. Mais le mauvais génie veillait, ruminant des fracas. Il découvrit un jour où étaient les biens les plus précieux de sa maison : dans une remise, derrière le logis. La nuit venue, il y mit le feu. Jusqu’au matin il dansa autour de l’incendie, sans souci de roussir les poils de ses genoux. A l’aube, il ne restait que cendres et poutres noires où s’était élevée une belle bâtisse. Jayda, contemplant ce désastre, se dit que décidément elle n’était pas faite pour la richesse. Elle s’assit sur une pierre chaude. Alors elle vit une colonne de fourmis qui transportaient leur réserve de blé, grain par grain, de dessous les gravats en un lieu plus propice. Jayda pour les aider, souleva un caillou qui encombrait leur route, et se vit aussitôt éclaboussée d’eau fraîche. Sous la pierre bougée se cachait une source. Les gens autour d’elle assemblés s’émurent et s’éxtasièrent. Une vieille prophétie avait situé en ces lieux une fontaine de vie éternelle que personne n’avait jamais su découvrir. Le grimoire disait que seule la trouverait un jour, après un incendie, au bout de longues peines, une jeune fille autant aimante qu’indifférente à ses malheurs. Cette jeune fille était enfin venue. On lui fit une grande fête. Jayda depuis ce temps est la gardienne de cette source, la plus secète et la plus désirable du monde. A ceux qui viennent la voir, s’ils savent aimer, et s’ils savent que le malheur ne vaut pas plus que poussière emportée par le vent, on dit qu’elle offre à boire l’immortalité dans le creux de ses mains.

 

(Extrait de Contes des sages soufis de Henri Gougaud, seuil).

 

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13 décembre, 2014

le vieux sage, l’enfant et l’âne (Conte persan)

Classé dans : — unpeudetao @ 14:48

Un vieux sage avait un fils très timide. La timidité du jeune garçon était telle qu’il n’osait jamais quitter sa maison. Il craignait que l’on se moque de lui. Son père lui expliqua alors qu’il ne fallait jamais écouter les gens et qu’il allait lui en donner la preuve. – Demain, lui dit-il, tu viendras avec moi au marché !

 

Tôt de bon matin, ils quittèrent la maison, le vieux sage sur le dos de l’âne et son fils marchant à ses côtés. Quand ils arrivèrent sur la place, des marchands ne purent s’empêcher de murmurer : – Regardez cet homme. Il n’a aucune pitié ! Il se pavane sur le dos de l’âne et oblige son pauvre fils à marcher. Le sage dit à son fils : – Écoute bien leurs réflexions ! Demain, tu viendras avec moi au marché !

 

Le deuxième jour, le sage et son fils firent le contraire : le garçon monta sur le dos de l’âne et le vieil homme marcha à ses côtés. A l’entrée de la place, les mêmes marchands étaient là : – Regardez cet enfant qui n’a aucune éducation, dirent-ils. Il se repose tranquille sur le dos de l’âne, alors que son pauvre père doit se traîner dans la poussière. Si ce n’est pas malheureux de voir pareil spectacle ! – Tu as bien entendu ? dit le père à son fils. Nous reviendrons demain.

 

Le troisième jour, ils partirent à pied en tirant l’âne derrière eux au bout d’une corde. – Regardez ces deux imbéciles, se moquèrent les marchands. Ils marchent à pied comme s’ils ne savaient pas que les ânes sont faits pour être montés. – Écoute-les, dit le sage. Demain tu m’accompagneras à nouveau au marché.

 

Le quatrième jour, lorsqu’ils quittèrent la maison, ils étaient tous les deux juchés sur le dos de l’âne. A l’entrée de la place, les marchands laissèrent éclater leur indignation : – Quelle honte ! Regardez ces deux là ! Faire souffrir cette pauvre bête. Ils n’ont donc pas de pitié ?

 

Le cinquième jour, ils arrivèrent au marché en portant l’âne sur leurs épaules. Les marchands éclatèrent de rire : – Regardez ces deux fous qui portent leur âne au lieu de le monter.

 

Aussi le sage conclut-il : – Vois mon fils, quoi que tu fasses dans la vie, il se trouvera toujours des gens pour te critiquer. Aussi, n’écoute pas leurs opinions mais sois toi-même et trouve ton propre chemin.

 

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3 décembre, 2014

Une Demi-Journée de Congé (Conte chinois)

Classé dans : — unpeudetao @ 12:47

Un grand personnage alla en visite dans un monastère bouddhiste. Après avoir bu de nombreuses coupes de vin, il se mit à réciter le passage d’un poème datant de la dynastie des Tang : Passant par un monastère perdu dans les bambous, je m’arrêtai pour m’entretenir avec le bonze;  Arraché à ma vie agitée, je goûtai un moment de détente.

 

Le bonze l’écouta déclamer en riant. – Pourquoi riez-vous ? Demanda l’auguste visiteur. – Parce que votre moment de détente m’a coûté trois jours entiers de préparatifs, répondit le vieux bonze.

 

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28 novembre, 2014

La légende du feu (Mythologie amérindienne)

Classé dans : — unpeudetao @ 8:03

Il y a très longtemps le feu était inconnu dans le pays de Nanabozo et il y faisait très froid. Alors Nanabozo questionna la grand-mère, Nokomis, qui savait beaucoup de choses pour savoir s’il n’y avait pas un moyen de se réchauffer. Elle lui répondit qu’effectivement elle avait entendu dire que quelque part dans l’est, près des grandes eaux, vit un vieux sachem avec ses filles. Ces trois-là ont chaud car ils possèdent une chose appelée le feu. Mais il paraît que cet homme cache le feu de la vue de tous et le conserve jalousement. Nanabozo jura d’aller vers l’Est pour trouver cet homme et lui demander un peu de son feu. Mais Nokomis douta de la réussite de son expédition car elle savait que le feu était surveillé nuit et jour par le vieil homme qui ne sortait jamais laissant le soin a ses filles d’aller dehors. Nanabozo élabora  un plan. – Je vais transformer l’eau du lac qui voisine le wigwam du sachem en une glace mince comme l’écorce du bouleau. Ensuite, je vais me changer en petit  lapin assez léger pour que je puisse courir sur cette glace fine sans qu’elle cède. Nanabozo salua la grand-mère Nokomis, et partit. Il marcha vers l’est pendant des jours et des jours. Il arriva devant un lac au bord duquel s’élevait le wigwam du vieux sachem, aussitôt, grâce à ce pouvoir qu’il avait, il transforma l’eau du lac en glace fine et se transforma lui-même en un tout jeune lapin. Nanabozo se cacha pour pouvoir observer l’habitation et attendit longuement. Enfin il vit l’une des filles sortir pour aller vers le lac, Nanabozo sortit de sa cachette et se coucha sur le sentier qu’elle devait utiliser et se mit à grelotter très fort. La jeune fille fut émue par ce pauvre petit lapin transis de froid et aussitôt elle prit le lapin dans ses mains et l’emporta dans son logis en l’abritant sous sa veste. Lorsqu’elle fut entrée, elle fit voir le jeune lapin à sa sœur. Toutes les deux se mirent à jouer avec lui pour s’amuser. – Enfants qui vous a permis de faire entrer cet animal chez nous ? Que vous êtes étourdies ! s’écria le vieux  sachem. Ce lapin est peut-être là pour voler notre feu. Jetez cette bête dehors ! Les filles ne firent aucun cas des remarques de leur père pensant que ce vieux grincheux avait tort de dire que ce pauvre lapin sans défense venait leur voler le feu. – Vous refusez de m’écouter ! Se fâcha le vieux. Vous oubliez mon grand âge et ma sagesse. La plus jeune des filles fit semblant de ne pas entendre les mots prononcés par son père. Elle déposa en souriant le petit lapin près du feu pour qu’il se réchauffe. – Maintenant que ma fourrure est sèche, pensa Nanabozo, je souhaite qu’une étincelle vienne l’enflammer. Et comme cela arrive toujours avec Nanabozo, son vœu se réalisa. Une étincelle s’échappa des bûches enflammées et mit le feu à son pelage. Aussitôt, Nanabozo s’élança dehors et courut à toute vitesse vers le lac. – Regardez père ! Crièrent les filles, il s’enfuit avec le feu ! – Vous voyez bien que j’avais raison de me méfier, dit le vieux en courant derrière l’animal. C’est sûrement un manitou qui est venu voler le feu. Le vieux sachem se mit à courir après Nanabozo, mais la glace fragile céda dès ses premiers pas et ses filles eurent beaucoup de mal à le sortir de l’eau. Pendant ce temps, Nanabozo avait couru à perdre haleine et arrivait en vue de son logis. – Nokomis ! Cria-t-il. Vite, Nokomis ! Transfère ce feu à des branches. Nokomis se précipita vers lui et fit comme il demandait, sans hésiter. Puis Nanabozo réussit à éteindre le feu de son pelage en s’aidant de ses pattes. Content de voir brûler les branches, il s’examina en riant. – Dorénavant, dit-il à Nokomis, chaque été les lapins auront le pelage comme le mien pour rappeler aux hommes comment le feu est venu jusqu’à eux dans ce pays. Nanabozo reprit sa forme humaine et, cet hiver-là, lui et Nokomis eurent bien chaud.

 

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23 novembre, 2014

La Sagesse (Conte)

Classé dans : — unpeudetao @ 16:40

Le fils aîné d’une famille aisée désirait acquérir la Sagesse. Il avait étudie la Philosophie, comparé les Religions et appris les Mathématiques. Sa famille, ainsi que ses amis le considéraient comme un être d’une intelligence remarquable. Un jour, il apprit que le jardinier était un très célèbre poète mystique. Cela le fit sourire tant il avait de mal a croire que cet homme simple put être un grand Sage. Déterminé néanmoins à savoir si cela était vrai, il décida de mettre son jardinier à l’épreuve. Trouvant ce dernier dans le carré de roses, le jeune homme s’arrêta près de lui et demanda :  » Que savez-vous de la Grande Équation de l’Univers, cette formule qui est à l’origine de tout ce qui existe ? » Le vieux jardinier, tout en arrachant quelques mauvaises herbes, se mit à rire et répondit de sa voix douce :  » Jeune homme, je n’ai jamais aimé les Mathématiques ! »  » Ne joue pas ce jeu la avec moi « , demanda le jeune homme,  » et dis moi ce que tu penses de la nature de l’Existence « . En même temps qu’il coupait une rose fanée, le jardinier répondit :  » L’existence est ce moment à jamais présent, entre mémoire et temps futur.  »  » Hmmm », répondit le jeune homme d’un air affecté,  » si je te comprends bien, le temps n’est qu’une sorte d’illusion ? » Le jardinier planta sa bêche dans la terre.  » Le Temps ? Monsieur, si j’étais plus jeune .. « .  » Ah ! », dit le jeune homme en même temps qu’il se penchait pour pouvoir regarder le jardinier dans les yeux,  » ne sais-tu pas que l’Existence n’est rien d’autre qu’un grand tumulte issu des vibrations du verbe originel ? » En même temps qu’il retournait la terre, le jardinier répondit en citant un proverbe :  » Regarde où tes pas te mènent « .  » Mes pas ne me mèneront nulle part  » dit le jeune homme d’un air désapprobateur,  » seul mon esprit peut me conduire là où je le souhaite « . En même temps qu’il répandait l’engrais, le jardinier répondit :  » Nulle part est précisément le lieu où se rendent les Sages.  » Alors qu’il se relevait, le jeune homme se piqua le doigt sur une épine de rose. Il observa une goutte de sang se former, telle une perle, à l’endroit où il était piqué et déclara :  » Le Mouvement n’est qu’une illusion « .  » Bien « , lui répondit le jardinier en continuant de bêcher,  » alors arrêtez de bouger « . Le jeune homme se concentra sur ce que le jardinier était en train de faire et dit :  » Le Mouvement Absolu n’est qu’une illusion.  »  » Encore mieux « , demanda le jardinier qui s’était relevé pour enlever quelques feuilles mortes,  » mais alors, qu’en est-il de ce grand tumulte issu des vibrations du verbe originel, dont vous me parliez tout à l’heure ? » Le jeune homme aspira la goutte de sang et répondit :  » Vous même ne le savez pas, n’est-ce pas ? »  » Bien sur que non « , admit le jardinier en même temps qu’il caressait les pétales d’une splendide rose blanche. Frustre, le jeune homme s’exclama :  » Alors, tout ce que tu fais est inutile..  » Le jardinier se pencha vers la rose, ferma les yeux, respira profondément, puis sourit et dit d’un air satisfait :  » Hmmm, venez savourer son odeur exquise ! »

 

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4 novembre, 2014

Le rire du chien, Louis PERGAUD (Conte)

Classé dans : — unpeudetao @ 11:51

Comme je passais la main dans les cheveux, je veux dire dans les poils de son chien, mon « bougnat », avec qui j’entretiens des relations de bon voisinage, m’a glissé confidentiellement :

 

– Je gage que vous ne savez pas pourquoi nous marchons sur deux pattes au lieu de nous servir, comme toutes les autres bêtes, de nos quatre membres ?

 

– Je l’ignore, en effet, répondis-je du ton du citoyen qui attend une histoire.

 

– Eh bien, reprit mon interlocuteur, sachez donc que c’est à un chien et à un Auvergnat que les hommes sont redevables de ce genre de locomotion.

 

« Oui, n’est-ce pas, continua-t-il, au début, tout le monde allait à quatre pattes ; mais, certain jour, un Auvergnat avisa un cabot qui se dressait sur ses pattes de derrière pour regarder par-dessus une clôture.

 

« Je suis aussi malin qu’un chien, se dit cet homme avisé, et lui aussi se dressa sur ses pattes de derrière. Ses compagnons l’imitèrent aussitôt. Et voilà pourquoi l’humanité marche sur deux pattes, tout simplement ».

 

Je ne saurais affirmer la rigoureuse exactitude de cette explication, mais en tout cas, si le chien – car nous laisserons, voulez-vous, l’Auvergnat à son anthracite – si le chien, dis-je, nous a appris à nous tenir sur deux pattes, nous lui avons, par sentiment de réciprocité sans doute, enseigné le rire.

 

Je n’ai pas la prétention d’affirmer que, ce faisant, nous avons rendu à notre commensal un service extraordinaire et que nous lui ayons fait faire un pas vers son émancipation future, d’autant que cet enseignement aura été absolument involontaire et passif.

 

Un peu particulier sans doute et différent du phénomène humain, le fait est là tout de même et j’ai eu occasion de l’observer souvent chez les chiens de chasse.

 

Le rire canin n’est pas un rire bruyant ; il n’éclate ni ne tonitrue ; il ne secoue pas les tripes et n’ébranle pas le poitrail de celui qui en est saisi, la tête ne part pas en arrière et les pattes n’y participent point, pas plus que le tronc… C’est le rire silencieux, le rire muet que le bon Fenimore Cooper, dans des romans qui firent la joie de notre enfance, attribue quelque part à la « Longue-Carabine » ou au « Dernier des Mohicans », je ne sais plus au juste, quand ils ont découvert la trace fraîche du méchant Sioux ou du traître Comanche sur le sentier de la guerre.

 

L’œil pourtant s’avive un peu et le mufle humide et frais a de légers frémissements, mais on a plutôt l’impression d’un rictus que d’un rire. Les babines se troussent ; la gueule, littéralement, se fend jusqu’aux oreilles et les deux magnifiques rangées de crocs qui apparaissent n’auraient rien de très rassurant pour quelqu’un qui ne connaîtrait pas le bon camarade à qui il a affaire ; la queue, quelquefois, mais assez rarement, se met aussi de la partie et bat avec douceur. Telles sont à peu près les caractéristiques du rire canin.

 

Dire que ce phénomène décèle, comme chez l’homme, un état d’épanouissement général et de gaieté plénière serait faux ; le rire du chien marque tout simplement un désir d’être agréable au maître, une affectueuse soumission, ou encore une discrète invite au plaisir espéré de la chasse ou de la promenade. Peut-être également est-ce pour l’animal une manière délicate de demander au maître un bon morceau, ou une façon distinguée de souhaiter le bonjour à une personne de connaissance.

 

Les chiens n’emploient le rire qu’avec les hommes et ne rient pas entre eux. Ils ont mieux, apparemment, et leurs manifestations de joie nous sont bien connues ; mais le fait qu’ils se sont assimilé ce geste et qu’ils lui ont attribué un sens dénote une curieuse faculté de raisonnement, qu’il est intéressant de dégager.

 

D’abord, il n’y a que les vieux chiens qui savent rire ; les jeunes, apparemment, jusqu’à ce que le phénomène les ait frappés par quelque corrélation les intéressant directement, n’y font pas plus attention qu’à n’importe lequel de nos gestes coutumiers.

 

C’est la concordance de nos mouvements avec un état général de bonne humeur et de générosité dont il profite qui met l’animal en éveil : de là à généraliser, il n’y a qu’un pas. Mais où le phénomène devient merveilleux et troublant, c’est quand nous voyons la bête adopter ce truchement pour nous faire comprendre, sans nul doute, qu’elle est animée à notre égard des sentiments qu’elle nous a reconnus dans le rire.

 

Il est hors de doute que le chien comprend dans notre langage articulé, même dépouillé d’inflexions révélatrices, tout ce qui a rapport à lui et que nous sommes, nous, à son égard, dans un état manifeste d’infériorité.

 

Peut-être s’en est-il rendu compte, et son rire, ainsi que d’autres phénomènes d’imitation, souvent mal interprétés, ne sont-ils que les premiers balbutiements de notre langage mimique !

 

Sa vie est si courte et si remplie ! Qui sait, s’il en avait le temps, s’il n’arriverait pas à se créer, à l’instar des sourds-muets, un alphabet restreint de gestes et de vocables qui traduiraient clairement, à notre usage, ses idées et ses sentiments.

 

Il y aurait là, en tout cas, de sa part, la révélation d’une supériorité méconnue, en même temps que le signe pour l’homme d’un certain mépris affectueux.

 

« Ce pauvre Haut-Pattu, doit penser Miraut, il est incapable de parler ma langue, il faut bien que je m’habitue à parler la sienne ! »

 

Louis PERGAUD (1882-1915).

 

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4 avril, 2014

L’orphelin et les méchants villageois (Conte malien)

Classé dans : — unpeudetao @ 17:15

Il était une fois, dans un village, un homme riche, très riche, qui possédait beaucoup de troupeaux de vaches, de chèvres et de moutons. Il n’avait qu’un seul enfant, un garçon, encore très jeune dont la mère était morte après lui avoir donné la vie ! Quand le vieil homme sentit venir sa propre mort, il s’inquiéta : qui allait conseiller son fils afin qu’il ne se fasse pas dévorer par les vers mangeurs d’homme, les vers mangeurs d’hommes qui migraient entre les deux grandes rivières où chaque jour, il allait abreuver ses troupeaux ? Les villageois n’allaient pas le faire. Au contraire, ceux-ci jubilaient déjà à l’idée de le voir mourir et son jeune fils le suivre dès le lendemain, dévoré par les vers mangeurs d’hommes. Ils allaient se partager ses troupeaux ! Il alla confier son garçon à un arbre, un vieux caïlcédrat : – Je vais mourir, dit-il. Je te confie mon fils afin que tu le conseilles. Puis il mourut. Le matin, avant d’amener ses troupeaux au pâturage, le jeune garçon vint chanter à l’arbre : – Mon père m’a confié à toi, grand caïlcédrat. Dois-je conduire mes animaux à Toubalitou ? Ou dois-je les amener à Diabalidia ? L’arbre secoua trois fois ses lourdes branches chargées de feuilles et laissa entendre : – Va à Toubalitou. Ne va pas à Diabalidia. Les vers mangeurs d’homme seront aujourd’hui à Diabalidia ! Il amena ses animaux à Toubalitou et vers le soir, retourna sain et sauf au village. Les villageois étaient étonnés et furieux. Quelqu’un devait conseiller le garçon pour qu’il ne se fît pas manger par les vers ! Ils allaient trouver qui. Ce fut un chasseur qui s’en chargea et leur rapporta le secret. Ils abattirent l’arbre, le brûlèrent et jetèrent la cendre dans le fleuve. Quand l’orphelin vint pour lui demander conseil, il ne vit rien. Il pleura et chanta quand même sa chanson. On ne savait rien. Ce fut une tourterelle qui lui répondit. Et de nouveau, il rentra au village saint et sauf. On s’étonna de nouveau. On était furieux contre le chasseur. Il leur avait menti. Le chasseur leur révéla de nouveau le secret et leur promit de tuer la tourterelle. Il ne le put jamais. Il devint fou et court de nos jours encore en tirant des coups de feu contre le ciel qu’il prend pour sa tourterelle. C’est aussi depuis ce jour que les hommes et les femmes sages disent à leurs enfants de ne jamais tuer une tourterelle.

 

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21 janvier, 2014

Le livre de la sagesse du monde (Conte Espagnol)

Classé dans : — unpeudetao @ 13:00

Une veuve a sept fils. Elle est pauvre. Elle est même la plus pauvre de tout son village. Une année, la famine sévit dans le pays et les pauvres, déjà tellement pauvres, touchent le fond de leur misère. Ses sept fils décident de partir gagner leur vie à travers le vaste monde. Ils partent avec des pieds de plomb, désespérés de laisser leur mère tant aimée.

 

Ils voyagent longtemps allant de ville en ville mais ne trouvent pas de travail. Ils sont trop jeunes, trop nombreux, trop maigres. De jours en jours, ils ont de plus en plus faim et sont de plus en plus fatigués. Ils dorment le ventre vide dans les bois, dans les fossés ou sur le bord des routes.

 

Un matin, que le temps est particulièrement mauvais, que la pluie tombe à verses, qu’un vent glacé souffle entraînant à sa suite des nappes de brouillard, qu’ils sont transis de froid, mouillés de la tête aux pieds et tellement désespérés d’être en si mauvaise posture, ils se trouvent juste devant les murs délabrés d’un château. Ils frappent à la porte mais personne ne vient leur ouvrir. Ils poussent le vantail et se trouvent dans une cour vide. Pas de chiens de garde, pas de chevaux dans les écuries, pas de lumière derrière les vitres brisées. Ils se dirigent vers ce qui semble être le corps du logis. Ils appellent mais seul l’écho leur renvoie leurs appels. Ils visitent toutes les pièces. Elles sont sales, couvertes de poussières et de grosses toiles d’araignées pendent du plafond.

 

Arrivés à la dernière pièce, ils s’arrêtent stupéfaits. La pièce est rangée, propre. En son centre se dresse une table admirablement garnie de sept assiettes en argent, de plats de viande, de sauces fumantes, de légumes les plus variés, de sept verres en cristal, de sept serviettes de soie, de pain frais dans la corbeille à pain, de bougeoirs aux bougies rouges. Dans la cheminée des bûches n’attendent plus que l’étincelle pour répandre dans la pièce leur douce chaleur.

 

La faim est tellement forte qu’ils pénètrent dans la pièce, s’installent à la table et mangent de bel appétit. L’aîné ose même allumer le feu. Ils sont bien. Au beau milieu de leur repas, ils entendent une voix plaintive qui leur dit :          – Plus de lumière, encore plus de lumière !          Ils se regardent sans parler. Au bout d’un moment, le silence est revenu et nos sept garçons prennent leurs verres pour boire. Au moment où ils approchent leurs lèvres des verres, la voix gémit à nouveau :          – Plus de lumière, encore plus de lumière !          L’aîné prend son courage à deux mains, allume une torche et dit :          – Je vais voir ce qui se passe.          – Nous t’accompagnons, disent les frères.          Ils sortent dans le couloir, montent les escaliers. La lune éclaire les marches. Arrivés à l’étage, ils visitent les pièces sans rien trouver. Partout, la même poussière, les mêmes toiles d’araignées. Ils montent encore une volée d’escaliers et parviennent à une dernière porte tout au sommet de la tour. Ils poussent la porte mais ont un mouvement de recul. La pièce est occupée par un vieillard à la longue barbe blanche, tellement longue qu’elle touche le sol, et aux cheveux immaculés. Son visage est très pâle. Il est assis sur un vieux siège défoncé derrière une table bancale. Derrière le fauteuil se dresse un énorme tableau qui représente un chat noir aux yeux vert émeraude qui brille d’une lumière inquiétante et regarde fixement les sept garçons. Malgré leur courage, ils tremblent sous ce regard.

 

Le vieillard n’a pas semblé voir les sept frères. Il est plongé dans un énorme livre et semble avoir des difficultés à déchiffrer. Il se met à gémir.          – Plus de lumière, encore plus de lumière !          Les jambes des sept frères tremblent de plus en plus. L’aîné est sans conteste le plus courageux. Il s’approche du vieillard, pris de pitié, il lève sa torche au dessus du livre tout en lui disant :          – Voici de la lumière.

 

Le vieil homme baisse la tête et se remet à lire avec fièvre. Il avale les pages jaunies plutôt qu’il ne les lit comme s’il craignait que la lumière ne s’éteigne avant qu’il n’ait terminé. A la dernière page, il pousse un soupir et referme le volume relié de vieux cuir aux coins d’argent noirci par les ans.          L’homme lève la tête et en regardant l’aîné dit :          – Je te remercie, mon garçon. Je vous remercie tous les autres de m’avoir libéré. Quand j’étais encore en vie, il y a très très longtemps, je n’aimais personne et mon cœur ne connaissait pas de pitié. Les gens me fuyaient. Je fut condamné à rester dans cette pièce sombre jusqu’à ce que j’achève la lecture de ce gros livre. Il parle de gens sages et bons. Il décrit les souffrances, les peines, les larmes, le injustices qui frappent ces gens. Il détaille aussi tous les méfaits dont je me suis rendu coupable, mon égoïsme, ma cruauté. Ils y a dans ces pages, les pleurs des mères qui veillent leurs enfants malades, la douleur des fils qui ne peuvent aider leurs parents, le désespoir des mères que leurs fils ont quittées à jamais. J’ai commencé cette lecture il y a cent an et je ne l’avais toujours pas achevée. Seul celui qui m’éclairerait pouvait me sauver. Vous m’avez secouru ; en récompense, je vous donne ce château. Il est bien délabré mais si vous creusez dans la cave, vous trouverez sept pots d’or ; ils sont pour vous. Au moment où il prononce ses paroles, un courant d’air souffle brusquement sur la torche. Le cadet va en chercher une autre mais lorsqu’il revient, le vieillard, le livre et le chat du cadre avaient disparu.

 

Les sept frères descendent dans la cave et trouvent les pots remplis d’or comme le vieillard le leur avait dit. Ils font venir leur mère, remettent en état le château, nettoient toutes les pièces et redonnent à la bâtisse son lustre d’antan. Jamais plus ils ne connurent ni la misère, ni la faim. Jamais ils n’oublièrent le vieillard ni le contenu de son livre qui n’était autre que le livre de la sagesse du monde.

 

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