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16 octobre, 2013

Le voleur de hache (Conte Taoïste)

Classé dans : — unpeudetao @ 18:17

Un paysan, qui avait du bois à fendre, ne parvenait plus à mettre la main sur sa cognée. Il arpentait de long en large sa cour, allait jeter un oeil furibond du côté du billot, de la remise, de la grange. Rien à faire, elle avait disparu, sans doute volée ! Une hache toute neuve qu’il avait acheté avec ses dernière économies !
La colère, cette courte folie, débordait de son coeur et teintait son esprit d’une encre aussi noire que la suie.
Il vit alors arriver sur le chemin son voisin. Il lui trouva la démarche de quelqu’un qui n’avait pas la conscience tranquille. Son visage laissait transpirer une expression de gêne comme le ferait celui du coupable face à sa victime. Son salut était empreint d’une fourberie de voleur de hache. Et quand l’autre ouvrit la bouche pour lui débiter les banalités météorologiques d’usage entre voisins, sa voix était assurément celle d’un voleur de hache flambant neuve !
N’y tenant plus, notre paysan franchit son porche à grandes enjambées pour aller dire son fait à ce maraudeur qui avait l’audace de venir le narguer ! Mais il se prit les pieds dans une brassée de branches mortes qui gisaient au bord du chemin. Il trébucha, s’étranglant avec la bordée d’insultes qu’il destinait à son voisin, et il s’étala le nez contre le manche de sa cognée qui avait dû tomber tout à l’heure de sa carriole !

 

Pascal Fauliot, Contes des sages taoïstes.

 

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16 septembre, 2013

Vider sa barque, Tchouang-tseu (Conte taoïste)

Classé dans : — unpeudetao @ 4:01

Le duc de Lou avait fait un long périple pour venir demander un conseil à Tchouang-tseu, le sage incomparable. Il le trouva dans une prairie, tout débraillé, jouant à la balle avec une bande d’enfants. Le taoïste aux pieds nus continua de jouer, se contentant de faire un signe au souverain pour lui indiquer qu’il ne pouvait interrompre la partie. Un jeu est chose sérieuse pour les enfants, comme chacun sait.

 

Connaissant la réputation du sage excentrique, le souverain n’insista pas. Il s’installa avec sa suite sur des pliants que des serviteurs empressés mirent à disposition et entreprit de pique-niquer.

 

A la fin de la partie Tchouang-tseu, tout en s’épongeant le front avec les pans de sa tunique, demanda au potentat quel était l’objet de sa visite. Le duc magnanime fit verser au sage un vin de pêche dans une timbale d’argent et lui expliqua.

 

- Mon pays de Lou est prospère, j’y fais régner l’ordre et la justice, j’observe la morale et les rites ancestraux, et pourtant, j’entends dire que mes ministres me critiquent et que mon peuple est mécontent.

 

Le sage huma longuement le précieux gobelet, dégusta à petites gorgées le vin de pêche en se gargarisant bruyamment le gosier, et répondit :

 

- Si une barque vide dérive au gré des courants et se dirige sur une jonque, les bateliers, même les pires brutes, ne se fâcheront pas et feront tout pour l’éviter. Supposons maintenant que la même barque dérive avec un homme à bord. L’attitude des marins se fera différente. Même les plus débonnaires pousseront des cris, gesticuleront, et si l’homme ne répond pas, s’il est endormi, ils se mettront en colère et l’insulteront. Si jamais la barque heurte le navire, ils seront capables de sauter dedans et de flanquer une correction à son passager. Si la barque est pleine, elle attire la colère. Si elle est vide, elle ne la provoque pas. Ainsi, si vous jetez par-dessus bord votre moi, vous traverserez le fleuve de la vie sans que nul s’oppose à vous ni cherche à vous nuire.

 

Et en guise de conclusion, sans doute inspiré par le vin de pêche, Tchouang-tseu improvisa ces vers :

 

A celui qui n’est plus attaché à lui-même,
les formes et les êtres se manifestent.
Dans ses mouvements, il est comme l’eau,
insaisissable.
Au repos, il est comme un écho,
un miroir.

 

Tiré des  « Contes des sages taoïstes », Pascal Fauliot, Ed du seuil.

 

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5 septembre, 2013

Le Rêve du papillon, Pascal Fauliot (Conte taoïste)

Classé dans : — unpeudetao @ 18:51

Par une bel après-midi noyé de soleil, un dignitaire s’était aventuré sur les sentiers escarpés de la vallée profonde où Tchouang-tseu avait élu domicile.
Le mandarin, brillant lettré qui avait passé tous les degrés des examens et obtenu un poste de conseiller auprés du roi de Wou, voulait poser au vieux maître une question sur le Tao, dans l’espoir de respirer l’effluve de l’Indicible.

 

La chaumière était déserte, la porte grande ouverte. Des traces de sandales, toutes fraîches, menaient à une prairie pentue. Le dignitaire les suivit et il découvrit Tchouang-tseu endormi à l’ombre d’un vieil arbre noueux, la tête sur un coussin de fleurs des champs. Le lettré toussota et le sage ouvrit les yeux.

 

- Ô Maître, pardonnez-moi de troubler votre repos. Je viens de fort loin vous interroger sur le Tao.

 

- Je ne sais pas si je pourrai répondre répondit Tchouang-tseu en se frottant les yeux.

 

- Vénérable, votre modestie vous honore.

 

- Cela n’a rien à voir, non. A vrai dire, je ne sais plus rien. Je ne sais même plus qui je suis !

 

- Comment est-ce possible ? demanda le mandarin interloqué.

 

- Oh c’est très simple, reprit le vieux taoïste, l’air songeur. Figurez-vous que tout à l’heure, en dormant, j’ai fait un rêve étrange. J’étais un papillon voltigeant, ivre de lumière et du parfum des fleurs. Et maintenant, je ne sais plus si je suis Tchouang-tseu ayant rêvé qu’il était un papillon ou un papillon qui rêve qu’il est Tchouang-tseu !

 

Et le conseiller du Roi de Wou, bouche bée s’inclina profondément et retourna sur ses pas, ruminant cette parole énigmatique dans l’espoir d’en tirer le suc.

 

Extraits de Contes des sages taoïstes – Pascal Fauliot – Edition du Seuil.

 

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