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19 novembre, 2014

Histoire du chien qui s’appelait « N’écoute jamais ce que disent les femmes » (Conte touareg)

Classé dans : — unpeudetao @ 15:59

Il était une fois un touareg qui vivait avec sa femme Lala dans l’oued In Azarou à plus de 150 km de Tamanrasset. L’homme était caravanier et sa femme s’occupait du campement et d’un beau troupeau de chèvres. Ce couple donnait naissance a beaucoup d’enfants qui mourraient tous en bas age. Lala la femme de Mahmoud accusait toujours les amantes supposées de son mari qu’il devait rencontrer pendant ses caravanes dans les campements vers Tin Zaouaten et qui lui faisaient des gris-gris pour qu’il n’ai pas d’enfants. Mahmoud lui répétait chaque fois qu’il n’avait pas d’amante et qu’il n’aimait qu’elle. Après de nombreuses morts d’enfants en bas age, le couple décida de quitter l’Oued In Azarou, d’aller très loin et Mahmoud arrêta aussi les caravanes pour ne plus entendre les accusations de sa femme. Chacun poursuivit sa vie, Mahmoud alla à la chasse à la gazelle puisqu’il ne faisait plus de caravane et Lala gardait les chèvres. Un jour Lala fut enceinte et donna naissance à une très belle petite fille qu’ils appelèrent Fairouz. Fairouz grandit normalement au campement et lorsque ses parents partaient pour la journée elle restait seule à garder le campement avec le chien que son père Mahmoud avait appelé « n’écoutes jamais ce que les femmes disent ». Un jour que la fille était seule au campement passa par hasard sur son chameau un beau targui qui recherchait un puits. Fairouz ne parla pas à ses parents de cette rencontre et le beau targui vint souvent la voir la nuit. Une grossesse de Fairouz fit découvrir à sa mère le secret. La mère aussitôt accusa son propre mari, Mahmoud le caravanier, puisqu’il était le seul homme du campement…… Mahmoud , comme toujours, nia toute responsabilité, et sa femme persista dans son accusation, et Mahmoud garda tout son calme malgré cette grave accusation. Une nuit le jeune targui voulu absolument rejoindre sa belle Fairouz et se déguisa en feu follet. (Jnoun) Pendant que Fairouz était dans sa zériba, les deux parents observèrent le phénomène, la femme demanda à son mari de tirer un coup de fusil dans la direction du jnoun et Mahmoud refusa pour attendre la suite.. Au bout d’un moment le jnoun disparu et devint un homme qui entra dans la zériba de Fairouz. Mahmoud demanda alors à sa femme d’aller voir dans la zériba de leur fille, sa femme refusa car elle avait trop peur de rencontrer ce fantôme. Mahmoud se dirigea vers la zériba de sa fille et lui demande de rentrer pour prendre sa selle de chameau. Fairouz refusa en lui disant qu’un père n’a pas à rentrer dans la chambre de sa fille. Mahmoud enfonça alors la porte de la zériba ,entra et trouva le jeune targui assis sur la natte de la pièce et il reconnut aussitôt le responsable de la grossesse de sa fille. Plusieurs mois plus tard un beau bébé arriva au monde et il y eu dans le campement deux couples, un bébé et un chien. Mais un jour le targui demanda à ses beaux parents de partir avec sa femme et l’enfant, la mère s’y opposa mais Mahmoud le père accepta leur départ. Le jeune couple et l’enfant partirent en chameau et à pied pour s’installer dans un oued plus au sud que In Azarou. Mahmoud avant leur départ leur prêta le chien « N’écoutes jamais ce que disent les femmes » pour garder le bébé. Un jour que Fairouz gardait les chèvres elle déposa le bébé sous un acacia et le laissa à la garde du chien « N’écoutes jamais ce que disent les femmes ». Elle était très éloignée de l’arbre quand un gros chacal s’approcha pour manger le bébé. Le chien « N’écoutes jamais ce que les femmes disent » livra un combat de lion contre le chacal, qui se termina par la mort du chacal. Le chien couvert de sang, partit en courrant et en aboyant vers la maman du bébé. Quand elle vit tout ce sang sur la tête du chien elle fut certaine qu’il avait mangé le bébé et appela en criant son mari qui n’était pas très loin. Elle lui dit : – tues le chien, regardes, il vient de manger notre bébé. Sans vérifier, le jeune targui prit son fusil et tua le chien « N’écoutes jamais ce que les femmes disent ». Quand ils revinrent sous l’arbre ils trouvèrent le bébé sain et sauf. Le père fut tout heureux de retrouver son enfant mais d’une très grand tristesse d’avoir tué le chien de Mahmoud. Le jeune targui demanda à sa femme Fairouz de l’accompagner pour annoncer la mort du chien que Mahmoud lui avait confié. Celle-ci refusa, car elle avait peur de son père et de ce qu’il allait dire de la mort de son chien. Le targui prit son courage et retourna a In Azarou annoncer la mauvaise nouvelle. Mahmoud lui dit qu’une seule chose :  » N’écoutes jamais ce que les femmes disent  »

 

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7 avril, 2014

La gazelle d’or (Conte arabe)

Classé dans : — unpeudetao @ 8:52

Il était un prince, voyageur intrépide, qui parvint un jour au pied d’une citadelle, entourée de remparts. En levant la tête au ciel, il s’aperçut que chaque créneau était coiffé d’un crâne humain. Il en compta quatre vingt dix neuf. Emporté par sa curiosité, il franchit le lourd portail qui en permettait l´accès. Une atmosphère austère y régnait. Sur son chemin vint à passer un petit homme à l’allure pressée. Il s´en approcha pour l´interroger mais l´homme l’interrompit : – Quitte cette ville, étranger ! – Mais pourquoi donc ? – Elle cause la perte de tous les jeunes hommes qui s’y aventurent. – Et ces crânes humains, qu’est-ce que cela veut dire ? – Le sultan fait couper la tête des prétendants de sa fille auxquels il soumet une énigme que personne n’a réussi à résoudre. – Ciel ! Mais quelle est donc cette énigme ? – La princesse, d’une beauté sans pareille, a une mystérieuse marque de naissance sur le corps. Quiconque voudrait l’épouser doit deviner de quoi il s’agit, à ses risques et périls. Le prince, qui aimait les défis, se laissa tenter. Mais avant de se porter candidat, il s’installa discrètement dans la ville. Il avait déjà sa petite idée derrière la tête et se mit à la recherche d’un bijoutier de renom. L’ayant trouvé, il demanda à entrer en apprentissage. Le maître accepta. Mais au bout de quelques jours, il s’aperçut que son apprenti, bien que fidèle au poste chaque matin, n’était pas attentif au métier. Il s’en inquiéta : – Jeune homme, je vois bien que ce n’est pas le métier que tu cherches à acquérir. Pour quelle raison es-tu là ? Sans détours, le prince sortit une bourse d’or et la posa sur l’établi : – Je suis le fils d’un grand roi et je ferai ta fortune si tu m’aides à m’introduire secrètement dans la chambre de la princesse. – Mais tu es fou ? – Non ! C’est le seul moyen de découvrir la marque qu’elle porte sur le corps afin de l’épouser et d’arrêter le massacre. Le bijoutier ne se fit pas prier plus longtemps et se mit à l’ouvrage. Il fabriqua une magnifique gazelle d’or de grande taille dont l’abdomen creux était doté d’une porte secrète. Cette prodigieuse et inestimable œuvre d’art ne pouvait être acquise que par le roi qui en fit cadeau à sa fille. Avant de la livrer, ainsi qu’il en avait été convenu, le bijoutier y enferma le prince. La gazelle, fut déposée dans la chambre de la princesse qui voulait l’admirer tout à son aise. Voilà comment, dès la première nuit, le prince activa l’astucieux mécanisme et sortit du ventre de la gazelle. Alors que la princesse dormait profondément, à pas de velours, il saisit la chandelle qui se trouvait sur le chevet, l’éteignit, et la déposa sur un guéridon au pied du lit. Dès le réveil, la princesse remarqua que la chandelle avait été déplacée. Et plus surprenant, elle ne s’était pas consumée. Intriguée, elle mena une discrète enquête auprès de ses servantes mais sans résultat. La nuit suivante, elle se cacha derrière les rideaux de sa fenêtre pour confondre un éventuel intrus mais elle céda rapidement au sommeil. Le prince en profita pour répéter son manège de la veille. La princesse sentit sourdre en elle une angoisse infinie. Elle tenta de veiller sans y parvenir. Après la troisième nuit, convaincue qu’il s’agissait d’une manifestation de l’invisible, elle implora : – Ô toi qui perturbes mon sommeil, qui que tu sois, Djinn ou humain, montre-toi ! – Fais-moi serment sacré de ne révéler ma présence à personne et je te dirai toute la vérité, répondit une voix étouffée. La princesse sursauta, se reprit, et fit serment. Alors, le ventre de la gazelle s’ouvrit et le prince apparut, majestueux. Il se présenta selon les coutumes de son rang : – Ô merveilleuse princesse, ne crains rien, je suis fils de roi et je ne te veux aucun mal. J’ai risqué ma vie pour venir jusqu’ici. Fais-moi la faveur de me révéler le secret de ta marque de naissance et j’irai demander ta main. La surprise passée, le visage de la jeune fille s’illumina et elle s’exclama : – Ô noble étranger, ton courage m’honore et une parole donnée relève du sacré. Et, joignant le geste à la parole, elle découvrit son épaule. Il ne restait plus au prince qu’à quitter le palais comme il y était entré. Il eut l’idée ingénieuse de briser une patte de la gazelle avant de s’y cacher. La princesse, devenue sa complice, exigea qu’on la portât chez le bijoutier pour la réparer. Le lendemain, richement vêtu et portant les armures et les écussons de son royaume, le prince se présenta au sultan et lui demanda la main de sa fille. Le monarque le mit en garde : – Ignorez-vous les conditions, mon ami ? Si vous échouez, à tout jamais votre crâne sera le centième à orner mes remparts. Le prince, impassible, répondit : – Sire ! J’ai la solution à votre énigme. Sur l’épaule droite de la princesse, poussent un long cheveu noir, un long cheveu d’or et un long cheveu d’argent. Le sultan n’eut d’autre choix que d’accorder la main de sa fille à ce prétendant si avisé. Une grande cérémonie fut organisée. On y célébra à la fois le mariage et la fin de cette cruelle épreuve. En guise de dot, la princesse n’emporta que la gazelle d’or.

 

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4 mai, 2012

La gazelle (Conte soufi)

Classé dans : — unpeudetao @ 4:52

 

      Un chasseur captura un jour une gazelle et l’enferma dans l’enclos où il parquait ses ânes et ses vaches. La pauvre gazelle courait, égarée, de-ci de-là. La nuit venue, le chasseur apporta du foin pour les ânes. Ceux-ci avaient si grand-faim que cette vile nourriture leur était douce comme le sucre. La gazelle, étourdie par la poussière, vaguait en tous sens. Etre uni à son contraire est une torture pire que la mort.
      Toi aussi, tu subis cette torture sans même t’en apercevoir. L’oiseau de ton âme est enfermé dans la même cage que son contraire. L’esprit est comme un faucon mais ta nature est celle du corbeau.
      Pendant longtemps, cette gazelle au parfum de musc se languit dans l’enclos des ânes. Elle se trouvait là comme un poisson échoué sur le rivage. Le musc et les excréments se trouvaient réunis en un même lieu. Les ânes commencèrent alors à se moquer d’elle. L’un disait :
      « Oh ! Oh ! Elle a le caractère d’un sultan ! »
      Un autre :
      « Sans doute possède-t-elle des perles ! »
      Quand ils furent rassasiés, ils l’invitèrent cependant à satisfaire sa faim, mais la gazelle leur dit :
      « Je suis bien lasse et n’ai guère d’appétit !
      – Ah oui ? firent les ânes. Nous comprenons parfaitement. Tu as envie de faire des caprices. Tu as peur de déroger !
      – C’est votre nourriture, dit la gazelle. Elle vous convient, mais moi, je suis l’amie de l’herbe fraîche. J’ai l’habitude de me désaltérer à l’eau pure des rivières. Sans doute ce qui m’arrive était écrit dans mon destin. Hélas, ma nature n’a pas changé et me voici dans la situation d’un pauvre dont le regard n’est même pas avide ! Mes vêtements sont peut-être défraîchis mais moi-même, je suis encore toute fraîche ! Quand je pense qu’autrefois je mangeais à mon gré des lilas, des tulipes et des iris !
      – La nostalgie t’égare ! répliquèrent les ânes.
      – Mon musc est mon témoin ! répondit la gazelle. Même l’ambre et l’encens lui portent le respect. Ceux qui sentent font seuls la différence. Mon musc n’est certes pas destiné aux amateurs de fange ! Oh ! comme il est vain de proposer du musc à qui apprécie l’odeur du crottin ! »
     
      Dans ce bas monde, le salut est dans la nostalgie et la solitude.

 

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22 avril, 2012

Le puits du lion (Conte soufi)

Classé dans : — unpeudetao @ 9:54

 

      Les animaux vivaient tous dans la crainte du lion. Les grandes forêts et les vastes prairies leur paraissaient comme trop petites. Ils se concertèrent et allèrent rendre visite au lion. Ils lui dirent :
      « Cesse de nous pourchasser. Chaque jour, l’un de nous se sacrifiera pour devenir ta nourriture. Ainsi, l’herbe que nous mangeons et l’eau que nous buvons n’auront plus cette amertume que nous leur trouvons. »
      Le lion répondit :
      « Si ceci n’est pas une ruse de votre part et si vous tenez cette promesse, alors ceci me convient parfaitement. Je ne connais que trop les ruses des hommes et le prophète a dit : « Le fidèle ne répète pas la même erreur deux fois. »
      – Ô Sage ! dirent les animaux, il est vain de vouloir se protéger contre le destin. Ne sors pas tes griffes contre lui. Prends patience et soumets-toi aux décisions de Dieu afin qu’il te protège !
      – Ce que vous dites est juste, dit le lion, mais il vaut mieux travailler que prendre patience car le prophète a dit : « Il est préférable d’attacher son chameau ! »"
      Les animaux :
      « Les créatures travaillent pour le boucher. Il n’y a rien de mieux que la soumission. Regarde le nourrisson ; pour lui, ses pieds et ses mains n’existent pas car ce sont les épaules de son père qui le portent. Mais quand il grandit, c’est la vigueur de ses pieds qui l’oblige à se donner la peine de marcher.
      – C’est vrai, reconnut le lion, mais pourquoi boiter quand nous avons des pieds ? Si le maître de maison tend la hache à son serviteur, celui-ci comprend ce qu’il doit faire. De la même manière, Dieu nous a pourvu de mains et de pieds. Se soumettre avant de parvenir à ses côtés me paraît une mauvaise chose. Car dormir n’est profitable qu’à l’ombre d’un arbre fruitier. Ainsi le vent fait tomber les fruits qui sont nécessaires. Dormir au milieu d’un chemin où passent les bandits est dangereux. La patience n’a de valeur qu’une fois que l’on a semé la graine. »
      Les animaux répondirent :
      « Depuis l’éternité, des milliers d’hommes échouent dans leurs entreprises car si une chose n’est pas décidée dans l’éternité, elle ne peut pas se réaliser. Aucune précaution n’est utile si Dieu n’a pas donné son accord. Travailler et acquérir des biens ne doit pas être un souci pour les créatures. »
      Ainsi, chacune des parties développa ses idées par maints arguments mais, finalement, le renard, la gazelle, le lapin et le chacal réussirent à convaincre le lion.
      Donc, chaque jour, un animal se présentait au lion et celui-ci n’avait plus à se préoccuper de la chasse. Les animaux, sans qu’il soit besoin de les contraindre, respectaient leur engagement.
      Quand vint le tour du lapin, celui-ci se mit à se lamenter. Les autres animaux lui dirent :
      « Tous les autres ont tenu parole. À ton tour. Rends-toi au plus vite devant le lion et n’essaie pas de ruser avec lui. »
      Le lapin leur dit :
      « Ô mes amis ! Donnez-moi un peu de temps afin que mes ruses vous libèrent de ce joug. Ceci vous restera acquis, à vous et à vos enfants.
      – Dis-nous quelle est ta ruse, dirent les animaux.
      – C’est une ruse ! dit le lapin, quand on parle devant un miroir, la buée trouble le reflet. »
      Ainsi le lapin ne se pressa pas pour aller au-devant du lion. Pendant ce temps, le lion rugissait, plein d’impatience et de colère. Il se disait :
      « Ils m’ont abusé de leurs promesses ! Pour les avoir écoutés, me voici sur le chemin de la ruine. Me voici blessé par une épée de bois. Mais, à compter d’aujourd’hui, je ne les écouterai plus. »
      À la nuit tombante, le lapin se rendit chez le lion. Quand il le vit arriver, le lion, sous l’emprise de la colère, était comme une boule de feu. Sans montrer de crainte, le lapin s’approcha de lui, l’air amer et contrarié. Car des manières timides vous font soupçonner de culpabilité. Le lion lui dit :
      « J’ai déjà renversé les boeufs et les éléphants. Comment se peut-il qu’un lapin ose me narguer ? »
      Le lapin lui dit :
      « Permets-moi de m’expliquer : j’ai eu bien des difficultés pour parvenir jusqu’ici. Je suis parti dès l’aube pour te rejoindre. J’étais même parti avec un ami. Mais, sur le chemin, nous avons été pris en chasse par un autre lion. Nous lui avons dit : « Nous sommes les serviteurs d’un sultan. » Mais lui a rugi : « Qui est ce sultan ? Peut-il y avoir d’autre sultan que moi ? » Nous l’avons supplié longtemps et, finalement, il a gardé mon ami, qui était plus beau et plus gras que moi. Voici que désormais un autre lion s’est mis en travers de nos arrangements. Si tu souhaites que nous tenions nos promesses, il te faut nous dégager la route et détruire cet ennemi, car il n’a aucune crainte de toi.
      – Où est-il ? fit le lion. Vas-y ! Montre-moi le chemin ! »
      Le lapin conduisit le lion vers un puits qu’il avait repéré auparavant. Quand ils arrivèrent aux abords du puits, le lapin resta en arrière. Le lion lui dit :
      « Pourquoi t’arrêtes-tu ? Passe devant !
      – J’ai peur ! dit le lapin. Vois comme mon visage a blêmi !
      – De quoi as-tu peur ? » demanda le lion.
      Le lapin répondit :
      « L’autre lion habite dans ce puits !
      – Avance, dit le lion. Jette juste un coup d’oeil pour vérifier s’il est bien là !
      – Je n’oserai jamais, dit le lapin, si je ne suis pas protégé par tes bras. »
      Le lion serra donc le lapin contre lui et regarda dans le puits. Il vit son reflet et celui du lapin. Prenant ce reflet pour un autre lion et un autre lapin, il laissa le lapin de côté et se jeta dans le puits.

 

      Voici le sort de ceux qui écoutent les paroles de leurs ennemis. Le lion a pris son reflet pour un ennemi et a dégainé contre lui-même l’épée de la mort.

 

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21 avril, 2012

La belle servante (Conte soufi)

Classé dans : — unpeudetao @ 18:29

      Il était une fois un sultan, maître de la foi et du monde. Parti pour chasser, il s’éloigna de son palais et, sur son chemin, croisa une jeune esclave. En un instant, il devint lui-même un esclave. Il acheta cette servante et la ramena à son palais afin de décorer sa chambre de cette beauté. Mais, aussitôt, la servante tomba malade.
      Il en va toujours ainsi ! On trouve la cruche mais il n’y a pas d’eau. Et quand on trouve de l’eau, la cruche est cassée ! Quand on trouve un âne, impossible de trouver une selle. Quand enfin on trouve la selle, l’âne a été dévoré par le loup.
      Le sultan réunit tous ses médecins et leur dit :
      « Je suis triste, elle seule pourra remédier à mon chagrin. Celui d’entre vous qui parviendra à guérir l’âme de mon âme pourra profiter de mes trésors. »
      Les médecins lui répondirent :
      « Nous te promettons de faire le nécessaire. Chacun de nous est comme le messie de ce monde. Nous connaissons la pommade qui convient aux blessures du coeur. »
      En disant cela, les médecins avaient fait fi de la volonté divine. Car oublier de dire « Inch Allah ! » rend l’homme impuissant. Les médecins essayèrent de nombreuses thérapies mais aucune ne fut efficace. Chaque jour, la belle servante dépérissait un peu plus et les larmes du sultan se transformaient en ruisseau.
      Chacun des remèdes essayés donnait le résultat inverse de l’effet escompté. Le sultan, constatant l’impuissance de ses médecins, se rendit à la mosquée. Il se prosterna devant le Mihrab et inonda le sol de ses pleurs. Il rendit grâces à Dieu et lui dit :
      « Tu as toujours subvenu à mes besoins et moi, j’ai commis l’erreur de m’adresser à un autre que toi. Pardonne-moi ! »
      Cette prière sincère fit déborder l’océan des faveurs divines, et le sultan, les yeux pleins de larmes, tomba dans un profond sommeil. Dans son rêve, il vit un vieillard qui lui disait :
      « Ô sultan ! tes voeux sont exaucés ! Demain tu recevras la visite d’un étranger. C’est un homme juste et digne de confiance. C’est également un bon médecin. Il y a une sagesse dans ses remèdes et sa sagesse provient du pouvoir de Dieu. »
      À son réveil, le sultan fut rempli de joie et il s’installa à sa fenêtre pour attendre le moment où son rêve se réaliserait. Il vit bientôt arriver un homme éblouissant comme le soleil dans l’ombre.
      C’était bien le visage dont il avait rêvé. Il accueillit l’étranger comme un vizir et deux océans d’amour se rejoignirent. Le maître de maison et son hôte devinrent amis et le sultan dit :
      « Ma véritable bien-aimée, c’était toi et non pas cette servante. Dans ce bas monde, il faut tenter une entreprise pour qu’une autre se réalise. Je suis ton serviteur ! »
      Ils s’embrassèrent et le sultan dit encore :
      « La beauté de ton visage est une réponse à toute question ! »
      Tout en lui racontant son histoire, il accompagna le vieux sage auprès de la servante malade. Le vieillard observa son teint, lui prit le pouls et décela tous les symptômes de la maladie. Puis, il dit :
      « Les médecins qui t’ont soignée n’ont fait qu’aggraver ton état car ils n’ont pas étudié ton coeur. »
      Il eut tôt fait de découvrir la cause de la maladie mais n’en souffla mot. Les maux du coeur sont aussi évidents que ceux de la vésicule. Quand le bois brûle, cela se sent. Et notre médecin comprit rapidement que ce n’était pas le corps de la servante qui était affecté mais son coeur.
      Mais, quel que soit le moyen par lequel on tente de décrire l’état d’un amoureux, on se trouve aussi démuni qu’un muet. Oui ! notre langue est fort habile à faire des commentaires mais l’amour sans commentaires est encore plus beau. Dans son ambition de décrire l’amour, la raison se trouve comme un âne, allongé de tout son long dans la boue. Car le témoin du soleil, c’est le soleil lui-même.
      Le vieux sage demanda au sultan de faire sortir tous les occupants du palais, étrangers et amis.
      « Je veux, dit-il, que personne ne puisse écouter aux portes car j’ai des questions à poser à la malade. »
      La servante et le vieillard se retrouvèrent donc seuls dans le palais du sultan. Le vieil homme commença à l’interroger avec beaucoup de douceur :
      « D’où viens-tu ? Tu n’es pas sans savoir que chaque région a des méthodes curatives qui lui sont propres. Y a-t-il dans ton pays des parents qui te restent? Des voisins, des gens que tu aimes ? »
      Et, tout en lui posant des questions sur son passé, il continuait à lui tâter le pouls.
      Si quelqu’un s’est mis une épine dans le pied, il le pose sur son genou et tente de l’ôter par tous les moyens. Si une épine dans le pied cause tant de souffrance, que dire d’une épine dans le coeur ! Si une épine vient se planter sous la queue d’un âne, celui-ci se met à braire en croyant que ses cris vont ôter l’épine alors que ce qu’il lui faut, c’est un homme intelligent qui le soulage.
      Ainsi, notre talentueux médecin prêtait grande attention au pouls de la malade à chacune des questions qu’il lui posait. Il lui demanda quelles étaient les villes où elle avait séjourné en quittant son pays, quelles étaient les personnes avec qui elle vivait et prenait ses repas. Le pouls resta inchangé jusqu’au moment où il mentionna la ville de Samarcande. Il constata une soudaine accélération. Les joues de la malade, qui jusqu’alors étaient fort pâles, se mirent à rosir. La servante lui révéla alors que la cause de ses tourments était un bijoutier de Samarcande qui habitait son quartier lorsqu’elle avait séjourné dans cette ville.
      Le médecin lui dit alors :
      « Ne t’inquiète plus, j’ai compris la raison de ta maladie et j’ai ce qu’il faut pour te guérir. Que ton coeur malade redevienne joyeux ! Mais ne révèle à personne ton secret, pas même au sultan. »
      Puis il alla rejoindre le sultan, lui exposa la situation et lui dit :
      « Il faut que nous fassions venir cette personne, que tu l’invites personnellement. Nul doute qu’il ne soit ravi d’une telle invitation, surtout si tu lui fais parvenir en présent des vêtements décorés d’or et d’argent. »
      Le sultan s’empressa d’envoyer quelques-uns de ses serviteurs en messagers auprès du bijoutier de Samarcande. Lorsqu’ils parvinrent à destination, ils allèrent voir le bijoutier et lui dirent :
      « Ô homme de talent ! Ton nom est célèbre partout ! Et notre sultan désire te confier le poste de bijoutier de son palais. Il t’envoie des vêtements, de l’or et de l’argent. Si tu viens, tu seras son protégé. »
      À la vue des présents qui lui étaient faits, le bijoutier, sans l’ombre d’une hésitation, prit le chemin du palais, le coeur rempli de joie. Il quitta son pays, abandonnant ses enfants et sa famille, rêvant de richesses. Mais l’ange de la mort lui disait à l’oreille :
      « Va ! Peut-être crois-tu pouvoir emporter ce dont tu rêves dans l’au-delà ! »
      À son arrivée, le bijoutier fut introduit auprès du sultan. Celui-ci lui fit beaucoup d’honneur et lui confia la garde de tous ses trésors. Le vieux médecin demanda alors au sultan d’unir le bijoutier à la belle servante afin que le feu de sa nostalgie s’éteigne par le jus de l’union.
      Durant six mois, le bijoutier et la belle servante vécurent dans le plaisir et dans la joie. La malade guérissait et embellissait chaque jour.
      Un jour, le médecin prépara une décoction pour que le bijoutier devienne malade. Et, sous l’effet de sa maladie, ce dernier perdit toute sa beauté. Ses joues se ternirent et le coeur de la belle servante se refroidit à son égard. Son amour pour lui s’amenuisa ainsi jusqu’à disparaître complètement.
      Quand l’amour tient aux couleurs ou aux parfums, ce n’est pas de l’amour, c’est une honte. Ses plus belles plumes, pour le paon, sont des ennemies. Le renard qui va librement perd la vie à cause de sa queue. L’éléphant perd la sienne pour un peu d’ivoire.
      Le bijoutier disait :
      « Un chasseur a fait couler mon sang, comme si j’étais une gazelle et qu’il voulait prendre mon musc. Que celui qui a fait cela ne croie pas que je resterai sans me venger. »
      Il rendit l’âme et la servante fut délivrée des tourments de l’amour. Mais l’amour de l’éphémère n’est pas l’amour.

 

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