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31 décembre, 2014

De la souris et du chameau lequel est le plus sage ? (Conte touareg)

Classé dans : — unpeudetao @ 18:39

De la souris et du chameau lequel est le plus sage ? La fable que disent les conteurs du désert nous en apprend beaucoup sur le monde animal… La souris est habile, rusée, rapide, intelligente. Le chameau est fidèle, serviteur dévoué, mais jamais on ne dit qu’il est fin ou futé, qu’il a de la malice ou de la malignité… Et pourtant !… Ecoutez la suite :

 

Une souris, fuyant l’homme, sauta sur un chameau et, imitant son maître, fit claquer sa langue, fouetta la bosse, lui intimant l’ordre de se lever et d’avancer. Le chameau ne dit mot, et ébranla l’équipage. La souris orgueilleuse, certaine de son pouvoir, fit des bonds de fierté sur la montagne de poils. Arrivé sur les bords d’un tout petit oued qui coulait, le chameau demanda à la souris de descendre, de passer devant lui, le tenir par la bride afin de le guider. – Souris, mon chamelier, montre-moi donc la route. Je ne suis que monture. Toi tu sais le chemin. – C’est que… Dans ce ruisseau… Je crains de me noyer ! Alors le chameau dit : – Tout seul, jamais je ne l’ai fait. Je veux bien aujourd’hui pour toi, essayer. Et il mouille ses pieds en déclarant que l’eau n’est pas profonde, et qu’elle n’atteint même pas le bas de ses jarrets. – Oui, mais, dit la souris, ce qui pour toi est minuscule devient pour moi montagne, et la puce qui te pique est pour moi éléphant des tropiques. Ce qui est filet d’eau pour toi, devient pour les souris un océan furieux. Je ne puis te guider. – Alors, dit le chameau, cesse de faire la fière, descends de ta monture pour réfléchir au moyen d’échapper à l’homme qui te poursuit et que je vois venir. – Pardon, dit la souris, je t’offre à genoux mille prières pour me faire traverser. J’irai par les monts et les dunes chanter tes louanges et dire que le chameau est le plus sage des animaux.

 

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22 avril, 2012

La plainte (Conte soufi)

Classé dans : — unpeudetao @ 17:39

 

      Un jour, la femme d’un pauvre bédouin dit à son mari, pleine d’aigreur :
      « Nous souffrons sans cesse de la pauvreté et du besoin. Le chagrin est notre lot tandis que le plaisir est celui des autres. Nous n’avons pas d’eau, mais que des larmes. La lumière du soleil est notre seul vêtement et le ciel nous sert d’édredon. Il m’arrive parfois de prendre la pleine lune pour un morceau de pain. Même les pauvres ont honte devant notre pauvreté. Quand nous avons des invités, j’ai envie de leur voler leurs vêtements tandis qu’ils dorment. »
      Son mari lui répondit :
      « Jusqu’à quand vas-tu continuer à te plaindre ? Plus de la moitié de ta vie est déjà écoulée. Les gens sensés ne se préoccupent pas du besoin et de la richesse car tous deux passent comme la rivière. Dans cet univers, il est bien des créatures qui vivent sans se soucier de leur subsistance. Le moustique comme l’éléphant fait partie de la famille de Dieu. Tout cela n’est que vain souci. Tu es ma femme et un couple doit être assorti. Puisque moi, je suis satisfait, pourquoi es-tu si chagrine ? »
      La femme se mit à crier :
      « Ô toi qui prétends être honnête ! Tes idioties ne m’impressionnent plus. Tu n’es que prétention. Vas-tu continuer longtemps encore à proférer de telles insanités ! Regarde-toi : la prétention est une chose laide, mais pour un pauvre, c’est encore pire. Ta maison ressemble à une toile d’araignée. Tant que tu continueras à chasser le moustique dans la toile de ta pauvreté, tu ne seras jamais admis auprès du sultan et des beys. »
      L’homme répliqua :
      « Les biens sont comme un chapeau sur la tête. Seuls les chauves en ont besoin. Mais ceux qui ont de beaux cheveux frisés peuvent fort bien s’en passer ! »
      Voyant que son mari se mettait en colère, la femme se mit à pleurer car les larmes sont les meilleurs pièges des femmes. Elle commença à lui parler avec modestie :
      « Moi, je ne suis pas ta femme ; je ne suis que la terre sous tes pieds. Tout ce que j’ai, c’est-à-dire mon âme et mon corps, tout cela t’appartient. Si j’ai perdu ma patience au sujet de notre pauvreté, si je me lamente, ne crois pas que ce soit pour moi. C’est pour toi ! »
      Bien que dans l’apparence les hommes l’emportent sur les femmes, en réalité, ce sont eux les vaincus sans aucun doute. C’est comme pour l’eau et le feu, car le feu finit toujours par vaporiser l’eau.
      En entendant ces paroles, le mari s’excusa auprès de sa femme et dit :
      « Je renonce à te contredire. Dis-moi ce que tu veux. »
      La femme lui dit :
      « Un nouveau soleil vient de se lever. C’est le calife de la ville de Bagdad. Grâce à lui, cette ville est devenue un lieu de printemps. Si tu parvenais jusqu’à lui, peut-être que, toi aussi, tu deviendrais un sultan. »
      Le bédouin s’écria :
      « Mais, sous quel prétexte pourrais-je m’introduire auprès du calife ? Aucune oeuvre d’art ne peut se faire sans outil ! »
      Sa femme lui dit :
      « Sache que les outils relèvent de la prétention. Il n’y faut que ta modestie. »
      Le bédouin dit :
      « Il me faut quelque chose pour témoigner de ma pauvreté car les paroles ne suffisent pas. »
      La femme :
      « Voici une cruche remplie de l’eau du puits. C’est tout notre trésor. Prends-la et va l’offrir au sultan, et dis-lui bien que tu ne possèdes rien d’autre. Dis-lui encore qu’il peut recevoir bien des cadeaux mais que cette eau, par sa pureté, lui apportera le réconfort de l’âme. »
      Le bédouin fut séduit par cette idée :
      « Un tel cadeau, personne d’autre ne peut l’offrir ! »
      Sa femme, qui ne connaissait pas la ville, ignorait que le Tibre passait devant le palais du sultan. Le bédouin dit à sa femme :
      « Couvre cette cruche afin que le sultan rompe son jeûne avec cette eau ! »
      Et, accompagné des prières de sa femme, l’homme arriva sain et sauf dans la ville du calife. Il y vit bien des miséreux qui recevaient les faveurs du sultan. Il se présenta au palais. Les serviteurs du sultan lui demandèrent s’il avait fait un agréable voyage et le bédouin leur expliqua qu’il était fort pauvre et qu’il avait fait ce voyage dans l’espoir d’obtenir les faveurs du sultan. On l’admit donc dans la cour du calife et il apporta la cruche devant ce dernier.
      Quand il l’eut écouté, le calife ordonna que l’on remplisse sa cruche d’or. Il lui fit remettre des vêtements précieux. Puis il demanda à un de ses serviteurs de l’emmener au bord du Tibre et de l’embarquer sur un bateau.
      « Cet homme, dit-il, a voyagé par la route du désert. Par la rivière, le chemin du retour sera plus court. »
      Alors qu’il possédait un océan, le sultan accepta donc quelques gouttes d’eau pour les changer en or.
      Celui qui aperçoit un petit ruisseau de l’océan de vérité doit d’abord casser sa cruche.

 

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21 avril, 2012

La belle servante (Conte soufi)

Classé dans : — unpeudetao @ 18:29

      Il était une fois un sultan, maître de la foi et du monde. Parti pour chasser, il s’éloigna de son palais et, sur son chemin, croisa une jeune esclave. En un instant, il devint lui-même un esclave. Il acheta cette servante et la ramena à son palais afin de décorer sa chambre de cette beauté. Mais, aussitôt, la servante tomba malade.
      Il en va toujours ainsi ! On trouve la cruche mais il n’y a pas d’eau. Et quand on trouve de l’eau, la cruche est cassée ! Quand on trouve un âne, impossible de trouver une selle. Quand enfin on trouve la selle, l’âne a été dévoré par le loup.
      Le sultan réunit tous ses médecins et leur dit :
      « Je suis triste, elle seule pourra remédier à mon chagrin. Celui d’entre vous qui parviendra à guérir l’âme de mon âme pourra profiter de mes trésors. »
      Les médecins lui répondirent :
      « Nous te promettons de faire le nécessaire. Chacun de nous est comme le messie de ce monde. Nous connaissons la pommade qui convient aux blessures du coeur. »
      En disant cela, les médecins avaient fait fi de la volonté divine. Car oublier de dire « Inch Allah ! » rend l’homme impuissant. Les médecins essayèrent de nombreuses thérapies mais aucune ne fut efficace. Chaque jour, la belle servante dépérissait un peu plus et les larmes du sultan se transformaient en ruisseau.
      Chacun des remèdes essayés donnait le résultat inverse de l’effet escompté. Le sultan, constatant l’impuissance de ses médecins, se rendit à la mosquée. Il se prosterna devant le Mihrab et inonda le sol de ses pleurs. Il rendit grâces à Dieu et lui dit :
      « Tu as toujours subvenu à mes besoins et moi, j’ai commis l’erreur de m’adresser à un autre que toi. Pardonne-moi ! »
      Cette prière sincère fit déborder l’océan des faveurs divines, et le sultan, les yeux pleins de larmes, tomba dans un profond sommeil. Dans son rêve, il vit un vieillard qui lui disait :
      « Ô sultan ! tes voeux sont exaucés ! Demain tu recevras la visite d’un étranger. C’est un homme juste et digne de confiance. C’est également un bon médecin. Il y a une sagesse dans ses remèdes et sa sagesse provient du pouvoir de Dieu. »
      À son réveil, le sultan fut rempli de joie et il s’installa à sa fenêtre pour attendre le moment où son rêve se réaliserait. Il vit bientôt arriver un homme éblouissant comme le soleil dans l’ombre.
      C’était bien le visage dont il avait rêvé. Il accueillit l’étranger comme un vizir et deux océans d’amour se rejoignirent. Le maître de maison et son hôte devinrent amis et le sultan dit :
      « Ma véritable bien-aimée, c’était toi et non pas cette servante. Dans ce bas monde, il faut tenter une entreprise pour qu’une autre se réalise. Je suis ton serviteur ! »
      Ils s’embrassèrent et le sultan dit encore :
      « La beauté de ton visage est une réponse à toute question ! »
      Tout en lui racontant son histoire, il accompagna le vieux sage auprès de la servante malade. Le vieillard observa son teint, lui prit le pouls et décela tous les symptômes de la maladie. Puis, il dit :
      « Les médecins qui t’ont soignée n’ont fait qu’aggraver ton état car ils n’ont pas étudié ton coeur. »
      Il eut tôt fait de découvrir la cause de la maladie mais n’en souffla mot. Les maux du coeur sont aussi évidents que ceux de la vésicule. Quand le bois brûle, cela se sent. Et notre médecin comprit rapidement que ce n’était pas le corps de la servante qui était affecté mais son coeur.
      Mais, quel que soit le moyen par lequel on tente de décrire l’état d’un amoureux, on se trouve aussi démuni qu’un muet. Oui ! notre langue est fort habile à faire des commentaires mais l’amour sans commentaires est encore plus beau. Dans son ambition de décrire l’amour, la raison se trouve comme un âne, allongé de tout son long dans la boue. Car le témoin du soleil, c’est le soleil lui-même.
      Le vieux sage demanda au sultan de faire sortir tous les occupants du palais, étrangers et amis.
      « Je veux, dit-il, que personne ne puisse écouter aux portes car j’ai des questions à poser à la malade. »
      La servante et le vieillard se retrouvèrent donc seuls dans le palais du sultan. Le vieil homme commença à l’interroger avec beaucoup de douceur :
      « D’où viens-tu ? Tu n’es pas sans savoir que chaque région a des méthodes curatives qui lui sont propres. Y a-t-il dans ton pays des parents qui te restent? Des voisins, des gens que tu aimes ? »
      Et, tout en lui posant des questions sur son passé, il continuait à lui tâter le pouls.
      Si quelqu’un s’est mis une épine dans le pied, il le pose sur son genou et tente de l’ôter par tous les moyens. Si une épine dans le pied cause tant de souffrance, que dire d’une épine dans le coeur ! Si une épine vient se planter sous la queue d’un âne, celui-ci se met à braire en croyant que ses cris vont ôter l’épine alors que ce qu’il lui faut, c’est un homme intelligent qui le soulage.
      Ainsi, notre talentueux médecin prêtait grande attention au pouls de la malade à chacune des questions qu’il lui posait. Il lui demanda quelles étaient les villes où elle avait séjourné en quittant son pays, quelles étaient les personnes avec qui elle vivait et prenait ses repas. Le pouls resta inchangé jusqu’au moment où il mentionna la ville de Samarcande. Il constata une soudaine accélération. Les joues de la malade, qui jusqu’alors étaient fort pâles, se mirent à rosir. La servante lui révéla alors que la cause de ses tourments était un bijoutier de Samarcande qui habitait son quartier lorsqu’elle avait séjourné dans cette ville.
      Le médecin lui dit alors :
      « Ne t’inquiète plus, j’ai compris la raison de ta maladie et j’ai ce qu’il faut pour te guérir. Que ton coeur malade redevienne joyeux ! Mais ne révèle à personne ton secret, pas même au sultan. »
      Puis il alla rejoindre le sultan, lui exposa la situation et lui dit :
      « Il faut que nous fassions venir cette personne, que tu l’invites personnellement. Nul doute qu’il ne soit ravi d’une telle invitation, surtout si tu lui fais parvenir en présent des vêtements décorés d’or et d’argent. »
      Le sultan s’empressa d’envoyer quelques-uns de ses serviteurs en messagers auprès du bijoutier de Samarcande. Lorsqu’ils parvinrent à destination, ils allèrent voir le bijoutier et lui dirent :
      « Ô homme de talent ! Ton nom est célèbre partout ! Et notre sultan désire te confier le poste de bijoutier de son palais. Il t’envoie des vêtements, de l’or et de l’argent. Si tu viens, tu seras son protégé. »
      À la vue des présents qui lui étaient faits, le bijoutier, sans l’ombre d’une hésitation, prit le chemin du palais, le coeur rempli de joie. Il quitta son pays, abandonnant ses enfants et sa famille, rêvant de richesses. Mais l’ange de la mort lui disait à l’oreille :
      « Va ! Peut-être crois-tu pouvoir emporter ce dont tu rêves dans l’au-delà ! »
      À son arrivée, le bijoutier fut introduit auprès du sultan. Celui-ci lui fit beaucoup d’honneur et lui confia la garde de tous ses trésors. Le vieux médecin demanda alors au sultan d’unir le bijoutier à la belle servante afin que le feu de sa nostalgie s’éteigne par le jus de l’union.
      Durant six mois, le bijoutier et la belle servante vécurent dans le plaisir et dans la joie. La malade guérissait et embellissait chaque jour.
      Un jour, le médecin prépara une décoction pour que le bijoutier devienne malade. Et, sous l’effet de sa maladie, ce dernier perdit toute sa beauté. Ses joues se ternirent et le coeur de la belle servante se refroidit à son égard. Son amour pour lui s’amenuisa ainsi jusqu’à disparaître complètement.
      Quand l’amour tient aux couleurs ou aux parfums, ce n’est pas de l’amour, c’est une honte. Ses plus belles plumes, pour le paon, sont des ennemies. Le renard qui va librement perd la vie à cause de sa queue. L’éléphant perd la sienne pour un peu d’ivoire.
      Le bijoutier disait :
      « Un chasseur a fait couler mon sang, comme si j’étais une gazelle et qu’il voulait prendre mon musc. Que celui qui a fait cela ne croie pas que je resterai sans me venger. »
      Il rendit l’âme et la servante fut délivrée des tourments de l’amour. Mais l’amour de l’éphémère n’est pas l’amour.

 

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