4 avril, 2014

Le mythe de Dieux Lares (Conte vietnamien)

Classé dans : — unpeudetao @ 18:36

Enfin au 23ème jour de la 12ème lune, on fête à nouveau les Tao-Quân (Dieux Lares), juste avant le retour du Nouvel An, et le cycle recommence. Mais ces Dieux Lares qu’on fête ont aussi leur légende. Leur histoire commença par celle d’un ménage sans enfant, où l’amour s’était refroidi et les disputes devenues si fréquentes que la femme partit un jour pour fonder un autre foyer. Le mari pris de remords partit à sa recherche ; il arriva ainsi un jour au crépuscule devant la nouvelle demeure de son épouse. Epuisé, il s’affaissa sur le seuil, les vêtements en haillons et la face ravagée par les privations multiples. Alors la femme profondément touchée, le cacha dans une meule de foin, en attendant de pouvoir trouver un arrangement pour revenir à son ancien foyer. Entre-temps, le nouveau mari rentra au logis et, en préparant la fumure pour son travail du lendemain, mit accidentellement le feu à la meule. Alertée par les flammes, l’épouse se précipita dans le brasier pour essayer de sauver son ancien conjoint. Le nouvel époux, ne comprenant rien à un tel geste, se jeta dans le feu à son tour pour tenter de sauver sa femme. Et tous les trois moururent carbonisés : c’était la volonté d’un destin implacable, et le peuple les immortalisa sous les espèces d’un trépied de fourneau, en souvenir de leur amour tragique.

 

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6 octobre, 2013

La légende de Cadieux (Légende québécoise)

Classé dans : — unpeudetao @ 17:35

Pour le compte des marchands de Montréal et de Québec, Cadieux se retrouvait souvent dans la région de la rivière des Outaouais, afin de négocier des échanges pour des pelleteries.   Il y rencontrait les Indiens qu’il connaissait bien ayant épousé une des leurs, une Kichisipirini, une Algonquine de la Grande-Nation. Installé avec sa famille au petit rocher de la haute montagne, en plein milieu du portage des Sept-Chutes, en bas de l’île du grand Calumet avec d’autres familles algonquines, il préparait son canoë quand un jeune algonquin accourt vers le campement essoufflé, inquiet et excité.
Les Iroquois arrivent !
Cadieux n’est pas surpris. Les Iroquois profitent souvent du passage de voyageurs chargés de fourrures pour les attaquer, les piller et ensuite disparaître.

 

Cadieux et les Algonquins n’ont pas le choix; il faut sauter les Sept-Chutes ou affronter la troupe ennemie. Les cabanes se vident, les canoës se remplissent.
Cadieux expliquent à ses amis algonquins qu’il ira, avec son ami Bessouat, à la rencontre des Iroquois, histoire de faire diversion.
- Quand vous aurez entendu deux coups de fusil venant du portage, foncez vers les rapides. Prenez bien soin de ma femme !
Et les deux hommes partent vers le portage pendant que les Algonquins attendent immobiles, silencieux, avirons à la main.
Un premier coup de fusil retentit, puis un deuxième, c’est le signal du départ. Les embarcations des Algonquins foncent en plein coeur des chutes où des montagnes de rocs et les flots tumultueux voudraient arrêter les fragiles canoës d’écorce. Mais les pagayeurs sont habiles : pilote et navigateur coordonnent leurs mouvements à chaque bout du canoë ; ils contournent les dangereuses pointes cachées sous l’écume, se glissent entre les rochers, surveillent le courant. Ils arriveront à bon port deux jours plus tard pour y attendre Cadieux et son ami Bessouat.
Le premier coup de fusil avait été pour Cadieux, plus qu’un signal à ses amis ; c’était un geste de défense. Les Iroquois sont là et les ont aperçus. Bessouat est rapidement encerclé. Cadieux ne peut plus risquer une plus longue attente. Il s’enfonce dans le bois en prenant soin de ne pas laisser de traces derrière lui. Il replace les feuilles, les branches, revient sur ses pas pour brouiller les pistes.
Cadieux connaît bien la route du lac des Deux-Montagnes, mais non pas la forêt. Il n’ose donc pas s’éloigner afin de retrouver son canoë pour y rejoindre ses amis algonquins et sa femme. Il se construit un abri, se nourrit de fruits sauvages, évite de faire du feu. Il ne sait pas que les Iroquois ont rebroussé chemin. Connaissant l’habileté des Algonquins, les Iroquois ont rapidement deviné que ceux-ci ont sauté les rapides des Sept-Chutes.

 

Treize jours plus tard, inquiets de ne pas voir arriver les deux hommes, les Algonquins décident d’envoyer des hommes au partage. Ils découvrent le corps de Bessouat, scalpé, abandonné. Ils remontent jusqu’à l’abri de Cadieux. Personne ! Revenant par un sentier d’où ils étaient venus, ils aperçoivent une croix de bois qu’ils n’avaient pas remarquée en arrivant la veille. Une fosse était creusée et le corps, encore chaud de Cadieux y reposait. Les mains sur la poitrine, il serrait une feuille d’écorce de bouleau couverte d’écriture. Ils comprirent que Cadieux était vivant la veille, qu’ils les avaient reconnus, mais une trop grande faiblesse ou l’émotion de la joie l’ont empêché de crier sa présence. Il avait donc écrit sa complainte, son chant de mort sur un feuillet d’écorce et s’endormit pour ne plus jamais se réveiller.
Durant plusieurs années, les Algonquins revinrent à cet endroit. Leur chef déposait alors un nouveau feuillet de bouleau sur lequel il avait recopié la Complainte de Cadieux et fixait celui-ci sur une croix de bois placée à la tête de la fosse.

 

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Le rêve de Tao (Conte chinois)

Classé dans : — unpeudetao @ 13:48

Dans un petit village de Chine, pas très loin de la ville de Nankin, vivait un jeune homme du nom de Tao. Il était très pauvre mais malgré sa pauvreté, il était de nature généreuse et toujours prêt à aider son prochain. Personne ne s’adressait jamais à lui en vain.

 

Un jour, alors que le soleil brillait déjà très haut dans le ciel, Tao, qui dormait sur une paillasse à l’ombre d’un arbre, fut réveillé assez brutalement par un inconnu. Surpris, il ouvrit les yeux et vit devant lui un homme tout de gris vêtu.
 » Réveille-toi, Tao « , lui dit l’inconnu.  » La reine t’attend !  »
 » La reine ? « , s’étonna Tao.  » Mais je ne connais pas de reine !  »
 » Elle, en revanche, te connaît « , poursuivit l’homme en gris,  » Et elle m’a envoyé te chercher de toute urgence.Viens, suis-moi !  »
 » Mais qui êtes-vous donc ? « , demanda Tao au messager.  » Je ne vous ai jamais vu !  »
L’inconnu haussa les épaules :
 » A quoi cela pourrait-il t’avancer de m’avoir déjà vu et de savoir qui je suis ? La reine a besoin de ton aide. Tu es bien Tao, celui qui ne refuse jamais son aide à personne ?  »
Tao n’osa plus poser de question. Il replia rapidement sa paillasse et suivit l’inconnu.
Ils marchèrent un long moment et à l’instant où il croyait atteindre les dernières maisons du village, il découvrit devant lui une ville immense dont toutes les maisons, massées les unes contre les autres, présentaient une forme assez étrange, qui lui sembla vaguement familière.
L’inconnu pénétra dans l’une d’elles, plus vaste et somptueuse que les autres. Tao le suivit.
Ils arrivèrent dans une salle immense, où une femme très belle était assise sur un trône majestueux. Elle portait dans les cheveux un diadème, qui scintillait de mille feux.
 » Merci d’être venu  » murmura-t-elle.  » Mon royaume court un grand danger et tu es le seul à pouvoir le sauver.  »
Tao se courba dans un profond salut.
 » Ce sera un honneur pour moi, Votre Majesté « , balbutia-t-il.
 » Je vais te présenter à ma fille  » poursuivit la reine d’une voix douce.  » Je considère tous mes sujets comme mes propres enfants, mais je tiens à ma fille bien plus qu’à moi-même.  »
Tao crut entendre des milliers de clochettes d’or, et une jeune fille, également très belle entra dans la pièce.
Son visage était pâle comme le lys et ses cheveux de jais coulaient en cascade le long de son dos. L’air infiniment triste, elle alla s’asseoir à côté de la reine, sur une chaise en or.
A peine venait-elle de s’installer qu’une dame de la cour entra, toute essoufflée en hurlant :
 » Le Monstre ! Le Monstre !  »
La reine se leva.
 » Voilà le malheur dont je viens de te parler. je t’en supplie, Tao, aide ma fille. Elle a pour mission de reconstruire une capitale mais sans toi, jamais, elle n’y parviendra.  »
Tao, sans hésiter une seconde, prit la jeune fille par la main et, ensemble, ils quittèrent le palais discrètement.
Pendant des heures, ils coururent sans prendre le temps de retrouver leur souffle. Ils empruntèrent mille et une petites rues tortueuses et parvinrent finalement dans le village de Tao. Là, ils purent souffler un peu.
 » Comme il fait calme, ici « , soupira Fleur de Lotus, car c’est ainsi que la jeune princesse s’appelait.
 » Nous sommes loin de tout danger, à présent « , dit Tao.
 » Où allons-nous bâtir la nouvelle capitale « , demanda la princesse ?
 » Une capitale ? « , demanda Tao, qui n’avait pas très bien compris lorsque la reine lui parlait dans son palais.
 » Mais je ne pourrai jamais construire une capitale. C’est impossible ! Je ne suis qu’un pauvre paysan. Je n’ai ni pouvoir ni argent.  »
La princesse le regarda et de grosses larmes roulèrent sur ses joues.
 » Mais tu es pourtant bien Tao, celui qui est toujours prêt à aider son prochain « , gémit-elle.  » Toi seul est capable de le faire..  »
 » Non, je.. « , s’apprêtait-il à dire lorsqu’il s’éveilla.

 

Il avait dû dormir longtemps, car le soleil se trouvait maintenant fort bas sur l’horizon.
Bien qu’éveillé, Tao entendait encore la voix suppliante de Fleur de Lotus qui semblait s’éloigner.
En vérité, c’était un essaim d’abeilles. Elles semblaient perdues et tournaient en tous sens autour des fleurs du jardin.
 » Pauvres bêtes « , pensa Tao.  » Elles n’ont pas de ruche ! Je vais leur en faire fabriquer une.  »
Et il se rendit immédiatement chez un charpentier.
Je me demande d’où peuvent bien venir toutes ces abeilles ?, pensa-t-il, lorsqu’il vit que les insectes acceptaient avec empressement leur nouveau refuge.
Il partit se promener dans le village. Arrivé à hauteur de la dernière maison, il découvrit dans un jardin une ruche abandonnée.
 » J’ai trouvé des abeilles chez moi « , dit-il à l’homme qui vivait là.  » Ne sont-elles pas à vous ?  »
 » C’est possible « , répondit l’homme.
 » Elles ont dû fuir « , ajouta-t-il en ôtant le couvercle de la ruche.
Comme il se penchait, il y découvrit un serpent :
 » Oh ! Le monstre de mon rêve ..! « , se dit-il.

 

De retour chez lui, Tao installa dans son jardin toute une série de belles ruches semblables. De tous les côtés des abeilles arrivèrent. Elles se mirent à butiner ses fleurs et lui offrirent tellement de miel en échange de sa protection que Tao, le généreux, devint bientôt riche.

 

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15 septembre, 2013

La quête de HOUANG-TI (Conte taoïste)

Classé dans : — unpeudetao @ 5:57

Houang-ti, l’Empereur Jaune, régnait depuis vingt ans sur la Chine. Tout était désormais en ordre. Les champs étaient fertiles, les arts florissants, l’administration intègre et dévouée, les frontières pacifiées.
Le Fils du Ciel s’était donné sans compter pour atteindre ses buts.
Mais ses devins étaient formels : des signes néfastes annonçaient des années d’inondations et de sécheresses, de famines et de révoltes.
L’Empereur savait que, rien n’était permanent dans ce monde fluctuant. C’était sa nature même. Il fallait sans cesse veiller à maintenir l’équilibre, prévenir et réparer les coups du mauvais sort.
Gouverner était un combat perpétuel. Mais maintenant, Houang-ti se sentait la proie d’une immense lassitude comme s’il ne parvenait plus à renouveler ses forces vitales. Il pensa qu’il devait enfin s’occuper de lui-même, se mettre en quête du Tao, la Voie de l’Harmonie suprême.
Il connaissait l’antique adage qui disait : Le royaume se façonne à image de son roi. Il était grand temps de réagir.

 

Une rumeur affirmait que le plus grand sage de l’empire, qu’on appelait le Maître caché, habitait une grotte perdue dans les montagnes de Hsioung Toung.
Le souverain interrogea ses agents secrets, surnommés « les yeux et les oreilles de la Face du Dragon ». Le rapport qu’ils firenl fut d’une inconsistance désolante. Houang-ti envoya donc le service au grand complet arpenter les montagnes.

 

C’est ainsi qu’après quelques mois d’investigation, l’Empereur Jaune fut conduit à l’entrée de la caverne secrète. Le sage était assis sur une natte de roseaux, devant deux bols et une théière. Il versa le thé et dit à son visiteur :
- Je vous attendais. Prenez place, et tenez. Et il lui tendit le bol fumant.
Lempereur s’inclina devant le sage et lui demanda :
- Quel est : le chemin du Tao ?
Le Maître caché prit le temps de finir son thé. Puis il tourna l’intérieur de son bol vers son hôte et lui dit :
- Vous voyez, ce bol est utile car il est vide. Le Tao est invisible, insaisissable. Nul ne peut l’entendre ni le voir.
Pourtant, si vous faites le vide dans votre esprit, il jaillira dans votre cœur. Méditez loin des bruits de ce monde, faites taire vos pensées et le souffle primordial restaurera vos énergies.

 

De retour dans son palais, l’Empereur Jaune s’enferma dans un pavillon isolé, au cœur des jardins, pour mettre en pratique les conseils du sage. Il avait auparavant délégué tous ses pouvoirs à son Premier ministre et laissé comme instruction de n’être dérangé sous aucun prétexte.

 

Au bout de trois mois de méditation intensive, Houang-ti avait touché au but. il avait atteint l’illumination, le grand éveil. Il s’était ressourcé en étant à nouveau le sein de la Mère du Monde. Mais quand il sortit de sa retraite, il fut assailli par le bourdonnement de ses ministres affolés.
L’empire était au bord du chaos. L’Empereur Jaune ne comprenait pas. Il avait suivi à la lettre les conseils du sage, bu à la source du Tao, restauré en lui l’harmonie.. Mais son royaume n’en avait pas profité. Peut-être avait-il négligé quelque chose..

 

Il décida de retourner consulter le Maître caché. Dans la caverne secrète, Houang-ti exprima son désarroi. Le sage sourit et répondit :
- Aller plus loin que le but, c’est ne pas l’atteindre. Auparavant, vous étiez trop impliqué dans les affaires du royaume et vous avez négligé votre être profond. Cette fois, vous avez fait l’inverse.
Le Tao du souverain lui demande de veiller sur lui-même autant que sur ses sujets. C’est la Voie du Milieu qui relie le Ciel et la Terre.

 

Ainsi parla le Maître caché qui, selon les dires de certains conteurs de la dynastie des Ming, n’était autre que le sublime Lao-tseu, dans une précédente incarnation..

 

L’Empereur Jaune trouva l’équilibre subtil que lui indiqua le sage et son harmonie intérieure irrigua l’empire. Après un long règne, il entreprit de visiter chaque province de son vaste domaine. Il contempla avec bonheur l’œuvre qu’il avait édifiée. Tout y était en ordre, prospère, paisible. Les fondations étaient solides.

 

Satisfait, il retourna dans son palais, nomma son successeur. Puis il réunit une dernière fois sa Cour pour les adieux. Et devant tous il leva la coupe où il conservait la Perle du Dragon, qu’il s’était longuement préparée dans le creuset de ses méditations.
Dès qu’il avala la pilule d’immortalité, les portes s’ouvrirent avec fracas et un dragon aux écailles luisantes, aux naseaux fumants, s’engouffra dans la salle, se glissa sous le trône. Le reptile ailé prit alors son envol, emportant Houang-ti sur son dos.

 

La légende rapporte que la souveraine et les concubines impériales eurent la présence d’esprit de s’accrocher aux moustaches et à la queue du dragon ! Elles gagnèrent ainsi le Palais de Jade, le séjour des Immortels, et ses joies infinies.
Et là-haut, l’Empereur Jaune est heureux d’offrir à ses femmes avisées les Pêches célestes qui donnent elles aussi l’éternelle Jeunesse !!!

 

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10 septembre, 2013

Le rêve du papillon, Tchouang Tseu (Taoïste)

Classé dans : — unpeudetao @ 17:43

Jadis, Tchouang Tseu (alias Tchang Tcheou) rêva qu’il était un papillon voltigeant et satisfait de son sort et ignorant qu’il était Tcheou lui-même.
Brusquement il s’éveilla et s’aperçut avec étonnement qu’il était Tcheou. Il ne sut plus si c’était Tcheou rêvant qu’il était un papillon, ou un papillon rêvant qu’il était Tcheou. C’est là ce qu’on appelle le changement des êtres.

 

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6 septembre, 2013

Comme avant, Lie Tseu (Taoïste)

Classé dans : — unpeudetao @ 6:01

Parmi les gens de Wei vivait un homme du nom de Wou de Tong-men. La mort de son fils ne l’affligea en aucune façon. L’intendant de sa maison lui dit :
 » Nulle part dans le monde, on ne trouverait personne qui aimât autant que vous votre fils et, maintenant qu’il est mort, vous n’en ressentez aucune tristesse. Est-ce possible ?  »

 

Wou de Tong-men dit :
 » Il y eut un temps où je n’avais pas de fils : à cette époque, je ne ressentais aucune tristesse. Maintenant mon fils est mort : je suis revenu de nouveau au temps où je n’avais pas d’enfant. Pourquoi serais-je triste ?  »

 

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5 septembre, 2013

Le Rêve du papillon, Pascal Fauliot (Conte taoïste)

Classé dans : — unpeudetao @ 18:51

Par une bel après-midi noyé de soleil, un dignitaire s’était aventuré sur les sentiers escarpés de la vallée profonde où Tchouang-tseu avait élu domicile.
Le mandarin, brillant lettré qui avait passé tous les degrés des examens et obtenu un poste de conseiller auprés du roi de Wou, voulait poser au vieux maître une question sur le Tao, dans l’espoir de respirer l’effluve de l’Indicible.

 

La chaumière était déserte, la porte grande ouverte. Des traces de sandales, toutes fraîches, menaient à une prairie pentue. Le dignitaire les suivit et il découvrit Tchouang-tseu endormi à l’ombre d’un vieil arbre noueux, la tête sur un coussin de fleurs des champs. Le lettré toussota et le sage ouvrit les yeux.

 

- Ô Maître, pardonnez-moi de troubler votre repos. Je viens de fort loin vous interroger sur le Tao.

 

- Je ne sais pas si je pourrai répondre répondit Tchouang-tseu en se frottant les yeux.

 

- Vénérable, votre modestie vous honore.

 

- Cela n’a rien à voir, non. A vrai dire, je ne sais plus rien. Je ne sais même plus qui je suis !

 

- Comment est-ce possible ? demanda le mandarin interloqué.

 

- Oh c’est très simple, reprit le vieux taoïste, l’air songeur. Figurez-vous que tout à l’heure, en dormant, j’ai fait un rêve étrange. J’étais un papillon voltigeant, ivre de lumière et du parfum des fleurs. Et maintenant, je ne sais plus si je suis Tchouang-tseu ayant rêvé qu’il était un papillon ou un papillon qui rêve qu’il est Tchouang-tseu !

 

Et le conseiller du Roi de Wou, bouche bée s’inclina profondément et retourna sur ses pas, ruminant cette parole énigmatique dans l’espoir d’en tirer le suc.

 

Extraits de Contes des sages taoïstes – Pascal Fauliot – Edition du Seuil.

 

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27 août, 2013

Tigresse blanche et Dragon de jade (Conte taoïste)

Classé dans : — unpeudetao @ 14:59

La belle Taï Yin Nu, par piété filiale, accepta d’épouser à dix sept ans l’homme que ses parents lui avaient choisi, un riche et rustre cabaretier. Le mariage fut un désastre. Malgré sa bonne volonté, elle ne parvint pas à aimer son mari, encore moins à se faire aimer de lui bien qu’il prît plaisir à se vautrer sur elle.

 

Comme s’il avait été contaminé par les piliers de son établissement, il devint en quelques années un ivrogne impénitent, l’un de ceux qui se défoulent tous les soirs sur leur femme. Le sourire de son fils était la seule consolation de Taï Yin Nu, et le seul cadeau que son mari lui ait jamais fait.

 

Au bout de dix ans de mariage, le tavernier fut emporté par sa cirrhose. Sa veuve dut, pour survivre avec son enfant, tenir seule le cabaret. Beaucoup d’hommes lui tournaient autour comme des bourdons autour d’une fleur.
Mais d’homme, elle n’en voulait plus.

 

La taverne de la jolie veuve ne désemplissait pas, et les clients lui prenaient trop de temps et d’énergie. Épuisée, elle devint irritable, y compris avec son fils. Il souffrait d’être repoussé par sa mère et, un jour, comme s’il voulait se rappeler à elle, il tomba malade. Les médecins des environs ne purent trouver le remède et l’état du garçon empira de jour en jour. Désespérée, elle fit venir un devin qui lui affirma que l’enfant n’était pas possédé par un esprit malin mais que son mal était puissant et pourrait être fatal s’iln’était pas contré à temps. Il fallait agir vite, voilà ce que disait le Yi King.

 

Il lui conseilla d’aller trouver Taï Hsuan Nu, la Dame des Grands Mystères, l’Immortelle qui vivait avec ses disciples dans la montagne. Taï Yin Nu confia son fils à sa mère, ferma l’établissement et prit le chemin des nuages. La taoïste sans âge la reçut dans son sanctuaire troglodyte où elle préparait les candidats à la renaissance spirituelle dans le ventre de la montagne.

 

L’ immortelle regarda la belle tourmentée de son œil pénétrant et sans même l’interroger lui dit :
- J’ai les herbes qu’il faut pour arrêter le mal mais l’enfant ne guérira vraiment que quand sa mère aura rétabli en elle les conditions de l’harmonie.

 

Puis elle l’invita à rester quelques jours pour lui parler du Tao et lui donner des conseils pratiques pour le cultiver. Elle offrit enfin à sa visiteuseun mélange de plantes et un exemplaire du Traité des Cinq Joyaux. Quand elle la raccompagna à l’entrée de la grotte, elle l’encouragea à suivre la Voie et l’incita à revenir pour recevoir d’autres instructions.

 

La nouvelle adepte retrouva la paix intérieure et son fils la santé. Elle engagea une serveuse pour l’aider à la taverne et consacra du temps à pratiquer les exercices taoïstes et étudier le livre, sans négliger son fils. Taï Yin Nu retourna régulièrement à la caverne de l’ Immortelle pour approfondir sa compréhension de la Voie.

 

Un jour, la Dame des Grands Mystères lui dit :
- Inutile de revenir. Nos chemins se séparent ici. Je vais bientôt quitter ce monde. Tu trouveras un nouveau maître. Trois jours après, un homme étrange entra dans la taverne de la jolie veuve. Ses vêtements délavés et râpés étaient ceux d’un vagabond mais ses traits fins et ses gestes délicats trahissaient le lettré. Il resta longtemps à siroter une liqueur suave tout en observant la maîtresse des lieux.

 

Elle fut subjuguée par la lumière noire de son regard, qui savait trouver le chemin de son âme et faire sauter les verrous de son cœur. Cet homme était-il si différent des autres ? Était-il un adepte lui aussi ? Elle voulut en avoir le cœur net et, au moment où il devait payer la note, elle retint la serveuse et alla lui réclamer elle-même cinq pièces de cuivre, ce qui était fort cher pour un gobelet de liqueur. Il les sortit de sa poche sans sourciller et les posa sur la table de façon à former le diagramme des cinq éléments. Elle lui demanda s’il savait compter. Il sourit et répondit :
- Au nord, l’Eau : un.
 Au sud, le Feu : deux.
 À l’est, le Bois : trois.
 À l’ouest, le Métal : quatre.
 Et au centre, la Terre : cinq.

 

Elle reprit :
- Vous comptez bien. Quel chemin suivez-vous ?
- Je suis sur les traces d’une Tigresse blanche.
- Et moi sur celles d’un Dragon de jade.
- Alors, nous nous sommes peut-être trouvés ! Comment vous appelez-vous ?
- Taï Yin Nu, la Dame au Grand Yin. Et vous ?
- Moi, c’est Taï Yang Tseu, le Maître du Grand Yang.

 

Et ils rirent de bon cœur. Puis elle l’invita dans sa chambre de méditation car ils avaient beaucoup de choses à se dire. Lun et l’autre avaient trouvé son maître. Ils restèrent ensemble, se partagèrent leurs secrets, s’entraidèrent dans leur quête. Ils se livrèrent souvent au jeu de la Tige de Jade et du Lotus rouge, pratiquant ainsi la condensation du Souffle du Dragon.

 

Les taoïstes affirment que deux fourneaux reliés l’un à l’autre activent davantage la transmutation alchimique qui rend immortel.
En d’autres termes, ils s’aimèrent, voilà tout. Et l’amour n’est-il pas le Tao de l’éternelle jeunesse ?

 

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9 avril, 2012

Un sermon, Berthold AUERBACH (Conte)

Classé dans : — unpeudetao @ 10:11

 

Nous sommes au village. Tout est silencieux dans la rue, les maisons sont fermées ; çà et là on voit une fenêtre ouverte par où personne ne regarde. Les hirondelles volent rez-terre et n’ont à se garer de personne. Sur l’auge de la pompe, près de la maison commune, sont perchées d’autres hirondelles qui boivent, se regardent d’un air avisé et gringottent entre elles en tenant conseil comme si le village n’appartenait qu’à elles. Des hochequeues, personnages importants, accourent en trottinant et s’en vont en frétillant de la queue, comme s’ils voulaient donner à entendre qu’ils savent déjà tout et bien mieux encore. Seule, une bande de poules s’est assemblée autour des hirondelles et écoute avec curiosité leurs discours. Elles comprennent qu’il s’agit de se balancer librement dans les airs, de franchir les mers et de gagner des pays lointains. Souvent elles soulèvent et étendent leurs ailes, puis les laissent retomber en levant tristement la tête, comme si elles savaient une fois de plus qu’elles sont irrévocablement attachées au sol et doivent chercher chez l’homme la protection d’autrui. Il y a surtout une poule d’un noir de jais, avec une crête rouge, qui agite fréquemment ses pennes. Une couveuse remonte à pas lents le village, se carrant fièrement au milieu de ses fils et de ses filles, qu’elle tient assemblés autour d’elle par des avis réitérés et qu’elle abecque de ses trouvailles. Elle a bien autre chose à faire qu’à songer à se balancer librement dans les airs et à rêver des pays lointains.

 

Un silence extraordinaire pèse sur tout le village. Les hommes ont quitté leurs habitations éparpillées et se sont rendus dans la demeure de Celui qui les unit tous entre eux. Les regards qui d’ordinaire cherchent, en s’égarant de côté et d’autre, l’intérêt personnel, s’élèvent maintenant tous de concert vers l’Invisible qui voit tout et à qui tout appartient. Voilà l’église : elle se dresse sur la montagne où l’on voyait jadis une forteresse dont les murs sont maintenant couverts de vignes en fleurs. L’église était jadis la citadelle contre toutes les adversités de la vie. Elle est encore aujourd’hui et restera dans l’avenir l’abri de l’humanité. Le dernier son de l’orgue vient de se perdre dans l’air.

 

Entrons dans l’église. Le prêtre monte en chaire. Les assistants toussent, se redressent sur leurs chaises, les déplacent, les remuent, car personne ne veut troubler le prédicateur qui parle au nom de l’Esprit suprême, lorsqu’il aura donné cours à son éloquence.

 

Le prêtre n’est pas un vieillard ; il est dans toute la maturité de l’âge. Calme, recueilli, se voilant la face, il dit à voix basse la prière, puis il lève la tête avec un geste de bonheur et dit le texte : « Ce ne sont pas ceux qui sont en santé qui ont besoin de médecin, mais les malades. (Saint Luc, V, 31.) »

 

Il montre d’abord que la santé de l’âme est la vraie vie, attendu qu’elle ne fait qu’un avec la vertu et la droiture, tandis que le péché et la maladie défigurent la vie. De même que dans la maladie les forces naturelles de l’homme prennent une voie fausse, de même dans le péché. Car le péché c’est l’égarement.
Il insiste aussi tout particulièrement sur cette dernière remarque et prêche la douceur à l’égard du pécheur pour arriver à sa guérison. Il montre comment le péché trouve facilement un recoin où il se blottit dans les replis du cœur humain, et sous l’apparence de la passion ou de l’illusion captieuse, écarte tout le monde de la voie du bien. Car il n’y a pas un seul homme qui ne fasse que le bien et soit exempt de péché. Il montre combien il est fortifiant de nous représenter l’image consolante de l’homme vraiment pur, sans péché et sans défaut, image qui s’offre à nous pour effacer toute faute, en même temps qu’elle nous instruit à l’imiter. Il montre qu’en conséquence celui qui se sent à certains égards pur de péché a pour obligation, dans cette pureté partielle, de devenir le rédempteur de son prochain qui est tombé dans le péché. Il doit prendre sur lui la responsabilité de cette faute d’autrui et chercher à en obtenir le pardon.

 

« Vous tous, dit-il alors, vous tous qui allez et venez en liberté, qui pouvez vous asseoir à votre table et sortir librement pour vous promener sous le ciel libre de Dieu, songez un seul instant au pauvre prisonnier sur le visage duquel, depuis des années, ne s’est pas reposé un seul regard d’amour. Il est là, et son œil se fixe sur les murs de pierre ; ses paroles que l’on n’entend point ne lui renvoient que leur propre écho. Et lorsqu’on le reconduit parmi ses semblables, quelle triste société pour lui. La grande société humaine l’a livré, dans son isolement, à sa misère, à son désespoir, à son erreur ; aucune main secourable ne s’est tendue vers lui ; aucune parole de sympathie n’a apaisé son âme. Il est resté seul, seul avec son cœur égaré. Pour la première fois, le jour où il a commis une faute rendue publique, il s’est aperçu qu’il n’était pas seul au monde ; la société humaine l’a saisi de son bras puissant et l’a retenu pour l’expiation. Et lorsqu’il revient parmi les hommes libres, quel est son sort ? Ceux qui auparavant n’avaient pas un regard pour lui le considèrent désormais avec mépris, avec méfiance, sans aucune pitié effective, et le traquent partout. Que doit-il devenir ? Toi, qui es assis là en liberté, interroge ta conscience ; combien de fois n’as-tu pas été sur le point de devenir un criminel, si la puissance suprême, qui est implantée en toi et qui te domine, ne t’avait arraché et enlevé des mains les instruments du crime. Aie donc pitié du pécheur, souffre avec lui, sacrifie-toi pour lui, et il te sera pardonné.

 

« Un jour, je fus, pauvre écolier, invité à dîner chez un riche. J’étais alors dans une misère affreuse. Je me trouvai là seul dans la salle à manger attendant l’heure du repas. Autour de moi brillait et étincelait la vaisselle d’argent, mes yeux papillotaient comme si j’avais été ivre. Tout à coup une pensée traversa mon cerveau comme un éclair : quelques-uns de ces objets pouvaient mettre fin à ma misère pour longtemps et personne ne me voyait. Un entraînement irrésistible m’attirait vers la corbeille où était entassée l’argenterie. J’y plongeai la main comme si quelqu’un m’y avait poussé. Mais au même moment il me sembla que ma main ne pouvait plus se mouvoir. J’étais incapable de rien lâcher et de rien prendre. La sueur de l’angoisse ruisselait sur mon front et je criai : « Au secours ! au secours ! » Je voulais appeler des gens pour m’arracher avec leur aide au péché. Un vieux serviteur accourut, et je lui racontai tout en pleurant. Il me consola dans ma douleur indescriptible, et il s’employa dans la suite avec d’autres à ne plus me laisser souffrir de la misère. »

 

Les commentaires que le prédicateur ajoute à cet exemple, et l’invitation qu’il fait à chacun de se représenter comme lui les diverses tentations de sa vie, vont droit au cœur. Durant la pause assez longue qu’il fait ensuite, il voit bien des mains jointes trembler, bien des hommes cacher leur visage derrière leur chapeau, bien des mains essuyer une larme qui humecte les yeux, mais personne ne regarde les autres, chacun a assez à faire à s’occuper de soi-même.

 

Après la prière qui termine la prédication, le prêtre invite les fidèles à imiter ce que font dans la capitale des associations d’hommes bien pensants, c’est-à-dire à travailler à l’amélioration des forçats libérés en leur venant en aide. « Il faut, dit-il, que vous ayez le courage de traiter avec bienveillance des hommes tombés ; car un malheureux a doublement besoin de sympathies ; et celui qui peut lui témoigner de l’affection est doublement béni. »

 

La messe finie, tout le monde se presse pour sortir avec une précipitation inaccoutumée. Beaucoup s’étirent quand ils ont franchi la porte ; le sermon les a tellement empoignés qu’ils se sentent tous les membres brisés. Ils étouffaient, et maintenant ils reprennent haleine. On se forme en groupes. On parle de bien des choses, mais surtout du sermon et du curé. Michel le tisserand trouve qu’il ne cite pas assez souvent les textes et le boulanger, qui a son mot à dire quand sa femme n’y est pas, insinue malicieusement qu’il a bien vu où le prédicateur voulait en venir. Un gars espiègle dérobe à une jeune fille son bouquet de romarin qu’elle porte au corsage en cirant : « Au secours ! Au secours ! » et s’enfuit à toutes jambes.

 

Mais dans la plupart des cœurs retentissent encore les paroles que l’on vient d’entendre tomber du haut de la chaire.

 

Berthold AUERBACH (1812-1882), romancier allemand.

 

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8 avril, 2012

La résurrection de Déodat d’Hyères, Laurent Jean Baptiste BÉRENGER-FÉRAUD (Conte)

Classé dans : — unpeudetao @ 10:24

 

LE TRÈS NOBLE et très pieux seigneur Anselin, de la maison de Faux, était marquis d’Hyères, et ne pouvait avoir d’enfants, quoiqu’il fût marié depuis de longues années.

 

Après avoir épuisé toutes les prières, toutes les neuvaines, toutes les charités, il s’adressa à saint Honorat et fit le pèlerinage de l’île de Lérins.
Bientôt sa femme fut grosse et elle mit au monde un enfant qui reçut le nom de Déodat.

 

La marquise mourut en couches, de sorte que le seigneur Anselin se trouva veuf, et bientôt épousa une autre femme qui, à son tour, eut plusieurs enfants.

 

Cette femme était une mauvaise nature qui était jalouse de Déodat, et qui désirait lui dérober les titres qu’il avait à la succession de son père pour les donner à ses propres enfants.

 

Pendant ce temps, Déodat croissait en âge et en piété ; c’était un véritable saint enfant, ayant toutes les vertus et aucun défaut.

 

Un jour de fête de saint Honorat, on devait faire une solennité religieuse à laquelle le seigneur d’Hyères avait projeté d’assister avec toute sa famille, et comme la marâtre, qui était une coquette, en même temps qu’une coquine, se trouvait en retard pour sa toilette, le bon Déodat, qui était devenu un charmant adolescent, lui offrit de l’aider à s’habiller.

 

Elle accepte ses bons offices et, pendant que le pauvre enfant faisait de son mieux, une idée perverse germe dans l’esprit de cette méchante femme ; elle se met tout à coup à pousser des cris, et lorsque son mari ainsi que tous les domestiques accourent effrayés, elle accuse Déodat d’avoir voulu se livrer à des actes indignes sur sa personne.

 

Le mari, aveuglé par la colère, n’écouta que la voix de sa jalousie, et sans laisser à Déodat le temps de se défendre, il ordonna à ses gens de le lier et d’aller le jeter à la mer pour le noyer comme un chien.

 

Ce qui fut dit fut fait, seulement, au moment de disparaître dans les flots, Déodat adressa une prière à son patron pour le prier de faire éclater son innocence au grand jour. Voici comment cette prière fut exaucée :

 

Le lendemain du jour où il avait commandé de jeter son fils à la mer, le marquis eut du regret de sa sévérité et il fit chercher le corps du jeune homme pour l’ensevelir. Ce corps n’étant pas retrouvé par ses domestiques, il se mit à le chercher lui-même pendant plusieurs jours.

 

Pendant ce temps la marâtre triomphait, mais bientôt elle se sentit triste, elle eut des remords et, enfin, elle confessa la vérité à son mari. Le marquis d’Hyères fut désolé, on le comprend, et il désira plus vivement que par le passé retrouver le corps de l’innocente victime pour réhabiliter sa mémoire par des obsèques magnifiques.

 

Or un jour, pendant qu’il était sur le rivage, il rencontra un moine à figure vénérable qui lui demanda ce qu’il cherchait, et qui, apprenant le but de ses désirs, lui dit :
« Venez, je vais vous faire retrouver votre fils. »

 

En effet, avec une branche d’olivier qu’il tenait à la main, le moine frappe la mer qui s’entrouvre, ils marchent tous les deux sur le fond mis à sec et ils arrivent bien loin sous les eaux dans une grotte sous-marine, où le père trouve son fils endormi, garrotté, avec une grosse pierre attachée à son cou.

 

Il le délie aussitôt, le réveille et le ramène à la maison. Pendant le chemin, Déodat lui apprit qu’au moment où il avait été jeté dans l’eau un moine de Lérins, du nom d’Honorat, l’avait reçu et l’avait vivement transporté dans la grotte où il était resté endormi jusque-là.

 

Le père, pensant que c’était le moine qui l’avait conduit lui-même jusqu’à la grotte en refoulant la mer avec sa branche d’olivier, voulut exprimer sa reconnaissance au saint homme, mais celui-ci avait disparu.

 

Pénétré de reconnaissance pour saint Honorat, et pour le remercier du grand miracle qu’il avait fait, le père et le fils vont en pèlerinage à Lérins. Là le marquis d’Hyères, désireux de savoir le nom du moine qu’il avait rencontré sur la plage, demande des renseignements au supérieur du couvent, qui lui répond qu’aucun de ses moines ne s’est absenté.

 

Le père insistant, le supérieur lui montre le portrait de tous les membres de l’ordre pour voir s’il reconnaît les traits du moine dont il parle.
« Le voilà, s’écrie le père, voilà le moine que j’ai rencontré. »

 

Or, c’était le portrait de saint Honorat lui-même qu’il désignait.
Tout le monde tomba à genoux pour rendre des actions de grâces au grand saint, et quand le père se releva, Déodat lui déclara qu’il voulait se vouer à saint Honorat pour lui témoigner sa reconnaissance. Déodat fut admis aussitôt dans le monastère et passa sa vie saintement dans le couvent de Lérins.

 

Laurent Jean Baptiste BÉRENGER-FÉRAUD (1832-1900).

 

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