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9 avril, 2012

Un sermon, Berthold AUERBACH (Conte)

Classé dans : — unpeudetao @ 10:11

 

Nous sommes au village. Tout est silencieux dans la rue, les maisons sont fermées ; çà et là on voit une fenêtre ouverte par où personne ne regarde. Les hirondelles volent rez-terre et n’ont à se garer de personne. Sur l’auge de la pompe, près de la maison commune, sont perchées d’autres hirondelles qui boivent, se regardent d’un air avisé et gringottent entre elles en tenant conseil comme si le village n’appartenait qu’à elles. Des hochequeues, personnages importants, accourent en trottinant et s’en vont en frétillant de la queue, comme s’ils voulaient donner à entendre qu’ils savent déjà tout et bien mieux encore. Seule, une bande de poules s’est assemblée autour des hirondelles et écoute avec curiosité leurs discours. Elles comprennent qu’il s’agit de se balancer librement dans les airs, de franchir les mers et de gagner des pays lointains. Souvent elles soulèvent et étendent leurs ailes, puis les laissent retomber en levant tristement la tête, comme si elles savaient une fois de plus qu’elles sont irrévocablement attachées au sol et doivent chercher chez l’homme la protection d’autrui. Il y a surtout une poule d’un noir de jais, avec une crête rouge, qui agite fréquemment ses pennes. Une couveuse remonte à pas lents le village, se carrant fièrement au milieu de ses fils et de ses filles, qu’elle tient assemblés autour d’elle par des avis réitérés et qu’elle abecque de ses trouvailles. Elle a bien autre chose à faire qu’à songer à se balancer librement dans les airs et à rêver des pays lointains.

 

Un silence extraordinaire pèse sur tout le village. Les hommes ont quitté leurs habitations éparpillées et se sont rendus dans la demeure de Celui qui les unit tous entre eux. Les regards qui d’ordinaire cherchent, en s’égarant de côté et d’autre, l’intérêt personnel, s’élèvent maintenant tous de concert vers l’Invisible qui voit tout et à qui tout appartient. Voilà l’église : elle se dresse sur la montagne où l’on voyait jadis une forteresse dont les murs sont maintenant couverts de vignes en fleurs. L’église était jadis la citadelle contre toutes les adversités de la vie. Elle est encore aujourd’hui et restera dans l’avenir l’abri de l’humanité. Le dernier son de l’orgue vient de se perdre dans l’air.

 

Entrons dans l’église. Le prêtre monte en chaire. Les assistants toussent, se redressent sur leurs chaises, les déplacent, les remuent, car personne ne veut troubler le prédicateur qui parle au nom de l’Esprit suprême, lorsqu’il aura donné cours à son éloquence.

 

Le prêtre n’est pas un vieillard ; il est dans toute la maturité de l’âge. Calme, recueilli, se voilant la face, il dit à voix basse la prière, puis il lève la tête avec un geste de bonheur et dit le texte : « Ce ne sont pas ceux qui sont en santé qui ont besoin de médecin, mais les malades. (Saint Luc, V, 31.) »

 

Il montre d’abord que la santé de l’âme est la vraie vie, attendu qu’elle ne fait qu’un avec la vertu et la droiture, tandis que le péché et la maladie défigurent la vie. De même que dans la maladie les forces naturelles de l’homme prennent une voie fausse, de même dans le péché. Car le péché c’est l’égarement.
Il insiste aussi tout particulièrement sur cette dernière remarque et prêche la douceur à l’égard du pécheur pour arriver à sa guérison. Il montre comment le péché trouve facilement un recoin où il se blottit dans les replis du cœur humain, et sous l’apparence de la passion ou de l’illusion captieuse, écarte tout le monde de la voie du bien. Car il n’y a pas un seul homme qui ne fasse que le bien et soit exempt de péché. Il montre combien il est fortifiant de nous représenter l’image consolante de l’homme vraiment pur, sans péché et sans défaut, image qui s’offre à nous pour effacer toute faute, en même temps qu’elle nous instruit à l’imiter. Il montre qu’en conséquence celui qui se sent à certains égards pur de péché a pour obligation, dans cette pureté partielle, de devenir le rédempteur de son prochain qui est tombé dans le péché. Il doit prendre sur lui la responsabilité de cette faute d’autrui et chercher à en obtenir le pardon.

 

« Vous tous, dit-il alors, vous tous qui allez et venez en liberté, qui pouvez vous asseoir à votre table et sortir librement pour vous promener sous le ciel libre de Dieu, songez un seul instant au pauvre prisonnier sur le visage duquel, depuis des années, ne s’est pas reposé un seul regard d’amour. Il est là, et son œil se fixe sur les murs de pierre ; ses paroles que l’on n’entend point ne lui renvoient que leur propre écho. Et lorsqu’on le reconduit parmi ses semblables, quelle triste société pour lui. La grande société humaine l’a livré, dans son isolement, à sa misère, à son désespoir, à son erreur ; aucune main secourable ne s’est tendue vers lui ; aucune parole de sympathie n’a apaisé son âme. Il est resté seul, seul avec son cœur égaré. Pour la première fois, le jour où il a commis une faute rendue publique, il s’est aperçu qu’il n’était pas seul au monde ; la société humaine l’a saisi de son bras puissant et l’a retenu pour l’expiation. Et lorsqu’il revient parmi les hommes libres, quel est son sort ? Ceux qui auparavant n’avaient pas un regard pour lui le considèrent désormais avec mépris, avec méfiance, sans aucune pitié effective, et le traquent partout. Que doit-il devenir ? Toi, qui es assis là en liberté, interroge ta conscience ; combien de fois n’as-tu pas été sur le point de devenir un criminel, si la puissance suprême, qui est implantée en toi et qui te domine, ne t’avait arraché et enlevé des mains les instruments du crime. Aie donc pitié du pécheur, souffre avec lui, sacrifie-toi pour lui, et il te sera pardonné.

 

« Un jour, je fus, pauvre écolier, invité à dîner chez un riche. J’étais alors dans une misère affreuse. Je me trouvai là seul dans la salle à manger attendant l’heure du repas. Autour de moi brillait et étincelait la vaisselle d’argent, mes yeux papillotaient comme si j’avais été ivre. Tout à coup une pensée traversa mon cerveau comme un éclair : quelques-uns de ces objets pouvaient mettre fin à ma misère pour longtemps et personne ne me voyait. Un entraînement irrésistible m’attirait vers la corbeille où était entassée l’argenterie. J’y plongeai la main comme si quelqu’un m’y avait poussé. Mais au même moment il me sembla que ma main ne pouvait plus se mouvoir. J’étais incapable de rien lâcher et de rien prendre. La sueur de l’angoisse ruisselait sur mon front et je criai : « Au secours ! au secours ! » Je voulais appeler des gens pour m’arracher avec leur aide au péché. Un vieux serviteur accourut, et je lui racontai tout en pleurant. Il me consola dans ma douleur indescriptible, et il s’employa dans la suite avec d’autres à ne plus me laisser souffrir de la misère. »

 

Les commentaires que le prédicateur ajoute à cet exemple, et l’invitation qu’il fait à chacun de se représenter comme lui les diverses tentations de sa vie, vont droit au cœur. Durant la pause assez longue qu’il fait ensuite, il voit bien des mains jointes trembler, bien des hommes cacher leur visage derrière leur chapeau, bien des mains essuyer une larme qui humecte les yeux, mais personne ne regarde les autres, chacun a assez à faire à s’occuper de soi-même.

 

Après la prière qui termine la prédication, le prêtre invite les fidèles à imiter ce que font dans la capitale des associations d’hommes bien pensants, c’est-à-dire à travailler à l’amélioration des forçats libérés en leur venant en aide. « Il faut, dit-il, que vous ayez le courage de traiter avec bienveillance des hommes tombés ; car un malheureux a doublement besoin de sympathies ; et celui qui peut lui témoigner de l’affection est doublement béni. »

 

La messe finie, tout le monde se presse pour sortir avec une précipitation inaccoutumée. Beaucoup s’étirent quand ils ont franchi la porte ; le sermon les a tellement empoignés qu’ils se sentent tous les membres brisés. Ils étouffaient, et maintenant ils reprennent haleine. On se forme en groupes. On parle de bien des choses, mais surtout du sermon et du curé. Michel le tisserand trouve qu’il ne cite pas assez souvent les textes et le boulanger, qui a son mot à dire quand sa femme n’y est pas, insinue malicieusement qu’il a bien vu où le prédicateur voulait en venir. Un gars espiègle dérobe à une jeune fille son bouquet de romarin qu’elle porte au corsage en cirant : « Au secours ! Au secours ! » et s’enfuit à toutes jambes.

 

Mais dans la plupart des cœurs retentissent encore les paroles que l’on vient d’entendre tomber du haut de la chaire.

 

Berthold AUERBACH (1812-1882), romancier allemand.

 

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2 février, 2012

D’un Jardinier et d’un Ours, Ésope

Classé dans : — unpeudetao @ 3:10

 

Il y avait autrefois un Jardinier qui aimait tant les jardinages qu’il s’éloigna de la compagnie des Hommes pour se donner tout entier au soin de cultiver les plantes. Il n’avait ni Femme ni Enfants, et depuis le matin jusqu’au soir il ne faisait que travailler dans son jardin, qu’il rendit aussi beau que le paradis terrestre. À la fin, le bonhomme s’ennuya d’être seul dans sa solitude. Il prit la résolution de sortir de son jardin pour chercher compagnie.
En se promenant au pied d’une montagne, il aperçut un Ours dont les regards causaient de l’effroi. Cet animal s’était aussi ennuyé d’être seul et n’était descendu de la montagne que pour voir s’il ne rencontrerait point quelqu’un avec qui il pût faire société.
Aussitôt qu’ils se virent, ils sentirent de l’amitié l’un pour l’autre.
Le Jardinier aborda l’Ours qui lui fit une profonde révérence. Après quelques civilités, le Jardinier fit signe à l’Ours de le suivre et l’ayant mené dans son jardin, lui donna de fort beaux fruits qu’il avait conservés soigneusement et enfin il se lia entre eux une étroite amitié.
Quand le Jardinier était las de travailler, et qu’il voulait se reposer, l’Ours par affection demeurait auprès de lui et chassait les Mouches de peur qu’elles ne l’éveillassent.
Un jour que le Jardinier dormait au pied d’un arbre et que l’Ours selon sa coutume écartait les Mouches, il en vint une se poser sur la bouche du Jardinier, et quand l’Ours la chassait d’un côté, elle se remettait de l’autre, ce qui le mit dans une si grande colère qu’il prit une grosse pierre pour la tuer. Il la tua à la vérité, mais en même temps il écrasa la tête du Jardinier.
C’est à cause de cela que les gens d’esprit disent qu’il vaut mieux avoir un sage ennemi qu’un ami ignorant.

 

Ésope (VII VI siècles avant J.-C.).

 

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23 janvier, 2012

Les limites du dogme (Conte soufi)

Classé dans : — unpeudetao @ 17:03

 

     Le roi Mahmoud déambulait dans les rues de Ghazna, sa capitale, lorsqu’il vit un portefaix tituber sous le poids d’une lourde pierre qu’il portait sur le dos. Incapable de réprimer le sentiment de compassion que lui inspirait le pauvre hère, il lui lança d’un ton impératif :
     « Pose cette pierre à terre, portefaix ! »
     L’homme obéit. La pierre resta des années dans la rue, gênant le passage. Finalement, les habitants de Ghazna envoyèrent une délégation au roi pour lui demander de la faire enlever.
     Mahmoud réfléchit en sage administrateur, et se sentit tenu de répondre :
     « Ce qui a été fait sur l’ordre du roi ne peut être défait sur l’ordre du roi, sinon le peuple penserait que les ordres royaux ne sont motivés que par des caprices. La pierre restera où elle est. »
La pierre resta dans la rue du vivant de Mahmoud. Après sa mort, par respect pour les ordres royaux, personne n’osa y toucher.
     Les gens interprétèrent l’anecdote selon leur aptitude. Ceux qui étaient opposés à la monarchie y virent la preuve de la stupidité d’un pouvoir cherchant à se maintenir coûte que coûte. Ceux qui révéraient l’autorité n’avaient que respect pour les ordres qui en émanaient, dussent-ils leur causer des désagréments : ils ne trouvèrent rien à redire à la décision royale. Ceux qui étaient doués de compréhension furent capables de saisir la leçon que Mahmoud avait voulu donner, faisant fi de ce que penseraient de lui les esprits superficiels.
     En permettant qu’une pierre fasse ainsi obstacle à la circulation, et en faisant connaître les raisons pour lesquelles il avait décidé de la laisser là, Mahmoud disait à qui pouvait entendre d’obéir au pouvoir temporel tout en prenant conscience du fait que ceux qui dirigent de façon rigide, dogmatique, ne peuvent servir l’homme que partiellement.
     Ceux qui saisirent la leçon vinrent grossir les rangs des chercheurs de vérité, et nombre d’entre eux trouvèrent leur voie vers la Vérité.

 

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15 janvier, 2012

La digue (Conte soufi)

Classé dans : — unpeudetao @ 17:26

 

     Une veuve et ses cinq fils vivaient sur une parcelle de terre irriguée. Les récoltes leur assuraient à peine de quoi vivre : un tyran leur déniait le droit de prendre la quantité d’eau nécessaire aux cultures. Il avait obstrué le canal qui aurait pu apporter l’abondance à la famille.
     Le fils aîné avait tenté à maintes reprises de démolir la digue. Mais que pouvait-il faire à lui seul ? Il n’avait pas assez de force, ses frères n’étaient encore que des enfants ; et il savait bien que le tyran pourrait toujours la reconstruire. Aussi ses tentatives étaient-elles plus héroïques que pratiques.
     Un jour il eut comme une vision : il crut voir son père. Le vieil homme lui dit certaines choses, des paroles d’espoir. Peu après, l’ignoble tyran, que son comportement indépendant avait rendu furieux, le désigna à la vindicte publique comme fauteur de troubles et suscita à son égard l’hostilité des gens. Le jeune homme partit pour une ville lointaine. Il travailla des années chez un commerçant, dont il devint l’assistant. De temps en temps, il envoyait à sa famille, par l’intermédiaire de marchands itinérants, l’argent qu’il avait réussi à mettre de côté. Mais, comme il ne voulait pas que ses frères se sentent redevables envers lui, et parce qu’il valait mieux pour les marchands qu’ils n’aient pas l’air de venir en aide à des gens en disgrâce, il leur demandait chaque fois de prétendre donner cet argent en échange des menus services que ses frères pourraient être amenés à leur rendre.
     Quand, après bien des années, le moment fut venu de retourner chez lui, et qu’il se présenta devant ses frères cadets, un seul le reconnut, et encore pas de façon certaine, tant il avait vieilli.
     « Notre grand frère avait les cheveux noirs, dit un des cadets.
     – Les années ont passé, dit l’aîné.
     – Nous ne sommes pas des marchands ! dit un autre. Comment cet homme, habillé comme il est et parlant de la sorte, pourrait-il être des nôtres ? »
     Il leur expliqua ce qui s’était passé depuis son départ, sans parvenir à les convaincre complètement. Puis il évoqua leur enfance :
     « Je me rappelle qu’en ce temps-là je m’occupais souvent de vous. Je me rappelle aussi que vous rêviez, tous les quatre, de l’eau jaillissante au-delà de la digue.
     – Nous n’en avons pas souvenir », dirent-ils.
     Le temps les avait presque rendus aveugles à leur condition.
     « Je vous ai envoyé de l’argent, qui a assuré l’essentiel de votre subsistance après que l’eau eut cessé de couler, reprit l’aîné.
     – Nous n’avons jamais rien reçu, répliquèrent-ils. Nous avons rendu service à des voyageurs de passage, qui nous ont payés pour cela, voilà tout !
     – Décris-nous notre mère », demanda un des frères, qui cherchait encore une preuve.
     Mais leurs souvenirs s’étaient estompés : leur mère était morte il y a si longtemps ! Aussi trouvèrent-ils à redire à la description que leur en fit l’aîné.
     « Eh bien, supposons que tu sois notre frère… Qu’es-tu venu nous dire ? demandèrent-ils.
     – Que le tyran est mort. Que ses soldats ont déserté et sont allés se chercher d’autres maîtres qui les tiennent occupés. Qu’il est temps que cette terre reverdisse, que le bonheur revienne : c’est notre tâche à tous.
     – Le tyran ! Quel tyran ? fit le premier frère.
     – La terre a toujours été comme ça, dit le deuxième.
     – Pourquoi devrions-nous faire ce que tu dis ? demanda le troisième.
     – Je voudrais bien t’aider, dit le quatrième, mais je ne comprends pas de quoi tu parles.
     – Du reste, dit le premier, je n’ai pas besoin d’eau. J’enlève les broussailles, j’allume un feu avec, les marchands itinérants s’arrêtent, se reposent près du feu, m’envoient en courses et me paient pour cela.
     – Si l’eau venait ici en abondance, dit le deuxième, le petit étang où j’élève mes carpes déborderait. Parfois, des marchands de passage font halte pour les admirer et me donnent quelques pièces.
     – Pour ma part, dit le troisième, j’aimerais bien avoir de l’eau en abondance, mais je ne sais pas si elle pourrait ramener cette terre à la vie. »
     Le quatrième ne dit mot.
     « Mettons-nous au travail, dit le frère aîné.
     – Attendons plutôt de voir si les marchands viendront, dirent les cadets.
     – Ils ne viendront pas, dit l’aîné, puisque c’est moi qui vous les envoyais ! »
     Mais ils continuèrent de discuter.
     De toute façon, les marchands, quels qu’ils soient, n’empruntaient pas en cette saison la route qui traversait leur terre. À cette période de l’année, la neige rendait les cols impraticables.
     Avant que les caravanes ne recommencent à acheminer des marchandises sur la route de la soie, surgit un second tyran, pire que le premier. Il ne se sentait pas encore sûr de lui en tant qu’usurpateur, aussi ne prenait-il que les terres en friche. Il vit la digue. Son état d’abandon ne fit qu’attiser sa convoitise. Non seulement il se l’appropria, mais il décida aussi de réduire les frères en esclavage dès qu’il serait assez puissant, car ils étaient tous robustes, même l’aîné.
     Les frères discutent encore. Rien ne semble pouvoir arrêter le tyran désormais.

 

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3 janvier, 2012

L’Eléphant blanc, Jean-Pierre Claris de FLORIAN

Classé dans : — unpeudetao @ 13:16

 

Dans certains pays de l’Asie
on révère les éléphants,
sur-tout les blancs.
Un palais est leur écurie,
on les sert dans des vases d’or,
tout homme à leur aspect s’incline vers la terre,
et les peuples se font la guerre
pour s’enlever ce beau trésor.
Un de ces éléphants, grand penseur, bonne tête,
voulut savoir un jour d’un de ses conducteurs
ce qui lui valait tant d’honneurs,
puisqu’au fond, comme un autre, il n’était qu’une bête.
Ah ! Répond le cornac, c’est trop d’humilité ;
l’on connaît votre dignité,
et toute l’Inde sait qu’au sortir de la vie
les âmes des héros qu’a chéris la patrie
s’en vont habiter quelque temps
dans les corps des éléphants blancs.
Nos talapoins l’ont dit, ainsi la chose est sûre.
-quoi ! Vous nous croyez des héros ?
-sans doute. -et sans cela nous serions en repos,
jouissant dans les bois des biens de la nature ?
-oui, seigneur. -mon ami, laisse-moi donc partir,
car on t’a trompé, je t’assure ;
et, si tu veux y réfléchir,
tu verras bientôt l’imposture :
nous sommes fiers et caressants ;
modérés, quoique tout-puissants ;
on ne nous voit point faire injure
à plus faible que nous ; l’amour dans notre coeur
reçoit des loix de la pudeur ;
malgré la faveur où nous sommes,
les honneurs n’ont jamais altéré nos vertus :
quelles preuves faut-il de plus ?

 

Jean-Pierre Claris de FLORIAN (1755-1794).

 

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31 décembre, 2011

Noël en Forêt, André THEURIET (Conte)

Classé dans : — unpeudetao @ 5:53

 

CETTE année-là, il avait fait, la veille de Noël, un froid noir pendant toute la journée, et le village semblait comme engourdi. Les maisons étaient hermétiquement closes, et closes aussi les étables où le bétail ruminait sourdement. De loin en loin, dans la rue déserte, des claquements de sabots résonnaient sur la terre durcie, puis une porte ouverte se refermait en hâte et tout rentrait dans le silence. À voir au-dessus de chaque toit les cheminées fumer abondamment dans l’air gris, on devinait que la population entière demeurait blottie autour de l’âtre clairant, où la ménagère préparait les grillades du réveillon.
Les grèves au feu, le dos arrondi, la mine épanouie par la perspective de la fête du lendemain et l’avant-goût des boudins gras et juteux, les paysans
faisaient la nique au vent du nord qui balayait la route, au givre qui saupoudrait les ramures de la forêt voisine et à la gelée qui vitrifiait les ruisseaux et la rivière. – Imitant cet exemple, l’ami Tristan et moi, nous avions passé, dans la vieille maison de l’Abbatiale, toute notre journée au coin du feu, à fumer des pipes et à lire des vers. Pourtant, à la tombée du jour, fatigués de notre réclusion, nous nous décidâmes à mettre le nez dehors.

 

- Les bois doivent être curieux par ce givre, dis-je à Tristan ; j’ai un renseignement à demander aux sabotiers du Courroy, et, si tu veux, nous ferons un tour en forêt avant le souper..

 

L’instant d’après, guêtrés jusqu’aux genoux, bien emmitouflés dans nos pelisses et ayant rallumé nos pipes, nous nous enfoncions sous la futaie.

 

Nous cheminions allègrement sur le sol gelé et raboteux de la tranchée sillonnée de profondes ornières glacées. À droite et à gauche, les taillis étalaient de mystérieuses et confuses blancheurs. Le vent de bise, survenant après une nuit humide, avait métamorphosé les bruines et les vapeurs qui humectaient les branches en un fouillis de neigeuses dentelles. Dans le demi-jour crépusculaire nous distinguions encore les aiguilles diamantées des genévriers, les houppes poudrées à frimas des clématites, les cristallisations bleuâtres des fines retombées des hêtres et les filigranes d’argent des noisetiers. Dans toutes ces ramures givreuses, il y avait de sourds craquements et, par intervalles, des envolées d’impalpables poussières blanches qui venaient mouiller nos joues en s’y fondant.

 

Comme nous marchions d’un bon pas, au bout d’une heure, nous aperçûmes, à travers les fûts sveltes de la hêtraie d’Amorey, les lueurs rouges et dansantes du campement des sabotiers, établi au revers de la futaie, au-dessus d’une source qui descendait vers la combe de Santenoge. L’installation consistait en une spacieuse hutte conique, aux revêtements de terre, et en une loge aux parois de planches soigneusement calfeutrées de mousse. La hutte servait de dortoir et de cuisine ; la loge hébergeait les outils, les sabots confectionnés, et en outre deux ânes employés au transport de la marchandise. Les sabotiers – maîtres, compagnons et enfants – étaient assis sur des billes de hêtre autour du feu allumé devant le seuil de la hutte, et leurs mouvantes silhouettes se profilaient énergiquement en noir sur la rougeur du foyer. – Suspendue à trois pieux unis en faisceaux, une marmite bouillait sur la braise, laissant échapper avec des jets de vapeur une appétissante odeur de civet de lièvre.

 

Le maître, un petit homme guilleret, nerveux et poilu, nous accueillit avec sa bonne humeur ordinaire :
- Asseyez-vous et chauffez-vous un m’chot (un peu), nous dit-il ; vous nous voyez en train d’apprêter notre souper du réveillon. J’ai en idée que nous ne dormirons pas trop c’te nuit, car la bourgeoise est en mal d’enfant. Je lui ai dressé un lit dans la loge, où elle sera plus à l’aise et au chaud, à cause du voisinage de nos bêtes. Mon aîné est allé à Santenoge quérir la bonne femme (la sage-femme) ; ça presse.. ; ma cadette ne fait qu’aller et venir de la hutte à la loge, et il y aura du nouveau c’te nuit pour sûr..

 

Nous étions à peine assis près du feu depuis cinq minutes, que de légers flocons de neige commencèrent à tourbillonner dans l’air ; puis cela s’épaissit insensiblement et, en moins d’un quart d’heure, cela tomba si dru, qu’on fut obligé d’abriter le foyer sous une claie recouverte de sacs de grosse toile.

 

- Ma fine ! messieurs, reprit le maître sabotier, vous ne pouvez pas rentrer chez vous par cette méchante neige-là !.. Vous allez être forcés de réveillonner avec nous et de goûter de notre fricot !..

 

Le temps, en effet, n’était pas engageant, et nous acceptâmes l’invitation. D’ailleurs, l’aventure nous semblait amusante, et ce réveillon en plein bois n’était pas pour nous déplaire. Une heure après, nous étions attablés dans la hutte, aux lueurs d’un maigre lumignon, et nous dévorions de bon appétit le civet de lièvre, en l’arrosant d’une piquette qui nous raclait un tantinet le gosier. La neige tombait de plus en plus serrée, épandant sur la forêt de blanches jonchées qui assoupissaient tous les bruits à l’entour. De temps en temps, le sabotier se rendait à la loge, puis revenait inquiet, tendant l’oreille et impatient de voir arriver la sage-femme. Tout à coup, du fond de la combe, montèrent doucement des tintements de cloche, assourdis par la neige ; dans une direction opposée, une seconde sonnerie répondit à la première, puis une troisième, et bientôt, de tous côtés, par-dessus les bois, s’envolèrent de confus carillons de Noël.

 

Tout en mastiquant et en buvant à la régalade, les compagnons s’évertuaient à reconnaître la provenance de chaque sonnerie, d’après l’ampleur ou la ténuité des sons.
- Ça, disait l’un, ce sont les cloches de Vivey ; elles ne font quasiment pas plus de bruit que les sonnailles de nos baudets.
- Ah ! voici le bourdon d’Auberive !..
- Oui, et cette volée là-bas qui ressemble à un ronronnement de hanneton, c’est le carillon de Grancey..

 

Tristan et moi, pendant cette discussion, nous subissions l’action combinée de la chaleur du brasier et du travail de la digestion. Nos yeux papillotaient, et nous finîmes par nous endormir sur les lits de mousse de la hutte, aux sons berceurs de toutes ces cloches de Noël.

 

Un cri perçant et une rumeur de voix joyeuses nous réveillèrent en sursaut, et nous nous frottâmes les yeux.

 

La neige avait cessé, la nuit commençait à pâlir, et, à travers la baie de la hutte, nous distinguions au-dessus des branches floconneuses un ciel plus clair où tremblotait une dernière étoile.

 

- C’est un garçon ! s’exclamait le maître sabotier. Messieurs, si vous voulez venir voir le gachenet, ça me fera plaisir et ça lui portera chance !

 

Nous le suivîmes à travers la neige craquante jusqu’à la loge, qu’éclairait une lampe fumeuse. Sur son lit de lattes et de mousses, parmi les couvertures de laine, l’accouchée, épuisée du travail de l’enfantement, renversait sa tête pâle, encadrée dans un foisonnement d’épaisse chevelure rousse. La bonne femme, aidée de la sœur cadette, était en train d’arranger le marmot, qui vagissait faiblement. Les deux ânes, ébaubis de ce remue-ménage, tournaient bienveillamment leur tête grise vers le lit, secouaient leurs longues oreilles, ouvraient tout grands leurs yeux intelligents et envoyaient par leurs naseaux une haleine chaude qui se changeait incontinent en buée. Au chevet, un berger, ami du fils aîné, s’était agenouillé et montrait à l’accouchée une chèvre blanche et noire, accompagnée de son chevreau :

 

- Je vous ai amené notre gaille, mame Fleuriot, disait-il avec son traînant accent langrois ; elle servira de nourrice au gachenet, en attendant que vous sachiez si vous avez assez de lait.
La chèvre bêlait, l’enfant vagissait, les deux ânes reniflaient bruyamment. Tout cet ensemble avait je ne sais quoi de primitif et de biblique qui vous prenait doucement le cœur. Et au dehors, dans la clarté lilas du jour naissant, tandis qu’au loin une cloche matineuse égrenait déjà sa sonnerie argentine, l’un des jeunes apprentis, dansant sur la neige pour se dégourdir, répétait à tue-tête ce fragment d’un vieux noël qu’il accommodait à la circonstance :

 

            Il est né, le petit enfant,
            Sonnez, hautbois, résonnez, musettes !
            Il est né, le petit enfant,
            Chantons tous son avènement !

 

André THEURIET (1833-1907).

 

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Les sabots d’or, Monique VALOIS (Conte)

Classé dans : — unpeudetao @ 5:43

 

C’était l’hiver 1749. Aux Forges, tout marchait avec entrain. Le fer se trouvait en grande abondance. Autour de cette activité, un groupe de gens honnêtes et naïfs s’y étaient établis et puisaient là leur bonheur et leur subsistance. Qui n’aurait pas aimé ce pays mauricien avec sa rivière merveilleuse, ses forêts peuplées de mystères et de légendes ?

 

Non loin d’un moulin, se dressait une maison blanchie à la chaux ; la plus coquette du village. C’était la demeure de Jean-Baptiste Poulin, directeur des Forges. Ce bonhomme avait des qualités de maître, sachant encourager ses hommes aussi bien que les amuser. Sa bonne vieille figure brunie par le soleil, éclairée par un sourire amical, était pour ainsi dire le flambeau des Forges. Poulin possédait de plus un grand trésor… une fille de dix-huit ans, belle comme le jour, bonne comme la vie. Des cheveux plus blonds que les fleurs de châtaigniers au mois de mai, des joues rouges comme des grenades, une peau de velours, des yeux frangés de longs cils reflétaient le bleu de mer à l’horizon. Les vieux du village la considéraient comme une sorte de déesse. Plusieurs disaient : « Ha ! la fille à Baptiste, qui l’aura donc comme épouse ? » Il va sans dire que tout le monde l’aimait et que les jeunes garçons se disputaient sa main.

 

Un jour d’hiver, Poulin déclara entre deux parties de cartes : « Je choisis le “marieux” de ma fille. Celui qui, à Noël, lui apportera les plus beaux sabots aura sa main et nous ferons les épousailles en mai. » Cette réflexion frappa deux cœurs rivaux : François Beauchemin et Cressé Brunet.

 

François, âgé de vingt ans, simple ouvrier et orphelin depuis sa tendre enfance, aimait Rosine de tout cœur. Cressé, lui, n’éprouvait aucun amour envers la fille de Poulin ; mais par jalousie et vengeance, il s’était promis de conquérir sa main.

 

Les jours passèrent.. la nuit de Noël arriva. Cette nuit divine que dix-huit siècles avaient célébrée avec un cœur d’enfant, apportait de nouveau la joie aux gens des Forges.

 

La neige, la belle neige blanche avait coiffé d’un bonnet blanc tous les monts mauriciens. La rivière St-Maurice, comme surprise dans sa course, restait là, gelée et immobile. À toutes les demeures, les fenêtres s’animaient, petits yeux d’or dans la sérénité de cette nuit de Noël, cette nuit qui revenait avec son espérance nouvelle..

 

François Beauchemin, ce soir-là, en avait besoin d’espérance. Une angoisse étreignait son cœur ; cependant il sifflotait des cantiques de Noël. Était-ce pour cacher son chagrin ? Polissant ici les talons, piquant des clous menus, arrondissant le gros bec des sabots de bois, il oubliait toute notion du temps. Quelquefois, relevant la tête, il regardait une vieille crèche installée dans un coin de son atelier et laissait échapper une prière : « Jésus, donnez-moi Rosine ; faites que mes pauvres sabots soient les plus jolis. »

 

Soudain, quelqu’un frappa à sa porte. François tressaillit. « Entrez ! » – Un vieillard ridé et courbé apparut dans le cadre de la porte. Ses gros yeux noirs exprimaient quelque chose d’implorant. Sa bouche qui essayait de sourire provoquait à sa figure mille et mille petites rides.
- Joyeux Noël, mon garçon, puis-je entrer dans ta demeure ?
- Oui, sois le bienvenu, ma maison est ouverte à ceux qui souffrent.

 

Le vieillard prit place près du foyer d’où s’échappait une chaleur bienfaisante.
- Pour qui ces sabots de bois ? Ne pourrais-tu pas me les donner ; regarde les miens, ils ont de mauvaises semelles, je ne pourrai pas me rendre au bout de mon chemin avec de telles galoches.

 

En entendant ces mots, François avait pâli. Devait-il donner les sabots ou refuser l’aumône ; car son espérance de conquérir Rosine s’évanouissait en faisant cette charité. Ses yeux fixèrent encore l’Enfant-Dieu de la crèche.
- Tiens, vieillard, les voici, j’en fais le sacrifice.
- Tu as une âme généreuse, mon fils ; mais prends ces vieilles semelles en échange. Rosine les préférera aux plus riches, je te le promets. Tu sais, ces sabots ont vu Bethléem.

 

À ces mots, le mendiant avait disparu dans un nuage. François rêvait-il ? Non, car les vieux sabots étaient bien devant lui. Alors, qui donc était cet homme à barbe blanche qui savait tant de choses, cet homme prometteur de miracle ? Le jeune homme se leva donc, prit les pauvres souliers et se dirigea vers l’église pour la messe de minuit.

 

Pendant ce temps, que faisait Cressé ? Gobelet au poing, les yeux écarquillés, le nez enluminé d’un rouge vif qui semblait jeter des étincelles comme un fer sortant de la forge, Cressé, dans son gîte solitaire, ruminait son plan.
- Maudit quêteux.. Il voulait que je lui donne mes sabots ; j’ai plus confiance au diable qu’à ce vieux qui a la berlue, c’est certain !… ses sabots ont vu l’Enfant de Bethléem ! Ha ! Ha ! Le diable aurait été devant moi et je l’aurais préféré. Au moins, lui, il aurait pu me venir en aide au sujet de Rosine.

 

Il était bien facile d’appeler Satan, car la fameuse côte des Forges dénommée « la vente au diable » était son repaire. C’est là que le démon arrêtait les voitures, qu’il se faisait la barbe en plein hiver en fixant un petit miroir sur un pin, et qu’il jouait des tours malins aux gens des Forges.

 

À peine Cressé avait-il dit que le diable pouvait l’aider, qu’un coup épouvantable ébranla sa porte. Satan en personne était devant lui.
- Tu as besoin de moi, me voici !
- Donne-moi deux sabots d’or afin d’avoir Rosine dès ce soir.
- À condition que tu me livres ton âme en retour.

 

Marché conclu, le diable disparut avec un bruit de chaînes. Cressé, moitié ivre et mort de peur, tomba sur sa paillasse et s’endormit.

 

À la vieille chapelle, minuit sonnait. Les occupants du village se hâtaient pour la belle cérémonie. La nuit s’était faite plus belle avec un ciel où naissaient les étoiles pareilles aux pâquerettes sur les coteaux mauriciens. Une lune ronde jouant à travers les nuages, jaunissait de ses rayons la neige fraîchement tombée. Les carrioles chargées de gais promeneurs découpaient sur le sol blanc leurs silhouettes fantastiques.

 

Dans la vieille église des Forges, l’autel ruisselait de lumières, le petit Jésus qui fait rêver les anges et les hommes, souriait entre Marie et Joseph.
Le vieux chantre, Pierre Beaupré, entonnait d’une voix grave les cantiques émouvants : Minuit, chrétiens ; Il est né le Divin Enfant.

 

Dans un coin retiré, tout près de la crèche, François priait avec une ferveur qu’il n’avait jamais connue, les deux vieux sabots serrés contre son cœur.
La messe était finie ; alors les chevaux garnis de pompons rouges aux oreillères s’en allaient trottant vers la maison de Poulin. Le réveillon chez ce bonhomme n’avait rien de banal. De plus, cette année-là, Jean-Baptiste choisissait le « marieux » de sa belle Rosine. C’est dire que rien n’y manquait. Au milieu du salon, un sapin arraché aux flancs des collines mauriciennes dressait son tronc robuste et droit. Ses hautes branches alourdies de jouets, d’angelots roses aux cheveux d’or, scintillaient à la lumière d’une multitude de bougies. Les rires fusaient de tous côtés et les taquineries allaient bon train.
« Hein ! la Rosine, qui désires-tu pour ton mari ? » – « Rosine, as-tu hâte de connaître ton époux ? » – « Pour Rosine, il faudrait des sabots d’or », s’écria Marchand.

 

Le repas était commencé quand tout-à-coup, comme un ouragan, Cressé rebondit dans la salle. Il alla tout droit à Rosine et dit :
- Tiens, prends ces sabots, tu m’appartiens maintenant.

 

Tous les assistants félicitaient Cressé de sa trouvaille.
- Je savais bien qu’il fallait des souliers comme ceux-là pour Rosine, cria de nouveau Marchand.

 

Mais à peine la jeune fille eût-elle mis son pied dans l’une des galoches dorées que celles-ci se changèrent en charbons brûlants.
- Sabots damnés, rageait Cressé, c’est bien lui, le quêteux, qui m’a jeté un sort.

 

Saisissant les deux charbons, il les lança dans le ruisseau près des moulins. Et c’est depuis cette nuit que l’eau à cet endroit ne gèle plus durant l’hiver ; parce qu’au fond, deux sabots du diable brûlent continuellement.

 

Le méchant Cressé était parti comme le vent, courant, courant toujours. On ne le revit plus au village. Un bûcheron qui se trouvait en haut du lac Mékinac vit, un soir, une ombre humaine roulée comme une poche au fond d’un grand trou creusé dans le roc appelé le « Chemin du diable ». Voici comment était mort Cressé Brunet, l’homme qui pour deux sabots d’or avait vendu son âme à Satan une nuit de Noël.

 

Dans la maison de Poulin, la vue de spectacle avait ébranlé tout le monde, surtout la douce Rosine qui, soutenue par son père, était pâle et tremblante. Cependant ses yeux cherchaient quelqu’un..

 

François crut comprendre. S’approchant doucement, il lui baisa la main.
- Rosine, je t’apporte ceux-ci, les veux-tu ?

 

La jeune fille resta stupéfaite devant de si vieilles galouches. Mais pour ne pas le contrarier, elle les accepta et les mit. Sitôt qu’elle eut fait un pas, ces dernières se métamorphosèrent en splendides sabots d’or. On aurait dit des morceaux de soleil tant ils brillaient. La musique donna les premiers accords et, dans un tourbillon de danse, Rosine Poulin disparut aux bras de François Beauchemin.

 

Jamais histoire ne fit plus de bruit au village des Forges. Tout le monde grava bien dans sa mémoire le souvenir du fameux réveillon du Noël 1749.

 

Les épousailles se firent en mai comme l’avait promis Jean-Baptiste Poulin. Sa fille était ravissante sous ses longs voiles blancs et ses yeux reflétaient l’amour qu’elle éprouvait pour François. Ses pieds chaussés des sabots d’or étaient si fins qu’une princesse les eût enviés. Partout où Rosine foulait le sol de ses pieds, des fleurs en forme de cloches roses et blanches poussaient et embaumaient les coteaux mauriciens. C’est pour cela qu’aujourd’hui, dès la fonte des neiges, nous pouvons cueillir la fleur de mai.

 

Les Forges ont disparu. Les époux Beauchemin sont morts. Mais le souvenir de leur amour s’est immortalisé dans cette fleur délicate.

 

Ainsi s’achève l’histoire merveilleuse des « sabots d’or » qui permirent à François de conquérir la main de la belle Rosine.

 

Monique VALOIS (XXe siècle), écrivaine québécoise.

 

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4 décembre, 2011

Conte arabe, Jean GRANGE

Classé dans : — unpeudetao @ 14:21

Le calife Ahmed-ben-Djerid étant tombé dans une maladie de langueur qui lui permettait à peine de quitter ses appartements, un peu pour le distraire, et beaucoup pour remplir leurs bourses, ses ministres l’engagèrent à exiger de tous les juifs établis dans ses États, un cadeau digne du successeur du Prophète.
Ils connaissaient la générosité d’Ahmed, et comptaient bien avoir leur part du gâteau.

 

Comme il y avait près d’un million de juifs dans les États du calife, il ne fallait pas songer à les faire venir tous à Bagdad déposer leur offrande. Il fut donc décidé que chaque centre de population important nommerait un délégué chargé de porter au pied du trône les présents de ses coreligionnaires.

 

On ne pouvait introduire dans les appartements royaux que les objets d’une grande valeur sous un petit volume, tels que les perles, les rubis, les diamants, l’or, les parfums, les essences. Quant aux cadeaux encombrants, comme les éléphants, les autruches, les chevaux, les chameaux, les bœufs, les moutons, le froment, les épices, les étoffes, les tapis, les meubles, etc., ils devaient être étiquetés et rangés en bon ordre dans les cours, les salles, les greniers, les écuries composant les vastes dépendances du palais.

 

Inutile de dire, tant cela va de soi, que le cadeau devait être proportionné d’une part à la dignité de celui qui voulait bien l’accepter, et de l’autre à la fortune de celui qui le faisait. On se serait exposé à la prison, à la bastonnade et même au pal, si on avait traité l’ombre de Dieu sur la terre comme un pacha à trois queues, ou même un grand vizir.

 

Alors vivait à Smyrne un rabbin nommé Iakoub, sage entre les sages. Les livres hébreux, aussi bien que les livres des gentils, n’avaient pas de secrets pour lui. Comme Salomon, il pouvait discourir de tout depuis le moucheron jusqu’à l’éléphant, depuis l’hysope jusqu’au cèdre, deviner les énigmes les plus obscures et expliquer les plus difficiles paraboles.

 

Tel était le personnage que les juifs de Smyrne allèrent trouver pour lui demander conseil.

 

Que devaient-ils donner au calife ?

 

Ils hésitaient entre quatre chevaux arabes descendus, leur généalogie en faisait foi, des coursiers qui eurent l’honneur de porter le Prophète, et une émeraude superbe estimée quarante mille livres de monnaie franque.

 

– Mes amis, dit Iakoub, si vous voulez m’en croire, vous garderez vos quatre chevaux et votre émeraude.

 

– Ce serait notre plus cher désir, répondirent les juifs de Smyrne ; mais nous n’avons pas envie d’être emprisonnés, ou bâtonnés, ou empalés.

 

– Je comprends cela ; tranquillisez-vous : je me charge de contenter le calife, sans bourse délier.

 

– Sans bourse délier ! s’écria un jeune homme nommé Ioussef.

 

– Oui, car le cadeau que j’offrirai au nom des juifs de la ville de Smyrne, ne coûtera pas dix livres franques.

 

– Prenez garde, Iakoub ! dit Ioussef. Il ne faut pas jouer avec le lion.

 

– Ni donner un avis à plus sage que soi. Allez tous en paix, et que la colère du calife retombe sur sa seule tête ; car je prends la responsabilité de ce que je vais faire.

 

Au jour fixé pour la réception des cadeaux, les juifs se rendirent aux portes du palais. Ils étaient au nombre de cent cinquante, représentant chacun un centre important de population. Richement vêtus, ils se montraient graves et recueillis, ainsi qu’il sied à des misérables qui vont être admis à contempler l’ombre de Dieu sur la terre. Le calife leur donna audience, assis sur une pile de coussins de soie qui lui servaient de trône. Ses ministres l’entouraient.
Ahmed-ben-Djerid, qui s’ennuyait à mort d’ordinaire, s’amusa beaucoup à regarder ces cinquante juifs avec leur costume ridicule, leurs manières bizarres, et leurs visages suant la peur de la bastonnade ou du pal. Il n’était pas non plus insensible aux présents déposés à ses pieds royaux.

 

Les ministres ne s’amusaient pas : ils observaient, comptaient, comparaient la valeur du don à la fortune du donateur. Le défilé dura deux jours. Vers le milieu du second jour, cent trente délégués n’avaient pas encore eu leur audience. Soit que l’ennui commençât à s’emparer du calife et de ses ministres ; soit que les cadeaux fussent d’un prix inférieur, calife et ministres se montraient nerveux et agacés. Vingt cadeaux successifs furent jugés trop minces et refusés. Avis fut donné à ceux qui les avaient apportés d’avoir à les remplacer immédiatement par des dons plus convenables, s’ils ne voulaient être empalés vifs.

 

La terreur était parmi les juifs. Nul ne s’approchait plus qu’en tremblant de ce trône redoutable. Lorsque le tour de Iakoub fut venu, il se prosterna et dit :

 

– Ombre du Très-Haut, je t’apporte tout ce qu’il y a de plus précieux en ce monde.

 

Tout en parlant il ouvrit une cassette de bois de cèdre, et en retirait un livre imprimé sur vélin. C’était un exemplaire du Coran.

 

Les ministres étaient furieux.

 

Ce rabbin se moquait-il d’eux ? Est-ce que ce livre qui ne valait pas dix livres de monnaie franque était digne du calife, de ses ministres, de l’opulente communauté juive de Smyrne !

 

Cependant le calife paraissait plus étonné que courroucé. Au lieu de faire un léger signe de tête pour accepter ou refuser le cadeau, ainsi qu’il en avait usé jusque-là, il daigna ouvrir la bouche et laisser tomber cette phrase, une des plus longues qu’il ait prononcées pendant tout le cours de son règne

 

– Tu as raison, juif ; le Coran est ce qu’il y a de plus précieux en ce monde.

 

Un an plus tard, le calife s’ennuyant toujours, et ses ministres ayant besoin d’argent, un décret parut obligeant de nouveau les juifs à aller porter leurs hommages et leurs présents aux pieds du calife.

 

Les juifs de Smyrne s’étaient trop bien trouvés de leur mandataire pour ne pas lui renouveler son mandat.

 

Il accepta sans se faire prier.

 

– Vous en serez quitte, leur dit-il, à meilleur marché que l’année dernière. Je compte avec la dépense d’une livre franque satisfaire le calife, et même ses insatiables ministres.

 

Arrivé à Bagdad et admis devant le successeur du Prophète, Iakoub ne se troubla pas plus que l’année précédente.

 

Il y avait pourtant de quoi se troubler. Il était trop sagace pour ne pas remarquer que le calife et ses ministres l’observaient particulièrement, et s’occupaient plus de lui que de tout le reste de la députation.

 

Malheur au délégué des juifs de Smyrne, s’il ne faisait pas cette fois un cadeau d’un prix exceptionnel !

 

Iakoub, après les révérences d’usage, tira d’un petit coffret de bois d’ébène une éponge bien ordinaire qu’il présenta au calife en disant :

 

– Je vous offre un objet bien précieux : cette éponge, qui a recueilli les larmes et les sueurs de plusieurs milliers de Musulmans.

 

Les ministres firent des efforts héroïques pour ne pas éclater en injures, en menaces et même en voies de fait.

 

Évidemment ce misérable juif se moquait d’eux et de leur maître.

 

Moins orgueilleux, moins cupide, plus intelligent que ses ministres, le calife dit après un instant de réflexion :

 

– Qu’on place cette éponge à côté du livre sacré que Iakoub me donna l’année dernière. Les larmes et les sueurs des vrais croyants sont en effet, après les paroles du Prophète, ce qu’il y a de plus précieux en ce monde.

 

Jean GRANGE (XIX siècle).

 

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3 décembre, 2011

Le brahme voyageur (Conte oriental)

Classé dans : — unpeudetao @ 14:15

Sur les bords d’une petite rivière tributaire du Gange vivait un brahme, dont la vie s’écoulait si doucement qu’il avait coutume de la comparer lui-même au cours paisible que suivaient ses regards pendant des heures entières. « Que peut désirer un homme, disait Nara-Mouny, quand sa. cabane est ombragée de palmiers, qu’il a une eau pure pour ses ablutions, des fruits pour sa nourriture, qu’il peut méditer à loisir les sages leçons des Védas, et se réjouir le soir en lisant les fables antiques de Sarma ? – Il y a quelque chose de mieux à faire que de méditer solitaire sur le bord d’un fleuve, lui dit un jour un vieux brahme son voisin ; il y a une instruction plus solide que celle des livres, c’est celle que donnent tous les hommes réunis. Tous les hommes sont frères, comme je vous l’ai souvent répété, et ils ont en commun un répertoire inépuisable de sagesse que les siècles disent aux siècles, et que les hommes doivent redire sans cesse aux hommes. Plût à Dieu que mes jambes ne fussent pas brisées par l’âge, et que ma mémoire ne fût pas aussi incertaine, j’irais demander aux peuples la sagesse de tous les hommes ! Ce doit être la grande voix de Dieu sur la terre, et, j’imagine, quelquefois le plus sûr moyen de connaître ce qu’il a voulu enseigner ; car jamais il ne nous trompe. Vous êtes jeune, vous parlez les langues de l’Occident ; votre esprit est formé, votre coeur est sain. Allez-vous-en interroger vos frères de l’univers ; demandez-leur à chacun un mot du grand discours qui les convie à s’aimer entre eux, et vous viendrez le réciter sur ma tombe ; je l’entendrai dans le ciel. »

 

Nara-Mouny fut frappé de ces paroles du vieux brahme. Le soir, dans sa maison de bambou, il lui prit fantaisie de jeter les yeux sur un livre européen, traduit en bengali, que lui avait donné un officier anglais, et il y trouva cette phrase : « Ne faites pas à autrui ce que vous ne voudriez pas qui vous fût fait. »

 

Nara-Mouny s’abandonna à des réflexions profondes. Jamais il n’avait été frappé par une sentence si belle dans les livres qu’il avait lus. Il se dit que le vieillard avait sans doute raison, et que la sagesse était chez tous les hommes.

 

Trois jours après il avait résolu de voyager. Il alla prendre congé de Darma-Vaty, et il lui récita la pensée du livre européen. Le vieillard tomba à son tour durant quelque temps dans une sérieuse rêverie, ensuite il dit : « Fils d’Aoudh, si an bout de trois ans, et après avoir parcouru la terre, vous pouvez tirer de votre trésor de sagesse une maxime plus belle que celle que le viens d’entendre, fils d’Aoudh, j’ai aussi un trésor, et ce trésor vous appartiendra.
Je l’ai refusé aux rajas, et je le donnerai à celui qui n’aura pour toute richesse qu’un mot, mais le mot divin que Dieu a dit à la terre. » En achevant ces paroles, le vieux brahme frappa dans ses mains, et une jeune fille parut tenant la boîte d’argent remplie de bétel qu’on offre à l’étranger ; sa contenance était si noble qu’on y lisait toutes les vertus simples qui doivent animer le coeur de la femme, et dans la douce sollicitude de son regard on pouvait deviner ce trésor de tendresse qui se dévoue d’abord à un père, puis qui se répand sur une épouse, et qui s’épanche, plus tard en une divine rosée d’amour maternel, source intarissable de dévouement.

 

Cette promesse remplit d’espérance Nara-Mouny. Il partit, et d’abord il se rendit à Calcutta en descendant le Gange ; là il commença à recueillir, sur un livre qu’il avait emporté avec lui, et qu’il appelait le livre de la sagesse, toutes les maximes, tous les proverbes qu’il pouvait saisir dans les conversations.
Il s’embarqua ensuite sur un navire de la Compagnie des Indes qui faisait voile pour Macao ; de cette ville il se dirigea vers Canton. De la Chine il revint vers l’Occident, et il parcourut ainsi successivement tous les pays de la terre, inscrivant partout les meilleures pensées des peuples.

 

Les trois années expirées, il arriva à l’embouchure de la rivière qui conduisait à l’habitation de Darma-Vaty. Il aperçut les cocotiers du vieux brahme.
Le soleil était à son déclin, le jour était beau, mais il allait finir. Il y avait quelque chose de doux et de triste dans ce repos. Il sentit qu’il fallait se hâter. Bientôt il entra dans la maison du vieux brahme ; mais, hélas ! le spectacle qui frappa ses regards était imposant et triste, comme le soir de ce jour qu’il avait vu si beau. Le vieillard n’avait plus de force que par son âme, et cependant il y avait encore de la joie dans son regard et de la reconnaissance pour Dieu dans sa voix ; il semblait unir ces deux sentiments en contemplant Parvaty qui l’entourait de ses soins. Une expression plus vive de satisfaction brilla encore dans ses yeux quand il vit entrer Nara-Mouny.

 

« Mon père ! dit le jeune brahme après l’avoir embrassé en pleurant et après lui avoir demandé la bénédiction du retour, mon père ! la plus belle maxime que j’aie rencontrée, c’est celle que vous pratiquez depuis de longs jours ; c’est celle qui vous donne ce repos ; c’est celle qui vous fait oublier la douleur ! Oh ! vous la trouverez assez belle pour me donner Parvaty ! » Le jeune brahme ouvrit alors son livre, et le vieillard put y lire :

 

« Fais à autrui ce que tu voudrais qu’on te fît. »

 

Darma dit doucement au jeune homme : « Je la connaissais ; mais je voulais te la voir découvrir et t’apprendre à la pratiquer. Va, ma fille est à toi, et ton plus grand trésor de sagesse c’est celui de tes actions. Tu as compris ce que le monde t’a enseigné. »

 

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12 mai, 2011

Cheval dans une île, conte de Jacques Prévert

Classé dans : — unpeudetao @ 12:53

Celui-là c’est le cheval qui vit tout seul quelque part très loin dans une île.

 

Il mange un peu d’herbe ; derrière lui, il y a un bateau, est le bateau sur lequel le cheval est venu, c’est le bateau sur lequel il va repartir.

 

Ce n’est pas un cheval solitaire, il aime beaucoup la compagnie des autres chevaux, tout seul, il s’ennuie, il voudrait faire quelque chose être utile aux autres. Il continue à manger de l’herbe et, pendant qu’il mange, il pense à son grand projet. Son grand projet c’est de retourner chez les chevaux pour leur dire :

 

“Il faut que cela change” et les chevaux demanderont:

 

“Qu’est-ce qui doit changer?” et lui, il répondra:

 

“C’est notre vie qui doit changer, elle est trop misérable, nous sommes trop malheureux, cela ne peut pas durer.”

 

Mais les plus gros chevaux, les mieux nourris, ceux qui traînent les corbillards des grands de ce monde, les carrosses des rois et qui portent sur la tête un grand chapeau de paille de ri voudront l’empêcher de parler et lui diront :
“De quoi te plains-tu, cheval, n’es-tu pas la plus noble conquête de l’homme ?”

 

Et ils se moqueront de lui.

 

Alors tous les autres chevaux, les pauvres traîneurs de camion n’oseront pas donner leur avis.

 

Mais lui, le cheval qui réfléchit dans l’île, il élèvera la voix :

 

“S’il est vrai que je suis la plus noble conquête de l’homme, je ne veux pas être en reste avec lui.

“L’homme nous a comblés de cadeaux mais l’homme a été trop généreux avec nous, l’homme nous a donné le fouet, l’homme nous a donné la cravache, les éperons, les oeillères, les brancards, il nous a mis du fer dans la bouche et du fer sous les pieds, c’était froid, mais il nous a marques au fer rouge pour nous réchauffer…

 

“,Pour moi, c’est fini, il peut reprendre ses bijoux, qu’en pensez-vous ?

 

Et pourquoi a-t-il écrit sérieusement et en grosses lettres sur les murs… sur les murs de ses écuries, sur les murs de ses casernes de cavalerie, sur les murs de ses abattoirs, de ses hippodromes et de ses boucheries hippophagiques* :
Soyez bons pour les Animaux avouez tout de même que c’est se moquer du monde des chevaux !”
Alors, tous les autres pauvres chevaux commenceront a comprendre et tous ensemble ils s’en iront trouver les hommes et ils leur parleront très fort.

 

Les chevaux :

 

“Messieurs nous voulons bien traîner vos voitures vos charrues, faire vos courses et tout le travail, mais reconnaissons que c’est un service que nous vous rendons, il faut nous en rendre aussi; souvent, vous nous mangez quand nous sommes morts, il n’y a rien à dire là-dessus, si vous aimez ça c est comme pour le petit déjeuner du matin, il y en a qui prennent de l’avoine au café au lit, d’autres de l’avoine au chocolat, chacun ses goûts, mais souvent aussi, vous nous frappez, cela, ne doit plus se reproduire ça

 

“De plus, nous voulons de l’avoine tous les jours; de l’eau fraîche tous les jours et puis des vacances et qu’on nous respecte, nous sommes des chevaux, on n est pas des boeufs.

 

” Premier qui nous tape dessus on le mord.

 

” Deuxième qui nous tape dessus on le tue, voilà. “

 

Et les hommes comprendront qu’ils ont été un peu fort, ils deviendront plus raisonnables.

 

Il rit le cheval en pensant à toutes les choses qui arriveront sûrement un jour.

 

Il a envie de chanter, mais il est tout seul, et il n’aime que chanter en choeur, alors il crie tout de même :

 

“Vive la liberté!”

 

Dans d’autres îles, d’autres chevaux l’entendent et ils crient à leur tour de toutes leurs forces :

 

“Vive la liberté!”

 

Tous les hommes des îles et ceux du continent entendent des cris et se demandent ce que c’est, puis ils se rassurent et disent en haussant les épaules :

 

“Ce n’est rien,
C’est des chevaux.”

 

Mais ils ne se doutent pas de ce que les chevaux leur préparent.

 

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