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10 mai, 2012

L’invité (Conte soufi)

Classé dans : — unpeudetao @ 12:26

 

      Un homme reçut un jour une visite inopinée. Il embrassa son invité avec ferveur. Il dressa la table et lui offrit une hospitalité sans défaut. Or, il y avait ce soir même une fête de mariage chez le voisin et l’homme dit à sa femme :
      « Étends deux litières. Mets la mienne du côté de la porte et celle de mon invité de l’autre côté.
      – O lumière de mes yeux ! répondit la femme. J’accomplirai avec joie ce que tu me demandes ! »
      Elle prépara donc deux lits puis se rendit chez le voisin pour participer à la fête de mariage. L’homme et son invité passèrent la soirée à goûter des fruits et à se raconter les histoires étranges qui leur étaient arrivées au cours de leur existence.
      Quand il se fit tard, l’invité, pris par le sommeil, se dirigea vers le lit situé près de la porte et le maître de maison n’osa pas lui indiquer la place qu’il lui avait assignée.
      De retour de la fête, la femme se déshabilla et se coucha dans le lit de l’invité. Le prenant pour son mari, elle l’embrassa en lui disant :
      « O sage ! Mes craintes se sont réalisées. Dehors, il tombe une pluie torrentielle et ceci va retarder le départ de notre invité. Il va rester, collé à nous comme un savon ! En effet, comment pourrait-il partir par une pluie pareille ? Ah ! sois-en sûr ! Il va rester et être comme une entrave pour nos deux âmes ! »
      À ces mots, l’invité se leva comme une flèche de son lit et réclama ses chaussures en disant :
      « Je ne crains ni la boue ni la pluie. Me voici sur le départ. Bien le bonsoir ! L’âme qui voyage ne devrait pas s’accorder le moindre instant de repos ou de distraction. Celui qui n’est que de passage doit s’en retourner au plus vite chez lui. »
      La femme tenta de lui faire croire qu’il ne s’agissait là que d’un jeu mais, même ses larmes ne parvinrent pas à fléchir l’invité et elle et son mari se mirent à se lamenter après le départ de leur hôte.
      Tristes et honteux de cette aventure, ils transformèrent leur maison en auberge mais, à tout moment, l’image de leur invité leur disait dans le coeur :
      « Moi, j’étais l’ami d’Élie. J’étais venu pour vous faire partager les trésors de la miséricorde. Hélas, c’était votre destin que les choses se passent ainsi ! »

 

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9 mai, 2012

L’esclave abusé (Conte soufi)

Classé dans : — unpeudetao @ 14:09

 

      Un homme possédait un esclave indien. Il l’avait éduqué avec beaucoup de soin et avait allumé dans son coeur la lumière du savoir. Cet homme généreux avait élevé cet esclave depuis sa plus tendre enfance dans les manières les plus raffinées. Il avait aussi une fille, aussi brillante qu’une étoile dans sa beauté. Quand cette dernière parvint à l’âge de la maturité, bien des hommes vinrent demander sa main à son père, offrant son poids d’or en compensation. Mais le père se disait :
      « Tous les biens que l’on me propose sont éphémères. Venus ce jour, ils peuvent disparaître cette nuit-même. La beauté des visages n’est pas davantage à prendre en considération car la moindre piqûre d’épine la fera pâlir. La noblesse n’est pas non plus un bon critère car beaucoup de nobles sont orgueilleux et souvent leur propre famille a honte d’eux. Quant aux savants, ils sont loin d’être parfaits. Ils ont le savoir mais pas l’amour de la foi et leurs yeux ne voient que la renommée. »
      Ainsi, après beaucoup de réflexion, il confia sa fille à un homme de foi aimé du peuple. Deux femmes lui dirent :
      « Cet homme n’est ni riche ni noble. Et il n’est même pas beau ! »
      Mais lui répliqua :
      « C’est un homme pieux et en ce bas monde, voilà qui vaut tous les trésors ! »
      La nouvelle de ce mariage se répandit et on offrit des cadeaux et des tissus précieux. Or, à cette même époque, l’esclave indien tomba malade. Il commença à maigrir et à perdre ses forces. Les médecins ne parvenaient pas à découvrir le secret de sa maladie et pourtant la simple raison disait :
      « C’est du coeur qu’il est malade et on ne guérit pas le coeur avec les pommades du corps. »
      L’esclave ne pouvait, bien sûr, avouer la cause de sa maladie. Une nuit, son maître dit à son épouse :
      « Demande-lui la raison de son état. Depuis tant d’années, tu es comme une mère pour lui et nul doute qu’il te dévoile son secret ! »
      Le lendemain, la femme alla au chevet de l’esclave et, avec beaucoup de tendresse, elle lui caressa la tête comme une mère affectueuse. Elle lui posa sa question et l’esclave répondit :
      « Jamais, je n’avais pensé que vous confieriez votre fille à un étranger. N’est-ce pas un grand dommage que la fille de mon maître soit confiée à quelqu’un d’autre tandis que le feu consume ma poitrine ? »
      À ces mots, la femme ressentit une grande colère mais elle parvint à se contenir.
      « Comment cela est-il possible ? se disait-elle, qu’un bâtard indien puisse espérer la fille de son maître ! Et dire que nous lui faisions confiance ! Il n’en était guère digne. »
      Quand son épouse l’eut informé de cet état de chose, le maître de maison dit :
      « Dis-lui de patienter. Dis-lui que ce mariage sera annulé et que nous lui confierons notre fille. Moi, je me charge de lui faire changer d’avis. N’hésite pas à dissiper ses craintes. Excuse-toi auprès de lui en disant que nous ignorions tout de son amour pour notre fille et qu’assurément, il la mérite. Ainsi, il vivra dans un rêve agréable et les rêves agréables font engraisser les hommes. Les animaux engraissent avec de la paille et les hommes avec des honneurs ! »
      La femme dit :
      « Ce sera une grande honte pour moi de lui dire pareille chose car le mensonge ne sort pas de ma bouche. Pourquoi ceci ? Laisse donc périr ce maudit !
      – Non ! Non ! reprit son époux, fais-lui ce plaisir afin qu’il guérisse. Laisse-moi le soin d’ôter l’amour de son coeur une fois que son corps aura été guéri ! »
      Quand la femme eut transmis ces promesses à l’esclave, celui-ci déborda de joie et se mit à engraisser de nouveau. Son visage se remplit de sang et il remercia Dieu. Il se demandait bien de temps en temps si tout cela ne cachait pas un piège mais son maître, pour compléter la mise en scène, invita des amis afin qu’ils viennent féliciter l’esclave et lui souhaiter bonne chance dans son mariage. Ce fut suffisant pour lui ôter tout doute et faire disparaître les derniers symptômes de sa maladie.
      Or, pour sa nuit de noces, on lui tendit un piège. On habilla un jeune homme en femme et on le para de henné. Ce jeune homme avait une apparence de poulet mais c’était en réalité un coq impétueux.
      Au moment de l’union, on éteignit les chandelles et le jeune indien se retrouva au lit avec le jeune homme tandis que la foule battait du tambourin à l’extérieur. L’indien poussa des cris et appela au secours, mais le bruit de la fête couvrait ses appels. Jusqu’à l’aube, le pauvre esclave fut comme un sac de farine lacéré par un chien. Puis, on l’emmena au hammam, ainsi qu’il est de coutume pour les jeunes mariés. Quand on le ramena à sa chambre de noces, il vit la fille de son maître venue l’accueillir, accompagnée de sa mère. Il se protégea vivement de ses deux mains et s’écria :
      « Que Dieu protège celui qui voudra t’épouser, car dans la journée, tu es fraîche comme la plus belle des femmes, mais la nuit, ton membre est comme celui d’un âne ! »
      Voilà ! Il en va ainsi des biens de ce monde. Ils sont agréables de loin et sinistres de près. Comme une jeune mariée, ce monde est rempli de manières. Mais, de près, il n’est qu’une vieille femme desséchée.

 

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6 mai, 2012

Les babouches précieuses (Conte soufi)

Classé dans : — unpeudetao @ 14:38

 

      Eyaz, qui était un homme au coeur pur, avait enfermé ses babouches et son manteau dans une pièce. Il s’y rendait chaque jour et, comme ces babouches et ce manteau constituaient tout son avoir, il se disait :
      « Tiens ! Vois ces babouches ! Tu n’as pas lieu d’être fier ! »
      Mais des jaloux le calomnièrent auprès du sultan en disant :
      « Eyaz possède une pièce où il accumule de l’or et de l’argent. La porte est bien fermée et personne n’y entre que lui !
      – C’est étrange, dit le sultan. Que peut-il posséder qu’il désire cacher à mes yeux ? Tâchons de percer ce mystère sans qu’il se doute de rien. »
      Il appela un de ses émirs et lui dit :
      « À minuit, tu ouvriras cette cellule et y prendras tout ce qui te semble intéressant. Tout ce que tu auras trouvé, montre-le à tes amis. Comment cet avare peut-il songer à accumuler des trésors alors que je suis si généreux ? »
      À minuit, l’émir se rendit à la cellule avec trois de ses hommes. Ils s’étaient munis de lanternes et se frottaient les mains en se disant :
      « L’ordre du sultan est généreux car ainsi, nous récupérerons pour notre profit tout ce que nous trouverons. »
      En fait, le sultan ne doutait pas de son serviteur mais désirait seulement donner une leçon aux calomniateurs. Cependant, son coeur tremblait et il se disait :
      « Si vraiment il a fait une pareille chose, il ne faut pas que sa honte soit publique car, quoi qu’il arrive, il est mon bien-aimé. D’ailleurs, il est bien au-dessus de ce genre de calomnies ! »
      Celui qui a de mauvaises pensées compare ses amis à lui. Les menteurs ont comparé le prophète à eux. Et c’est ainsi que les calomniateurs en virent à avoir de mauvaises pensées envers Eyaz.
      L’émir et ses hommes finirent par forcer la porte et pénétrèrent dans la pièce, brûlants de désir. Hélas ! Ils ne virent là que la paire de babouches et le manteau ! Ils se dirent :
      « Il est impensable que cette pièce soit ainsi vide. Ces objets ne sont là que pour détourner l’attention. »
      Ils allèrent chercher une pelle et une pioche et commencèrent à creuser de tous côtés. Mais chacun des trous qu’ils creusaient leur disait :
      « Cet endroit est vide. Pourquoi donc l’ouvrez-vous ? »
      Finalement, ils rebouchèrent les trous, pleins de déception car l’oiseau de leur désir était resté sur sa faim. La porte défoncée et le sol labouré restaient comme témoins de l’effraction. Ils s’en revinrent, couverts de poussière, auprès du sultan. Celui-ci, faisant mine d’ignorer leur déconvenue, leur dit :
      « Que se passe-t-il ? Où sont les sacs d’or ? Si vous les avez laissés quelque part, alors où est la joie sur vos visages ? »
      Ils répondirent :
      « Ô sultan de l’univers ! Si tu fais couler notre sang, nous l’aurons mérité. Nous nous en remettons à ta pitié et à ton pardon.
      – Ce n’est pas à moi de vous pardonner, répliqua le sultan, mais plutôt à Eyaz car vous avez attaqué sa dignité. Cette blessure est sur son coeur. Bien que lui et moi, nous ne fassions qu’un, cette calomnie ne me touchait pas directement. Car si un serviteur commet une chose honteuse, sa honte ne rejaillit pas sur le sultan ! »
      Le sultan demanda donc à Eyaz de juger lui-même les coupables, disant :
      « Même si je t’éprouvais mille fois, jamais je ne trouverais chez toi le moindre signe de trahison. Ce serait plutôt les épreuves qui auraient honte devant toi !
      – Tout ce que tu m’as donné t’appartient, répondit Eyaz. Moi je ne pèse que ce manteau et cette paire de babouches. C’est pour cela que le prophète a dit : « Celui qui se connaît connaît aussi son Dieu ! » C’est à toi de juger car, devant le soleil, les étoiles disparaissent. Si j’avais su me passer de ce manteau et de ces babouches, ces calomnies n’auraient pas eu lieu ! »

 

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27 avril, 2012

Le trésor (Conte soufi)

Classé dans : — unpeudetao @ 0:14

 

      À l’époque du prophète David, un homme adressait à Dieu ce genre de prière :
      « Ô Seigneur ! Procure-moi des trésors sans que j’aie à me fatiguer. N’est-ce pas toi qui m’as créé, si paresseux et si faible ? Il est normal qu’on ne charge pas de la même manière un âne débile et un cheval plein de vigueur. Je suis paresseux, il est vrai, mais je n’en dors pas moins sous ton ombre ! »
      Il priait ainsi du matin au soir et ses voisins se moquaient de lui. Certains d’entre eux le réprimandaient et d’autres le raillaient en disant :
      « Le trésor que tu appelles de tes voeux n’est pas loin. Va le chercher. Il est là-bas ! »
      La célébrité de notre homme s’accroissait de jour en jour dans le pays. Or, un jour qu’il priait chez lui, une vache emportée fracassa sa porte de ses cornes et pénétra dans sa demeure sans cérémonie. L’homme s’empara d’elle, lui lia les pieds et, sans hésiter une seconde, il l’égorgea. Puis, il se rendit en courant chez le boucher afin que celui-ci dépèce sa victime.
      Sur son chemin, il croisa le propriétaire de la vache. Celui-ci l’apostropha :
      « Comment as-tu osé égorger ma vache ? Tu m’as causé un tort considérable ! »
      L’autre répondit :
      « J’ai imploré Dieu pour qu’il pourvoie à ma subsistance ! J’ai prié jour et nuit et finalement ma prière a été entendue et ma subsistance s’est présentée à moi. Voici ma réponse ! »
      Le propriétaire l’attrapa par le col et lui assena deux gifles. Puis, il l’entraîna chez le prophète David en disant :
      « Espèce d’idiot ! Je vais te montrer le sens de tes prières ! »
      L’autre insistait en disant :
      « C’est pourtant vrai. J’ai beaucoup prié et Dieu m’a entendu ! »
      Le propriétaire de la vache ameuta la population par ses cris :
      « Venez tous admirer celui qui prétend s’approprier mes biens par la prière ! S’il en était vraiment ainsi, tous les mendiants seraient riches ! »
      Les gens qui s’assemblaient autour d’eux commencèrent à lui donner raison.
      « Tu dis vrai ! Les biens s’achètent ou s’offrent. Ou encore ils s’obtiennent par héritage. Mais aucun livre ne mentionne ce procédé d’acquisition. »
      Un grand bruit se fit dans la ville autour de cet événement. Le pauvre, quant à lui, se tenait face contre terre et priait Dieu en ces termes :
      « Ô mon Dieu ! Ne me laisse pas ainsi, dans la foule, couvert de honte. Toi, tu sais que je n’ai cessé de t’adresser mes prières ! »
      Enfin, on arriva chez le prophète David et le plaignant prit la parole :
      « Ô prophète ! Rends-moi justice ! Ma vache est entrée chez cet imbécile et lui, il l’a égorgée. Demande-lui pourquoi il s’est permis d’agir ainsi. »
      Le prophète se retourna alors vers l’accusé pour lui demander ses explications. Celui-ci répondit :
      « Ô David ! Depuis sept années, je prie Dieu jour et nuit. Je lui demande de pourvoir à ma subsistance sans que j’aie à m’en soucier. Ce fait est connu de tous, même des enfants de cette ville. Tout le monde a entendu mes prières et chacun s’est bien moqué de moi à ce sujet. Or, ce matin, alors que je priais, les yeux remplis de larmes, voilà que cette vache pénètre chez moi. Ce n’est certes pas la faim qui m’a poussé, mais plutôt la joie de voir mes prières exaucées. Et ainsi, j’ai égorgé cette vache en rendant grâce à Dieu. »
      Le prophète David dit alors :
      « Ce que tu me dis est insensé ! Car de telles assertions ont besoin d’être étayées par des preuves recevables devant la loi. Il m’est impossible de te donner raison et d’instaurer ainsi un précédent. Comment peux-tu prétendre t’approprier quoi que ce soit sans en avoir hérité ? Personne ne peut récolter s’il n’a semé auparavant. Va ! Rembourse cet homme. Si tu n’as pas l’argent nécessaire, empruntes-en ! »
      L’accusé se révolta :
      « Voilà que toi aussi tu te mets à parler comme ce tortionnaire ! »
      Il se prosterna et dit :
      « Ô mon Dieu, Toi qui connais tous les secrets. Inspire le coeur de David. Car les faveurs que tu m’as offertes n’existent pas dans son coeur ! »
      Ces paroles et ces larmes touchèrent le coeur de David. Il s’adressa alors au plaignant :
      « Donne-moi un jour de délai afin que je puisse me retirer pour méditer. Afin que Celui qui connaît tous les secrets m’inspire dans mes prières. »
      Ainsi, David se retira-t-il en un lieu écarté et ses prières furent acceptées. Dieu lui révéla la vérité et lui désigna le véritable coupable.
      Le lendemain, le plaignant et l’accusé se présentèrent à nouveau devant le prophète David. Comme le plaignant ne faisait que se plaindre davantage, David lui dit :
      « Tais-toi ! Fais le muet et considère que cet homme avait le droit de s’emparer de ta vache. Dieu a protégé ton secret. En échange, accepte de sacrifier ta vache. »
      Le plaignant s’offusqua :
      « Qu’est-ce que c’est que cette justice ? Commences-tu à appliquer une nouvelle loi ? N’es-tu pas renommé pour l’excellence de ta justice ? »
      Ainsi la demeure de David fut-elle transformée en un lieu de révolte. Le prophète dit au plaignant :
      « Ô homme têtu ! Tais-toi et donne tout ce que tu possèdes à cet homme. Je te le dis, ne sois pas ingrat ou tu tomberas dans une situation pire encore. Et tes méfaits seront révélés au grand jour. »
      Le plaignant se prit de colère et déchira ses vêtements :
      « N’est-ce pas plutôt toi qui me tortures ! »
      David tenta, en vain, de le raisonner. Puis, il lui dit :
      « Tes enfants et ta femme deviendront les esclaves de cet homme. »
      Ceci ne fit qu’augmenter la fureur du propriétaire. Il n’était d’ailleurs pas le seul à être indigné car l’assistance, ignorante des secrets de l’inconnu, prenait fait et cause pour le plaignant.
      Le peuple achève le supplicié et adore son tortionnaire.
      Les gens dirent à David :
      « Toi qui es l’élu du Miséricordieux, comment peux-tu agir ainsi ? Pourquoi portes-tu un tel jugement sur cet innocent ? »
      David répondit :
      « Ô mes amis ! Voici venu le moment de dévoiler des secrets qui étaient restés cachés jusqu’à aujourd’hui. Mais, pour cela, il faut que vous m’accompagniez à l’extérieur de la ville. Là-bas, dans la prairie, nous trouverons un grand arbre dont les racines portent l’odeur du sang. Car cet homme qui se plaint est un assassin. Il a tué son maître alors qu’il n’était qu’un esclave et il s’est approprié tous ses biens. Et l’homme qu’il accuse n’est autre que le fils de son maître. Ce dernier n’était qu’un enfant à l’époque des faits que je raconte et la sagesse de Dieu avait caché ce secret jusqu’à aujourd’hui. Mais cet homme est ingrat. Il n’a pas remercié Dieu. Il n’a pas protégé les enfants de celui qu’il a tué. Et voici que ce maudit, pour une vache, frappe de nouveau le fils de son maître ! C’est de ses propres mains qu’il a déchiré le voile qui cachait ses péchés. Les méfaits sont enfouis dans le secret de l’âme mais c’est le malfaiteur lui-même qui les révèle au peuple. »
      David, accompagné de la foule, se rendit à l’extérieur de la ville. Parvenu à l’endroit qu’il avait décrit, il dit au plaignant :
      « Désormais, ta femme qui était la servante de ton maître, tous tes enfants nés d’elle et de toi, tous font partie de l’héritage de cet homme. Tout ce que tu as gagné lui appartient car tu es son esclave. Tu as voulu que la loi soit appliquée eh bien, voici la loi ! Tu as tué son père d’un coup de couteau et si l’on creuse ici, on trouvera un couteau gravé à ton nom. »
      Les gens se mirent à creuser et l’on trouva effectivement le couteau ainsi qu’un squelette. La foule dit alors au pauvre :
      « Ô toi qui appelais la justice de tes voeux, voici ton heure ! »
      Celui qui porte plainte pour une vache, c’est ton ego. Il prétend être le maître. Celui qui a égorgé la vache, c’est ta raison. Si tu souhaites toi aussi gagner sans peine ta subsistance, il faut égorger cette vache.

 

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21 avril, 2012

La belle servante (Conte soufi)

Classé dans : — unpeudetao @ 18:29

      Il était une fois un sultan, maître de la foi et du monde. Parti pour chasser, il s’éloigna de son palais et, sur son chemin, croisa une jeune esclave. En un instant, il devint lui-même un esclave. Il acheta cette servante et la ramena à son palais afin de décorer sa chambre de cette beauté. Mais, aussitôt, la servante tomba malade.
      Il en va toujours ainsi ! On trouve la cruche mais il n’y a pas d’eau. Et quand on trouve de l’eau, la cruche est cassée ! Quand on trouve un âne, impossible de trouver une selle. Quand enfin on trouve la selle, l’âne a été dévoré par le loup.
      Le sultan réunit tous ses médecins et leur dit :
      « Je suis triste, elle seule pourra remédier à mon chagrin. Celui d’entre vous qui parviendra à guérir l’âme de mon âme pourra profiter de mes trésors. »
      Les médecins lui répondirent :
      « Nous te promettons de faire le nécessaire. Chacun de nous est comme le messie de ce monde. Nous connaissons la pommade qui convient aux blessures du coeur. »
      En disant cela, les médecins avaient fait fi de la volonté divine. Car oublier de dire « Inch Allah ! » rend l’homme impuissant. Les médecins essayèrent de nombreuses thérapies mais aucune ne fut efficace. Chaque jour, la belle servante dépérissait un peu plus et les larmes du sultan se transformaient en ruisseau.
      Chacun des remèdes essayés donnait le résultat inverse de l’effet escompté. Le sultan, constatant l’impuissance de ses médecins, se rendit à la mosquée. Il se prosterna devant le Mihrab et inonda le sol de ses pleurs. Il rendit grâces à Dieu et lui dit :
      « Tu as toujours subvenu à mes besoins et moi, j’ai commis l’erreur de m’adresser à un autre que toi. Pardonne-moi ! »
      Cette prière sincère fit déborder l’océan des faveurs divines, et le sultan, les yeux pleins de larmes, tomba dans un profond sommeil. Dans son rêve, il vit un vieillard qui lui disait :
      « Ô sultan ! tes voeux sont exaucés ! Demain tu recevras la visite d’un étranger. C’est un homme juste et digne de confiance. C’est également un bon médecin. Il y a une sagesse dans ses remèdes et sa sagesse provient du pouvoir de Dieu. »
      À son réveil, le sultan fut rempli de joie et il s’installa à sa fenêtre pour attendre le moment où son rêve se réaliserait. Il vit bientôt arriver un homme éblouissant comme le soleil dans l’ombre.
      C’était bien le visage dont il avait rêvé. Il accueillit l’étranger comme un vizir et deux océans d’amour se rejoignirent. Le maître de maison et son hôte devinrent amis et le sultan dit :
      « Ma véritable bien-aimée, c’était toi et non pas cette servante. Dans ce bas monde, il faut tenter une entreprise pour qu’une autre se réalise. Je suis ton serviteur ! »
      Ils s’embrassèrent et le sultan dit encore :
      « La beauté de ton visage est une réponse à toute question ! »
      Tout en lui racontant son histoire, il accompagna le vieux sage auprès de la servante malade. Le vieillard observa son teint, lui prit le pouls et décela tous les symptômes de la maladie. Puis, il dit :
      « Les médecins qui t’ont soignée n’ont fait qu’aggraver ton état car ils n’ont pas étudié ton coeur. »
      Il eut tôt fait de découvrir la cause de la maladie mais n’en souffla mot. Les maux du coeur sont aussi évidents que ceux de la vésicule. Quand le bois brûle, cela se sent. Et notre médecin comprit rapidement que ce n’était pas le corps de la servante qui était affecté mais son coeur.
      Mais, quel que soit le moyen par lequel on tente de décrire l’état d’un amoureux, on se trouve aussi démuni qu’un muet. Oui ! notre langue est fort habile à faire des commentaires mais l’amour sans commentaires est encore plus beau. Dans son ambition de décrire l’amour, la raison se trouve comme un âne, allongé de tout son long dans la boue. Car le témoin du soleil, c’est le soleil lui-même.
      Le vieux sage demanda au sultan de faire sortir tous les occupants du palais, étrangers et amis.
      « Je veux, dit-il, que personne ne puisse écouter aux portes car j’ai des questions à poser à la malade. »
      La servante et le vieillard se retrouvèrent donc seuls dans le palais du sultan. Le vieil homme commença à l’interroger avec beaucoup de douceur :
      « D’où viens-tu ? Tu n’es pas sans savoir que chaque région a des méthodes curatives qui lui sont propres. Y a-t-il dans ton pays des parents qui te restent? Des voisins, des gens que tu aimes ? »
      Et, tout en lui posant des questions sur son passé, il continuait à lui tâter le pouls.
      Si quelqu’un s’est mis une épine dans le pied, il le pose sur son genou et tente de l’ôter par tous les moyens. Si une épine dans le pied cause tant de souffrance, que dire d’une épine dans le coeur ! Si une épine vient se planter sous la queue d’un âne, celui-ci se met à braire en croyant que ses cris vont ôter l’épine alors que ce qu’il lui faut, c’est un homme intelligent qui le soulage.
      Ainsi, notre talentueux médecin prêtait grande attention au pouls de la malade à chacune des questions qu’il lui posait. Il lui demanda quelles étaient les villes où elle avait séjourné en quittant son pays, quelles étaient les personnes avec qui elle vivait et prenait ses repas. Le pouls resta inchangé jusqu’au moment où il mentionna la ville de Samarcande. Il constata une soudaine accélération. Les joues de la malade, qui jusqu’alors étaient fort pâles, se mirent à rosir. La servante lui révéla alors que la cause de ses tourments était un bijoutier de Samarcande qui habitait son quartier lorsqu’elle avait séjourné dans cette ville.
      Le médecin lui dit alors :
      « Ne t’inquiète plus, j’ai compris la raison de ta maladie et j’ai ce qu’il faut pour te guérir. Que ton coeur malade redevienne joyeux ! Mais ne révèle à personne ton secret, pas même au sultan. »
      Puis il alla rejoindre le sultan, lui exposa la situation et lui dit :
      « Il faut que nous fassions venir cette personne, que tu l’invites personnellement. Nul doute qu’il ne soit ravi d’une telle invitation, surtout si tu lui fais parvenir en présent des vêtements décorés d’or et d’argent. »
      Le sultan s’empressa d’envoyer quelques-uns de ses serviteurs en messagers auprès du bijoutier de Samarcande. Lorsqu’ils parvinrent à destination, ils allèrent voir le bijoutier et lui dirent :
      « Ô homme de talent ! Ton nom est célèbre partout ! Et notre sultan désire te confier le poste de bijoutier de son palais. Il t’envoie des vêtements, de l’or et de l’argent. Si tu viens, tu seras son protégé. »
      À la vue des présents qui lui étaient faits, le bijoutier, sans l’ombre d’une hésitation, prit le chemin du palais, le coeur rempli de joie. Il quitta son pays, abandonnant ses enfants et sa famille, rêvant de richesses. Mais l’ange de la mort lui disait à l’oreille :
      « Va ! Peut-être crois-tu pouvoir emporter ce dont tu rêves dans l’au-delà ! »
      À son arrivée, le bijoutier fut introduit auprès du sultan. Celui-ci lui fit beaucoup d’honneur et lui confia la garde de tous ses trésors. Le vieux médecin demanda alors au sultan d’unir le bijoutier à la belle servante afin que le feu de sa nostalgie s’éteigne par le jus de l’union.
      Durant six mois, le bijoutier et la belle servante vécurent dans le plaisir et dans la joie. La malade guérissait et embellissait chaque jour.
      Un jour, le médecin prépara une décoction pour que le bijoutier devienne malade. Et, sous l’effet de sa maladie, ce dernier perdit toute sa beauté. Ses joues se ternirent et le coeur de la belle servante se refroidit à son égard. Son amour pour lui s’amenuisa ainsi jusqu’à disparaître complètement.
      Quand l’amour tient aux couleurs ou aux parfums, ce n’est pas de l’amour, c’est une honte. Ses plus belles plumes, pour le paon, sont des ennemies. Le renard qui va librement perd la vie à cause de sa queue. L’éléphant perd la sienne pour un peu d’ivoire.
      Le bijoutier disait :
      « Un chasseur a fait couler mon sang, comme si j’étais une gazelle et qu’il voulait prendre mon musc. Que celui qui a fait cela ne croie pas que je resterai sans me venger. »
      Il rendit l’âme et la servante fut délivrée des tourments de l’amour. Mais l’amour de l’éphémère n’est pas l’amour.

 

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12 février, 2012

L’initiation de Malik Dinar (Conte soufi)

Classé dans : — unpeudetao @ 15:51

 

     Après avoir passé de nombreuses années à étudier les questions philosophiques, Dinar pensa que le moment était venu de partir en quête de la connaissance.
     « J’irai, se dit-il, à la recherche du Maître caché, dont on dit aussi qu’il demeure au tréfonds de soi. »
     Il emporta quelques dattes pour toute provision.
     Sur le chemin poussiéreux, un derviche avançait avec peine. Dinar accorda son pas au sien. Les deux hommes marchèrent quelque temps en silence.
     Le derviche parla enfin :
     « Qui es-tu ? Où vas-tu ?
     – Je suis Dinar, je vais à la recherche du Maître caché.
     – Je suis El-Malik El-Fatih, je marcherai avec toi, dit le derviche.
     – Peux-tu m’aider à trouver le Maître ? demanda Dinar.
     – Est-ce que je peux t’aider ? Est-ce que tu peux m’aider ? répondit Fatih dans la manière irritante propre aux derviches. On dit que le Maître caché est au-dedans de l’homme. Selon qu’il sait tirer profit ou non des expériences de la vie, il le trouve ou ne le trouve pas. Je ne peux rien te dire de plus. »
     Ils passèrent près d’un arbre qui grinçait et oscillait. Le derviche s’arrêta, écouta puis se tourna vers Dinar :
     « L’arbre dit : « Quelque chose me fait mal, arrêtez-vous un instant, enlevez cette chose de mon côté, que je trouve le repos. »
     – Je n’ai pas le temps, répliqua Dinar. Et puis, comment un arbre pourrait-il parler ! »
     Ils se remirent en chemin.
     Peu après, le derviche dit à Dinar :
     « Quand nous étions près de l’arbre, j’ai senti comme une odeur de miel : peut-être y a-t-il un essaim d’abeilles sauvages dans le tronc.
     – Alors, retournons-y ! s’écria Dinar. Nous pourrons recueillir le miel. Ce que nous ne mangerons pas, nous le vendrons.
     – Comme tu voudras », dit le derviche.
     Ils revinrent sur leurs pas. Arrivés près de l’arbre, ils virent un groupe de voyageurs occupés à recueillir une énorme quantité de miel.
     « Nous avons eu de la chance ! leur dirent ces gens. Il y a là assez de miel pour nourrir une ville entière. Nous sommes de pauvres pèlerins : nous allons devenir de riches marchands ! Notre avenir est assuré. »
     Dinar et Fatih se remirent en chemin.
     Ils allaient par un sentier de montagne quand ils perçurent un bourdonnement. Le derviche colla son oreille au sol, puis se releva.
     « Sous nos pieds, dit-il, des millions de fourmis s’activent à construire leur demeure. Ce bourdonnement est un appel à l’aide concerté. Dans le langage des fourmis, il signifie : « Aidez-nous, aidez-nous. Nous creusons, mais nous avons rencontré d’étranges pierres qui font obstacle à notre progression. Aidez-nous à les enlever de là. » Faut-il que nous nous arrêtions pour les aider, ou veux-tu poursuivre ton voyage sans tarder ?
     – Frère, répondit Dinar, les fourmis, les pierres, ce n’est pas notre affaire. Pour ma part, une seule chose m’intéresse : la recherche du Maître.
     – Comme tu voudras, frère, dit le derviche. On dit pourtant que tout est lié. Peut-être cela a-t-il un rapport avec nous ? »
     Dinar ne prêta pas attention à ce que marmonnait le vieil homme, et ils poursuivirent leur chemin.
     Ils firent halte, la nuit venue. Dinar s’aperçut alors qu’il avait perdu son couteau.
     « J’ai dû le laisser tomber près de la fourmilière », dit-il.
     Le lendemain matin, ils revinrent sur leurs pas. Ils n’arrivèrent pas à retrouver le couteau. Des gens se trouvaient là, couverts de boue : ils se reposaient près d’un tas de pièces d’or.
     « Ce trésor était caché là-dessous, expliquèrent-ils aux deux hommes, nous venons de le déterrer. Nous étions en chemin quand un vieux derviche, au corps frêle, nous a hélés : « Creusez à cet endroit, a-t-il crié, vous trouverez ce qui est pierre pour certains et or pour d’autres. »"
     Dinar maudit sa malchance.
     « Si seulement nous nous étions arrêtés, dit-il, nous aurions trouvé le trésor hier soir et serions riches toi et moi, ô derviche… »
     Les gens l’interrompirent :
     « Ce derviche qui est avec toi ressemble étrangement à celui qui nous a parlé.
     – Les derviches se ressemblent tous », dit Fatih.
     Les deux hommes se remirent en chemin.
     Quelques jours plus tard, ils découvrirent une jolie rivière. Ils firent halte sur la berge et s’y reposèrent en attendant le passeur. Leur attention fut attirée soudain par un poisson. Il remonta plusieurs fois à la surface : il semblait vouloir leur dire quelque chose.
     « Ce poisson, dit le derviche, nous envoie le message que voici : « J’ai avalé un caillou. Attrapez-moi, donnez-moi telle herbe à manger, je pourrai vomir le caillou et je serai soulagé. Voyageurs, ayez pitié ! »"
     La barque accosta à ce moment-là. Dinar, impatient d’aller de l’avant, y poussa le derviche. Le passeur s’estima heureux de recevoir une petite pièce : c’est tout ce qu’ils pouvaient lui donner.
     Fatih et Dinar dormirent bien cette nuit-là sur l’autre rive : un homme charitable y avait fait édifier une auberge à l’intention des voyageurs.
     Le lendemain matin, ils buvaient leur thé à lentes gorgées, lorsque le passeur entra. La nuit dernière, la fortune lui avait souri, leur dit-il : les deux pèlerins lui avaient porté chance. Il baisa les mains du derviche, pour recevoir sa bénédiction.
     « Tu la mérites bien, mon fils », dit Fatih.
     Le passeur était riche désormais. Et voici comment c’était arrivé. La veille au soir, il s’apprêtait à rentrer chez lui, à l’heure habituelle, quand il avait aperçu les deux hommes sur l’autre rive. Malgré leur évidente pauvreté, il avait décidé de traverser de nouveau la rivière pour les amener à l’auberge : il avait fait cela pour la baraka, la bénédiction accordée à celui qui aide le voyageur. Ensuite, alors qu’il allait remiser sa barque, le batelier avait vu le poisson, échoué sur la rive : il essayait, semblait-il, d’avaler un brin d’une herbe sauvage. Le batelier le lui avait mis dans la bouche ; le poisson avait vomi un caillou et s’était glissé dans la rivière. Ce caillou était en fait un énorme diamant, sans défaut, d’un éclat incomparable, d’une valeur inestimable.
     « Tu es un démon ! cria Dinar, furieux, au derviche Fatih. Tu connaissais l’existence de ces trois trésors, sans doute grâce à tes pouvoirs de perception directe, pourtant tu ne m’as rien dit sur le moment ! Un vrai compagnon se comporte-t-il ainsi ? Ma malchance était déjà suffisamment tenace, maintenant, c’est pire, car sans toi je n’aurais jamais rien su de ce qui peut se cacher dans les arbres, les fourmilières et les poissons !… »
     À peine avait-il prononcé ces mots qu’il sentit comme un vent puissant se propager dans tout son être. Et il sut que la vérité était le contraire de ce qu’il avait dit.
     Le derviche, dont le nom signifie le Roi victorieux, lui toucha doucement l’épaule et sourit :
     « Maintenant, frère, tu sauras que l’on peut apprendre par l’expérience. Je suis celui qui est aux ordres du Maître caché. »
     Quand Dinar osa lever les yeux, il vit son maître descendre la rue avec un petit groupe de voyageurs qui discutaient des périls qu’ils devraient affronter en chemin.
     Aujourd’hui, Malik Dinar compte parmi les plus grands derviches. Malik Dinar, le compagnon, l’exemple, l’homme qui est arrivé.

 

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4 février, 2012

Le Serpent et le Paon (Conte soufi)

Classé dans : — unpeudetao @ 15:08

 

     Adi, surnommé le Calculateur, parce qu’il avait appris les mathématiques, n’était encore qu’un jeune homme quand il décida de quitter Boukhara et de partir en quête de la connaissance supérieure. Son maître lui conseilla d’aller vers le sud et d’étudier la symbolique du paon et du serpent.
     Ce qui donna au jeune Adi matière à réfléchir.
     Il traversa le Khorassan et poursuivit son voyage jusqu’en Irak. Au hasard de ses pérégrinations, il tomba sur un paon et un serpent en grande conversation.
     « Nous débattons la question de nos mérites respectifs, lui dirent-ils.
     – C’est précisément ce que je veux étudier ! s’exclama Adi, qui les pria de bien vouloir continuer.
     – J’estime être le plus important, dit le Paon. Je représente l’aspiration, l’envol vers les cieux, la beauté du monde d’en-haut, et par là même la connaissance des choses supérieures. Ma mission est de rappeler à l’homme, en les mimant sous ses yeux, les aspects cachés de son être.
     – Moi aussi, dit le Serpent avec un léger sifflement, je renvoie à l’homme sa propre image. Comme lui, je suis attaché à la terre. Ainsi, je lui rappelle ce qu’il est. Comme lui, je suis flexible, je progresse sur le sol en serpentant. Cela aussi, il l’oublie souvent. Enfin, par tradition, je suis le gardien des trésors cachés.
     – Mais tu es détestable ! cria le Paon. Tu es sournois, dissimulé, dangereux.
     – Tu dresses la liste de mes caractéristiques humaines, dit le Serpent, alors que je préfère énumérer mes autres fonctions, comme je viens de le faire. Et maintenant, regarde-toi ! Tu es vaniteux, trop gras ; tu pousses des cris discordants ; tu as de grosses pattes, des plumes trop voyantes… »
     C’est ici qu’Adi interrompit la conversation.
     « Votre désaccord m’a permis de voir qu’aucun de vous n’a tout à fait raison. Et pourtant, il est clair, si on laisse de côté vos préoccupations personnelles, qu’ensemble vous composez un message pour l’homme. »
     Adi expliqua alors aux deux adversaires, attentifs, quelles étaient leurs fonctions.
     « L’homme rampe sur le sol comme le Serpent. Il pourrait s’élever vers les sommets tel l’oiseau. Mais, avide comme le Serpent, il conserve son égoïsme quand il tente de s’élever, et devient comme le Paon : arrogant. Le Paon nous fait entrevoir ce qui est possible à l’homme, mais c’est un « possible » qui n’est pas correctement réalisé. Le chatoiement de la peau du Serpent nous fait entrevoir la beauté possible. Chez le Paon, elle prend un tour ostentatoire. »

 

Alors Adi entendit une Voix au dedans de lui : « Ce n’est pas tout, dit la Voix. Ces deux créatures sont dotées de vie : pour l’une et l’autre, c’est le facteur déterminant. Elles se disputent parce que chacune s’est accommodée de son mode d’existence, pensant qu’il constituait l’accomplissement de sa véritable condition. L’une garde des trésors mais ne peut s’en servir. L’autre reflète la beauté, qui est en elle-même un trésor, mais ne peut se transformer à travers elle. Bien qu’elles n’aient pas profité de ce qui leur était accessible, elles en sont malgré tout le symbole pour ceux qui savent voir et entendre. »

 

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15 janvier, 2012

Les quatre trésors magiques (Conte soufi)

Classé dans : — unpeudetao @ 18:10

 

     Quatre saints derviches de deuxième ordre se réunirent et décidèrent de parcourir le monde à la recherche d’objets magiques qui leur donnent les moyens d’aider l’humanité. Ils avaient étudié tout ce qu’ils avaient pu et en étaient arrivés à la conclusion que cette sorte de coopération leur permettrait de servir au mieux leurs frères humains. Ils convinrent de se réunir trente ans après.
     Les quatre se retrouvèrent le jour fixé. Le premier derviche rapportait de l’Extrême-Nord un bâton magique. Quiconque le chevauchait atteignait instantanément sa destination. Le deuxième rapportait de l’Extrême-Occident un capuchon magique. Quiconque s’en coiffait pouvait immédiatement changer d’apparence et revêtir celle de n’importe quel être vivant. Le troisième rapportait, de ses recherches et de ses voyages en Extrême-Orient, un miroir magique. On y pouvait voir, à volonté, n’importe quel point du globe. Le quatrième, qui avait parcouru l’Extrême-Sud, rapportait une coupe magique capable de guérir n’importe quelle maladie.
     Ainsi équipés, les quatre derviches se mirent au travail. Ils regardèrent dans le miroir pour localiser la source de l’Eau de Vie qui leur permettrait de vivre assez longtemps pour faire bon usage de leurs instruments. Ils virent la Source de Vie ; ils s’envolèrent sur le bâton magique qui les mena en un éclair à la Source ; et ils burent l’Eau de Vie.
     Alors ils prononcèrent une formule d’invocation pour savoir qui avait le plus besoin de leurs services. Dans le miroir apparut un visage, comme surgissant de la brume, le visage d’un homme à l’article de la mort qui se trouvait à mille lieues de là.
     Les derviches enfourchèrent le bâton magique, s’envolèrent, atteignirent en un clin d’oeil la maison du mourant.
     Un serviteur se tenait à la porte.
     « Nous sommes de célèbres guérisseurs, lui dirent-ils, nous savons que ton maître est malade, laisse-nous entrer, nous allons l’aider. »
     Le serviteur rapporta ces paroles à son maître, qui lui dit de faire venir les guérisseurs à son chevet. Dès qu’il les vit, il fut pris de convulsions. Son état semblait empirer… Le serviteur chassa les quatre guérisseurs, tandis qu’une des personnes présentes expliquait que le malade était hostile aux derviches et les détestait.
     Les quatre derviches se coiffèrent un instant, l’un après l’autre, du capuchon magique. Ils prirent une apparence dont ils savaient qu’elle plairait au moribond, se présentèrent de nouveau à la porte, prétendant une fois encore être des guérisseurs.
     Dès que le maître de maison eut absorbé le breuvage dont les derviches avaient empli la coupe, il se sentit mieux. Il constata même, avec ravissement, qu’il n’avait jamais été aussi bien de toute sa vie. Comme il était riche, il fit don aux derviches d’une de ses demeures. Ceux-ci décidèrent de s’y installer.
     Chaque jour, ils se servaient des objets magiques pour secourir leurs semblables. Parfois, chacun agissait de son côté. C’est ainsi qu’un jour, alors que trois d’entre eux étaient partis aider des gens en difficulté et que le quatrième était seul à la maison avec la coupe salvatrice, des soldats vinrent le chercher : le roi de ce pays avait entendu parler de ce grand médecin et le faisait appeler pour qu’il guérisse sa fille, touchée par un mal inconnu.
     On conduisit le derviche au chevet de la princesse. Il lui donna à boire une potion de son cru, qu’il avait versée dans la coupe. Mais puisqu’il n’avait pu consulter le miroir pour savoir quel remède administrer, sa potion n’eut aucun effet.
     Voyant que l’état de sa fille ne s’était pas amélioré, le roi ordonna que le derviche soit fixé par des clous sur un mur. Ce dernier le supplia de lui laisser le temps de consulter ses compagnons, mais le roi, d’un naturel impatient, pensa que ce n’était qu’un stratagème qui lui permettrait de s’échapper.
     Dès que les trois autres derviches furent de retour, ils regardèrent dans le miroir magique pour voir où se trouvait leur ami. Le voyant sur le point de mourir, ils volèrent à son secours sur le bâton magique et arrivèrent juste à temps pour le sauver. Mais ils ne purent guérir la princesse, la coupe ayant disparu. Ils virent dans le miroir qu’elle avait été jetée, sur ordre du roi, dans les profondeurs de l’océan le plus profond du globe. Même avec les instruments miraculeux dont ils disposaient, il leur fallut mille ans pour la retrouver.
     Tirant la leçon des événements, les quatre derviches se firent une règle d’oeuvrer désormais en secret et de s’arranger habilement pour que les résultats de leurs actions, accomplies pour le bien de l’humanité, puissent trouver une explication simple et rationnelle.

 

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8 janvier, 2012

Le chandelier de fer (Conte soufi)

Classé dans : — unpeudetao @ 11:20

 

     Il était une fois une pauvre veuve. Un jour qu’elle regardait par la fenêtre, elle vit passer un humble derviche. Il paraissait très las ; sa robe rapiécée était sale : il avait manifestement besoin d’aide.
     Se précipitant dans la rue, elle lui cria :
     « Noble derviche, je sais que tu es un des élus, mais il y a des moments, j’en suis sûre, où même quelqu’un d’aussi insignifiant que moi peut être utile aux chercheurs de vérité. Viens te reposer sous mon toit. Ne dit-on pas : « Quiconque aide les Amis sera aidé à son tour, quiconque contrarie leurs desseins verra ses desseins contrariés, bien qu’on ne sache jamais quand ni comment » ?
     – Merci, brave femme », dit le derviche.
     Il entra dans la chaumière. Après quelques jours, il était tout à fait reposé et rétabli.
     Cette femme avait un fils du nom d’Abdullah qui avait eu peu d’occasions de progresser dans la vie : il avait passé le plus clair de son temps à couper du bois pour le vendre au marché du village et n’avait pu agrandir le champ de ses expériences au point de se tirer d’affaire ou de sortir sa mère de la misère.
     « Mon enfant, dit le derviche, je suis un homme de savoir, si démuni que je puisse paraître. Viens, sois mon compagnon, je partagerai avec toi tout ce qui s’offrira, si toutefois ta mère y consent. »
     La mère ne demandait pas mieux que d’autoriser son fils à voyager en compagnie du sage.
     Les deux hommes se mirent en route. Ils parcoururent de nombreux pays, endurèrent bien des épreuves, jusqu’au jour où le derviche dit à son compagnon : « Abdullah, nous voici au terme de notre voyage. Je vais accomplir certains rites. S’ils sont favorablement reçus, la terre s’entrouvrira et révélera ce que peu d’hommes ont contemplé : un trésor caché il y a bien des années en ce lieu. As-tu peur ? »
     Abdullah répondit qu’il était prêt et jura de rester constant quoi qu’il arrive.
     Le derviche exécuta d’étranges mouvements, murmura des sons incompréhensibles, Abdullah se joignit à lui, la terre s’ouvrit.
     « Maintenant, écoute-moi bien, Abdullah, prête-moi une entière attention. Tu vas descendre dans la caverne qui s’ouvre à nos pieds. Tu devras t’emparer d’un chandelier de fer. Avant de l’atteindre, tu verras des trésors dont il a rarement été donné aux hommes de voir la pareille. Ignore-les. Seul le chandelier de fer est ton but et l’objet de ta quête. Dès que tu l’auras trouvé, apporte-le ici. »
     Abdullah descendit dans la caverne par un escalier taillé dans la roche et, vrai, il entrevit tant de joyaux étincelants, de pièces de vaisselle d’or, de trésors étonnants (qu’aucun mot d’aucune langue ne saurait décrire) qu’il était comme paralysé. Il sortit enfin de cet état, et, oubliant les paroles du derviche, s’empara d’autant d’objets, parmi les plus attirants, qu’il put en tenir dans ses bras.
     C’est alors qu’il vit le chandelier. Il se dit qu’il ferait aussi bien de l’apporter au derviche, et qu’il pourrait cacher dans ses larges manches les objets volés. Il se remplit les manches, prit le chandelier, remonta à la surface de la terre, et se retrouva près de la chaumière. Le derviche avait disparu. Dès qu’il voulut montrer ses trésors à sa mère, ceux-ci semblèrent fondre complètement. Il ne restait plus que le chandelier : un chandelier à douze branches portant douze chandelles. Il en alluma une. Une forme imprécise se manifesta aussitôt : on eût dit un derviche. La silhouette tournoya un instant, posa une petite pièce sur le sol et s’évanouit brusquement.
     Alors Abdullah alluma les autres chandelles. Douze derviches se matérialisèrent, dansèrent une heure durant et lui jetèrent douze pièces d’argent avant de disparaître.
     Abdullah et sa mère étaient stupéfaits.
     Ils recommencèrent le lendemain : de nouveau, les derviches dansèrent et leur jetèrent douze pièces. Et il en fut ainsi chaque jour. Ils pouvaient vivre, et bien vivre, du produit du chandelier.
     Mais Abdullah n’avait pas oublié les merveilles entrevues dans la caverne souterraine. Il était bien décidé à tenter sa chance, car il voulait devenir vraiment riche. Il essaya de retrouver l’endroit où le derviche avait fait s’entrouvrir la terre. Mais il eut beau chercher, il ne le trouva pas. Désormais, il était obsédé par le désir d’être riche.. Il se mit en route, voyagea de ville en ville, de région en région. C’est ainsi qu’un jour il arriva à la porte d’un palais, principale résidence du derviche misérable que sa mère avait autrefois aperçu par la fenêtre de leur chaumière.
     Cela faisait des mois qu’il était en chemin.. Quel bonheur d’être admis en présence du derviche ! Un derviche royalement vêtu, entouré d’une foule de disciples..
     « Maintenant, ingrat que tu es ! dit-il au jeune homme, je vais te montrer ce que ce chandelier peut faire. » Il prit un bâton, en frappa le chandelier : chaque branche se transforma en un trésor plus vaste que tout ce qu’Abdullah avait entrevu dans la caverne.
     Le derviche fit enlever l’or, l’argent et les bijoux pour qu’on les distribue à des gens méritants. Et voilà qu’apparut de nouveau le chandelier de fer, prêt à resservir.
     Le derviche se tourna vers le jeune homme :
     « On ne peut compter sur toi pour faire les choses correctement, et tu as trahi ma confiance : c’est pourquoi tu dois t’en aller. Au moins as-tu rapporté le chandelier de fer. Pour cela, je te donne un chameau et une charge d’or. »
     Abdullah passa la nuit au palais. Au petit matin, il cacha le chandelier dans un des sacs accrochés au bât du chameau. De retour chez lui, il alluma les chandelles et prit un bâton pour frapper le chandelier.
     Mais il n’avait toujours pas appris le modus operandi. Au lieu d’utiliser la main droite pour tenir le bâton, il se servit de la gauche. Les douze derviches apparurent, prirent la charge d’or et le chandelier, sellèrent le chameau et disparurent.
     Maintenant Abdullah était moins bien loti qu’avant, car il devait vivre avec le souvenir de son incompétence, de son ingratitude, de sa malhonnêteté.. Il ne pouvait oublier non plus les richesses qu’il avait eues à portée de main. Mais il n’eut pas d’autre chance et jamais plus il n’eut l’esprit tranquille.

 

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24 octobre, 2008

Nettoyer l’âme (Conte soufi)

Classé dans : — unpeudetao @ 5:38

      Il y avait un homme de foi qui habitait Gazna. Son nom était Serrezi, mais on l’appelait Mohammed. Il ne rompait son jeûne qu’à la nuit tombée, en mangeant quelques feuilles de vigne. Ce mode de vie durait pour lui depuis sept ans sans que quiconque fût au courant. Cet homme éveillé connaissait bien des choses étranges mais son but était de voir le visage de Dieu. Quand il se sentit satisfait de son âme et de son corps, il monta au sommet de la montagne et s’adressa à Dieu :
      « Ô mon Dieu, montre-moi la beauté de ton visage ou je me jetterai dans le vide. »
      Dieu répondit :
      « Le moment n’est pas encore venu. Et si tu tombes de la montagne, ta force ne te suffira pas pour mourir. »
      Alors, plein de mélancolie, l’homme se jeta dans le vide. Mais il tomba dans un lac très profond et ainsi en réchappa. Toujours sous l’emprise du désir de mourir, il se mit à se lamenter. La vie lui paraissait être comme la mort. Toute la création lui apparaissait comme sens dessus dessous et le verset du Coran qui dit : « La vie existe même dans la mort » revenait constamment sur ses lèvres et dans son coeur.
      Au-delà de l’apparent et du caché, il entendit une voix qui lui disait :
      « Quitte la prairie et retourne en ville !
      – Ô mon Dieu ! fit l’homme. Toi qui connais tous les secrets ! Quelle utilité pour moi d’aller en ville ?
      – Va là-bas mendier afin de te mortifier. Récolte de l’argent auprès des riches et distribue-le aux pauvres.
      – Je t’ai entendu ! dit Serrezi, et je t’obéirai ! »
      Muni ainsi de cet ordre divin, il s’en revint en ville et Gazna fut remplie de sa lumière. Le peuple accourut à sa rencontre mais lui, pour éviter la foule, prit un chemin écarté. Les riches de la ville, qui étaient contents de son retour, avaient préparé un petit palais qu’ils comptaient mettre à sa disposition. Mais lui leur dit :
      « Ne croyez pas que je sois revenu pour m’exhiber.
      – Non ! Je suis revenu pour mendier. Mon propos n’est pas de me répandre en vaines paroles. Je visiterai les maisons, un panier à la main, car Dieu l’a voulu ainsi et je suis son serviteur. Je mendierai donc et je ferai partie des mendiants les plus défavorisés, afin que je sois avili et que tous m’insultent. Comment pourrais-je désirer les honneurs alors que Dieu veut mon avilissement ? »
      Et, son panier à la main, il dit encore :
      « Par la grâce de Dieu, donnez-moi quelque chose ! »
      Son secret consistait à invoquer la grâce de Dieu bien que sa place fût très haut dans le ciel. Ainsi ont fait tous les prophètes. Serrezi visita donc toutes les demeures de la cité pour demander l’aumône alors que les portes du ciel lui étaient ouvertes. Il se rendit à quatre reprises chez un émir pour mendier. La quatrième fois, l’émir lui dit :
      « Ô être immonde ! Ne me prends pas pour un avare mais écoute-moi bien : quelle impudence que la tienne ! Pas moins de quatre visites à mon domicile ! Existe-t-il un pire mendiant que toi ? Tu déshonores même les pauvres. Et aucun infidèle n’a jamais fait preuve de tant d’égoïsme. »
      Serrezi répliqua :
      « Tais-toi, ô émir ! Je ne fais qu’accomplir ma tâche. Tu ignores tout du feu qui me ronge. Ne dépasse pas les limites. Si j’éprouvais vraiment le désir du pain, je serais le premier à m’ouvrir le ventre. Car, pendant sept ans, je n’ai mangé que des feuilles de vigne. Mon corps avait fini par en devenir tout vert ! »
      À ces mots, il se mit à pleurer et les larmes inondèrent son visage. Sa foi toucha le coeur de l’émir. Car la fidélité des amoureux toucherait même une pierre. Il n’y a donc rien d’étonnant à ce qu’elle puisse émouvoir un coeur sensible. Les deux hommes se mirent à pleurer de concert et l’émir dit :
      « Ô cheikh ! Viens ! Prends mon trésor ! Je sais que tu mérites cent fois mieux. Ma maison est à toi. Prends ce que tu veux. »
      Mais Serrezi répondit :
      « Ce n’est pas ce qui m’a été demandé. Je ne peux rien prendre de mes propres mains ni pénétrer dans les demeures de mon propre chef ! »
      Et il s’en fut. L’offre de l’émir était sincère mais peu lui importait car Dieu lui avait dit :
      « Tu mendieras comme un pauvre. »
      Il continua de mendier ainsi pendant deux ans, puis Dieu lui dit :
      « Dorénavant, tu donneras ! Ne demande plus rien à personne car ce que tu donneras proviendra de l’univers caché. Si un pauvre te demande la charité, mets ta main sous ta natte de paille et dispense les trésors du Miséricordieux. Dans ta main, la terre se changera en or. Quoi qu’on te demande, donne-le car notre faveur pour toi est grande et elle est inépuisable. Secours les endettés et fertilise la terre comme la pluie. »
      Durant un an, Serrezi fit ainsi. Il distribua au monde l’or des faveurs divines. La terre se changea en or dans ses mains et les plus riches étaient pauvres comparés à lui. Avant qu’un pauvre lui demande ce dont il avait besoin, il le devinait et y pourvoyait. On lui demanda :
      « D’où te vient cette prescience ? »
      Il répondit :
      « Mon coeur est vide. Il n’éprouve plus de besoin. Je n’ai d’autre souci que l’amour de Dieu. J’ai balayé toutes choses de mon coeur, qu’elles soient bonnes ou mauvaises. Mon coeur est désormais rempli de l’amour de Dieu. »
      Quand tu vois un reflet dans l’eau, ce reflet représente une chose qui se trouve hors de l’eau. Mais pour qu’il y ait un reflet, l’eau doit être pure. Il faut donc nettoyer le ruisseau du corps si tu veux voir le reflet des visages.

 

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