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10 mai, 2016

Sermon aux oiseaux, Marie de SORMIOU

Classé dans : — unpeudetao @ 9:08

François

Mes frères les oiseaux, chantez laudes à Dieu

Qui vous fit un palais tout céleste, en air bleu !

À matines priez, échappés des feuillages,

Rois joyeux d’un empire où d’être libre est sage

Et d’où l’on considère avec hauteur le sol…

Luthier des belles nuits, lyrique rossignol,

Bergeronnette svelte et toute gracieuse,

Rouge gorge orgueilleux, fauvette ensorceleuse,

Pinson qui vocalise un lais de Paradis,

Chantez alleluia dans ces temples hardis

Où vous vous plaisez tant à faire des voyages

Par-dessus la montagne et les errants nuages…

À Dieu dites merci pour la vaste maison

De cristal et d’azur aux seuls murs d’horizon !

Les oiseaux

Frère des routes, par mégarde

Serais-tu l’ange

Qui de l’épervier sauve et garde

Merle et mésange ?

Capuchon brun, roucoulant comme

La tourterelle,

Frère François, quoique lourd homme,

As-tu des ailes ?

François

Gais oiseaux ne semant ni ne moissonnant l’or,

Louez celui qui donne aux moineaux plus encor

Qu’aux princes, ces amis de dame Prévoyance.

Voleurs heureux volant les sillons d’abondance

Et qui dansez toujours après le mauvais temps,

Mouillés, ébouriffés, tout ronds et tout contents,

Louez l’Ensemenceur vous pourvoyant de graines

Jours fériés ou non, dimanches et carêmes !

Fins sansonnets perchant sur l’auge où vous trouvez

Par le gel et le chaud, le grain de sénevé ;

Émigrante hirondelle, et qui fuis le rivage

Sans provendes au bec et sans greniers pour gages,

Étourneaux babillards qui ne prévoyez rien,

Louez le grand Semeur du pain quotidien !

Les oiseaux

Comme le miroir ensorcèle

Sœur alouette,

Ainsi ta voix qui tant nous fête,

Fascine l’aile…

François

Oiseaux ! chantez Celui qui donne en vêtement

La plume tendre au corps si fastueusement ;

Bien aimés du bon Dieu, gazouillez d’allégresse

D’un plumage tissé de divine tendresse.

Et soyez célébrés pour l’insigne faveur

Qu’en créant votre vol nous fit le Créateur.

Révélant par votre aile, oiseaux, la joie ailée

À l’âme qui prend gîte au fond de la vallée,

Le Seigneur nous convie au plus altier des sorts…

– À notre cœur ainsi Dieu désigne l’essor.

Les oiseaux

Frère aux pieds nus, as-tu la gorge

De la colombe ?

Recherches-tu le mil et l’orge

Qui du ciel tombe ?

Grand Saint François qui tant ramages,

Capuche brune,

Aurais-tu nid sous le bocage

Des clairs de lune ?

François

Allez ! ravis des cieux ! volez aux quatre vents !

Je vous bénis… Allez ! excelsiors vivants !

Volez vous divertir dans le pays solaire…

Et, franchissant de haut les lointaines frontières,

Jetez à l’idolâtre un grain de nos labours.

Évangéliquement portez le blé d’amour

Aux frimas de Norvège, à l’oasis d’Afrique,

À l’aride Ibérie, au songe Asiatique,

Allez ! les uns au Sud, d’autres à l’Orient,

D’autres devers la neige ou le rouge Ponant ;

Je vous bénis, petits… Allez ! suivez la trace

Que la main de François élève sur l’espace :

En plein azur, oiseaux, par quatre chemins droits,

Tracez le signe de la Croix.

Marie de SORMIOU (1865-1956).

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