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14 février, 2014

Si je t’avais eue, Hélène PICARD

Classé dans : — unpeudetao @ 9:27

Ma fille, ma chérie, ah ! si je t’avais eue,                      Don fragile et sacré ; Si j’avais vu grandir ta petite ombre émue                      Dans mon soleil doré, Je ne t’aurais donné, pour désir, pour fortune,                      Que le ciel étoilé ; Je t’aurais enseigné la prière commune                      Comme le pain de blé. Je t’aurais dit : Sois forte, et sois plus faible, encore,                      Sois une femme, enfant. Sache rougir, apprends ce que l’amour honore                      Et ce qu’il nous défend ; Que tes cheveux soient longs, ta bouche soit pensive,                      Ah ! comprends que ton sort, Ton destin éternel est d’être un peu craintive                      Devant l’homme et la mort. Le trésor amassé par nos mères anciennes,                      Ne le renions pas… Ne change pas d’espoirs, de regards et de peines,                      Sache parler tout bas… Oh ! sois ce que je fus : sincère et désolée,                      Possède la ferveur Qui fait mon esprit grave et ma démarche ailée                      Et déchire mon cœur. Pourtant, j’ai bien souffert, à force d’être femme.                      Et, par trop de candeur, Je fis souvent, hélas ! plus de mal à mon âme                      Que Dieu par le malheur. Sois ce que je fus tant : fidèle, tendre, droite,                      Et, parfois en secret, Timide, désarmée, errante, maladroite,                      Tant mon cœur m’encombrait… Méprise des humains l’ambition unique,                      Mets plus haut que leurs vœux Le bonheur d’écouter une heure de musique,                      La main sur tes cheveux. Dédaigne des humains les mesquines alarmes,                      La vanité d’un jour… Ah ! dusses-tu pleurer, enfant, toutes mes larmes,                      Sois vraie avec l’amour. Oui, sois simple avec lui, sans ruse, je t’en prie,                      Car le mal, car l’adieu, Oh ! ce n’est pas d’aimer sans espoir, ma chérie,                      Mais c’est d’aimer sans Dieu. Noble, va vers l’amour, en élevant la tête,                      L’air pur et triomphant. Et puis, fais comme moi : sanglote… Et sois poète,                      Si tu peux, mon enfant…

 

Hélène PICARD (1873-1945).

 

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